‹ De la décomposition putrideChapitre 8 sur 10 · BS MOYENS DE PRÉVENIR LA DÉCOMPOSITION PUTRIDE · texte numérisé non relu

BS MOYENS DE PRÉVENIR LA DÉCOMPOSITION PUTRIDE

Si l’Agriculture a le plus grand intérêt à rendre à la terre et à l’air, sous forme d’engrais, les matières organiques que les récoltes de chaque année lui enlèvent, la Science et l’Industrie s’appliquent, au contraire, à préserver de la destruction les matériaux dont elles font usage. Le naturaliste et le botaniste s’efforcent sans cesse de conserver dans leurs formes premières les espèces et les sujets qu’ils ont décrits et classés : le constructeur et l’artiste demandent chaque jour au chimiste et au physicien des procédés efficaces pour conserver le bois de leurs bâtiments et de leurs œuvres. Pour résoudre ce problème, il faudrait connaître la véritable cause de la décomposition putride chez les êtres organisés, afin de pouvoir en quelque sorte arrêter la contagion dans son germe. — Or il résulte des faits consignés dans notre rapide résumé, que la science n’a fait encore que soulever le coin du voile qui nous cache les conditions de ces destructions spontanées. Disons cependant que, malgré l’insuffisance de la théorie, on est souvent parvenu à trouver, par des moyens empiriques, des procédés de conservation atteignant complètement le but proposé.

§ I. Procédés de conservation des végétaux.

Parties herbacées. — Comme nous l’avons dit plus haut, les parties herbacées des végétaux, arrachcés du sol, sont celles qui se détruisent

les premières sous l’influence de l’air, de l’humidité et de la putréfaction si prompte des principes sulfazotés que la sève avait charriés jusque dans leurs dernières ramifications. L’aubier est attaqué après les parties vertes, et le cœur du bois résiste le dernier. Nous passerons sous silence les divers procédés qui ont été publiés pour conserver les plantes destinées aux collections botaniques ou aux usages pharmaceutiques. En effet, les moyens proposés se résument à ceux-ci : Dessiccation de la plante par les papiers absorbants, et sa conservation dans des cartons ou des bocaux fermés avec soin. Il serait pourtant bien à désirer qu’on fît quelques essais dans cette direction, et il serait beau de chercher le moyen de garder, autrement que par d’informes herbiers, la trace des grands génies qui ont illustré les sciences naturelles. Lorsque les végétaux doivent servir à l’alimentation ou à la préparation de certains médicaments, le mieux est de suivre le procédé d’Appert, qui consiste à chauffer jusqu’à la température de l’eau bouillante ces végétaux ou quelques-unes de leurs parties dans des vases hermétiquement clos. Les ferments se coagulent, et il y a absorption de l’oxygène de la petite quantité d’air que les vases renferment encore. Du reste, les avantages que l’on retire de ce procédé si simple et si ingénieux sont trop connus pour que nous insistions davantage.

Parties ligneuses. — La conservation des bois est une des questions industrielles les plus importantes. M. Payen a démontré, depuis longtemps , que les bois qui contenaient le plus de cellulose proportionnellement aux autres principes, étaient ceux qui se conservaient le mieux, et il cite en première ligne les bois d’acacia et de chêne. Cela se conçoit du reste facilement, car si un bois donné est riche en cellulose et pauvre en matières sulfazotées, il ne présentera qu’un élément bien faible à l’action destructive de l’air et de l’humidité ; les insectes rongeurs et certains cryptogames n’y trouveront pas non plus une nourriture suffisante. Par la même raison, les bois résineux (ébénier, gaïac, palissandre) ont toujours une grande durée, car la sève y est remplacée en presque totalité par les principes résinoïdes. Aussi une des premières pratiques de l’industrie a-t-elle été de recouvrir

de vernis gras et résineux les bois que l’on voulait préserver de la destruction. On a reconnu ensuite que les essences , les huiles siccatives , la créosote, le pyrolignite de fer,... étaient de très-bons préservatifs.

M. Bréant (1) proposa le premier d’introduire dans l'intérieur des bois, au moyen d’une pression énergique, certaines huiles siccatives.

M. Mohl commence par faire pénétrer dans les pores du bois une certaine quantité de vapeur d’eau sous la pression d’environ une atmosphère et demie, puis il refroidit brusquement : il se fait alors un vide qui détermine l’aspiration des différentes solutions salines.

M. Boucherie, mettant à profit la force d’ascension que l’action vitale communique à la sève, fait arracher l’arbre tout entier et plonge aussitôt ses racines dans d’énormes cuves contenant des solutions de sulfate ou mieux de pyrolignite de fer. Si l’arbre a de trop grandes dimensions, on pratique à la base une incision circulaire, et on construit tout autour du pied une sorte de bassin dans lequel on fait couler le liquide conservateur jusqu’à ce que son niveau dépasse l’incision. Par l’une ou l’autre méthode, les liquides pénètrent tous les tissus et arrivent jusqu’aux dernières feuilles. Les bois ainsi préservés sont trèspropres aux constructions à exécuter dans des lieux humides et deviennent en quelque sorte incombustibles.

M. E. ïjemarchand a fait, au sujet de la conservation des bois, des observations très-curieuses et qui trouvent ici leur place. Persuadé d’abord que les matières azotées et les sels déliquescents de la ^éve étaient la seule cause de la destruction du ligneux, il commence par enlever tout le liquide séveux en opérant ainsi qu’il suit : les poutres sont placées, pendant deux à trois semaines, dans un courant d’eau peu rapide, puis il les expose à l’air libre durant un ou deux mois d’hiver; les pluies achèvent le déplacement de la sève commencé dans l’eau courante, et comme la température, à cause de la saison, ne s’élève pas assez pour que la putréfaction apparaisse, les bois gagnent peu à peu les mois d’été et, se séchant lentement, arrivent à

(t) Bulletin de la Soc. d’encour. pour 1841, p. 20 , et pour 1845, p. 254.

supporter les grandes chaleurs sans se déformer. Il ne reste plus qu’à achever la dessiccation dans des greniers bien ventilés. En coupant dans le sens de l’axe une tige d’un bois ainsi desséché et rapprochant les deux moitiés de telle sorte que l’extrémité supérieure de l’une d’elles soit en regard de l’extrémité inférieure de l’autre, on aurait une excellente tige de pendule compensateur, présentant l’avantage d’être excessivement légère et insensible aux variations de température, conditions bien difficiles à remplir dans la pratique.

MM. Jloutigny ( d'Évreux) et Mutin (1), dans un mémoire récent, critiquent d’abord l’usage des solutions de sublimé corrosif, de chlorure de zinc, d’acide arsénieux et de divers autres sels, puis proposent un nouveau procédé basé sur l’emploi de l’huile de schiste, du goudron et de la gomme laque. Les résultats obtenus par cette nouvelle méthode ont été très-satisfaisants, surtout pour la construction des traverses de chemin de fer.

§ II. Procédés de conservation des matières animales.

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