‹ De la découverte d'un prétendu cimetière mérovingien à la Chapelle-Saint-ÉloiChapitre 2 sur 42 · CUS EE · texte numérisé non relu

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servir de ses propres expressions. Il s'agissait, en effet, d’un baptistére construit par saint Taurin au lieu même où l’apôtre d’Evreux fut battu de verges ; d’une église, d’un cimetière mérovingien, d’une villa et d’un vicus romains; le tout expliqué par soixantequatorze inscriptions qui montraient, au nombre des pèlerins attirés par la sainteté du lieu, le roi Childebert Ler, saint Cloud et saint Germain d’Autun. Un peu plus tard, M. Lenormant publia sa notice en y ajoutant plusieurs éclaircissements (1) et douze fac-simile d'mscriptions.

La Société de l'Eure inclinait à partager l’admiration du monde savant, avec d'autant plus de raison que cette découverte expliquait un des points obscurs de notre histoire locale, et était due à l’un de nos plus illustres confrères (2).

Il est vrai que les idees émises par M. Lenormant étaient contraires à tout ce qu’on sait des baptistères des premiers siècles (3). Elles renversaient toutes les

(1) Les éclaircissements contiennent des recherches historiques d'un haut intérêt pour la vie de saint Taurin;.mais la plupart de ces recherches sont indépendantes de la découverte de Saïnt Eloi et subsistent, quelle que soit l’opinion qu’on se forme de cette découverte.

(2, M. Charles Lenormant est membre de la Société libre de l'Eure depuis 1840.

(3) Dans les premiers siècles, les baptistères étaient adjacents aux principales églises , et on n’y conférait le baptême qu'à Pâques, à la Pentecôte et à quelques autres fêtes dont la célébration attirait un grand concours de peuple. Nulle part on ne rencontre de baptistères élevés dans une simple villa. Il est vrai que M. Lenormant, par un des plus curieux efforts de son imagination, fixe l'emplacement du bourg de Gisai des Aulerques sur l’autre rive de la Risle, en face du baptistère; maïs, en admettant même cette hypothèse que rien n’appuie, et en donnant à ce Gisai imaginaire une population chrétienne assez importante pour posséder un baptistère dès le 1119 siècle, il faudrait encore admettre que ce bourg

ne

traditions locales; et les fac-simile, quoique peu nombreux, laissaient déjà voir dans la forme et la disposition des caractères, surtout pour les inscriplions runiques, des marques assez frappantes de fausseté ; mais la science et la réputation de l’auteur, l’habileté de la mise en scène, le grand nombre de faits donnés en preuve et le silence de l’Institut, qu’on pouvait prendre pour une approbation (1), formaient un ensemble qui disposait favorablement l'esprit du lecteur. Aussi, Messieurs, en nommant une commission pour visiter les lieux el vous adresser un rapport, vous crûtes que cette commission n'aurait qu’à constater les faits énoncés par M. Lenormant et à jeter peut-être quelque jour sur des points d’une importance secondaire. Il n’en a pas été ainsi : dès notre arrivée à‘Saint-Eloi, les faits, dépouillés de ce poétique vêtement dont l'imagination de M. Lenormant les avait revêtus, se sont montrés sous un jour tout nouveau et tels que nous allons essayer de les décrire. Le plan ci-joint, dressé sur les lieux avec une grande exactitude, vous permettra de suivre facilement nos descriptions.

C’est au mois de juin 1854 que le sieur Boutel, en creusant une tranchée pour construire sa maison sur le penchant d’un coteau qui borde la vallée de

avait son baptistère séparé de lui par une large vallée et une rivière! Enfin, lorsque les historiens attribuent en partie à la rigueur du climat la suppression, en Occident, des immersions que l'Orient conserve encore aujourd'hui, M. Lenormant ne recule pas devant l’idée d'un baptistère à ciel ouvert sur les rives de la Risle. (No

tice, p 11.)

(1) Nous attendons toujours que l’illustre Assemblée donne officiellement sou avis sur une découverte qui s’est produite en son sein et sous son patronage. (Cette note de notre première édition est encore vraie aujourd’hui. — Novembre 1857.)

CN ee la Risle, entre Serquigny et la Rivière-Thibouville , trouva, au point B du plan, un certain nombre de pierres taillées. Dans le dessein d'utiliser ces matériaux pour sa future construction, il arracha successivement toutes les pierres et les réunit au bas du coteau, sans remarquer qu'aucune d'elles fût revêtue d'inscriptions (1). À la fin de son opération, il se trouva qu'il avait creusé un trou circulaire d'environ 2 mètres. Ce résultat, qu'il n'avait pas cherché, venait de ce que Ïa terre de remblai, qui contenait les pierres, s’écroulant à mesure qu’on les enlevait, avait été enlevée avec elles et avait mis à découvert un terrain vierge plus consistant et affectant la forme circulaire. Au fond de cetle espèce de puits, le terrain vierge formait une retraite À de 1 mètre à 80 centimètres, et se terminait par un encuvement elliptique B de 1 mètre, 1 mêétre 20 centimètres sur 50 centimètres de profondeur. Au niveau de la retraite, et du côté de la sente, Boutel avait aperçu de petites pierres cubiques; il suivit leur direction et mit ainsi à découvert un canal CC formé de fragments de tuiles et de pierres cubiques superposées et reliées entre elles par du mortier. Il arracha le tout et le réunit à ses autres matériaux.

Cest alors seulement que M. Lenormant est venu explorer les lieux; c’est uniquement à l’aide de ce trou, de ce monceau de pierres et de fragments de tuiles, que, par la plus merveilleuse facalté de créa-

(1) Au bas du coteau règne une sente DD, par où passe M. Lenormant pour se rendre de la Rivière-Thibouville à sa petite maïison de campagne.

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