‹ De la découverte d'un prétendu cimetière mérovingien à la Chapelle-Saint-ÉloiChapitre 22 sur 42 · DÉCOUVERTE DE SAINT-ÉLOI · texte numérisé non relu

DÉCOUVERTE DE SAINT-ÉLOI

Il y a des juges à Berlin.

Dans sa réponse à une lettre de la commission, insérée dans le Correspondant, M. François Lenormant, avec cette suprême autorité qui lui va si bien, nous déclarait exclus du terrain scientifique (1. Le silence du dédain allait désormais envelopper notre œuvre, et les merveilleux produits de l'imagination du père et du fils devaient prendre place dans la science, comme des faits authentiques. Quelque temps après, en effet, M. Edmond Le Blant, dans la seconde livraison de son Recueil des Inscriptions chrétiennes de la Gaule, donnait les dessins des soixantequatorze inscriptions de Saint-Eloi, avec des commentaires où nos rapports et notre opinion étaient passés sous silence, et les découvertes de MM. Lenormant présentées comme des faits à l’abri de toute contradiction.

Cette obéissance de M. Le Blant au mot d'ordre du patron n’est pas seulement un procédé peu convenable, à l'égard d'hommes qui n’avaient pas laissé

(A) Correspondant , n° du 25 février 1856.

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échapper une ligne dont il eût à se plaindre, c’est encore et surtout un déni de justice à la vérité et à ses lecteurs : nous doutons fort que son caractère scientifique puisse y gagner quelque chose.

Quoi qu'il en soit, ces petits manéges n’ont pas produit le résultat qu’on espérait. C’est le cimetière mérovingien , Si pompeusement annoncé , qui paraît aujourd’hui réclamer les ombres dont il eût bien fait de rester couvert. Depuis la première édition de nos rapports, aucun écrivain sérieux n’a émis d'opinion favorable à la découverte de Saint-Eloi. Les nombreux savants que nous avons pu interroger en France ont tous, à l’exception d’un seul (1), partagé notre manière de voir. Les lettres et les renseignements que nous avons reçus du Danemark, de la Belgique, de l'Allemagne, de la Suisse et de l’Angleterre, témoignent que l’opinion s’y prononce dans le même sens.

En Angleterre surtout, où les études archéologiques en général et l'archéologie normande en particulier jouissent de tant de faveur, le monde savant s’est vivement ému. Dés le mois d’août 1855, une des plus anciennes et des plus graves revues de l’Angleterre, le Gentleman’s Magazine, publiait un article où cette émotion bien naturelle se montre dans tout son jour (2). Dernièrement, dans la préface du quatrième volume de ses Collectanea antiqua, M. Roach

(4) Le savant membre de l’Institut auquel nous faisons ici allusion ne nous donnait d’autre motif de son sentiment que sa confiance absolue dans la science et le caractère de son ami M. Charles Lenormant.

(2) Nos lecteurs trouveront la traduction de cet article appendice IV.

Ur: an Smith exprimait ses propres doutes, et 1! ajoutait, ce qui n’est pas moins grave, que, d’après la déclaration de son sayant compatriote Kemble, ce dernier, et le docteur Grimm lui-même, ne voyaient dans les inscriptions runiques de Saint-Eloi que l’œuvre d’un faussaire (1).

Quant à nous, en publiant cette seconde édition, nous ne voulons pas sortir du but que nous nous sommes tracé, qui est de rendre aux faits, si étrangement défigurés par une imagination trop féconde, leur véritable caractère. Mais, comme le travail de M. Edmond Le Blant offre plusieurs points utiles à ce but, on nous permettra de les signaler ici rapidement.

La première impression qu’on éprouve en parcourant de l'œil les fac simile de cette suite d’inscriptions runiques, latines, grecques, tracées, assure-ton, à plusieurs siècles de distance, c’est qu’elles ont un air de famille qui les ferait volontiers attribuer à la même main.

Ces fragments d’inscriptions restituées avec tant de facilité sont tous des commencements, si on en excepte cinq ou six sur Soixante-quatorze. Lorsque l'inscription à plusieurs lignes, c’est presque toujours la fin seule des lignes qui se laisse désirer. Ne semble-t-il pas que le faussaire a oublié de mettre

(4) « The late Mr. Kemble, moreover, informed me that he « and Dr. Grimm, believed the runic inscriptions to be forgeries. » Roach Smith, loc. cit. Gentleman’s Magazine, Aug. 1857. On nous annonce un travail du docteur Grimm sur ces inscripti.ns, destiné aux Mémoires de l’Académie de Berlin. On peut lire encore l’article de M. le Dr. J Becker, intitulé : Der Merovingische Kirchhof zu la Chapelle-Saint-Eloi und die Antiquitâtenfabrik zu Rheinzabern. Francfort , 1856.

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