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d'hui je regarde comme erronée, et, après le plaisir de persister dans une opinion qu’on croit fondée, je n’en connais point de plus vif que celui de proclamer qu’on est revenu d’une erreur.
« C’est donc avec bonheur que je saisis l’occasion que vous voulez bien me fournir, de déclarer que je ne place plus Gisacvs à Gisai-la-Coudre, près la Barre, malgré l'identité des noms, les traditions pieuses qui y existent concernant saint Taurin et la présence de nombreuses substructions romaines.
« J'avais jusque-là toujours supposé pareillement, conformément à la tradition locale, que l'emplacement primitif du chef-lieu des Aulerques Eburovices avait été le Vieil-Evreux, et que ses habitants ne s'étaient transportés sur les bords de l’Iton qu'à l’époque où il ne leur fut plus possible de résider avec sécurité dans les campagnes et les villes ouvertes, sans cesse exposées aux invasions des rebelles ou des barbares.
« Vog savantes et loyales recherches, Monsieur et cher confrère, dissipèrent bientôt ces illusions. Elles me prouvèrent que l'établissement romain d'Evreux avait existé à une époque bien antérieure à la construction de son enceinte, puisque là, comme à Sens et presque dans toute la Gaule, Ja base de ces murailles n’était formée que de débris de monuments préexistants, d’une grande splendeur, et qui n’avaient pu y être apportés de loin. Vous y découvriez en même temps l'emplacement d’un magnifique théâtre, et non loin de là un autre plus petit et plus rustique à Arnières. Enfin il résultait encore de vos investigations que toutes les voies antiques rayonnaient d'Evreux actuel et non du Vieil-Evreux, dont l’aqueduc avait été coupé pour livrer passage à l’une d'elles. L'établissement étudié par M. Rever se trouvait réduit par vous à n'avoir été que le palais de quelque grand personnage ou fonctionnaire , et non un cheflieu de cité pourvu d'une nombreuse population agglomérée.
« Les traditions les plus accréditées ne pouvaient tenir contre une pareille masse de faits. Il fallut reporter franchement et définitivement MEDIOLANVM à Evreux, comme l'avait fait d'Anville, et dans une position tout à fait analogue
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à celle qu'occupait Mediolanum Santonum sur les bords de la Charente.
« En même temps on découvrait dans les environs du Vieil- Evreux (1) deux inscriptions qui ne permettaient plus de laisser GIisAcvs à Gisai-la-Coudre. L'une d'elles constatait l'existence d’une divinité topique (2), DEVS Gisacvs. On à conservé, dans le midi de la France, un grand nombre d’inscriptions de ce genre qui nous attestent la déification de lieux dont les noms souvent bizarres se sont quelquefois perpétués jusqu’à nos jours. Nous nous contenterons de citer le dieu Luchon (Lixo), le dieu Baserte (BASERTE) et le dieu ou da déesse Artet (ARTEHE), Le dieu Gisai appartient évidemment à la même catégorie, et nous en trouverions bien d’autres exemples autour de nous si nos campagnes étaient aussi riches en inscriptions antiques que les provinces méridionales de la France.
« Mais, me dira-t-on, ce n’est pas autour du Vieil-Evreux, c'est à Gisai-la-Coudre qu'il faut nécessairement placer Gisacus. Je répondrai qu'on n'est pas irrévocablement enchaîné à Gisai-la-Coudre par l'identité de nom, puisqu'il a existé plus d’un lieu ainsi appelé (3). Nous savons, par exemple, que Jusiers, entre Mantes et Meulan, portait authentiquement ce
(1) C'est au Vieïil-Evreux même et à peu de mètres de distance l’une de l'autre, dans le palais dont on a publié les plans, qu'ont été découvertes ces inscriptions : la première en 1828, la seconde en 4836. B.
(2) Nous croyons donner ici cette inscription déjà plusieurs fois publiée.
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(3) Une inscription antique, conservée dans le musée d'Amiens, a transmis jusqu’à nous un nom presque identique.
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nom (1), et nous ne voyons point pourquoi il n’y en aurait pas un troisième, au point que le concours des deux inscriptions en met si légitimement en possession. Les divinités topiques n'étaient honorées en effet que dans un rayon fort restreint, et il est impossible de rapporter, soit à Gisai-la- Coudre, soit à Jusiers, une manifestation trouvée si près du Vieil-Evreux.
« Votre seconde inscription achève d’ailleurs de nous démontrer l'existence, sur le lieu où elle a été trouvée, d’un Gisacus constitué, non pas en chef-lieu de cité, mais en municipe, dont les habitants se donnaient le titre de citoyens (2). Ces deux inscriptions me paraissent démontrer d’une manière incontestable qu'il y avait dans ce quartier un lieu assez notable pour donner lieu à une déification, assez peuplé pour qu’on pût s’en dire citoyen, et que son nom était Gisacus. Maintenant ce nom s’étendait-il jusqu’à la splendide demeure qui y était contiguë (3), ainsi que cela arrive le plus souvent de nos jours? C’est ce que nous ignorons et qui ne pourra être éclairci que par la découverte de quelque nouvelle inscription établissant ou contredisant ce fait d’une manière précise (4). En attendant, et sous toutes réserves, je
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