CHAPITRE V
Combien il est dangereux de laisser porter coup au moral du soldat.
Puissance de T opinion dans une place assiégée. Ressort au 'imprime une généreuse résolution. Découragement que produit la seule idée qiiil faut finir par se rendre. Prodigieux effets de l enthousiasme y de la belle contenance des chefs , du désir de la gloire y de l'amour delà patrie , des principes religieux.
Loin de se laisser ébranler par de vaines menaces ; par la chute de quelques h omb es, un homme courageux et instruit ne s'effraie pas même de voir l'ennemi logé sur la contrescarpe , et se disposer à l'attaque du corps de place. Il médite de son côté les moyens de le faire échouer dans une entreprise aussi hasardeuse. 11 inspire au soldat sa propre confiance , il lui fait connaître l'ascendant que lui donne sa position,, une position où il occupe la hauteur,
Q2 DE LA DEFEISE
OÙ il ne peut, être tourne' , où il ne* peut être attaque que sur un front égal au sien > et où il faut que l'ennemi arrive par un chemin escarpé , contreminé , battu en, flanc et de revers. Il montre enfin à ses frères d'armes 7 que c'est un. moment, décisif pour leur gloire , et il sait faire passer dans tous les cœurs , le noble désir de s'illustrer par une défense à jamais mémorable.
Cependant il se trouve des hommes qui, j loin de partager et de propager ces sentimens généreux , ne semblent s'appliquer qu'à ébranler le moral des troupes , par des insinuations aussi perfides que pusillanimes. C'est une fausse gloire , suivant eux , que celle qu'on prétend acquérir par une défense poussée au - delà de certaines bornes t ils affirment qu'une longue expérience et des calculs raisonnables ont fixé , pour ainsi dire , la durée de celle que doit faire chaque place , suivant la nature de son site > sa grandeur , son tracé ; qu'il suffit d'atteindre à cette durée , pour être à l'abri des reproches , et pour mériter même qu'il soit dit , qu'on a fait une belle défense ; qu'on ne peut outrepasser cette durée sans- exposer la garnison et les habitans , à des malheurs que Fhu-
DES PLAGES FOUTES. g3
inanité nous ordonne de prévenir ; que les combats. ne doivent plus .être aussi meurtriers qu autrefois , que les sièges ne sont plus ce qu'ils étaient avant l'invention de la poudre , que vouloir pousser la résistance au - delà des limites ordinaires , c'est renouveler le système des guerres à mort , qui n'ont plus lieu que chefc les sauvages , et nous faire rétrograder vers les siècles de la barbarie ; qu'enfin il vaut mieux céder quelques jours plutôt , pour obtenir une capitulation honorable , que d'être prisonniers de guerre ? ou s'exposer aux horreurs d'un assaut.
INous avons répondu d'avance à ces discours captieux , en leur opposant le texte des lois y qui prescrivent à tout Militaire de défendre jusqu'à la dernière extrémité le poste qui lui est confié. Mais ils n'en sont pas moins pernicieux , parce qu'ils affaiblissent insensiblement l'énergie des plus braves défenseurs , en détruisant tout ce qui peut I alimenter et Ja soutenir , en leur ôtant l'espoir du succès -, qui était de chasser l'ennemi ; celui de la récompense , qui était la gloire attachée au triomphe % et enfin la confiance même d'avoir été utile à la patrie , par une résistance qu'on leur
représente comme mal entendue , et sans profit pour la chose en elle -même.
Dès que l'oreille s'ouvre à ce langage de séduction , la persuasion ne tarde point à se faire jour , les ressorts de la discipline se relâchent , le courage se ramollit 7 l'homme intrépide se voit successivement abandonné ; tout s'énerve , tout se corrompt autour de lui ; il se trouve tout-à-coup seul de son opinion , considéré peut-être lui-même , comme un homme dangereux.
Ceux qui ont remarqué quel est le pouvoir de l'opinion en toutes choses , avec quelle rapidité elle change et nous entraîne malgré nous y sentiront combien > dans une place assiégée , isolée de toute communication, de tout secours, il importe à la sûreté 7 de sévir rigoureusement contre les premiers auteurs de ces discours empoisonnés, trop souvent suggérés par l'ennemi , répandus par ses émissaires secrets , et qui sont toujours les premières étincelles d'une sédition , dont bientôt il n'est plus possible d'arrêter les effets.
Mais de quel étonnement n'est - on pas frappé } 'lorsqu'on apprend que des chefs, que des gouverneurs sont quelque lois les
DES PLACES FORTES. g^
premiers à corrompre l' opinion : qu'on les a vus préparer les esprits à -une capitulation qu'ils méditaient , peut-être > déjà dès le premier jour des attaques , en discréditant de toutes les manières possibles , la place qu'ils avaient à défendre ? Ces faits ne sauraient se croire, s'ils n'étaient attestés par des hommes d'an témoignage irréfragable : voici ce que dit à ce sujet M. le maréchal de Vauban.
«J'ai vu assez souvent plusieurs de nos » gouverneurs parler mal de leur place , et » fort peu en dire du bien , soit qu'ils ne » les connussent pas , ou qu'ils voulussent » de bonne-heure préparer le public à ne » pas attendre grand'chose de leur résis- » tance. En l'un et l'autre cas de pareils » discours ne valent rien , et ceux qui les «tiennent, mériteroient bien d'être dé- » chargés de l'emploi qui leur donne oc- » casion de faire de semblables plaintes, a
Ces commandans sans doute ne sont pas de ceux dont le chevalier de Ville nous a tracé le modèle , dans son Traité de la charge des Gouverneurs , ouvrage excellent encore aujourd'hui.
« Le gouverneur dans vne place (dit le
» chevalier de Ville) représente la personne » du rov ■', de sa fidélité , ,de sa vigilance et » de son courage , dépend la conservation » des habitans du pays et de la place. J'es- » time que c'est vue des pins importantes » charges qui soit dans vn Etat , et si on « considère sa conséquence , j'oserois la «comparer, voir quelque-fois la préférer » à celle d'un général , selon l'importance » des places où ils commandent ; car il y » en a aucunes d'où dépend une province, «et quelquefois partie de l'Etat; et la » perte d'une de ces places n'est pas moins » dommageable que la perte d'vne armée^ » Après ,vn combat , on se peut rallier et » refaire l'armée mesme asseurer le pays, » se retirant dans les places voisines ; mais » difficilement reprend - on vne bonne » place après l'avoir perdue: c'est pour- » quoi le prince doit avoir grand égard en » l'élecrion des gouverneurs de telles «places.
« J'estime qu'on doit considérer de » quelle façon ils se sont conduits jusques «alors, et comme ils ont vescu ; car il » n'est pas possible qu'on force si fort son » naturel et durant un si long temps , « qu'on ne donne cognoissance de ses in- » clin&tions. Vn homme qui a vescu toute
» sa VIÇJ&P homme d'honneur , rarement » fera-t-il une lascheté lorsqu'il sera à ces. » charges. Et au contraire, celui qui aura » souvent fait des mauvaises actions } et » qui aura vn mauvais naturel ; s'il trouve » occasion , il se relaschera de la con- » trainte qui lui aura fait dissimuler ses » vices : on revient toujours à son naturel , » et les dissimulations ne sont que pour peu » de temps.
» Ceux qui se sont toujours montrez fi- » deles , et qui ont eu plusieurs emplois > «où on a pu les cognoistre , sont sans » doute à préférer à tous autres. INous en » avons veu qui dans l'ahord par leur » adresse ont si Lien sceu contrefaire leur «humeur, qu'ils se sont faits estimer «.braves gens > et par l'effronterie à s'iii- » troduire et la hardiesse à débiter leurs «menteries, ont obtenu des gouverne- » mens de places importantes où estant » attaquez les ont misérablement rendues ; *et pour en avoir pris punition de leur » teste , la place n'en est pas revenue au » prince : c'est pourquoj il faut peser plus- » tost les effets que les paroles ? ne croire «jamais à des gens qui se vantent et font «mestier de fanfaronnerie,
« Si on donne quelque gouvernement à.
« des personnes d'aage pour récompense » des services qu'ils auraient rendus , il » n'est pas à propos de les mettre dans les )) places frontières , car au lieu de leur » procurer vn repos , on les mettrait dans » le travail: dans ces lieux il y faut des » hommes verds , trdi puissent agir et » souffrir Ja fatigue , tant par les soins » qu'ils doivent avoir de la conservation » de leur place et du pais , comme de la » deffence , s'ils sont attaquez. Qui veut »]}ien s'acquitter de cette place ne doit » pas dormir toutes les nuits , il faut qu'il » tienne les soldats et les habitans eu » crainte -, quil en ait vn soin continuel, et » qu'il visite souvent les murailles : c'est «pourquoj ceux qui seront vieux seront » plus propres à estre mis dans les places » qui sont dans le corps de l'Estat , où les » soins et les fatigues ne sont pas si né- » qessaires.
» ( Hure ces qualitez qui leur sont natu- » relies, ils en doivent avoir d'autres ac- »"quises , partie par l'étude, partie par » l'exercice ; ils doivent sçavoir ce qui est » de leur charge ; car il est fort absurde de » donner des gouvernemens à des per- » sonnes qui ne sçavent ce qu'il leur faudra » gouverner et commander, et qu'on leur
» dorme pour leur apprendre en les exer- » çant : cette mode est très - périlleuse , » car les fautes qui se commettent en cet » exercice sont de trop grande consé- » quence , et irréparables. Pour vouloir «faire l'essay des personnes par vue » épreuve qui cousteroit si cher, il faut » que devant qa'ils y prétendent , ils aient » acquis toutes les intelligences néces- » saires. Et il ne suffit pas d'avoir ouy dire » ou leu , il faut avoir veu , et particu- » lièrement s'estre trouvé à divers sièges , » soit à la défence ou à l'attaque des places? » dont j'aimerois mieux l'attaque , parce » qu'on voit l'un et l'autre , ce qui ne se » fait si bien à la deffence. Vn qui ne s'est » jamais rencontré à ces occasions, se » trouve fort étonné lorsqu'il y est ; tout » l'embarrasse , et ne sçait quelle résolu- »tion prendre : tout ce que fait l'ennemi » luy donne crainte , parce que tout lui » est impréveu. Voir vne puissante armée, ^ qui l'environne de tous costez , tant de » canons qui tirent sans cesse , et les tran- » chées qui se font si promptement (au » moins les premières); lui font penser » que sa place est autrement attaquée que » les autres , et qu'il est impossible de » tenir contre de si violens efforts \ et
» croyent qu'ils ont fait leur devoir , et » qu'ils se peuvent rendre , lorsqu'il fau- 3) droit qu'ils commençassent à bon escient j) à se dépendre : les exemples que nous » avons veus m'en font ainsi parler.' Au 5) contraire , vn homme qui s'est trouvé h » plusieurs sièges , s'asseure qu'il verra » bientost périr la meilleure partie de cette » armée , que ce tiraillement de canon ne » luy peut faire aucun mal : que les pre • 5) mier travaux sont fort aisez à advancer , » ne s' entonne jamais de ce qui arrive 7 » parce qu'il prévoit ce qui doit arriver, où j> sL quelque chose se fait contre son opi- » ni on , l'-expérience et le jugement lui «fournissent des moyens d'y remédier :
«bref, il sait ponctuellement comme il » faut que les ennemis marchent , les ef- » forts qu'ils peuvent faire , et les résis- » tances qu'il leur peut opposer , et scait » jusques à quel point il peut et doit tenir, » et ne se rend que lorsqu'il a fait tout ce » qu'un homme d'honneur peut faire.
» Il faut qu'un gouverneur aime sa v place , comme la chose qui luy est plus » chère au monde , et d'où dépend son- » honneur et sa. vie , parce qu'il doit se «proposer, en y entrant, qu'après la j> perte de sa place il ne doit plus vivre ;
DES PLACES FORTES. hQ t
» c'est pourquo y il doit avoir autant Je » soin de sa conservation comme de soi- » même , et doit toujours penser comme » il pourroit la rendre meilleure , mieux » gardée et mieux musnie. Et en temps » de paix , il doit prévoir à tout ce qui luy « pourroit arriver en temps de guerre > et » se fournir , lorsqu'il n'en a pas besoin , » de ce qu'il croit qu'un jour lui sera fort «nécessaire : c'est vne mauvaise coustume » d'attendre à fortifier et munir les places » jusqu'à la veille qu'on craint d'être attaj) que , difficilement péut-on faire avec si «grande haste ce qu'on a bien de la peine « de faire en plusieurs années ; c'est pour- » quoy on y doit pourvoir de bonne heure, » si on ne veut pas être surpris ; car pour »moy^ je ne trouve point d'excuse plus » impertinente pour vn gouverneur , ou » pour tout autre qui a vn grand comman- » clément en chef, de dire , qui eustpen- » se cela ? Il doit penser à tout ce qui «peut arriver, ou il est incapable des « charges de si haute conséquence.
» Enfin je coucluray avec cette proposi- » tion , qu'il me semble qu'il xiy a point » de charge dans la guerre , avec laquelle » on puisse acquérir plus d'honneur et de « réputation, qu'en celle de gouverneur ,
» lorsqu'il est attaqué et qu'il se deffend
» dans une bonne place. On présuppose
» toujours que celu j qui attaque vue place
j) vient avec assez de N force pour îcm-
» porter , et qu'enfin toute place attaquée
5> doit être prise ; c'est pourquoy siceluy-
« là ne la prend pas, il mérite plus de
»blasme qu'il n'acquiert d'honneur en la
j) prenant , parce que l'vn est directement
» contre ce qu'on s'est proposé } et sup-
j) pose manquement ; l'autre est comme
3> vne chose qu'on estoit bien assuré devoir
» arriver ainsi. Mais vn qui deffend vne
» place , premièrement il est seul ? et
» tout ce qui se fait luy est attribué , soit
» bien ou. mal. La deffence dépend de la
» conduite et de l'intelligence de celui qui
33 l'ordonne et bien peu de la fortune ; s'il
>3 se deffend si bien qu'il contraigne l'en-
3> nemi à lever le siège, ce sera comme
33 vne merveille et contre l'opinion de tous ;
»mésme de se deffendre plus qu'on ne
>3 croit pouvoir tenir ; on attribue tout
33 cela au courage et à l'intelligence de ce-
» luy qui commande dans la place. Enfin,
33 j'estime que ccluy qui fait lever vn
>3 grand siège , acquiert plus d'honneur
33 que celui qui gagne vne bataille -, parce
» que soutenant si long-temps , il deffait
» une armée, conserve ses soldats, la » place et TEtat du Prince. »
On ne sera pas surpris de tout ce qu'exige de la part d'un gouverneur , le brave chevalier de Ville , lorsqu'on réfléchira sur l'importance et là difficulté de ses fonctions. Ce n'est ])as seulement d'une action d'éclat que dépend le succès, c'est, à proprement parler, d'une suite non interrompue d'actions d'éclat. Ce n'est pas assez qu'il paie de sa personne , il faut qu'il ait le don de se faire seconder avec zèle : il a besoin du plus grand sangfroid, de l'application la plus soutenue, pour tout connaître, tout prévoir, tout ordonner, et l'activité doit briller dans ses jeux ; il faut que tout s'anime à sa voix , que tout s'électrise à son aspect y que tout s'enflamme de ses regards , que son visage inspire la confiance , rende le courage aux faibles , impose aux mai -intentionnés. I aimerais mieux , disait le général athénien Chabrias , une année de cerfs commandée par un lion , qu'une armée de lions commandée par un cerf.
Le soldat suit presque toujours l'exemple de ses chefs ; c'est dans leur contenance qu'il voit ce qu'on a droit d'attendre
de lui , et rarement voit-on des actes de Faiblesse sous un commandant intrépide.
Au siège de Bude par Soliman II , en r5^9 , la ville ayant capitulé , la garnison, défila devant les janissaires , qui insultèrent les soldats et leur reprochèrent leur peu de courage , quoique la place eût été bien défendue , mais non peut - être jusqu'à la dernière extrémité. Un soldat allemand justement irrité , se tourna vers l'un de ces janissaires : Qu'as-tu à me reprocher , lui dit -il ? je ne commande pas , f obéis.
Il est certain qu'une garnison Lien dirigée , Lien munie de ce qui lui est nécessaire , peut faire lever le siège à une armée dix fois aussi nombreuse qu'elle ; mais il faut que le chef le veuille et qu'il soit résolu de périr plutôt que de céder. Un service régulier et même bien exécuté ne suffit pas ; il faut de l'enthousiasme , il faut qu une grande passion soit l'âme d'un grand ensemble -, partout où Ton ne réussira point à réunir ces deux choses , il n'y a rien à espérer ; on sera toujours réduit à une défense limitée et soumise au calcul.
Toutes les actions célèbres en ce genre sont dues à un genre quelconque d'exalta-
tion. Dans l'antiquité , lorsqu'un peuple entier défendait sa capitale , cette exaltation e'tait l'impérieuse nécessité , la première de toutes les lois. Chez les Grecs et' chez les Romains, ce fut l'amouj^de la patrie ; au temps des croisades et de la chevalerie, ce fut un sentiment mixte de piété , d'honneur et de galanterie ; lors de la fondation des républiques helvétique et batave , ce fut la haine de la tyrannie ; l'histoire de la ligue nous montre ce que peuvent le fanatisme et l'esprit de faction; enfin, les sièges de Calais, d'Orléans , de Saint-Jean-de-Losne , prouvent que îa fidélité au Prince peut aussi devenir une grande et généreuse passion.
N'espérons pas obtenir des effets sans cause un dévouement héroïque sans un ressort qui éiève puissamment l'homme au-dessus de lui-même. Combien sont donc coupables ceux qui cherchent à Comprimer ce ressort , à raisonner quand il ne faut qu'agir y à ralentir enfin l'impulsion d'un sentiment qui ne se définit pas, mais qui est. l'unique principe de tout ce qui se fait de beau et de grand dans le monde !
Un homme de cœur s'indigne à In seule pensée qu'il faudra imirpar capituler/ Les Espagnols assiégeant la ville deBènesous Henri II > le maréclial de Brissac proposa au fameux Biaise de MontkiC; de se jeter dans la place pour la défendre. Mais Montluctémoignabeauooup de répugnance à s'en charger , parce qu'il craignait d'être obligé de se rendre faute de subsistances. Que ferai- je ? dit-il, dans une ville où, sous trois jours , les soldats mourront de faim ? Je ne sais pas faire des miracles. — Si vous étiez dans la place , lui dit le maréchal , je la croirais sauvée; du moins vous obtiendriez une capitulation honorable. — Que me ditesvous là y Monsieur, répondit Montluc ; f aimer ois mieux être mort que de voir mon nom en pareilles écritures : il se jeta cependant dans la place , et la défendit si courageusement , qu'il en fit lever le siège.
Je crois pouvoir me dispenser de répondre longuement à ceux qui avancent , que se défendre avec une si grande opiniâtreté dans les places fortes y c'est faire rétrograder les mœurs vers les siècles de
la barbarie : ear qui ne voit tout de suite quel est le but perfide de cette observation ? Qui ne sait que c'est au contraire par un système de frontière , défendue isolément place par place jusqu'à ia dernière extrémité , qu'on prévient le plus efficacement les irruptions faites à la manière des barbares ?
Je ne répéterai point ce que j'ai déjà dit à ce sujet dans le chapitre précédent , il me suffit de rappeler que dans l'antiquité , comme encore au-, jourd'hui chez les peuples non policés, une seule bataille décidait du sort de l'Empire, parce qu'ils n'avaient point de forteresses et que le carnage était toujours affreux et général ; que chez nous au contraire , par le système des places fortes , on sauve l'ensemble par le sacrifice momentané d'un seul point; que dans tout le reste de l'Empire les citoyens vivent dans la sécurité la pins profonde , et se livrent tranquillement à leurs occupations habituelles , quoique souvent très -voisins du théâtre ou la guerre est le plus animée.
Quaut aux prétendus calculs dont
nous avons dit un mot ci - dessus ? et par lesquels on croit pouvoir assigner la durée du siège dont une place est susceptible , et l'e'poque de sa reddition , nous tâcherons de les apprécier dans le chapitre suivante