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la faiblesse de tous les systèmes connus jusqu'alors , et particulièrement de celui de M. de Cormontaingne lui - même ; lequel d'après ses propres calculs et dans le cas le plus favorable , qui est celui de la ligne droite , ne peut tenir plus de 4° jours de tranchée ouverte.
Ainsi se forma cette opinion très -fausse et très- préjudiciable , que les places né sauraient se défendre long-temps , qu'elles sont prcsqu'inutiles , et qu'il vaudrait mieux employer les dépenses qu'elles entraînent y en augmentatio-Ti de forces actives. Cette opinion qui a eu beaucoup de vogue en France , quelques années avant la révolution , en aurait , si elle eût pu prévaloir, infailliblement entraîné la ruine , pendant cette crise terrible , où elle a été sauvée maintes fois par la résistance de ces places > et particulièrement par celles de Landau r Lille > Maubeuge.
Cette même opinion avait déjà séduit Joseph II y empereur d Allemagne , et l'avait déterminé à démolir ou faire démanteler les places fortes de la Belgique : aussi cette belle contrée , qui avait été pendant tant de siècles le théâtre de la guerre , sans être conquise , le fut par les Français en une seule campagne et sans
retour , pendant cette même révolution , qui semblait devoir entraîner leur extermination et le démembrement de leur pays.
Je reviendrai sur les calculs de M. de Cormontaingne. A la mort de cet officier général , ses mémoires et papiers furent confiés à M. deFourcroy, pour en faire l'analyse et en tirer ce qui s'y trouverait d'utile. M. de Fourcroy était un officier général du même corps , recommanclable par ses services ; mais il avait peu de lucidité dans l'esprit ; il voulut mêler ses propres idées , qui n'étaient pas toujours heureuses , à celles de M. de Cormontaingne ; il s'enveloppa d'un certain langage , moitié mystérieux , moitié scientifique > et finit par ne donner qu'un fort mauvais ouvrage , qu'il publia , au nom des officiers généraux du corps du génie , sous le litre de Mémoires sur la fortification perpendiculaire.
Les fonctions de premier inspecteur général des fortifications , qu'exerçait M. de Fourcroy, ayant imprimé à ses écrits une espèce de sanction y il est nécessaire d'en détruire l'effet par une courte réfutation.
Pour mettre dans tout son jour rin-
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croyable absurdité des calculs de M. de Fourcroy , il suffira d'analyser l'exemple principal allégué par lui-même. Voici donc son raisonnement.
Une fortification quelconque , dit- il , est d'autant meilleure , qu'elle est susceptible d'une plus longue défense , et qu'elle coûte moins : donc son mérite doit être représenté par le quotient du nombre de jours qu'elle peut tenir , depuis la tranchée ouverte , jusqu'à la reddition de la place y divisé par la dépense de sa construction. C'est ce quotient que M. de Fourcroy appelle le moment de la fortification , et ce qu'il prend , comme oa vient de le dire y pour la véritable échelle de son mérite ou de sa valeur, comparativement à toute espèce de fortification.
En appliquant cette théorie aux valeurs relatives de deux fronts de fortification moderne , c'est - à - dire , construits suivant les principes de M. de Cormontaingne , l'un appartenant à l'hexagone , l'autre au dodécagone réguliers, il établit le calcul suivant :
Le nombre de jours de tranchée ouverte devant le front hexagonal est de . 22 jours.
Le nombre de jours de tranchée ouverte devant le front dodécagonal est de 3o jours.
Les dépenses des deux fronts sont égales ; donc , suivant le principe des momens posé par M. de Fourcroy , le mérite du front hexagonal est au mérite du front dodécagonal comme 22 est à 3o> ou comme 1 1 est à 1 5.
Appliquons maintenant le même principe donné comme général par M. de Fourcroy , non pas comme ci - dessus à deux fronts seulement, mais à deux places entières. Supposons qu'on fasse bâtir deux places neuves entières , Tune hexagonale, l'autre dodécagonale , et proposons -nous de trouver le mérite comparatif de ces deux places avec l'échelle de M. de Four** croy. Nous dirons donc :
Le nombre de jours de tranchée ou verte devant le front de la place hexagonale est de 22
Le nombre de jours de tràn*chée ouverte devant le front de la place dodécagonale est de 3o
Les dépenses des deux places sont entre elles comme 1 est à 2, puisque la se* coude place contient deux fois autant d<3 fronts que la première, et qoe les dé*
penses de tous ces fronts sont égales* Donc , suivant le principe des momenS; le mérite de la place hexagonale est au mérite de la place dodécagonale comme V est à g~ ou comme 22 esta 1 5. Ainsi d'après ce nouveau calcul strictement établi comme le premier sur leprincipe général des momens de M. de Fourcroy , la place hexagonale aurait un mérite bien supérieur à celui de la place dodécagonale , tandis que par le premier , c'est le front dodécagonal qui l'emporte sur l'autre.
La cause de cette contradiction , que l'auteur sans doute n'avait pas prévue, est visiblement le vague des mots , tels que celui de mérite , qu'il a voulu assujettir à un calcul mathématique. De plus , il a négligé dans son appréciation les principaux élémens de l'objet à considérer, par exemple la perte des hommes de part et d'autre ; car comment l'assiégeant continuera-t-il ses opérations , si on lui tue la plus grande partie de son monde avant qu'il puisse arriver au pied de la brèche ? et qui ne voit d'ailleurs, en s'en tenant aux seuls élémens mis en œuvre par M. de Fourcroy , qu'une seule place qui pourrait soutenir un siège d'un an , serait bien
préférable en général à quatre autres , dont chacune ne pourrait tenir(]ue trois mois ? puisque celles - ci pourraient être enlevées toutes les unes après les autres , par une force médiocre ; tandis que pour prendre la première , il faut une force majeure et des préparatifs immenses > souvent supérieurs à tous les moyens de l'assiégeant : que de plus" il faudrait, continuer le siège pendant l'hiver, ce qui ruine l'armée el donne à l'ennemi le temps de ramasser des troupes nombreuses pour venir au secours de la place , ou pour former ailleurs une diversion puissante.
En voilà assez sur la théorie de M. de Fourcrov. M. de Cormontainsne n'avait pas donné dans de semblables écarts : il s'était borné à mesurer la force des places par la durée de leur résistance. L'expérience , disait - îl , apprend qu'il faut tant de temps à un certain nombre de travailleurs pour fouiller une toise cube terre,, tant pour exécuter telle longueur de tranchée., tant pour tel rameau de mine, tant pour construire une batterie, tant pour faire un épauleraient, donné , tant pour faire une brèche proposée. Or, comme les travaux d'un siège quelconque se composent toujours d'une série de
semblables opérations, et que cette série est connue pour chaque cas par la théorie des attaques de M. de Vauban , il n'y a aucun siège dont on ne puisse calculer la durée , et par conséquent , aucune place dont on ne puisse évaluer la force.
Ce raisonnement , très-plausihle en apparence , est cependant très - faux et trèsdangereux : il est faux, en ce qu'il repose sur des abstractions qui ne doivent point avoir lieu ; il est dangereux , en cefju'il offre pour maximum de la défense ce qui n'est que le minimum ; qu'il en résulte la persuasion générale que les placesne sauraient se défendre long-temps; que les défenseurs en sont découragés , et qu'un gouverneur croit avoir fait beaucoup quand il a atteint ce prétendu maximum , lorsqu'au contraire il n'a fait qu'une trèsmédiorre défense. .
Les abstractions que fait M. de Cormontaingne sont celles des coups de main, tandis qu'il est prouvé par l'histoire qu'il n'y a jamais eu de belles défenses , de défenses prolongées, que par les coups de main. Voici le texte de M. de Cormont aingne.
« La force des places de guerre , ou la
» durée de leur défense varie beaucoup , » comme nous l'avons dit, par des cir- » constances totalement indépendantes du » plus ou moins d'intelligence dans l'offi- » cier qui en a dirigé la fortification. Le » nombre des troupes qui s'y trouvent, » l'état et la quantité de toutes ses muni- » tions ; la fermeté et le degré de capacité » de l'homme qui y commande , ainsi que » de tous ses aides ; toutes ces causes in- »fhient infiniment sur la résistance d'une » place ; de même la conduite, bonne n ou mauvaise > de l'assiégeant , compati rée à celle de l'assiégé , peut abréger ou » prolonger la durée d'un siège. Ce sont » là des accessoires dans l'examen des- J) quels nous n'entrerons pas ici , et qui » auront leur place dans-le Mémorial pour »la défense et dans celui pour l'attaque » des places ; nous voulons seulement «discuter ce qui résulte pour leur force , » de la bonne ou mauvaise disposition des » ouvrages.
» INous avons un excellent moyen d'en » juger, dans le calcul de leurs attaques » dépouillé de tous ces accidens -, nous » pouvons supposer dans l'assiégeant l'art » de pousser ses travaux, suivant les règles «ordinaires, aussi rapidement qu'il est
» prudent et possible de le faire vis-à-vis » d'une garnison qui voudroit se bien dépendre ; n'admettre cependant de la part » de l'assiégé aucun usage des ressources » qu'il pourroit tirer de son industrie , «comme sorties , fourneaux, contre - .» approches , coupures ou retranclie- » mens , etc. ; le supposer seulement de i> pied-ferme dans tous ses ouvrages et fai- » sant feu sur les attaques, jusqu'au mo- » ment où le premier assaut le force à les » abandonner. » . N
Ainsi M. de Cormontaingne n'admet dans ses calculs que l'effet des armes à feu; il y néglige convoie accessoires , comme de simples accidens 7 la bravoure et l'industrie 5 or ce soiit cependant ces accessoires précisément qui font les défenses brillantes et prolongées ; il ny eut jamais, sans eux , que des défenses communes, un minifiiam de défense , le m txiwium ne pouvant avoir lieu que par ces prétendus accessoires.
Cependant , quel doit être notre objet?
est-ce 'd'obtenir le minimum ou le maximinn de la défense ? En vain M. de Gormontaingne annonce pour sa théorie des correctifs qui auront, dit -il, leur place
dans le Mémorial pour la Défense. Je ne trouve point ces correctifs dans le Mémorial sur la Défense , j'y vois seulement le détail de certaines chicanes capables de prolonger une défense de quelques jours, mais aucun de ces traits hardis qui forcent les ennemis de lever le siège ou de se morfondre plusieurs années devant une place. Quand même ces grands moyens se trouveraient dans le Mémorial de la Défense , comme l'annonce M. de Cormontaingne , l'impression faite n'en resterait pas moins , il n'en serait pas moins dit et il n'en demeurerait pas moins constant dans l'opinion , que les places fortifiées par M. de Cormontaingne lui-même > ne peuvent tenir au-delà de 27 , 3o , 4° jours au plus , comme dans la fortification en ligne droite , qui est le cas le plus favorable.
On est sans doute étonné de voir que toutes les ressources de l'art, dirigées par les plus habiles maîtres , ne puissent , d'après leurs propres calculs , conduire un assiégé au-delà du 4oème jour , et l'on se demande eomment il se fait qu'autrefois , lorsque les villes de guerre étaient à peine entourées d'une muraille , elles
tenaient cependant beaucoup plus longtemps.
La réponse ordinaire et qui se présente le plus naturellement , est que si l'art de fortifier les placés s'est perfectionné , l'art de les attaquer s'est encore perfectionné davantage ; que la poudre et les armes à feu ayant été inventées , toutes les défenses de l'assiégé se trouvent ruinées en peu de temps par les batteries de l'assiégeant , et ses remparts culbutés par les mines ; que cependant une sorte d'équilibre s'était maintenu entre l'attaque et la défense jusqu'au siècle de Louis XIV , mais qu'alors le génie de Vauban fit tout d'un coup pencher la balance du côté de la science des attaques. Et en effet, oiv fut tellement étonné de la chiite successive et précipitée des places les plus renommées jusqu'alors , qu'on n'osa plus , pour ainsi dire , songer à se défendre ; on crut pouvoir céder «ans déshonneur à un tel ascendant , et c'est ainsi que s'établit enfin cette maxime devenue triviale } qu'il n'y a point de place imprenable.
Cependant J'observe que l'invention de la poudre fournissait de nouvelles armes à l'assiégé aussi bien qu'à l'assiégeant ; que si elle avait donné à celui-ci l'art des
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mines , elle avait donné à l'autre l'art des contre-mines ; que depuis M. le maréchal de Vauban , on a vu encore de très-belles défenses ; qu'enfin cette triste maxime qu'aucune place n'est maintenant imprenable , fût-elle vraie , ne devrait jamais sortir de la bouche d'un homme investi de la confiance du Gouvernement , d'un Militaire à la fidélité duquel le Souverain a remis l'une des clefs de son Empire.
MaLnré l'autorité du nom de Cormon-
taingne , ses calculs ont déjà été critiqués par plusieurs officiers distingués du corps du Génie.
a II nous paroît assez difficile, dit le » général d Arçon, d'apprécier géornétri- » quément ce que vaudroient les saillies de » l'audace dans une place qui refuseroit aux » assiégeans la possibilité de développer » leur supériorité , qui les priveroit de » l'action des ricochets contre les faces les » plus découvrantes , qui leur ôteroit l'es- » pace nécessaire pour l'emplacement des » batteries de contre-flanc ; enfin une com- 3> binai son d'ouvrages qui, en conservant » aux défenseurs la faculté de multiplier les » retours offensifs, ajout croit aux avan- » tages physiques ; les dispositions les plus
» propres à favoriser et à maintenir le cou- » rage desprit. Il existe nécessairement 5) beaucoup d'arbitraire sur ces sortes dé- » val nations. »
Nous voyons pareillement qu'en t tç)2 7 tin autre officier du même corps , qui depuis a été inspecteur-général des fortifications , avait cru devoir s'élever à la tribune de l'Assemblée nationale , au nom du Comité militaire dont il était rapporteur, contre ces calculs rétrécis des écoles sur la durée des sièges.
Le mal est qu'en adoptant pour la défense les mêmes armes que pour l'attaque, c'est-à-dire les armes à feu , on ait renoncé aux anciennes 7 comme moins avantageuses. Voilà l'erreur et la véritable cause du peu de défense des places actuelles. On pouvait et on devait employer pour la défense , les armes anciennes et les armes nouvelles , et on s'est borné aux dernières, qui sont bien plus utiles à l'assiégeant , mais qui le sont beaucoup moins a l'assiégé ; le premier doit procéder méthodiquement dans sa marche } il doit s' emparer,pied à pied de tous les refuges de l'ennemi; te! est le principe général de M. de \auban ; et la raison en est évidente ,
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puisque l'un avançant ton] ours 7 l'autre reculant toujours , il faut bien que celai - ci finisse par être entièrement chassé. Mais par la même raison, ce n'est point pied à pied , c^est par des coups de main que celui-ci doit se défendre , qu'il doit attaquer successivement toutes les têtes d'ouvrage , non pas au loin , mais- sur ses propres remparts et sur les parties rapprochées ; car si l'assiégeant n'est pas en force pour soutenir ses travaux , ils seront détruits à mesure qu'ils seront poussés en avant , et s'ii est en force partout , c'est alors que l'assiégé faisant usage de son feu très-rapproché, ce feu sera nécessairement fort meurtrier pour celui qui devra le soutenir constamment.
C'est donc principalement sur les coups de main que doit être fondé le véritable système de la défense des places ? et si les armes à feu sont les plus avantageuses à l'assiégeant , l'arme blanche au contraire est la plus favorable à l'assiégé.
Et sans elle en effet , sans les combats corps à corps, sans la défense des brèches, nous ne voyons pas , qu'aucune belle défense ait jamais eu lieu > et jamais avec eux la plus mauvaise place n'a manqué de prolonger sa défense d'une manière inespérée.
Voilà une vérité constante , qui appartient à l'histoire ancienne comme à l'histoire moderne , aux siècles qui ont précédé l'invention de la pondre, comme à ceux qui Font suivie. Ce fait répond à ceux qui affectent d'invoquer sans cesse l'expérience du passé , pour se dispenser d'examiner aucune idée nouvelle. Cette expérience nous démontre ? qu'à moins qu'on ne parvienne à imaginer quelque moyen de résistance inconnu jusqu'à ce jour , aucune défense prolongée n'aura jamais lieu sans la remise en activité du combat corps a, corps : or c'est justement ce genre de combats qu'exclut formellement le calcul proposé par M. de Cormontaingne : faut-il donc s'étonner que sa plus longue défense soit au plus de 4-0 jours ?
Suivant le journal que donne cet officier général , de l'attaque d'un hexagone , fortifié suivant son propre système > la défense ne peut aller au-delà du trente-cinquième jour, et il termine les travaux de cette journée par ces paroles : il est temps de se rendre. Grillon se fût écrié : il est temps de commencer à se battre : il eût dit comme au siège de Quillebœuf , Grillon est dedans et l ennemi dehors. 1 Ainsi lorsque Bay ard défendait les murs
de Mézières tout en brèche , M. de Cor* montaingne 7 son compagnon d'armes, lui aurait crié : iî est temps de se rendre t ainsi lorsque Guise réparait les brèches de Metz sous les feux redoublés de l'ennemi, M. de Cormontaingne , son compagnon d'armes , I-ù aurait crié : il. est temps de se rendre. M. de Gormontaingne était surement brave 7 il l'a prouvé souvent : iîr avait ce courage réfléchi 7 qui soumet tout au calcul , au milieu même du danger \ mais non ce courage bouillant , ce courage d'exemple qui entraîne à sa suite une garnison valeureuse sur la brèche , qui culbute les ennemis , les poursuit, renverse leurs travaux , et détruit en une heure , ce qui a coûté un mois de fatigue à l'assiégeant. „ C'est le zèle de la perfection en tout * qui a engagé i\l. de Gormontaingne à rechercher ce degré de précision : mais c'est un zèle mal entendu. IL est aisé de concevoir les fâcheux effets qui doivent en être le résultat* Un gouverneur croira avoiif fait beaucoup , comme je l'ai déjà dit 7 s'il a défendu sa place 4<> jours , puisque c'est le maximum fixé par la théorie. JLe soldat qui sait n'avoir que 4o jours au plus de défense ? et ne pouvoir aspirer à la gloire
de faire lever le siège , n'attache pas beaucoup d'importance à tenir deux ou trois jours de plus ou de moins ; il perd toute son énergie ? ou va mollement > ou ne songe qu'à mettre sa responsabilité à couvert ; on obtient enfin une espèce de marche rétrograde mesurée 7 qu'on appelle une belle défense , et qui n'est souvent qu'une vaine et hâtive consommation de tout ce qui était dans les magasins.
Puisque les plus célèbres ingénieurs reconnaissent que la théorie ne fournit par elle-même aucun moyen de prolonger la défense des places > tandis que l'expérience a prouvé que cette défense peut être bien au-delà prolongée ; il faut bien que dans les calculs il y ait un élément essentiel de négligé. Cet élément , c'est la valeur., la valeur qui ne saurait en effet se calculer. Si nous voulons que nos places résistent, comme ont résisté les places de Mézières , de Metz, de Masiricht, de Graves; il faut que nous les défendions comme ont fait les Bavard , les Guise" , les Calvo , les Charmlii; c'est-à-dire, quil faut que nous nous présentions sur la brèche , que nous y soutenions l'assaut, non pas une fois seulement > mais jusqu'il ce que l'as-
siégeant soit hors d'état d'en livrer de nouveaux.
Quoi ! partout en rase campagne , le comLat corps à corps décide de la victoire , et ce combat ne sera point admis dans la défense des places ! /fous les postes à la guerre s'attaquent et se défendent à la baïonnette, et les remparts seuls, qui sont les postes les plus impoiians , les mieux fortifiés par le choix de leurs positions et par les travaux de l'art, les remparts^ dis-je, seront les seuls points où l'on n'osera paraître avec 1 arme reconnue de tout temps , pour la plus sure et la plus décisive entre les mains des Français. Et un ville de guerre pour laquelle auront été faits les plus grands sacrifices , qu'on aura pourvue de tout ce qu'exige une longue résistance , sur l'appui de laquelle on aura compté pour la sûreté de l'intérieur , pendant qu'on a porté la masse des forces au dehors pour une expédition lointaine : une telle place , dis-je , aura tenu à peine un mois , qu'on y parlera déjà de capitulation : au bout de 35 jours on entendra des chefs annoncer qu'il est temps de se rendre, tandis qu'on a vu de misérables bicoques tenir des années , et forcer enfin l'ennemi d'abandonner son entreprise : tan-
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dis qu'on a vu un simple Blockhausen arrêter les Français eux - mêmes , pendant près de i5 jours, au dernier siège de Danlzik , pour le couronnement du chemin couvert et le passage du fo^sé.
La fortification serait d'un bien petit avantage, si elle ne pouvait procurer qu'un appui si faible et si précaire ; et il n'est pas étonnant e* ïc des généraux , fondés sur ces résultats du calcul , nient soutenu leur parfaire inutilité. Mais heureusement ces calculs sont faux , les places fortes sont d'une importance bien supérieure à celle que leur supposent leurs plus zélés partisans -, et l'expérience a montré mille fois (rue sans elles-, il n'y a rien d assuré au dedans , aucune entreprise majeure à faire au dehors. De ce que les meilleures places ne peuvent , suivant certains calculs , prolonger leur défense au-delà de 4° jours, tandis qu'on a vu les plus mauvaises tenir des années entières , on aurait grand Jtort d'en conclure qu il est presque indifférent d'avoir des places bien ou mal fortifiées. Les places sont des machines qui multiplient la puissance en raison de la longueur des leviers. Une place bien fortifiée réduit l'ennemi à une brèche étroite , tandis qu'une mauvaise expose le* renipartsà être ouverts
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à la fois de tous côtes ; la première prend des flancs et des revers sur l'ennemi dans tons les points qui en sont susceptibles; elle ralentit la marche de l'assaillant , la rend très-périlleuse , protège au contraire les coups de main de l'assiégé , et assure sa retraite pour lui procurer de nouveaux retours offensifs ; elle multiplie les pertes de l'un ; elle- diminue celles de l'autre ; elle exige du premier des préparatifs" immenses et souvent supérieurs à tous ses moyens ; elle les épuise et le met hors d'état de rien entreprendre déplus, tandis qu'elle économise et tient en sûreté le matériel du second ; en un mot , elle met celui - ci en état de résister à un ennemi dix fois aussi fort que lui , non pas un mois seulement , mais indéfiniment , en raison des subsistances et des munitions qu'il a pu réunir et renfermer avec lui dans sa place.
M. le maréchal de Saxe n'aimait point les places fortes ; mais c'est qu'il regardait comme une chose impossible qu'elles fassent toutes suffisamment approvisionnées , et c'est précisément parce qu il les regardait comme susceptibles d'une très-longue défense , qu'il en regardait l'approvisionnement comme si difficile.
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« Les richesses d'un prince , dit -il , ne j) s'étendent pas à faire de pareils magasins, » pour tout un pays , dans toutes les places » qursont en risque d'être attaquées. Et » quand il auroiî la pierre philosophale , il »nele pourroit pas , parce qu'il mettroit » la famine dans ses Etats.
» Les sièges que l'on a faits en Bradant «n'auroienî pas eu des succès si rapides, » si les gouverneurs n'avoient pas calculé le » temps de leur résistance avec celui de la » durée de leurs f ivres ; c'est pourquoi » ils desiroient autant que rennemi , que » la brèche fut bientôt prête , pour pou- » voir se rendre honorablement ; et malgé » cette bonne volonté mutuelle , j'ai vu )> plusieurs gouverneurs être obligés de le » faire , sans avoir eu l'honneur de sortir » par la brèche. »
Mais ce qui prouve que M. de Saxe avait grande confiance dans la longue durée de la défense dont les bonnes places , bien approvisionnées , sont susceptibles , c'est qu'il propose lui-même un système de fortification qu'il attribue au roi de Pologne , son père , et qu'il regarde comme à peu près imprenable.
Les autres réflexions de cet habile gé-
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aérai , sur l'objet dont il s'agit , doivent être citées ; elles imprimeront l'autorité d'un nom célèl)i e , aux vérités importantes rjue nous avons déjà démontrées.
« C'est cependant sur la fin d'un siège , m dit - il ; où il faut marquer plus de vi- » gueur ; parce que c'est alors qu'il est » question de coups de main -, et que plus » vous marquez de vigueur ; plus l'ennemi » se dégoûte , parce qu'alors les maladies » se mettent dans son camp , que les foui> :» rages et les vivres lui manquent , et enfla » que tout concourt à sa ruine , ce qui dé- » courage et officiers et soldats: si avec » cela ils sentent que la résistance devient » plus forte , et qu'elle augmente à mesure » qu'ils se flattent de la voir diminuer > ils » ne savent plus où ils en sont , et se dé- » goûtent totalement. C'est pourquoi il » faut toujours réserver les meilleures trou- » pes pour les coups de main , ne leur pas » seulement permettre de mettre le nez » sur le rempart , et surtout ne les point » taire veiller , mais dès qu ils ont fait leur » expédition , les renvoyer à leur quartier.
»Pour revenir au feu du cliemin cou- » vert ou des remparts sur les- travailleurs
» pendant la nuit , ce n est que du bruit .... ; «c'est là que ^l'arme blanche brilleroit.
» En voilà assez, pour faire connoitre que 33 les assiégés n'ont pas pendant le cours 5) d'un sie'ge , d'occasions plus avantageuses » de combattre l'ennemi , crue celles que d leur fournissent les ouvrages , pouvm j) que l'on puisse y communiquer aiséj) meut.
» Bien des gens s'imaginent que lorsque 33 la brèche est faite , il n'y a plus de salut , » et qu'il faut abandonner l'ouvrage ; il est » vrai que l'on ne sauroit guère empêcher » le logement , mais on peut les en chasser » et les obîiger à donner cent assauts, parce » que l'on peut s'y maintenir toujours plus 3> fort qu'eux , et leur tuer avec avantage 3> une -infinité de monde. Ils n'ont en ce 33 cas qu'un parti à prendre , qui est de faire 3) sauter l'ouvrage , et il y a apparence 3> qu'ils s'en aviseront un peu tard. Mais si 33 les ouvrages , quand il y a des fossés secs, 33 sont eontreminés de façon qu'il y règne 3> une galerie souterraine tout autour y Ten- » nemi ne pourra y rien faire avec la mine, 33 tant que je serai maître" de l'ouvrage , 33 parce que s'il creuse plus bas que moi, 3) il trouvera l'eau. Pour du reste , les 3) mines font plus d épouvante que de mal ,
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» et Ton trouve presque toujours moyen » de les éventer ou de les prévenir.
»J'ai toujours eu en tête un certain » ouvrage qui fut pris et repris trente - six » fois au siège de Candie : cet ouvrage a » coûté plus de vingt-cinq mille hommes » aux Turcs , et cela me donne bonne opi-, » nion de ceux qu'on peut r attaquer. Dans » tout le cours d'un siège , il n'y a point » d'occasions plus avantageuses pour com- » Lattre l'ennemi , que celles que ces » ouvrages fournissent , parce que l'on ne » sauroit être vu du dehors ; qu'il faut que » l'ennemi vienne toujours par la brèche , » et que s'il s'avise d'y mener du canon , » c'est du canon perdu pour lui. Enfin je «crois qui ne telle forteresse dégoûte roit » furieusement de l'envie que l'on a pour » les sièges. »
Ces paroles d'un grand général n'ont pas besoin de commentaires : avant de terminer ce chapitre , je citerai un, passage important du chevalier Folard.
« Les anciens avoient coutume de mu- » nir prodigieusement de vivres, les places » fortes menacées d'un siège , non pas » pour trois ou quatre mois, mais pour
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» trois ou quatre années tout au moins'} » deux raisons les y obii^eoieut ; la crainte » d'être bloqués et la loi inviolable de se » défendre jusqu'à la dernière extrémité. » Les modernes se précautionnent moins » à l'égard des vivres ,. comme dans le » reste : ils croient qu'il suffit d'un appro- » visionneraient de trois ou truatre mois , » dans les villes les plus fortes et les plus » importantes ; cela fait pitié. Je conviens » que la loi des résistances au degré le plus » extrême , est une chimère en ce temps- » ci y on la renvoie aux anciens et à nos » pères qui radotoient ; mais on devroit » considérer que l'ennemi bien informé » de l'état des choses , mesurant la force » de la place ? aux vivres qui sont dedans , « et à la dépense d'un long siège , aimera » mieux et gagnera plus , s'il est raison- » nable } à la prendre par un blocus, que }> par un siège dans les formes -, il sera du » moins assuré de s'en rendre le maître en « trois ou quatre mois ; faute de vivres , » car le siège peut durer tout autant par la » résistance des assiégés. »
Nous avons eu un bel exemple de cela , pendant la révolution ,; par la prise de Luxembourg, qui fut obligée de se rendre
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4 nous , après huit mois de blocus , faute de subsistances ; tandis cju'avec une défense médiocre , si elle eût eu des vivres, elle eût pu tenir beaucoup plus long-temps contre un siège en règle : ainsi nous fîmes sans perte d'hommes et sans consommation de choses , la conquête d'une des plus fortes et des plus importantes places de l'Europe, dans le plus bel état de défense , et remplie de munitions de guerre.
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