‹ De la defénse des places fortesChapitre 15 sur 33 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Pièces officielles relatives à T objet traité dans cette première Partie.

Nouvelles Lettres -Patentes délivrées far S. M. aux Gouverneurs et Commandans de Places. lois contre ceux qui sont prévenus de les avoir mal défendues.

La désuétude dans laquelle était tombé l'ancien formulaire des brevets délivrés aux gouverneurs des places , a décidé S. M. à leur donner de nouvelles lettrespatentes , où , en confirmant les dispositions des anciennes ordonnances , elle annonce la ferme résolution où elle est d'en maintenir désormais sévèrement l'exécution. INous allons donner la teneur de ces nouvelles lettres-patentes , appliquée à la place de Sas-de-Gand à laquelle S. M. a nommé le colonel Lafosse.

Nous rapporterons ensuite , conformément aux ordres de Sa Majesté > les jugemens rendus contre les commandans aç-

cusés d'avoir mal défendu les places qui leur avaient été confiées et les articles de lois rendues à ce sujet.

« NAPOLÉON , par la grâce de Dieu et les constitutions de l'Etat , Empereur des -^Français , R.oi d'Italie et Protecteur de la Confédération du Rfiin.

» La place de Sas-de-Gand étant menacée par l'ennemi 7 nous avons résolu de nommer pour commandant de cette place un officier d'une bravoure distinguée.

» Nous avons pris en considération les services du sieur Lofasse , colonel , et nous l'avons nommé; et nommons par ces présentas , commandant de la place de Sas-de-Gand. «

» Nous lui enjoignons de se rendre sur* le-champ dans ladite place de Sas- de ~ Gand , et de n'en plus sortir sous quelque ' prétexte que ce soit après son armement 9 d'inspecter et de visiter fréquemment les approvisionnemens de siège et les maga,sins d'artillerie > d'avoir soin qu'ils soient abondamment pourvus et conservés à l'abri des attaques de l'ennemi et de l'intern-

périe des saisons. Nous lui ordonnons de nous conserver cette place , et de ne jamais la rendre sous aucun prétexte. Il aura toujours devant les yeux les conséquences inévitables d'une contravention à nos ordres ; nous entendons et voulons qu'il courre les hasards d'un assaut , pour prolonger la défense et augmenter la perte de l'ennemi. Puis donc que la reddition de la place doit être le dernier terme de tous ses efforts, et le résultat d'une impossibilité absolue de résister , nous lui défendons d'avancer cet événement malheureux par son consentement , ne fût-ce que d'une heure, et sous le prétexte d'obtenir par là une capitulation plus honorable.

» Nous voulons que toutes pes fois que le Conseil de Défense sera réuni } pour consulter sur les opérations y il y soit fait lecture desdites lettres-patentes à haute et intelligible voix.

«Donné le dixième jour du mois d'août ; an de grâce mil huit cent - neuf , de notre règne le sixième. ».

En conférant au général Colaud, sénateur et gouverneur d'Anvers /le ccm*

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mandement de cette place , Sa Majesté a employé les mêmes expressions; mais elle y a ajouté plusieurs particularités importantes relatives à la localité; c'est pourquoi je pense qu'il est convenable de rap- .porter encore ici ces lettres-patentes.

« NAPOLÉON , par là grâce de Dieu et les constitutions de l'Etat, Empereur des Français , Roi d'Italie, Protecteur de la Confédération du Pvliin.

» La place d'Anvers étant en état de siège, nous avons résolu de nommer, pour commandant de cette place , un officier d'une bravoure distinguée, dont nous aurions éprouvé le zèle et la fidélité dans maints combats.

»TSrous avons pris en considération les services du général de division, sénateur Colaud y et nous lavons nommé et nommons par ces présentes commandant de la place d'Anvers , en état de siège.

Conformément a notre décret du 1 1 de ce mois , qui le nomme gouverneur de cette place , nous lui enjoignons d'être

rendu avant le dans ladite place

d'Anvers , et de ne plus sortir de ses rem* parts au moins au-delà dune portée de fusil de ses ouvrages avancés , sous quel*

que prétexte que ce soit , d'inspecter et de visiter fréquemment les approvisionnemens de siège et les magasins d'artillerie , d'avoir soin qu'ils soient abondamment pourvus et conservés à l'abri des attaques de l'ennemi et de l'intempérie des saisons. Nous lui enjoignons de prendre toutes les précautions pour accroître lesdits approvisionnement et pour que les habitans aient un approvisionnement aussi considérable que les circonstances peuvent le permettre , et qui surpasse même proportionnellement celui de la place. Il fera faire par des commissaires civils et militaires les vérifications , pour constater l'existence desdits approvisionnernens , dans les quarante-buit beures qui suivront son arrivée à Anvers ; il obligera les babitans à se pourvoir de futailles et de baquets , à les entretenir constamment remplis d'eau ; trois inspecteurs , nommés pour chaque rue , feront ensemble des visites domiciliaires pour ^.'assurance de l'exécution de ceîordre. Il ordonnera que les pompes à incendie soient mises dans le meilleur état de service ; il les placera en réserve dans des lieux à l'abri , autant que possible , du feu des ennemis : ii prendra les mesures nécessaires pour ea

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augmenter le nombre. Il formera un approvisionnement de fascines nécessaires pour les gabionnages ? de palissades de rechange , et il fera rassembler tous les bois de blindage qu'il pourra se procurer. »Nous lui ordonnons de nous conserver cette place , et de ne jamais la rendre sous aucun prétexte. Dans le cas où elle serait investie et bloquée , il doit être sourd à tous les bruits répandus par l'ennemi , ou aux nouvelles qu'il lui "ferait parvenir. Il n'en résistera pas moins à ses insinuations comme à ses attaques j et ne laissera point ébranler son courage. Sa règle constante doit être d'avoir le moins de communications que possible avec l'ennemi; il aura toujours devant les jeux les conséquences inévitables d'une contravention à nos ordres , ou d'une négligence à remplir les devoirs qui lui sont imposés. Il n'oubliera jamais , qu'en perdant notre estime , il encourt toute la sévérité des lois militaires, et qu'elles condamnent à mort tout commandant et son état- major , s'il livre la place y lors même que deux lunettes seraient prises et le corps de la place ouvert. Dans le cas où l'ennemi aurait fait sauter la contrescarpe , il faut en prévenir les suites , en se retranchant dans l'intérieur des bas-

lions. Enfin nous entendons et voulons qu il courre les hasards d'un assaut pour prolonger ia défense et augmenter la perte de l'ennemi. Il sonnera qu'un Français doit compter sa vie pour rien , si elle doit être mise en balance avec son honneur, et cette idée doit être pour lui et pour ses subordonnés le mobile de toutes ses actions. Puis donc crue la reddition de la place doit être le dernier terme de tous ses efforts , et le résultat d'une impossibilité absolue de résister , nous lui défendons d'avancer cet événement malheureux , par son consentement , ne fut - ce que d'une heure , et sous le prétexte d'obtenir par là une capitulation plus honorable.

» ]Nrous voulons que toutes les fois que le Conseil de Défense sera réuni pour consulter sur les opérations y il -y soit fait lecture desdites lettres -patentes , à baute et intelligible voix.

» Donné le 1 1 août 1 809 , et de notre règne le sixième. »

L'histoire de France a heureusement à citer peu de faits , contraires à l'honneur des militaires auxquels la défense des forteresses a été confiée dans tous les temps.

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Bien des places ont été rendues par ignorance , quelques -unes par faiblesse, presque point par trahison. Voici ce que dit sur cela M. de Feuquières.

«Pour entrer h pi ésent dans le détail » des sièges dont la conduite, dans la dé- » fense a été assez mauvaise pour obliger » les princes à taire punir par des conseils » de guerre y des gouverneurs qui ont » rendu mal à propos les places qui leur » avoient été confiées; je commencerai ?> par celui de Naérden , en Tannée i6~d , » assiégé par M. le prince d'Orange et dé- » fendu par M. Dupas.

h M. de Luxembourg qui commandoit » daus les conquêtes du roi en Hollande > » entra dans la place quelques heures avant » qu'elle fut investie , et en étoit parti » après avoir concerté avec M. Dupas , de î> le secourir dès que la cavalerie seroit » rassemblée.

» Ce gouverneur à qui la tête tourna » dès qu'il vit l'armée ennemie campée » autour de sa place , la rendit avant que » l'ennemi fût seulement maître du che- » min couvert , et signa une capitulation, » contre le sentiment des principaux ofli- » ciers de sa garnison. Le roi envoya ordre

» à M. de Luxembourg , de faire assem- » hier un conseil de guerre , devant le- « quel l'affaire fut portée et le procès de » M. Dupas instruit. H fut dégradé des » armes eu présence des troupes mises en » bataille pour ce sujet , et condamné à » une prison perpétuelle. La raison pour » laquelle le conseil de guerre ne le coïi- » damna point à mort , fut qu'il ne se » trouva point d'ordonnance qui condam- » nât un poltron à perdre la vie. »

Ce commandant fut cependant plus malheureux que coupable. Sans doute la tête lui tourna dans cette occasion, comme le dit M. de Feoquières > mais il était né brave. L'année suivante , il obtint de servir comme simple volontaire au siège de Grave , où il se fit tuer.

» En 1703, M. le duc de Bourgogne » assiégea et prit le vieux Brisacb. L'Ein- »pereur mal content de la conduite du «gouverneur , le fit arrêter et mettre au » conseil de guerre qui le condamna à » avoir la tête tranchée. Le comte de » Marsillj qui étoit aussi dans la place > fut » par le même conseil de guerre dégradé » des armes. ,

«Ilpourroit Lien y avoir quelque chose » à redire dans la conduite de ces deux 3) commandans, et je rapporte cet exemple, » seulement pour faire voir que les autres 33 princes sont plus sévères que nous , et » punissent rigoureusement ceux qui dans 3> la défense des places qui leur sont com- 3) mises , font des fautes qui en causent 3) trop tôt la perte : en quoi je ne les )> blâme point.

33 En ces entrefaites (est-il dit dans la relation du siège de Metz) fut découverte » l'entreprise du Bastard de Fontanges et » de Clavières , soldats de la compagnie 33 du capitaine Bahus y qui avoient quel- 3) que pratique avec l'Empereur , laquelle y du commencement, ils avoient fait sem- » blant de mener avec le sceu de M. de 33 Gujse : par le moyen de quoi on t;spé- 3> roit s'en prévaloir ; mais il fut trouvé, » qu'ils avoient incliné du costé de l'en- » nemy , et fait d'autres menées qu'ils cé- » loient à M. de Guyse , bien domma- 3> geables au service du roy ; mesme soubs 33 couleur de faire entrer un simple soldat 33 dans la ville , y avoient mis un ingénieur >3 de l'Empereur : ils furent retenus pri- 3> sonniers ; et peu après ledit Clavière 33 mourut de maladie , de qui la tête fut

»Tnise sur la porte de Champagne,, et le » Bastard ayant confessé la vérité du fait ? » il fut exécuté a la fin du siège. »

En 1 544, Henri VIII, roi M' Angleterre ? prit la ville de Boulogne : on accusa Vervins , qui ^n était gouverneur , de l'avoir mal défendue , et il eut depuis la tête tranchée.

En 1 63 8 > le marquis de Léganès , général des troupes espagnoles, se présenta devant Brome , et forma le siège de cette ville. Montgailiard en était gouverneur ; la garnison n'était que de six cents hommes ; et son commandant se faisait payer comme si elle eût été de dix-sept cents complets. Cette avarice sordide devint funeste à son auteur ; car les défenseurs de Brème , - se voyant trop faibles pour résister aux assiégeans , forcèrent Montgaillard d'ouvrir les portes de la place , le 27 de mars -, ce qui fit condamner cet officier à perdre la tête. Le maréchal de Créqui , l'un des plus grands capitaines de ce temps-là , et qui toute sa vie avait fait la guerre en Italie > avait été tué d'un coup de canon, le 17 de ce mois , en reconnaissant les retranchement des Espagnols devant le fort de Brème.

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En 1 6*^3 Trêves fut assiégée par un corps de vingt mille Allemands , sous la conduite des princes de Lunébourg. Cette ville était vivement pressée , lorsque le maréchal de GréquL, homme d'un courage entreprenant , capahle des actions les plus belles e«t les plus téméraires, essa) a de la secourir. Il était en marche ? lorsque le 1 1 d'août , il fut tout - à - coup rencontré par les Impériaux à Consarbruck. Surpris , sans être déconcerté , il ose avec huit mille hommes^ attaquer dix-huit mille comhattans. L'action fut très-vive d'abord ; mais la cavalerie française ayant pris la fuite , tout le reste de sa petite armée cessa de résister ; et tout ce que cet intrépide général put faire , fut de se jeter dans Trêves , à travers de nouveaux périls, après avoir perdu deux mille soldats , son artillerie et son bagage. ]1 défendit la place avec le plus grand courage. Il voulait s'ensevelir %ous les ruines des remparts ouverts de tous côtés. Tout le monde > la garnison et les bourgeois demandaient à grands cris à capituler. Le maréchal s'obstine à tenir encore. On murmure ; on se révolte. Un capitaine de cavalerie, nommé Bois- Jourdan, va traiter avec les ennemis sur la brèche. On n'a

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point vu commettre une lâcheté avec tant d'audace. 11 menace le maréchal de le tuer, s'il ne signe : Créqui se retire avec quelques officiers fidèles, dans une église, où il aima mieux être pris à discrétion , le 6 septembre , que de se rendre. Peu de temps après , Bois- Jourdan fut arrêté dans sa fuite , et jugé à Metz par le conseil de guerre. Son crime n'avait point d'exemple. On le condamna à faire amende honorable, tête et pieds nus, la corde au col , la torche au poing, et à être décapité sur un échafaud ; ce qui fut -exécuté le i d'octobre. Tous ses complices furent dégradés et bannis.

Je termine ce chapitre par l'extrait des articles de lois qui sont relatives au sujet dont il s'agit.

Loi du 26 juillet 1792.

article premier.

Tout commandant de place forte ou bastion née , qui la rendra à l'ennemi avant qu'il y ait brèche accessible et praticable au corps de ladite place et avant que le corps de place ait soutenu au moins un assaut , si toutefois il y a un retranche-

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ment intérieur derrière la brèche y sera puni de mort , à moins qu'il manque de munitions ou de vivres.

aîvt. ir.

Les places de guerre étant la propriété de tout l'Empire , dans aucun cas les habitans ni corps administratifs ne pourront requérir un commandant de la place de la rendre , sous peine d'être traités comme des révoltés et des traîtres à la patrie.

Loi du 21 brumaire an 5, Titre III.

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