‹ De la définition de l'infaillibilité papale à propos de la lettre de Mgr dChapitre 1 sur 2 · LONDRES · texte numérisé non relu

LONDRES

r. Jt. WSSERIKO, KDITEDR

DURNS, O.ITES ET C', KOITEUr^

;i, l'Iacir IMIi-coiir, '6.

17, Porlmnn Sirwi, 17.

DC

A PROPOS DE LA LETTRE DE Vi^ D'ORLÉANS

À M8' DE HALINES

En^ ce moment où le concile du Vatican se prépare à examiner le postulatum sur Tinfaillibilité du Pontife romain, les fidèles de TÉglise catholique redoublent leurs instances auprès de Dieu, et attendent avec calme et espérance l'œuvre que TEsprit- Saint a préparée et qu'il doit consommer sous peu de jours. Quelle que soit la solution, ils l'acceptent d'avance , soit qu'elle vienne confirmer leur désir qui n'est autre que la glorification du Christ dans son Vicaire, de môme que la définition de l'Immaculée Conception fut la glorification du Christ dans son auguste Mère ; soit que la décision prise par le Concile laissât la question dans l'état oii elle est encore jusqu'à cette heure. On peut être assuré que, dans cette dernière hypothèse , les enfants de l'Église ne se livreraient à aucune récrimination. Ils adoreraient la volonté divine et s'en remettraient à

TEsprit-Saint qui « connaît les temps et les mo- « ments que le Père a disposés dans son souverain (( pouvoir (1). »

La certitude théolog^ique de la doctrine de Pinfaillij>ilité pontificale ne souffrirait en elle-mèmie aucune atteinte; l£s choses demeureraient oîi elles en sont. Cria veut dire que les décrets de Lyon et de Florence resteraient dans leur teneur si imposante avec leurs conséquences immédiates ; que la profession de foi d'Hprmisdas, dont Bossuet a dit qu'un chrétien ne la pourrait rejeter , continuerait d'enseigner que « toute la solidité de la religion chrétienne est dans le Siège apostolique; » que la condamnation de la proposition Futilis par Alexandre VIII demeurerait toujours suspendue sur la tête des adversaires de rinfaillibilîfé papale, comme le décret d'Alexandre Vil Tétait sur celle des ennemis de rimmaculée Conception, avant la définition par Pie IX (2).

Cela veut dire que ceux qui ont osé -écrire que le Pape est rofgane avoué ou non avoué de rÊgltse , -que répiscopat, en dehors du Pape, est un corps souverain y que la grande majorité du Concile a le droit de déposer le Pape , s'il n'accède pas à son ^vis, courent risque dans la foi; attendu que cette proposition hérétique. Papa est caput ministeriale Eccksiœ^ équivaut à celle qui ne voit dans le Pape que Vorgané de l'Église; attendu que le concile de

(ff) AcU, I, 7.

(2) Voir tar cet faits doctrinam la Monarchie pontificale*

Florence enseigne , dans un décret de foi , que le Pape possède la pleine puis$ance sur t Église univer^ selle; ce qui ne serait pas si Tépiscopat, en dehors de lui, était un corps souverain, et gi le Concile, même dans sa grande majorité, pouvait se défaire du Pape, dans le cas où celui-ci refuserait de s'unir à cette majorité.

Il est donc entendu que si le Concile ne définissait pas rinfaillibilité du Pape, la vérité resterait la vérité , la logique resterait la logique et Terreur resterait Terreur. Nos théologiens de journal n'ont pas Tair de s'en douter. Jamais on ne vit tant de légèreté unie à tant de passion , dans une cause de si haute importance.

La Lettre de Mgr Tévêque d'Orléans à Mgr Tarchevêque de Malines restera comme un monument de cette opposition ardente à une mesure qui a les sympathies de la majorité du Concile. Mais il n'est pas au pouvoir de celui qui Ta écrite et publiée de la soustraire à Texamen. Qu'il me pardonne donc de combattre contre lui pro aris, pour ce qu'il y a de plus sacré; c'est le droit de tout membre de l'Église. Si mes forces me Teussent permis, c'eût été au sein même du Concile que, malgré l'infériorité de mon rang dans l'Église, Mgr d'Orléans m'eût vu lui résister en face.

En répondant à Mgr de Malines, Mgr d'Orléans

ne s*est pas rendu compte de l'avantage qu'avait sur lui lé vénérable archevêque, et cette distraction l'a empêché de voir là route désastreuse dans laquelle il s'engageait. Mgr de Malines soutient une doctrine qui est reçue dans l'Église tout entière. Quoi d'étonnant que le prélat, partant d'un fait aussi patent que celui de l'assentiment commun, donne pour conclusion la définibilité certaine et mûre de cette

doctrine ?

Pourquoi Mgr d'Orléans est-il contraire à la définition, sinon parce qu'il ferme les yeux, à l'éloquent spectacle de l'accord qui règne dans toute l'Église sur cet article? Il a beau dire dans ses deux Lettres qu'il s'abstiendra de s'expliquer sur l'infaillibilité, sa manière de penser à ce sujet se trahit en cent manières, et il n'est pas un de ses admirateurs qui, après l'avoir lu, ne soit tout aussi opposé à l'infaillibilité même qu'à l'opportunité.

Mgr de Malinés, au contraire, n'est si libre dans sa démarche, si persuasif, que parce qu'il est assuré du fond. La thèse de l'infaillibilité du Pape s'appuie à la fois sur les plus forts arguments de la théologie et sur le sens catholique. Quel obstacle dès lors à ce qu'une telle vérité , inscrite dans l'Écriture , déduite d'autre part de plusieurs propositions de foi, transmise par la tradition des Pères, exprimée dans la pratique de l'Église, passe à l'état de dogme de foi?

Mgr d'Orléans procède à l'inverse. Il ne s'explique pas sur le fond, et ne veut se préoccuper que

de la question d'opportunité. Cette manière de procéder est-elle convenable? La question de vérité ou d'erreur ne prime-t-elle pas celle d'opportunité? Si Mgr d'Orléans nous démontrait que la thèse de l'infaillibilité est fausse, il aurait plus que décidé qu'il n'est pas opportun qu'on la définisse; mais laissant la thèse dans l'état oh elle est, il court tous les risijues, en cherchant à se réfugier dans l'inopportunité d'une décision. Si l'infaillibilité du Pape est une vérité, une vérité révélée (et jusqu'à preuve du contraire par Mgr d'Orléans on continuera de le croire), n'est-ce pas s'avancer beaucoup que de s'en venir dire qu'il ne faut pas qu'on la définisse ? Ce qu'il faudrait nous donner, ce serait une bonne démonstration de la faillibilité du Pape. C'est de la théologie et non de la politique, qu'il faut dans un Concile. On s'y réunit pour confesser la foi avec autorité, et non pour l'amoindrir. Le Concile a pardessus tout une dette à payer : celle de la vérité. Sapientibus et innjrientibm debitor stim, dit l'Apôtre (1).

Mgr d'Orléans dit à Mgr de Malines que l'on doit, dans le Concile, se préoccupe^ des âmes avant tout. Personne ne le contestera. Mais ces pauvres âmes, était-il donc nécessaire de leur infliger les secousses qu'elles ont subies , et qu'elles subissent encore en

(1) Rom., I, U»

ce moment? Si l'on eût laissé fonctionner le Concilev en entourant ses opérations du respect qu'il lui est dû, sans chercher au dehors un point d'appui pour la minorité de ses membres, est-ce que les âmes, qui après tout n'ont qu'à accepter avec une entière soumission les définitions prononcées, n'auraient pas joui en toute tranquillité du résultat que TEsprit- Saint assure aux labeurs d'un concile œcuménique ?

Loin de là, les âmes ont eu d'abord à supporter l'épreuve qui leur était infligée par le vaste ouvrage de Mgr de Sura. Le prélat prétendait travailler pour la paix religieuse j et il commençait par déclarer la guerre. Est venue ensuite la Lettre pastorale de Mgr d'Orléans, dont le résultat devait être et a été d'agiter un trop grand nombre d'esprits. Les Lettres du R. P. Gratry sont arrivées à leur tour pour ac-^ croître la confusion des idées. Ces diverses tentatives veaaient se joindre à celles du docteur Dœllinger qui expédiait chez nous dans un français allemand la quintessence du Janus. De tout cela devait résulter un état de malaise; mais si Mgr d'Orléans n'éprouve d'autre préoccupation que celle des âmes, n'a-t-il pas lieu de se dire qu'il lui revient une responsabilité à l'égard de celles qui sont troublées en ce moment?

H se préoccupe avec chaleur des chrétiens orientaux, des protestants, des gouvernements temporels, à propos de la définition sur rînfaîllîbîlîté du Pape ; mais il ne fait pas attention que les catholi-

q^8 aussi avaient d]>oit de vivre en paix dans t'^trteate des bienfaits du Coneiie, et qu'il étak plus qu'i- Qutîjte de les passiomier sur les questions qui devaient y être examinées , puisque , au fé«id , une seule chose doit intéresser les fidèles dans un concile : le résultat de Faction du Saint-Esprit par les décrets de dogme et de discipline qui seront publiés dans toute l'Ég'lise.

Quel ^t l'effet produit sut un trop grand nombi« de catholiques en France par ces manifestations imprudentes? De même que la foi du fidèle dans la principauté du Pontife romain , le conduit comme naturellement à regarder ce Vicaire de Jésus-Christ sur la terre comme infaillible dans soçi enseignement; en sorte que le bon sens laïque arrive sans . effort à la conclusion qui est [celle de la presque unanimité des théologiens ; de même nous apercevons-nous que tout le bruit que Ton fait contre la définition de l'infaillibilité va atteindre et ébranler dans 'plus d'un esprit la croyance à la primauté môme du successeur de saint Pierre. A force de crier contre Honorius, contre les fausses décrétâtes, contre le Brémire, si absurdes et si surannées que soient ces déclamations, se %ure-tHDn que î'©n foiv tifie beaucoup le respect pour le Pontife romain ? Et le re^^ect envers le Pontife romain âant domipsù^ mis, ^mxAB-iron que la soumission due à FÉpisfiOpat pourrait lui survivre ?

Que dis-je ? l'Épiscopal? JV'est-U pas Jut-mêoisB exposé à souffrir dans la considération qui lui appar-

tient , lorsque dans un moment où personne n'ignore que l'immense majorité de ce corps auguste réuni en Concile œcuménique aspire à la définition de rinSfldllibilité , on s*en vient protester sur tous les tons que rien n'est plus contraire que cette définition au bien de l'Église et des âmes? En quelle situation d'esprit place-t-ou les fidèles? Il ne suffit pas d'amoindrir le Pape; il faut encore enlever à la majorité immense de TÉpiscopat la confiance des peuples. Les voilà avertis que désormais c'est l'avis de la minorité qu'ils devront rechercher. Je le demande, est-ce le zèle des âmes qui inspire de telles inconséquences ? Ce qu'il y a de certain, c'est que par suite de ces procédés, il en est qui , en ce moment, sont en grande souffrance ; c'est que les causeries de salon et les propos de la place publique, joints à l'action des journaux ennemis de l'Église, exploitent cruellement une telle situation (i), et que plus d'un évéque, de retour dans son diocèse, aura à constater des ravages que rien ne faisait pressentir au moment du départ pour le Concile.

Qu'il eût été bien plus conforme aux traditions de l'Église de concentrer dans l'intérieur du Concile ces questions d'opportunité et d'inopportunité, et de ne pas ouvrir le feu au dehors dès la veille, par des publications hostiles au sentiment commun dans l'Église î Mgp d'Orléans se plaint de la Civiltà et de Y Univers: les catholiques n'ont-ils pas à se plaindre du Correipondant ? Au reste, ce n'est pas de jour-

(i) n n'est pM à douter qu'an Jour Mgr d'Orléans ne regrette de s'être

naux et de revues qu'il s*agit en ce moment. C'est au nom de la théologie, et par les moyens de la théologie, qu'il faut aujourd'hui marcher "à la défense de l'Église, de la Papauté et de l'Épiscbpàt.

Au nom de la théologie, je dis donc ^ue la thèse de l'infaillibilité du Pape n'étant que l'expression de la persuasion intime et constante de l'Église, ainsi qu'il appert de sa pratique depuis dix -huit siècles , il est souverainement dangereux de s'opposer à la définition de cette thèse , si cette définition est demandée par la majorité du Concile. Deux faits doctrinaux sont constants, et Mgr d'Orléans ne les saurait ni nier ni renverser. Le premier est que, dans toute la durée des siècles chrétiens, chaque fois que le Pontife romain a prononcé en matière de doctrine, la cause a été finie pour toute* l'Église. Le cecond est que les décrets des conciles œcuméniques n'ont joui de leur autorité qu'à la suite d^ leur confirmation par le Pape.

attiré les déplorables éloges des adversaires de la foi catholique. Dans la Revue des Deux'Mondes (15 ÀTrll >, H. Vacherot s'exprime ainsi: « Rome • est le siège du romanisme plutôt que du christianisme. Le mot est de « l'évèque d'Orléans, et il a encore plus de portée que ne lui en attribue (c celui qui Ta laissé échapper dans on accès de découragenfeot. » L'article est intitulé le Nouveau Christian isme^ et les félicitationi qu'il contientmontrent par trop la sympathie que certaines imprudences ont excitées dans le camp de l'erreur. Peut^n se flatter que les irais catholiques v<nffttt sans une émotion profonde ce triomphe des ennemis de la foi 7 IJoe telle bumiil atiOQ eM pu aisément leur être épargnée. ... :

De ces deux faits soit évidemment que l'Église , qui est dirigée par le Saint-Esprit , s*appuîe intérieurem-ent sur le sentiment qu'elle a de l'ineprance du Pontife romain ; autrement elle eût hé«îté à tenir pour hérétiques ceux que Rome aurait condamnés comme tels, et elle n'eût pas regardé les décrets des conciles comme dépourvus dn caractère de l'œcuménicifé, tant que le Siège apostolique ne les avait pas confirmés.

Cela posé, rien n'est plus définissable que l'infaillibilité du Pontife romain, attendu que la définition qui en serait faite consisterait simplement à formuler en dogme un principe sur lequel s appuie la pratique infaillible de l'Église. Ceux qui ont contesté rinfaillibilité du Pape, tout en voulant demeurer catholiques , n'ont pas vu l'écueil. Aujourd'hui cet écueil est visible à tout le monde. Après l'appel des jansénistes au futuï^ Concile il n'y eut plus d'illusion possible, et d^à trente ans auparavant, le génie et la science de Bossuet lui avaient fait découvrir que, sinon l'infaillibilité, du moins l'indéfectibilité du Pontife romain devait déjà être regardée comme l'un des principes constitutifs de l'Églïse.

Maintenant que la question est posée pour la première fois devant un concile œcuménique; je dis pour la première fois^ car c'est à tort que Mgr d'Orléans prétend qu'elle aurait été l'objet des délibérations au concile de Trente; maintenant, dis -je, îl ne peut intervenir qu'une seule de ces trois solutions : ou le Concile définira que le Pape ensei*-

gnant l'Église est faillible, ou il le décrétera infaillible, ou il laissera tomber la question.

Mgr d'Orléans prend la peine de rassurer Mgr de Malines sur la première hypothèse. On ne condamnera donc pas la doctrine de rinfaillibilité du Pape* ni celle de sa supériorité sur le Concile. Ce serait difficile*, en effet, puisque déjà ceux qui traitent cette doctrine de futile sont atteints par Texcom— municatîon. Restent les deux autres hypothèses..

Dans' la première, le Concile fera un acte de la plus haute et de la plus salutaire importance. 11 fixera par un décret de foi le sens de trois passages de l'Évangile, et il glorifiera l'Église en plaçant au plus, haut degré de certitude le principe en vertu duquel rÉglise a toujours accepté comme irréformables lesdécisions du Siège apostolique en matière de foi ,. et fait dépendre son adhésion aux décrets conciliaires de la confirmation de ces mêmes décrets par lô Pontife romain. Ce qui était au fond de la pratique de rÉglise dirigée par le Saint-Esprit, apparaîtra dans une confession solennelle, et la soumission constante de toute la catholicité aux oracles die la Chaire de saint Pierre sera justifiée avec éclat»

Dans l'hypothèse qui satisferait Mgr d'Orléans ,. celle où le Concile laisserait la question sans être définie, il en serait tout autrement. On ne peut nier que rÉglise ne se soit toujours conduite à Tégard des décisions pontificales comme si elle était assur rée de leur infaillibilité. Elle a agi ainsi dès le oosimencement, et elle, continuer^ jusqu'à la fin de$^

siècles à flétrir comme hérétiques les réfraclaires. Il faudra donc alors convenir que, tout bien examiné, il n y a pas de certitude à suivre TÉglise romaine, qu'elle peut errer comme elle peut dire la vérité; enfin , qu'après avoir joui durant tant de siècles du bien de l'unité de foi par la soumission aux sentences doctrinales du Saint-Siège , quand désormais il en émanera de nouvelles, la catholicité devra dire: la cause n'est pas finie. Tel est le résultat auquel aboutirait le système de Mgr d'Orléans. On peut douter que ce résultat fût favorable à l'honneur de l'Église et propre à maintenir l'unité dans son sein. Il semble que saint Irenée avec son necesse est entendait mieux l'intérêt capital de la société chrétienne, qui est la sécurité dans la foi.

Mgr d'Orléans se plaint amèrement qu'il y ait de la division au sein du Concile, et en même temps il est obligé de convenir que la majorité n'est pas de son avis. Qu'y faire? Plus d'un, en pareil cas, se demanderait si cette divergence ne serait pas la preuve que le sentiment de la majorité est le mieux fondé, et^se prendrait à douter. Mgr d'Orléans n'en est pas là : il est convaincu que la majorité a tort.

Dans son illusion, il va jusqu'à conseiller au Pape d'écarter l'avis de cette majorité gênante, et lui promet en retour les applaudissements de F Europe et du monde entier . On croit rêver en lisant de telles

choses ; mais il en est ainsi. On se demande comment il se peut faire qu'un homme zélé pour Tidée de 89 , s'en aille conseiller à un souverain de dissoudre la majorité au profit de la minorité? Où sera alors la représentation ? Il y a cependant une explication à cette conduite. Mgr d'Orléans est persuadé que la minorité exprime mieux l'Église en ce moment^ attendu qu'elle se compose de prélats d'une plus grande valeur que les autres et qui réprésentent les premières nations du monde.

II faut avouer que c'est la première fois que, dans un concile, on a cherché à établir des degrés de valeur conciliaire entre les évoques qui le composent. A ce compte, Mgr d'Orléans, si, dans ces jours, il rencontrait saintÂugustin à Rome, serait donc d'avis de ne lui assigner qu'une médiocre importance ; car enfin cette ville de bateliers et de matelots qui se nommait Hippo regiuSy n'était pas précisément un des centres les plus illustres et les plus civilisés de la côte d'Afrique (1). Aujourd'hui il faudra priser le sentiment d'un évêque dans le Concile, eu égard à l'illustration de la ville où est établie sa chaire. Il y a deux à trois cent mille âmes de population , peutêtre davantage ; c'est un centre de lumières, d'industrie , d'administration. 11 est vrai que les in-

(1) Au diz*septièine Biècle, dans les assemblées du clergé auxquelles Bossûet prit part, il eût été peut-être un peu sévère de lu! contester certaine prépondérance, ^ous le prétexte qu'il était simple évoque do. la petite ville de Meaux, tandis qu'il ne manquait pas autour; de lui et au-dessus de lui de grands prélats qui, par l'importance de leurs villes épiscopales, représentaient bien autrement la grandeur et la civilisation de la France.

croyants et les indifférents forment la masse, et que la cité n'est plus chrétienne; quoiqu'il en soit, Fé- •vêque doit avoir plus de poids dans la balance que TÎngt autres. L'effectif de son troupeau est plus que faible; n'importe, le nom de la ville est sonore; ne nous parlez pas des évêques de ces petites villes où •chaque fidèle, il est vrai, remplit le devoir pascal, •de ces évêques missionnaires qui ne sont bons qu'à •convertir des infidèles. Cette classe d'éveques vote comme un seul homme; mais quelle civilisation représentent-ils dans le Concile?

Tout cela se dit, tout cela s'écrit, de même que Ton dit et que Ton écrit : « Nou^ sommes en pré- <( sence de TEurope et du monde; l'Europe et le -i( monde nous regardent. » Saint Paul prenait la •chose autrement. « Nous sommes, disait-il, enspec- <( tacle au monde, aux anges et aux hommes » (!). Croit-on que l'Apôtre voulait dire que les ministres <lu Christ devaient se rendre agréables au monde qui les suivait de l'œil et les bafouait ? eroit-ôn qu'ils eussent mérité la bienveillance des anges, en posant •devant le monde qui est essentiellement hostile on pour le moins indifférent au Christ? croit-on que ies hommes se fussent laissés prendre par les apôires, si ceux-ci avaient déployé une autre force que 4a force divine et surnaturelle?

Mgr d'Orléans dit encore : a Faisons un grand <3oncile. » On conçoit Dieu disant : « FàLisons

<1) I Gjr., IV, 0.

Page 1