‹ De la définition de l'infaillibilité papale à propos de la lettre de Mgr dChapitre 2 sur 2 · IS · texte numérisé non relu

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l'homme; » mais a-^t-on jamais entendu dans toat& la tradition un tel langage : «• Faisons un grand con-^ elle?» Le concile est tonjours grand , lorsque le Sainte Esprit le fait. La part des hommes gui le com*^ posent consiste à y rendre témoignage de la vérité révélée, à prononcer avec une autorité qui n'est pas de l'homme des définitions que ni la chair ^ ni le âang, ni la nationalité, n*ont suggérées. Un fait di^ vin s'accomplit alors, et les moyens humains sont dépassés. Si le concile est grand, c'est TEsprit^Saint qui l*a fait tel, et non les hommes. Voilà pourquoi ses décisions ne s'imposent pas à Tadmiration comme autant de fruits du génie; ce serait peu; mais ils s'imposent à l'intelligence qu'ils enehainent sous le joug de la foi, parce que Dieu a parlé par le Courcile. (« Eifccore que nous vivions dans la chair, dit « TApôtrev ce n'e^ pas selo!n la chair que nous mi-* « litons« Les armes de notre milice ne sont pas des <c armes charnelles , mais elles sont puissantes en <( Dieu pour renverser les remparts « pour détruire^ <i les raisolmements humains et toute hauteur qui <c s*élève contre la science de Dieu ; et nous réduire sons en servitude toute intelligence dans l'obéds^ « sance au Christ (1). »«

Tel est le Concile, désarmé quant à la force matérielle, mais armé divinement quant à la force spirituelle. Mgr d'Orléans pense-t-il faire reculer la majorité de cette sainte assemblée par cette pompeuse énumération : crLes grands corps de TÉtat, les Par*

<i) U Cor., X, h.

« leolents, les Sénati^, led Corps législatifs, les Con- <i seils d'État , les administrations publiques , la « magistrature, le barreau, la jeunesse des écoles, « l'armée, la marine, le commerce, les finances, les « arts, toutes les professions libérales, les ouvriers (( de nos villes, les électeurs dans nos campagnes, la « grande masse de ceux qui chez nous et ailleurs dé- <c cident les affaires : » tout ce monde , selon Mgr d'Orléans, ne se soucie pas de la définition de l'infaillibilité du Pape; que la majorité du Concile se le tienne pour dit, et qu'elle se range au plus vite à l'avis de la minorité.

Attendons un peu cependant, et demandons à Mgr d'Orléans pour qui est rassemblé le Concile? Jusqu'à présent on avait cru qu'il était réuni pour les croyants. Si cela est, qu'importent au Concile ces catégories que l'éloquent prélat vient de faire défiler sous ses yeux? Dans leurs rangs, il est des hommes, et par millions , qui tiennent à l'Église par le îrea de la foi ; ceux-là sont prêts à accepter ce que prononcera le Concile. Ceux qui seraient disposés autrement, ne seraient déjà plus membres de l'Église; et l'Église qui se rendrait muette à cause d'eux ne les sauverait pas. Cognovit Dominw qui sunt ejus (^).

Mgr d'Orléans semble faire bon marché des manifestations spontanées de tant de catholiques qui,

(1) U Tlm. 11-19.

de toutes parts, expriment le vœu de voir le dogme enfin défini. Il semble que ces témoignages d une foi simple et vivante devraient émouvoir autrement le cœur d'un évêque. Mais non , selon Mgr d'Orléansj ce mouvement est fout à fait en dehors de> la partie influerUe et dirigeante de la société. Pauvre peuple chrétien qui ne compte plus dans la balance de TÉglise, qu'autant qu'il se recrute dans les hautes régions sociales ! 11 faut avouer que le naturalisme nous entraîne aujourd'hui bien loin des idées de l'antiquité chrétienne. Qu'auraient dit les Pères de l'Église en entendant un tel langage? Mais laissons ujQ moment Mgr d'Orléans penser qu'un enthousiasme puéril ou irréfléchi produit ces démonstrations dans les simples fidèles, il ne peut plus être sans remarquer celles non moins spontanées qui se produisent dans lé clergé, et annoncent déjà l'accueil que recevra dans son sein la définition. Consentira-fc-il à admettre le clergé dans la partie influente et dirigeante de la société ?

Préoccupé des Orientaux et des protestants , il n'a pas le temps de songer aux catholiques , Pourtant , il devrait se souvenir que lors des préliminaires de la définition de l'Immaculée Conception, une situation analogue se déclara. On a imprimé à Rome les nombreuses Jiettres de l'épiscopat. entier à Pie IX, sur l'opportunité de la définition. Un certain nombre sont contraires au vœu de l'immense majorité : quatre à cinq d'évêques français et plusieurs portant la signature d'évêques allemands. En quel camp se

rangea Mgr d^Orléans? Il eut la gloire de s'unir à la majorité, et il a ainsi, devant la très -sainte Vierge, le mérite d'avoir concouru à l'acte solennel par lequel le noble privilège de Marie a été glorifié sur la terre comme au ciel. En ce moment, il met obstacle, autant qu'il lui est possible, à la reconnaissance du don de l'immortalité accordé à Pierre dans ses successeurs , quand ils enseignent l'Eglise. II nous réduit à le combattre comme un adversaire; mais qu'il sache bien que la nécessité seule nous y pousse, et que si , cette fois encore, il s'unissait à la majorité de ses collègues, leurs fraternelles félicitations ne lui manqueraient pas, non plus que les bénédictions du peuple fidèle.

Pour le moment, la plus sainte des causes réclame qu'il soit répondu à tout ce qu'il allègue contre l'infaillibilité pontificale ; et puisque nous avons commencé de parler des aspirations que témoignent, d'heure en heure, un si grand nombre de prêtres et de fidèles vers la définition la plus avantageuse à l'honneur du Siège apostolique et de l'Église, je me trouve naturellement amené à éclaircir un point de la théorie du Concile, sur lequel un certain nombre d'esprits ne paraissent pas suffisamment fixés.

Il y a lieu d'examiner ces deux questions : Le peuple fidèle est-il représenté dans le Concile? S'il y est représenté, les pasteurs siègent-ils dans le Concile à titre de délégués du peuple fidèle?

A consulter la tradition catholique, il est constant

qxu! le sentiment du peuple fidèle a toujours été oo&sidéré comme Tune des bsses de toute définitUm dèDtrinaie* La raison en est que « TÉglise en- « seignée paiticipe, à son degrés à cette vie surna- « turelledcml TEsprit-Saint est le principe» (1). La même tradition catholique nous enseigne que le peuple fidèle n'a cependant pas droit à être convoqué au Concile, attendu que Finfaillibilité simplement passive dont il jouit ne le rend pas apte à juger, tandis que le Concile est composé de juges qui doivent rendre une sentence. C'est donc un simple témoignage que rend le peuple orthodoxe, et ses pasteurs déposent en son nom .

L'action du Saint-Esprit étant le mobile des aspirations du peuple fidèle vers la définition d'un dogme, il suit que ces aspirations sont dignes de respect, et rou ne saurait approuver la manière peu bienveillante dont Mgr d'Orléans en parle. Ce ne sont pas quelques voix isolées ; le nombre s'accroît incessamment, les prêtres se joignent aux simples fidèles ; et après tout, si Ton se souvient que la théologie, dans l'immense majorité de ses docteurs, se trouve d'accord avec l'instinct catholique exprimé par ce vœu, il semble que ce vœu a d'autant plus le droit d'être traité avec égard.

J'en viens à l'autre question posée tout à l'heure. Peut-on dire que les pasteurs siègent dans le Concile à titre de délégués du peuple fidèle ? L'AUe-

(1) La Monarchie pontificale, page 212.

magne nous envoie en ce moment cette doctrine. > Dernièrement, dans un article de la Gazette d'Augsbourg j M. le Prévôt Dœllinger a prononcé cette par rôle significative : « La mission des membres du « Coni&ileL£at-de déclarer au nom de toute la com- <c munauté des fidèles, ce que celle-ci croit sur, « une question de foi, les traditions qu'elle a reçues « à ce sujet. Ils ont une procuration qu'ils ne peuc( vent dépasser. » (i). Et nunc intelligite.

Mgr d'Orléans est épris du germanisme ; qu'il y prenne garde cependant. 11 n'est certes pas atteint de laïcisme, il n'a d'autre intention que de soulever un peu le joug de la Papauté qui lui semble excessif, si l'infaillibilité est décrétée. Le voici à même de voir en quel abîme son ami le docteur Dœllinger entraîne ceux qui le suivent, et le docteur Dœllinger n'est pas seul. Certaines adresses louées avec effusion par le Correspondant contiennent les mêmes idées. Oui , le laïcisme est aux portes, et l'on joue avec le péril.

Dans cette question de la relation du peuple chrétien avec le Concile, comme en toute autre, la vérité catholique est entre deux erreurs. L'une consiste à ne pas apprécier le sentiment des fidèles qui aspirent à une définition de la foi : ce serait méconnaître l'action du Saint-Esprit sur l'Église enseignée. L'autre erreur consiste à supprimer . dans les pasteurs la qualité déjuges dans le Concile, pour les

(1) Moniteur du 17 mars.

transformer en simples témoins, mandataires de leurs troupeaux. La véritable théorie des conciles, résumée de la tradition et de la praticjue de l'Église, est celle-ci : La question doctrinale s'instruit au moyen des faits qui attestent que la proposition à définir émane de la parole révélée et que l'Eglise en a conscience: le sentiment du peuple chrétien aide à démontrer cette conscience dans l'Église. Dans le Concile, le Pape et l'Épiscopat constatent les deux points : le fait de la révélation, et la persuasion existant dans l'Église. L'enquête ayant été faite sous l'action de l' Esprit-Saint, le même Esprit- Saint garantit de toute erreur le jugement porté par le Pape et l'Épiscopat. En dehors dn^Pape et de l'Épiscopat, il y a des témoins, nul autre n'est juge. Le peuple chrétien figure dans les considérants de la dércîsion; elle n'est point et ne peut-être . portée en son nom. Il est essentiellement enseigné , mais il n'enseigne pas : il confesse , et cette confession est produite et maintenue dans le corps des fidèles par l'action conservatrice et vivifiante de l'JIsprit-Saint, en lequel à leur tour témoignent et jugent le Pape et les évêques.

Telle est la doctrine de tous les siècles, et c'en serait fait de l'Église, si les théories allemandes étaient je ne dis pas acceptées, mais tolérées. Que Mgr d'Orléans daigne y réfléchir. S'il n'a pas vu encore que tout amoindrissement du Pape est un coup porté sur l'épiscopat , qu'il se réveille , et qu'il se demande ce que devient cet épiscopat, si dans le

Concile il n €st plus que le mandataire an peuple chrétien. Lui qui a peur que les éTêq^es ne soient plus que les échm du Pape , qu'il se demande s'il lui ecmvient de n'être au Caneile que Véeho de ses diocésains d'Orléans. De toute nécessité ^ il faut choisir entre le passé de TÉglise et la nouvelle école d'outre-Rhin qui mène droit aux doctrines anti-hiérarchiques de la Réforme.

Un autre point sur lequel il est nécessaire d'appeler TattentioD, est là théorie que met en avant Mgr d'Orléans sur ^unanimité nécessaire, selon lui, pour la légitimité des décrets du Concile. Ici encore nous nous trouvons en pleine nouveauté. Qu'est-ce , en effet, que le Concile, sinon la réunion de l'Église enseignante? Peut-on dire que l'Église, pour •être rassemblée, a changé de nature? La doctrine universelle n'est-elle pas que, soit dispersée, soit réunie, l'Église demeure la même dans son essence et ses qualités?

Or, la théologie catholique nous apprend qu'il faut chercher la vraie Église enseignante non dans l'Épiscopat simplement, mais dans l'Épiscopat uni de sentiment avec le Pape. Jamais il ne fut question de compter les évêques, mais bien de s'assurer de leur conformité avec le Pontife romain. Mgr d'Orléans doit connaître l'histoire du concile de Rimini, l'un des plus nombreux qui ait jamais été réuni. La défee-

tioQ de tous ses membres , sauf quelques-uns , arracha, comme on le sait, à saiat Jérôme, cette violente expression « qu'à ce moment, le monde poussa 4c un gémissement de se sentir arien tout d'un coup. » La presque unanimité du Concile avait sombré : qui donc sauva l'Église et la foi? Le refus que fit le Pontife romain de confirmer la décision des Pères de Rimini. Entre to\is ces Pères rassemblés, oii était, à ce moment, le véritable Épiscopat catholique ? Dans les quelques évêques qui, fuyant une assemblée séduite, se réfugièrent dans un village, sur les bords de l'Adriatique, pour protester contre la séduction qui avait envahi leurs collègues (1).

Il n'y a donc ici qu'une seule question et elle est très-simple. C'est à l'histoire de nous dire si dans tel Concile il y eut majorité, minorité, unanimité, en tel ou tel sens; le résultat du Concile, le Concile lui-même consiste dans les décrets portés simultanément par le Pape et par les évêques, que ceux-ci soient avec le Pape en majorité, en minorité, ou dans leur unanimité. L'Église est ainsi établie par Jésus- Christ, et tous les doctrinaires du monde n'y changeront rien. Vbi Petrm^ ibi et Eeclesia. Loin donc les théories de la politique humaine! La nécessité de l'union avec le Pontife romain dans une même foi

(1} 06 village, sitsé près de Rfmini, porte depuis le quatrième tiède Jobqu'aujourd'hai. le beau nom de CattoHca. En octoln-e 1837, je visitai son église avec I*abbé Lacordaire, et J'engageai le futur dominicain à y réciter avec moi le symbole de Nicée, en dgus onissant à ces covarageux évèquee, qui seuls aTatent protesté à Rimini en faveur du ConsubstantieL

est un dogme catholique , et il n'est pas possible de la laisser contester. r

Mgr d'Orléans dira peut-être : « Pourquoi alors « le Concile, si l'adhésion au Pape, soit de près, « soit de loin, suffit à la décision? » Je répond», avec la plus saine théologie, qu'en effet le Concile n'est jamais nécessaire: îl faut, avant tout, se mettre cela dans l'esprit. Rien d'essentiel ne manque à l'Église dispersée ; mais le Concile, dans un moment donné, est éminemment utile. Seulement, c'est une illusion complète de prétendre que le Concile une fois réuni serait réduit à l'impuissance, si les décrets proposés n'obtenaient pas le suffrage de l'unanimité morale dé ses membres. Jamais aucune

loi , aucun canon , aucune décrétale , n'ont exprimé ni directement, ni indirectement cette clause. Qu'une ' telle unanimité soit désirable , tout le monde en conviendra; que, dans le fait, elle ait existé souvent, on l'accordé ; mais la mettre en avant comme essentielle, c'est avancer une chose qui ne pourrait jamais être démontrée.

Ce qui importe en effet dans le résultat du Concile, c'est la certitude de la foi. Or, comment cette certitude n'existeraît-elle pas, lorsque la' majorité même des évêques est unie de sentiment au Pape? Supposons qu'une minorité eût résolu d'empêcher la décision d'un point de doctrine dont la proclamation serait nécessaire à l'Église , il ne dépendrait donc que de cette minorité de paralyser le Concile? Le Pape et la majorité se verraient frappés d'impuis-

sance par le fait d'une opposition formée par le moindre nombre. La situation de TÉglise rassemblée serait alors au-dessous de celle de TÉgiise dispersée. Combien de fois en eflfet ne voyons-nous pas dans l'histoire que les décisions apostoliques, acceptées par la majorité des pasteurs, ont rencontré des réfractaires dans la minorité? y a-t-on fait attention? a-t-on pour cela hésité à dire que la cause était finie?

Si les principes que j'expose ici sont applicables aux conciles qui se sont tenus sous la présidence des légats du Pape, à combien plus forte raison doit-on s'y attacher dans un concile présidé par le Pape en personne. L'élément que le Pontife romain apporte dans un jugement doctrinal est d'nne telle puissance, que Bossuet lui-même, dans le quatrième article de la Déclaration de 1682, convient qu« la part principale dans la décision lui appartient (!)• Comment une minorité pourrait-elle être comptée comme un obstacle en face de cette autorité exceptionnelle, selon même les gallicans, à laquelle se joindrait encore le suffrage de la majorité? Ce serait vouloir introduire dans l'Église la constitution polonaise, constitution qui a été politiquement si funeste à cette nable nation.

Au reste, nos modernes gallicans ne sont pas d'accord entre eux sur ce point. Mgr de Sura met la force du Concile, cette force qui, selon lui, est au-

(1) In fldei quaestionibus, prscipuas siimmi Pontificis esse partes*

dessus du Pape, dans la grande majorité du Concile ^ et Mgr d'Orléans la place , avec le Correspondant , dans Vunanimilé morale. Si le premier a raison, on peut déjà s'attendre que la définition de Tinfeillibilité du Pape aura lieu; si le second est fondé dans son opinion, ce n'est pas seulement cette définition qui serait rendue impossible aujourd'hui, mais toute autre contre laquelle se formerait une minorité. La nature humaine donnée, on n'a guère le droit de compter qu'une assemblée très- nombreuse réunisse toujours ses membres dans une même manière de voir. L'expérience l'a prouvé, et les nations les plus civilisées ont accordé aux majorités la prépondérance dans les assemblées délibérantes. Mais c'est assez raisonner humainement dans une questioii de Tordre surnaturel.

Mgr d'Orléans répète, en présence de Mgr de Malines, les allégations du Correspondant sur ce qui se passa à Trente dans la vingt-troisième session du Concile, lorsque Pie IV fit savoir à ses légats son intention relativement à une question particulière agitée dans celte assemblée. Il leur ordonnait de ne se pas contenter du vote de la majorité, mais de déclarer que la discussion ne serait valable qu'à l'unanimité des suffrages. Mgr d'Orléans, sans tenir aucun compte de ce qui a été répondu sur ce sujet au Correspondant , ne s'aperçoit pas que le fait même qu'il cite est contre lui. Si la discipline des conciles^ était que Ton n'y procédât qu'à l'unanimité des voix. Pie lY n'aurait pas eu besoin d'imposer cette con-

dition dans une circonstanee particulière. L'exception vient donc ici confirmer là règle , et dans le bit, après comme avant cet incident^ le concile de Trente procéda en tout à la majorité des suffrages. Ni son histoire ni ses actes n'offrent la moindre trace d'une prétention quelconque au sujet de cette unanimité , dont quelques-uns ne parlent tant aujourd'hui que parce que le passé de l'Église et des Conciles leur est moins familier qu'il ne le pourrait être.

C'est ainsi que Ton rencontre en ces jours des personnes qui s'étonnent de voir le Pontife imposer des règlements au concile du Vatican. On dirait, à les entendre , que , dans leur idée , le Concile devait être , en dehors du Pape , une assemblée souveraine, n'ayant à* compter qu'avec elle-même, et pourvoyant à tout , sans recevoir ni ordre ni direction. Il n'en est pas ainsi. Le Concile est l'Église rassemblée; or, TÉglise est gouvernée par le Pape, qui tient la place du Christ, ainsi que l'enseigne le concile de Trente (1). Les prérogatives de ce Vicaire du Fils de Dieu sont les mêmes dans le Concile qu'elles sont hors du Concile. Dans le Concile, comme hors du Concile , le Pape a la pleine puissauce sur toute l'Église. Son pouvoir ne souffre pas d'interruption , bien que le Concile soit réuni au-

(t) Ipfiins nei in terris Vicarîas, Sets, vi. De reftim.. Cap. 1.

tour de lui. Il peut et il doit faire des réglementa, et nul n'a le droit d'en être surpris. S*il cessait d'agir comme chef durant le Concile, la divine constitution de l'Église serait interceptée.

Des hommes incompétents, étrangers à toute vraie théologie s'inquiètent, en Allemagne et en France, de la liberté qui reste aux évêques. Disoïisleur donc que le Concile ne peut se passer de règlements, et que la seule autorité qui puisse lui en donner est l'autorité du Pape. L'Église, se réunissant en Concile, ne s'est point transformée en aristocratie ; elle est demeurée monarchie comme auparavant. Quelques-uns avaient rêvé pour le Concile ce qu'on appelle en politique la pondération des pouvoirs. On considérait naïvement la plénitude de puissance dans le Pape comme le résultat de la suspension des Conciles depuis trois siècles, et Ton semble ne pas s'être aperçu que celte plénitude d'autorité existe dans saint Pierre et ses successeurs depuis l'institution par le Christ, et que c'est à elle que l'Église est redevable de sa permanence à travers les siècles.

Aussi voyons-nous ces hommes, abdiquant jusqu'à leurs idées les plus chères, fermer les yeux en ce moment sur le fait d'une majorité fortement dessinée dans le Concile, et réserver leur sympathie pour une minorité qui, d'après l'idée constitutionnelle, ne devrait pas prétendre à conduire l'assemblée. Ils s'abusent volontairement sur le résultat final du Concile; sur ce résultat qui bientôt s'im-

posera à la foi de tous les membres de l'Église. On dirait qu'ils préparent une fin de non-recevoir aux décisions qui seront rendues, et qu'ils veulent disposer les esprits à considérer ces décisions comme l'ouvre d'une assemblée qui n'aurait pas joui de la liberté à laquelle elle avait droit. Tous les membres du Concile cependant seront appelés à dire placet^ onnonplacetj à leur volonté , tous seront mis à même de signer les décrets avec la formule solennelle, de^ finiens subêcripsi. Leur conscience seule en décidera.

Après le Concile de Trente, frà Paolo écrivit une longue histoire de cette auguste assemblée, dans le but de prouver qu'elle n'avait pas joui de la liberté nécessaire; c'est tout le but de son détestable livre. On répandit ce livre partout, on le traduisit en diverses langues, et il fit de grands ravages dans les âmes. L'Église n'en vénéra pas moins le Concile de Trente; mais parmi les lecteurs des récits mensongers du théologien de la république de Venise, beaucoup firent* naufrage dans la foi. On se souvient de l'entretien de saint Vincent de Paul avec Saint-Cyran, et comment celui-ci osa outrager le Concile de Trente, le traitant de concile du Pape et dans lequel les brigues et la cabale avaient tout fait.

. Comme celui de Trente , le Concile du Vatican aura un jour son Pallavicini. Cet historien des temps futurs n'aura pas de peine à montrer que les suf^ frages. furent pleinement libres , que la marche du Concile n'eut rien de précipité, et que si un moment

il eût à o^indre l'emploi des moyens die la pal»-* sance extérieure, rimposante majoriié de rassemblée put se rendre la justice de n'y avoir pas fait appel.

Apres cette digression que le sujet rendait aércessaire, je reprends la Lettre de Mgr d'Orléans^ et j'entends le prélat dire .à Mgr de Malines : <( Il est « nécessaire qu'il y ait dans l'Église une autorité in- <( faillible ; mais est-il nécessaire que cette autorité te soit le Pape seul; ne sa£Brait*il pas que ce fût l'an- <i torité du Pape et des évêqQ»? »

Mgr d*Oriéans tombe ici dans une méprise à laquelle n'a pas échappé le docteur Dœllinger. II confond la question de l'autorité infaillible en matière de religion, thèse qui appartient à la démonstration catholique y H:vec le dogme précis et révélé du sujet de l'infaillibilité dans l'Église. Il n'a pas vu que si dans la démonstration catholique que l'on appelle dans nos écoles le Traité de Ecclesia, on arrîvjB à prouver philosophiquement qu'un juge des controverses est nécessaire et qu'il doit être infaillible, la détermination de ce juge appartient à la révélation ellemême et est une matière purement dogmatique.

11 ne s'agit donc pas de dire : « Ne suffirait-il pas « que ce fût l'autorité du Pape et des évêques ré- « unis?» Une seule chose importe à savoir, et pour iwus rapprendre, le raisonnement ne peut rien. A

qai Jésus-Christ a-t41 confié !e privilège de TinfaillibiHté? Tout catholique répondra qu'il l*a départi à TEglise; mais cette notion, comme toutes les vérités premières du dogme, a reçu ses développements. Ainsi, nous savons et nous croyons qu'il y a TÉglise enseignante et l'Église enseignée; nous savons et nous croyons que le corps épiscopal prononçant avec le Pape en matière de doctrine est infaillible. Quant à savoir si le Pape décrétant sur la foi ex cathedra jouit du don de l'inerrance, c'est aussi par la révélation seule que nous y pouvons arriver. L'Église, dans sa pratique, nous donne à conclure que telle est sa croyance intime, la tradition des Pères le publie, raccord presque universel de l'École le proclame, en même temps que trois textes de l'Évangile paraissent l'enseigner expressément. Dans une telle situation, Mgr d'Orléans est-il recevable à dire que la chose ne lui. paraît pas nécessaire? Comment ne voit-il pas qu'il s'agit ici simplement d'un fait révélé ou non , et que le raisonnement sur la nécessité ou la non - nécessité ne peut conduire à rien?

Mais dit encore le prélat : « Une telle définition « n'est pas nécessaire ; dix-huit siècles de christîa- « nisme l'attestent. » Qu'est-ce à dire? Mgr d'Orléans voudrait-il bien nous expliquer après combien de siècles l'Église ne peut plus élucider et développer les vérités révélées au commencement? 11 est à croire que le prélat admet la persistance de ce droit dans l'Église jusqu'au seizième siècle; car

il faut bien qu'il reconnaisse que le Concile de Trente a laidement défini. Le dix-septième siècle a eu aussi ses définitions d'une haute importance ; il est vrai aussi que bien des gens alors eussent préféré que l'Église gardât le silence. Au dix-4iuitième, la Bulle Untgenilm sembla pareillement superflue aux partisans de l'Appel, qui criaient qu'on aurait dû s'en tenir au moins à saint Augustin. Enfin, de nos jours, en plein dix-neuvième siècle , quand on a fait un Mandement pour proclamer la définition de l'Imma* culée Conception comme vérité de foi révélée, si l'on vient soutenir après cela que la définition de l'infaillibilité du Pape n'est pas nécessaire, parce que dix-huit siècles de christianisme se sont écoulés sans qu'elle ait été rendue , comment ne voit-on pas que l'on prête le flanc à ceux qui ne croient pas et que l'on inquiète ceux qui croient ?

Pourquoi ne pas voir que tout se tient dans l'Église? Pourquoi se distraire en fixant Tœil sur ce qui est humain, jusqu'à ne plus apercevoir cette magnifique conduite de l'Esprit-Saint qui suggère (1) tour à tour à l'Épouse du Christ les diverses parties de renseignement que l'Époux lui a donné avant de monter aux cieux ? Que sommes-nous pour intercepter cette sortie successive des rayons du divin soleil? Et quel risque courons-nous à attendre respectueusement le moment où ils viendront à poindre? Lorsque dans l'Église la Voix du Seigueur fait

(1) Jobao«, xiv, 20.

jaillir la vérité* en éclairs, lorsqu'elle retentit dains toute sa puissance, lorsqu'elle brise en éclats les cèdres du Liban , c'est à nous tous , dit le roi-prophète, de crier dans le temple : Gloire au Seigncur(l) ! . A Dieu ne plaise que qui que ce soit ose contester à Mgr d'Orléans sa haute qualité de juge de la foi (Jans le Concile! A Orléans, lorsqu'il adhérait avec soumission, eu 1854 , au jugement souverain du successeur de Pierre décrétant sur l'Immaculée Conception de Marie, il participait à l'infaillibilité passive de TÉpiscopat qui s'unissait à la décision. Dans le Concile, il jouira de l'infaillibilité active, définissant simultanément avec son chef et avec ses frères les points de doctrine qui seront déclarés. Mgr d'Orléans entrera dans cet accord sublime qui est la plus haute manifestation de l'Église, une dans son corps, diverse dans ses membres, mais animée d'un même Esprit de vie, de cet Esprit qui est le lien du Père et du Fils , et qui nous a été envoyé pour demeurer avec nous jusqu'à la fin (2)«

En ce jour, il assistera aussi , Celui qui nous a soustrait sa présence visible en allant vers son Père, mais qui, avant de partir, nous a donné l'assurance qu'il serait avec nous jusqu'à la consommation des siècles (3)? Ne nous, a-t-il pas dit que lorsque deux pu trois seraient rassemblés en son nom, il serait au jpfiilieu d'eux (4)? Dans tous les siècles, l'Église s'est

(0 Pi*iJni., XXIX.

P) Mattti. xxvjii, 2D.

(.1) Johan., XIV, 10 (4) lbid»f XVIII, -0.

appuyée Bur cette parole, en l'appliquant principalement à ses Conciles. Il y a donc le moment où le Christ est présent , et le moment qui précède sa présence. Avant la réunion, les hommes ne sont que des hommes , et le Christ ne garantit pas leur parole. Il veut les voir rassemblés, et «empressés à « garder l'unité d'esprit dans le lien de la paix (1). » Leur qualité de juges infaillibles est réservée pour ce moment.

Pourquoi donc Mgr d'Orléans n'attendait-il pas le jour sacré de cette réunion pour exprimer sa pensée? pourquoi datait-il d'Orléans son vote, lorsque l'heure de ce vote n'était pas encore venue? Avant d'être assis sur son tribunal de juge, il prononçait déjà, il s'adressait à l'opinion, comme si l'opinion était quelque chose en de telles matières. Certes , il ne s'est pas proposé de troubler les consciences ; mais elles n'en sont pas moins troublées, nous le savons, nous, qui depuis lors rencontrons sur notre route tant d'âmes inquiètes. Et si aujourd'hui il nous faut lutter corps à corps et sans ménagement, n'estce pas parce que la situation est devenue telle que tout autre intérêt que celui de la vérité , que celui des âmes, doit disparaître à nos yeux?

Nous étonnerons sans doute les rationalistes, dont

(t) Eptios., IV, 3«

le nombre s'accroît si fort depuis le jour où tant de questions difficiles ont été jetées dans un public nullement préparé , lorsque nous leur dirons que l'infaillibilité du Concile ne procède pas de la science exceptionnelle de ses membres, mais qu'elle est l'effet surnaturel de l'action de TEsprit-Saint. Si docte que soit une assemblée de plusieurs centaines de personnes, elle demeure toujours faillible, parce qu'elle est humaine ^ et c'est sur l'autorité divine que repose la foi que nous avons en elle. Est-ce à dire que le Concile est dispensé de se livrer à l'é-^ tude des matières sur lesquelles il doit prononcer? A Dieu ne plaise ! Thistoire nous mjontre des docteurs dans toutes ces saintes assemblées. Les décrets y sont formulés avec l'autorité de la sciencei «nie à Tortliodoxie de la foi. Dans les discussions préalables, les questions ont souvent été agitées cdntradictoiremeiiyt par des docteurs du plus grand poids. La vérité cependant n'est que d'un seul côtéi. mais les débats ont quelquefois été ardents.

11 est donc permis aux fidèles, qui attendent desi précieux résultats du Concile^ de se préoccuper de la valeur des champions qui devront militer dans la lice , et puisque Mgr d'Orléans a cru devoir annoncer dès la veille en quel sens il opinerait, puis* qu'il a lancé avec éclat ses déclarations eur une des questions qui vont être soumises au Concile, qu'il! nous pardonne de scruter ses écrits, pour y chercher^ les preuves de sa doctrine. Le sentiment qu'il sem^ Jble adopter n^est pas celui qui remplirait les vœus

de la majorité du clergé et des fidèles. Us sont bien plutôt du 6ôté de Mgr de Malines , et des évêques signataires du postulatum pour l'infaillibilité. En continuant d'écrire ces pages, je n'ai d autre but que dé les rassurer.

Est-il juste, en effet, de laisser sans réponse ces difficultés que Mgr d'Orléans met en avant comme autant d'obstacles invincibles à la définition? Et si leur solution est aisée, pourquoi ne pas le faire voir , quelle que soit la conséquence ? Rentrons donc dans la discussion ; elle sera promptement terminée.

' Mgr d'Orléans trouve une première difficulté à la définition de l'infaillibilité du Pape, parce que Ton serait obligé de déterminer les conditions du jugement ex Cathedra. Il y a lieu de lui répondre ijue cette difficulté n'en est pas une , du moment qu'on la peut faire également à propos du Concile dont aucun catholique ne conteste l'infaillibilité. «Tous les « actes pontificaux, dit le prélat, n'ont pas le carac- « tère de Y ex Cathedra. » On lui réplique : « Tous « les actes d'un Concile n'ont pas le caractère coh- « ciliaire. On reqonnaît ces derniers à leur teneur, « annonçant l'intention d'obliger toute l'Église. Le « même caractère se rencontrant dans une décision « papale, on est averti que cette décision est rendue « ex Cathedra. »

Mgr d'Orléans signale conime deuxième difficulté « le dbubte caractère du Pape, considéré soit comme c( docteur prive, soit comme pape. » On lui répond":

« Une définition proclamant le Pape infaillible ex « Cathedra ne touche pas la question du Pape comme « docteur privé. Il est donc superflu de s'inquiéter « sur le double caractère du Pape, d'autant que ce « double caractère peut aussi se rencontrer dans le « Concile. »

Mgr d'Orléans présente comme troisième difficulté « les multiples questions de fait qui se peu- « vent poser à propos de tout acte ex Cathedra. » On peut rétorquer en disant : Sur le Concile, les a questions de fait ne manquent pas non plus. A-rt- « il été œcuménique ? A-t-il agi conciliariter dans « telle circonstance? Quelle forme a-t-il donné à « ses décisions? »

Mgr d'Orléans rencontre une quatrième série de difficultés « dans le passé et les faits historiques. » Cela veut dire qu'il se persuade que le concile du Vatican , avant d'aller plus loin , sera tenu d'ouvrir l'enquête sur Vigile et sur Honorius. J'incline à croire que le Concile trouvera que Mgr de Sura a suffisamment traité de Vigile et le P. Gratry d'Honorius, pour laisser dormir ces questions qui ne concluent à rien.

Mgr d'Orléans donne comme cinquième difficulté « le fond même de la question. » Qu'est-ce à dire? sinon que la thèse de l'infaillibilité devra être examinée quant au fond. Est-ce une raison de penser qu'elle succombera? Grâce à Dieu, le nombre immense des docteurs qui l'ont sondée , et qui l'ont

décidée par Taffirmative, donne tout lieu d'espérer qu'elle résistera.

Enfin , Mgp d*Orléàns, un peu plus loin , ajoute cette sixième difficulté : « On aura à se demander si « la définition appartient vraiment à la foi et aux « mœurs. Et que fera-t-on quand Tobjet de la dé- « finition n'appartiendra qu'indirectement à l'un ou tt à l'autre? » Lorsque Mgr d'Orléans aura répondu à ces mêmes questions quant au Concile, on le satisfera quant au Pape. La situation de Tun et de l'autre est exactement idenlitique. L'un et Vautre peuvent décider et décident en effet sur la foi et sur les mœurs; l'un et l'autre décident directement et indirectement ; les théologiens discutent sur leurs décisions, et c'est là l'objet de la théologie. L'Écriture-Sainte elle-même, dans sa lettre et dans son interprétation, bien qu'elle soit la propre parole de Dieu, ne donne-t- elle pas matière aux plus profitables discussions?

Véritablement, Mgr d'Orléans s'est fait sur les sources de la théologie une idée qui n'appartient qu'à lui. Il cherche dans les documents doctrinaux une précision constante et en toutes choses, qu'il ne rencontrera pas. Nous savons que tel texte contient la révélation ; mais formulé qu'il est dans le langage humain, il a besoin, pour l'ordinaire, d'être élucidé par la science. Pour peu que le prélat se mette à compulser les décrets des Conciles généraux, si variés dans leur teneur, il reconnaîtra par lui-même que le plus souvent ils appellent une in-

terprétation. Ceci est vrai , même du Concile de Trente, dont les décrets et les canons furent cependant élaborés avec une précision que l'on rencontrerait difficilement dans les autres monuments çondliaires. Que Mgr d'Orléans en demeure persuadé, une Bulle dogmatique n'est ni plus ni moins difficile à formuler qu'un décret ou un canon de Concile.

Sur un autre terrain, Mgr d'Orléans ne paraît pas non plus triompher, comme il le pense, de Mgr de Malines. L'illustre archevêque avait dit à propos de la doctrine de l'infaillibilité, que la question aujourd'hui n'est pas libre; en d'autres termes, qu'il ne s'agit pas ici . d'une simple opinion sur laquelle on pourrait à volonté soutenir le pour et le contre. Mgr d'Orléans conteste cette manière de considérer la situation doctrinale. Pourtant, il ne peut ignorer que quiconque soutient que la doctrine de l'infaillibilité papale est futile, qu'elle n'est pas sérieuse, encourt ip$o facto l'excommunication. En est-il autant de la contradictoire? Encourt-on les censures de l'Église en soutenant que la doctrine gallicane est futile, qu'elle n'est pas sérieuse, qu'elle est fausse? Mgr d'Orléans est bien obligé de convenir que non. Mgr de Malines a donc eu raison de dit*e que déjà la question n'est plus libre, et qu'elle est, ainsi que je l'ai dit ci-dessus, dans la même situation oîi se trouvait celle de l'Immaculée Conception après le décret d'Alexandre VII.

J'imagine que Mgr d'Orléans ne viendra pas dire

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que la condamnation: de la proposition Fulilh et loties Cànvulsa^ n*a pas été ratifiée par le corps épiscopal. Il enseigne, avec Mgr de Sura, que le consentement des évêques doit être an/^cérfen^ concomtVanf ou $ubtéquent aux décisions doctrinales du Saint -Siégé. Or, voilà bientôt deux siècles que la. proposition Fu^ tiHssiété condamnée par Alexandre VIII. Cette condamnation a été publiée dans toute TÉglise. Le corps épiscopal, n*a jamais réclamé; il y a donc àdbëré d'une manière subséquente. Cette condamnation figure sur toutes les listes de propositions censurées que Ton trouve dans un nombre considérable de théologies imprimées avec Tapprobation des évoques, pour l'instruction de leurs clercs. Oit ne serait donc pas recevable à la regarder comnie nonavenue.

Mais ce qui étonne par -dessus tout, c'est l'étrange liste d'auteurs que Mgr d'Orléans a eu la complaisance d'accepter des mains d'un théologien de sa connaissance, et qu'il nous donne comme une démonstration de son sentiment. D'abord, en suppo* sant que tous ces auteurs fussent dignes d'estime , il serait nécessaire de les ranger en deux catégories : ceux qui ont vécu avant la condamnation de la proposition Futilis par Alexandre VIII, et ceux qui ont vécu depuis. En outre, il faudrait éloigner ceux de Ces auteurs qui se bornent à dire que l'infaillibilité du Pape n'est pas une doctrine de foi; tout le monde le reconnaît et la meilleure preuve qu'il en est ainsi, c'est que l'on aspire de toutes parts à la

définition. Mgr de Malines a avancé que, dans 1 état présent, la thèse de la faillibilité du Pàpé n'est pas Une thèse libre; il n a pas dit que Tinfaillibilité du Pape était, dès ce moment, une vérité de foi.

Quant à la liste considérée dans sa teneur, il est regrettable que Mgr d'Orléans ait cru devoir lui donner l'appui de son nom et de son autorité. On peut sans doute mieux employer son temps qu'à discuter la portée des noms dont elle se compose; mais il est pourtant nécessaire de dire que Gerson est ainsi traité par Victoria (dont le nom se lit sur la liste) : Doctor per omnia infeslissimus aucloritati summorvm Pontificumy etmultos alios infecil suo veneno(^); que Van Espen, le canoniste de la petite-église d'Utrech, est un janséniste des plus compromis ; que Noël Alexandre fut un des signataires du fameux Cas de conscience qu'a poursuivi si vigoureusement Fénelon ; que la Luzerne est loin d'être orthodoxe dans un de ses plus importants écrits (Instruction sw h Rituel de Langres); queLingard, historien distingué, n'a pas toujours été sûr, notamment quand il a soutenu la validité des ordinations anglicanes; que les écrits d'O'Leary témoignent d'une grande légèreté en fait de doctrine ; que le docteur Baines fut fortement réprimandé par Grégoire XVI pour les maximes plus que hardies qu'il avait exprimées dans un mandement trop célèbre. Les catholiques anglais ne l'ont pas encore oublié.

. (1) De potestate Papœ et Concilii, Pfôp. v. '

Si Ton passe aux autres noms de cette liste , on est étonné d'y reconirer Victoria qui dans son traité De poteitate Papœ et Concilii , ne dit pas un seul mot de la question; Driedon, Alphonse de Castro, Pierre de Monte , Thomas Campège , Jérôme Albani , Frédéric Nausea , Dominique Soto , les frères Wallenfourch qui enseignent l'infaillibilité da Pape; François Kenrick, archevêque de Baltimore, qui la professe pareillement dans sa Théologie, etc. Quant au révérend Manning, la liste formule d'après lui cette proposition : « L'infaillibilité ne réside pas dans le <( Pape senk^ parce que ce mot seul exclut tant les , <( Conciles généraux que le corps de l'Eglise disper- <( sée. » Est-ce que Mgr d'Orléans, qui publie la liste, penserait que la définition de Tinfaillibilité du Pape compromettrait l'infaillibilité des Conciles généraux^ ou celle de l'Église dispersée? A ce compte, son opposition serait fondée; mais qu'il se rassure, et qu'il ait la charité de conseiller à son théologien de prendre au moins une idée de la question.

Dans une discussion telle que celle du sujet de rinfaillibilité dans l'Église, la connaissance de l'histoire et des monuments est surtout nécessaire. Mgr d'Orléans l'a senti, et c'est pour cela que, dans sa Lettre à Mgr de Malines , il affirme avoir beaucoup étudié r histoire de F Église. Cependant, pour ne pas remonter plus haut que cet opuscule, on y trouve

trop souvent la preuve qu'un certain développement dans les études et les recherches ne serait pas mu«* tîte.

Ainsi, Mgr d'Orléans répète jusqu'à deux fois que le Concile de Trente s^occupa de la thèse de Tinfaillibilité du Pape- Le fait est qu'il n'en fut pas ques* stîon dans cette assemblée ; ni frà Paolo ni Pallavicini n'en ont dit un mot. Les paroles du cardinal de Lorraine rapportées par Mgr d'Orléans furent prononcées à propos d'une question totalement distincte. Il s'agissait de la source de la juridiction dans l'Église. Je ferai observer en passant que lors même que le Concile de Trente eût renoncé à trancher la question de l'infaillibilité du Pape, il ne s'ensuivrait pas qu'un autre Concile serait impuissant à la décider. N'avons-nous pas vu définir de nos jours rimmaculée Conception , que le même Concile de Trente n'avait pas jugée mûre encore pour être érigée en dogme?

La prédication de l'Évangile chez les infidèles, les obstacles qu'elle y rencontre , sont autant de questions du ressort de la science historique, qu'il s'agisse du passé ou du présent. On a donc lieu de se demander sur quels faits s'appuie Mgr . d'Orléans , lorsqu'il considère la définition de l'infaillibilité du Pape comme pouvant nuire à la conversion des centaines de millions d'infidèles qui n'ont pas encore accepté le christianisme. Jusqu'à présent, il est inouï que la notion du Pape, infaillible ou non, ait jamais arrêté les progrès de l'Évangile» Mgr le vicaire apos-

tolique de Ceylan a rendu sur ce point un témoignage auquel ont adhéré ses vénérables collègues dans l'apostolat. Ils parlent du présent; Thistoire nous révèle le passé. Véritablement Mgr d'Orléans pouvait se dispenser d'amener les infidèles dans la question.

Est-il mieux fondé à mettre en avant les protestants dont il porte le nombre à quatre- vingt dix millions. Admettons, pour le moment, ce chiffre qu'on lui conteste. Pour pouvoir objecter les répugnances des protestants contre la définition de Tinfaillibilité du Pape, il serait nécessaire de suivre historiquement la controverse depuis le seizième siècle jusqu'aujourd'hui, et de démontrer que la rentrée des réformés dans TÉglise tient à la question de savoir s'il faut croire le Pape infaillible ou non. Les pièces de ce vaste procès sont devant nous, et chaque année en voit s'accroître le nombre. Est-ce là qu'est le nœud de la controverse? 11 y a longtemps déjà qu'il n'est plus même question du Pape dans la polémique protestante. Elle est concentrée tout entière dans les prétentions de la raison humaine, qui entend juger la révélation et créer un christianisme en dehors de l'autorité et de la tradition. Faites admettre à ces hommes une Église infaillible, ils accepteront le Concile, et tout ce que le Concile aura décidé, fût-ce môme Tinfaillibilité du Pape.

. Sur le christianisme oriental, Mgr d'Orléans ne paraît pas non plus posséder toutes les données historiques qui lui seraient en ce moment fort utiles-

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Ainsi, il dit à Mgr de Malines : « Au neuvième siècle, « nous avons eu la douleur de perdre à peu près la « moitié de l'Église. » Dans sa Lettre pastorale, ou Observations^ il paraît convaincu que Photius a séparé au neuvième siècle les Orientaux de la communion de l'Église, à propos de la primauté du Pape. Il y a tout un monde d'erreurs dans cette manière d'envisager l'histoire.

Mgr d'Orléans commence par confondre les Églises orientales avec l'Église grecque. Il aurait besoin de se rappeler que ce n'est point au neuvième siècle, mais dès le septième que le nestorianisme, et surtout le monophysisme , ont prévalu dans les Églises de TOrient; que la Syrie, l'Arménie, la Chaldée, l'Egypte, ont sombré dans l'hérésie, non point pour se soustraire à l'autorité du siège de Rome , mais, les Chaldéens, pour ne pas confesser l'unité de personne en Jésus-Christ; les Syriens, les Arméniens, les Coptes, les Éthiopiens, pour ne pas reconnaître en lui les deux natures i Le peu d'orthodoxes qui resta dans ces pays fut désigné et l'est encore sous le nom de Melchites, comme professant la foi de l'empereur de Constantinoplè. Cette immense défection qui fut châtiée et l'est encore par l'invasion de l'islamisme, n'a rien de commun avec Photius et son schisme de quelques années.

Faute d'avoir une idée distincte de ce qui se passa au neuvième siècle, Mgr d'Orléans, de même qu'il recule jusqu'à cette époque la séparation dès Orientaux, avance de deux siècles celle de l'Église grec-

que. Il a oublié que le Bcfaîsine de Photius ne dura que peu d'années, et que le huitième Concile y mit lin , malgré les efforts impuissants de l'ambitieux patriarche qui ne put prolonger au-delà de sa vie le scandale de sa rupture avec Rome. Mgr d'Orléans ne tient aucun compte des dix-sept patriarches qui se succédèrent entre Photius et Michel Cérulaire , par lequel enfin le schisme grec se déclara au milieu du onzième siècle.

Tous ces dix -sept patriarches vécurent dans le communion du Siège apostolique , ainsi que les ÉglisM dt leur ressort. Plusieurs sont honoréts comme saints , et Vun d^eux, samt Antoine sur^ nommé Caulée ^ est même inscrit au Martyrologe romain. Ce fut durant cette période que la Rulhénie fut convertie au christianisme par des missionnaires venus de Constantinople, et les premiers saints que produisit cette Église sont honorés par les Ru^ thènes-unis , par exemple saint Vladimir et sainte Olga, avec l'approbation du Saint-Siège. Le schisme tout personnel de Photius ne fit donc point perdre la moitié de rÉglise^ comme le dit Mgr d'Orléans* Nestorius, Eutychès, Dîoscore, sont responsables de la. perte des Eglises orientales; Michel Cérulaire rér pond de celle de l'Église grecque.

Sur une question beaucoup plus récente ^ Mgr d'Orléans reproche à Mgr de Malines de ne pas tenir compte d'un fait inscrit dans la Lettre pastorale, Oïi Obtervatiom. On y rappelait les déelarations faites» avant 1829, au gouvernement et au Parlement an«*

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