‹ De la dégénération et de l'extinction des variétés de végétaux propagés par les greffes, boutures, tubercules, etc., et de la création des variétés nouvelles par les croisemens et les semisChapitre 10 sur 18 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

Dans la culture des plantes annuelles, de celles même qui offrent le plus grand intérêt agricole, on est arrivé par le semis à reproduire la variété franche et uniforme; ainsi les variétés ordinaires de froment, d’orge, de fève, d'avoine, se transmettent les mêmes par la culture annuelle ; mais lorsqu'elles sont introduites dans la culture d’un pays nouveau pour elles, elles s’y varient dès les premières années d’une façon tout-à-fait remarquablé. Nous avons vu, en suivant la culture d’un grand nombre de variétés de diverses espèces de céréales, dans la ferme expérimentale de la Société, que presque toutes ces variétés, rapprochées les unes des autres, se modifiaient beaucoup, chaque année, sans néanmoins tout-à-fait se confondre. Ainsi toutes les variétés de blé

dur, les blés d'Afrique, les blés de Tangarock, les blés

de Sicile, les blés de Smyrne , ont perdu leur consistance ferme, leur demi transparence , pour arriver à l’opacité, - à la consistance plus molle des blés tendres: et ce qu'il y a eu de bien remarquable, c’est que la variation a eu lieu dès la première année, dans l’année même du semis, et les grains de l’épi du blé dur de Fangarock, placés du côté du blé blanc, ont perdu leurs qualités de blé dur pour prendre celles de blé blanc; quelques grains mêmes n’avaient qu'une parlie de leur substance modifiée, celle placée du côté du blé blanc, pendant que le. reste conservait la transparence cornée du blé dur. Dans les maïs, cette altération, la première année, a encore été plus sensible, l’épi lui-même des petits maïs s’est allongé, les grains ont grossi , les couleurs se sont modiliées ; F où nous avons dû conclure que dès la première année du croisement , non seulement le germé, non seulement les parties de la semence qui lavoisinent, mais l’épi, le support même des grains ont été changés: ces observations viennent à l'appui de l’opinion que nous avons déjà précédemment émise et appuyée de faits, que dans les croisemens, la graine n'est pas seule modifiée, mais que e l'enveloppe de la graine et le fruit peut aussi l'être dès la première année.

Ces faits sembleraient aussi appuyer l'opinion de William Herbert et autres naturalistes , qui pensent qu’un même grain peut être fécondé par deux variétés diffé

rentes, puisqu'ici une partie du grain conserve quelques

caractères de la variété primitive qu’elle doit à laction fécondante des étamines de la plante elle-même, pendant que l’autre partie est évidemment due à la fécondation opérée par les étamines des plantes congénères voisines; souvent done le croïisément ne serait

qu'une double fécondation: on remarque dans la culture du melon un fait qui ajouterait encore à la probabilité de cette opinion : ‘ lorsqu” on cultive, à côté les uns des autres , des melons à chair blanche et à chair rouge, dès la première année, on a des melons dont la chair est nuancée de rouge et de blanc, ce qui serait, par conséquent, dû aussi à une double fécondation.

Nous n'avons pas continué , au-delà de quelques années, ces expériences entreprises pour favoriser l'introduction de variétés nouveles dans la culture du pays; Mais nous avons remarqué généralement que ces variétés introduites en plein champ, après avoir été plus productives les premières années que les variétés du pays, ont fini par ne l’être pas davantage; et on les a abandonnées trop tôt, sans doute, avant que leur acclimatation complète pût faire juger de leurs produits permanens.

Page 1