‹ De la dégénération et de l'extinction des variétés de végétaux propagés par les greffes, boutures, tubercules, etc., et de la création des variétés nouvelles par les croisemens et les semisChapitre 13 sur 18 · XXII · texte numérisé non relu

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Il semble qu’autrefois la plus grande partie des variétés de froment était couverte d’une enveloppe, ou res-

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semblait à nos épeautres; le far des Latins, leur blé rouge et barbu, était couvert d’enveloppe; il se semait, nous dit Pline, dans cet état, et s’employait pour la nourriture après avoir été séché et grillé pour le dépouiller de son tégument. Le blé de France, nous dit-1t encore, était le plus léger; d’où nous pourrions conclure qu'il aurait encore été une variété d’épeautre : près de Bourg, sur la place qu’oecupait une ville considérable de la colonie romaine qui a été incendiée , on trouve beaucoup de grains réduits en charbon, qui conservent encore toute leur forme et paraissent pour la plupart avoir eu une enveloppe ; les variétés de froment cultivées

se sont donc depuis ce: temps beaucoup améliorées et beaucoup multipliées, et le blé nu aurait pris presque partout la place des blés à enveloppe pailleuse. Le hasard semble avoir principalement fourni les moyens de ces améliorations; mais lorsqu'on aura convaincu l’agronome praticien, comme l’agronome théoricien, de la création possible de variétés nouvelles par des croisemens spontanés ou faits à dessein, cette carrière une fois entamée s’agrandira, tous les objets de notre culture iront sans cesse en s’améliorant en produit et en qualité: en choisissant d’abord les espèces qui conviennent le mieux à.nos positions diverses, et puis dans ces espèces les variétés spontanées ou artificielles qui seront les meilleures et les plus productives , toutes les branches de l’agriculture iront en se perfectionnant. Mais plus encore que les produits de la terre cultivée, . que les produits obtenus par la charrue, ceux des bois pourront s'améliorer ; jusqu’ici la nature seule a fait tous les frais de leur production: lorsqu'on leur appliquera une culture rationnelle, que les meilleures variétés tant

aies

indigènes qu'exotiques remplaceront les médiocres ou. mauvaises essences du pays, qu’on fera succéder les diverses familles des grands végétaux les unes aux autres, les essences résineuses aux essences feuillues, les produits seront doublés au moins, en sorte que la moitié du sol qu'occupent les bois , trois millions d’hectares au moins, pourront être employé aux besoins immédiats de l’homme.

Nos variétés indigènes peuvent elles-mêmes encore beaucoup s'améliorer: ainsi, dans la forêt de Seillon près Bourg se trouve un chêne dont le fruit est le double au moins de ceux de la même variété: l’amélioration serait grande si elle peut se perpétuer par les semis parce que le gland est une excellente nourriture pour les pores; les semis qui en ont été faits n’ont point encore donné leurs produits, en sorte qu’il n’est pas sûr que la grosseur du fruit de cette variété se transmette par la semence.

Sans doute dans ces grands végétaux qui vivent plusieurs âges d'homme, la création de variétés nouvelles, äméliorées par des semis successifs, offre plus de dificulté que dans les plantes annuelles et que dans nos espèces fruitières ; mais ce qu'il ne sera pas donné aux hommes du siècle d'accomplir, les générations suivantes pourront le faire: il sufhra que la conviction de l’amélioration par le semis de bonnes variétés soit devenue populaire; chacun multipliera par le semis les meilleures variétés qu'il a sous les yeux; il pourra choisir dans ses prétutts les meilleurs individus comme porte-graines, et une vie d'homme pourra voir encore plusieurs semis | successifs de générations d'arbres améliorés Notre point de vue s’est donc beaucoup agranüi; en

nous occupant des espèces fruitières que l’homme cul- | tive, nous avons été conduit naturellement à faire l’application de nos observations à toutes les familles des plantes qui sont l’objet de ses soins , à tout l’ensemble de l’agriculture. La carrière est grande , elle est à peine commencée; quelques pas heureux ont été faits pour l'amélioration des fruits; on a parcouru beaucoup plus d'espace dans l'amélioration et la modification des fleurs; on a multiplié presqu’indéfiniment les formes, les” nuances, le parfum dans les roses, les œillets, les renoncules, les tulipes, les jacintes, les dahlias ; ce que l’homme a fait pour son plaisir, les efforts et le temps qu’il a employés pour son agrément, refusera-t-1l de les employer pour l'utilité, pour les besoins de tous? ce ne sont plus dans les plantes agronomiques les fleurs ni leurs nuances qu’il faut faire varier, ce sont les fruits, les graines, les tiges et les racines des plantes ; mais leur modification n’est pas plus difficile que celle des fleurs puisque sur les plantes même où on a fait varier ces dernières, Le nombre, le volume, la saveur des fruits et des graines, la grandeur ou l’abondance des tiges ont été beaucoup modifiés,

Dans toutes les familles de plantes que l’homme ci. tive, il pourra donc presque toujours arriver à trouver mieux qu’il ne possède. La nature est infinie dans ses ressources, dans ses combinaisons, et elle récompense toujours l’homme qui l’étudie avec soin, avec persévérance et avec Jugement; ce qui distingue particulière ment l’homme des autres espèces qui habitent le globe, c’est qu'il est perfectible, c’est qu'il peut s'améliorer lui-même et améliorer tout ce qui le touche. L'Etre Suprème lui a donné une espèce d’empire sur une nature

Do

perfectible elle-même; qu’il obéisse donc à cet instinct sacré d'amélioration, de perfectibilité morale et matérielle qui lui a été donné d’en Haut ; que sa vie se dé-

voue , s’il le faut, et il aura rempli sa meilleure, sa plus belle destination.

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