DE L'EXTINCTION DES VARIÉTÉS PROPAGÉES PAR LES GREFFES
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En cultivant et semant les plantes qu'il avait choisies pour ses besoins, l’homine a remarqué que les semis naturels produisaient sous ses yeux des individus nouveaux pour remplacer les anciens, et que chacune de ces procréations nouvelles, en conservant les caractères principaux de lespèce, développait plus ou moins de dissemblance dans son port, sa vigueur, ses fleurs et ses fruits et lui offrait, par conséquent, un choix à faire: en cultivant ces plantes pour son usage, il a done toujours choisi les sous-variétés plus productives, plus nourrissantes et est ainsi parvenu À se procurer des variétés améliorées que la nature ne produit pas spontanément: ainsi, le froment ne se retrouve nulle part dans les se- - mis de la nature (1); d’abord humble habitant des gazons des pays tempérés, il a, par un heureux choix de tous les ans, par des soins assidus et une culture soignée, acquis plus d’élévation, un grain plus gros et plus nombreux, et est enfin parvenu à occuper le pre-
(1) Hamphry Davy. — Chimie agricole.
mier rang parmi les plantes cultivées et à être la base de la nourriture de la plupart des peuples policés.
Ce n’est que par un travail assidu, par des semis successifs et long-temps continués que les variétés choisies sont arrivées à se reproduire presque les mêmes : mais chaque climat avait ses exigences et ses circonstances particulières; chaque climat, aidé des soins répétés et assidus de l’homme, a donc produit, en quelque sorte, une variété assortie à ses circonstances; de là est née la multitude de variétés de froment qu'on cultive dans les divers pays. |
Le travail fait pour le froment a dû l être pour les-autres espèces de graines utiles à la nourriture de l'homme ; mais les autres espèces plus rustiques réussissaient à peu près partout, et on a moins cherché à les varier parce qu'on en avait moins besoin; d’ailleurs, le seigle, l'orge, l’avoine sont beaucoup moins susceptibles de donner des variétés; et propres à tous les climats , ils en reçoivent peu de modifications dans leurs caractères extérieurs.
L'amélioration par les semis était assez facile pour les espèces annuelles où, chaque année, l'homme pouvait choisir, resemer l’objet de son choix et voir mürir dans l’année où le printemps suivant ses nouveaux produits; mais il n’en était pas de même pour les espèces pérennes ou d’une longue durée , où il fallait presqu’une vie d'homme pour les voir fructifier; leur amélioration a donc été et a dû être plus lente, plus difficile: aussi il semblerait que nous sommes encore peu avancés dans cette carrière.
Cependant dans les sara à longue vie et à tiges élevées, plus remarquablement encore que dans les.
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plantes annuelles, le semis des graines d'une variété donne naïssance à un grand nombre d'individus, tous plus ou moins dissemblables dans leur port, leur feuillage, leur vigueur, leur fruit, leur fécondité; parmi ces variétés l’homme a donc aussi pu choisir celles qui paraissaient promettre le plus à ses besoins ou à ses plaisirs , pour les propager par les différens moyens que la nature lui a présentés : mais ici, le plus souvent, il a tout laïssé faire à la nature; il a peu semé lui-même et n’a guère choisi que dans les semis naturels.
Parmi ces plantes pérennes, un assez grand nombre d'espèces lui offraient des fruits qui pouvaient servir à sa nourriture : la nature en les jetant par milliers à travers les boïs et les forêts, au milieu d’un grand nombre d’in- - dividus dont les fruits étaient sans agrément, en offrait quelques-uns dont la saveur, les formes et le produit pouvaient wieux lui convenir ; il s’est donc occupé de leur propagation. La nature lui offrait aussi pour remplir ce but, pour quelques-uns, des drageons enracinés ; pour les autres, il imagina de les multiplier par des moyens artificiels dont la nature encore lui montra les premiers exemples par les marcottes, les boutures et les greffes. |
Mais tous ces moyens de propager un individu par sa tige ou ses racines ne sont, en quelque sorte , que le morcellement ou la division de l'individu primitif, et ses parties quoique séparées, lui appartiennent encore : c'est toujours une portion du même être, tige et racine dans les drageons, branche à laquelle on fait pousser des racines dans Jes marcottes ou boutures ; bourgeons ou boutons qu’on place sur des tiges, sur des racines ou sur d’autres sujets, dans les greffes. Tous ces moyens de propagation
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ne sont donc que la continuation de la vie d’un même individu : c’est donc toüjours, comme nous le disions dans un Mémoire publié en 1817, une branche, un bouton ou une racine de lindividu primitif qui, soit qu’on le plante ou qu’on le greffe, s’allonge en tirant sa nourriture du sol, immédiatement ou avec l’intermédiaire d’un autre sujet; c'est un même être dont l’art multiplie l'existence, mais qui reste toujours le même dans les diverses positions où l’homme le, place; qui conserve toujours les mêmes formes, le même port dans ses tiges, ses branches et ses bourgeons; les mêmes couleurs et position dans ses fleurs; les mêmes formes, saveur et propriétés dans ses fruits; pendant que lindividu qui résulte du développement dans le sol d’un germe spécial fécondé, diffère toujours en un grand nombre de points de celuï ou ceux dont proviennent les germes. | La nature dans la procréation des plantes par semis suit sa marche,ordinaire de fécondité et de richesse; elle varie autant qu’elle multiplie ses créations; elle a laïssé à l’homme le soin de conserver et de propager l'individu qui lui estutile, mais elle s’est réservé le grand rôle de la création de nouveaux êtres doués de nouvelles propriétés. Nous ne sommes pas seuls À envisager de cette manière dans sa marche et dans ses suites la propagation artificielle des variétés par l'homme et leur création par Ja nature, au moyen des semis; elle appartient à Gallesio, en Italie; à Humphry-Davy, en Angleterre, qui l’ont émise à peu près à la même époque que nous. Mais la mort est attachée à tous les individus matétériels; elle est leur destinée dernière plus ou moins reculée, suivant les vues de la nature: la variété propagée par les soins de l’homme est donc destinée 4 périr comme
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l'individu primitif auquel elle est due et comme tous les êtres matériels; c’est une vérité d’analogie qui n’aurait peut-être pas besoin de preuves. Toutefois, nous croyons devoir l’appuyer sur un très-grand nombre de faits parce qu’elle est contestée par d'importantes autorités, | Maïs un de nos plus habiles botanistes, M. de Candofle, pense que dans les végétaux la mort ne serait qu A avant de pouvoir établir notre opinion il devient donc nécessaire de combattre cette assertion et pour cela nous sommes obligés d'entrer dans quelques dév éloppemens. |