II
Nous voyons tous les jours sous nos yeux la mort frapper les végétaux qui nous entourent ; les espèces annuelles semblent n’exister que pour fleurir, porter leurs graines et mourir ; les espèces vivaces passent successivement par toutes les périodes de jeunesse, de vigueur, d'âge mûr et de décrépitude. Les arbres, dont beaucoup
| d espèces vivent plusieurs âges d'homme, nous montrent toutes ces mêmes périodes, plus longues il est vrai, mais - qui finissent toujours par la même terminaison; l’arbre, jeune embryon sorti de la graine, pendant ses premières années reste faible, petit; son temps s’emploie en quelque sorte à s'établir dans le sol; mais au bout d’une pé-' riode d'autant plus longue que son existence doit l’être davantage, il s’élève, pousse avec vigueur : ses couches annuelles qui prennent d’autant plus de développement que l’arbre grossit davantage, croissent encore même en épaisseur; ses branches s’élancent de toutes parts dans l’espace; mais après cette première vigueur qui apparüent à sa jeunesse arrive l’âge de la fructification; les
bourgeons nouveaux sont plus courts, les couches annuelles plus minces; ‘bientôt le moment de la grande fructification est arrivé; mais cet âge de maturité, pendant lequel l’arbre semble soutenir ses forces, sans les voir croître ni diminuer, n’est pas long: bientôt chaque année voit diminuer la longueur des bourgeons, l'épaisseur des couches annuelles; la force de projection de la sève, cette force qui la pousse loin des racines jusqu’au sommet de l’arbre, cette force qui serait l’une des premières conditions de la vie végétale, diminue bientôt d’intensité : la sève ne monte plus qu'avec peine dans les branches du sommet; bientôt l’alongement des bourgeons y cesse, le feuillage y est moins vif, les fruits moins abondans: plus tard, les boutons s’y éteignent et ne poussent qu’en petit nombre au printemps: les feuilles jaunes une année ne reparaïissent plus l’année suivante, et la mort a déjà gagné la cime. Avec la force qui va en s’affaiblissant d’année en année, la mort descend et gagne les branches inférieures ; arrivée bientôt à peu de distance du tronc, la vie semble lutter encore contr’elle pendant quelque temps, mais bientôt elle a gagné les racines et le végétal a cessé de vivre. :
Mais cette cause de mort est loin d’être seule, et comme dans les animaux, la vie, par la suite du temps qui s'écoule, est attaquée dans plusieurs de ses organes principaux.
À peu de distance de l’époque où la mort commence à gagner la cime , par suite de la longue circulation des liquides vitaux et nourriciers, les canaux qui portent la sève dans les couches le de l'arbre, petit à petit s’oblitèrent, voient finir toute circulation séveuse, et la vie cesse dans les couches intérieures par la cessation de
la cireulation ; cette mort , cette atrophie intérieure que nous voyons, chaque année, attaquer les vieux arbres, chaque année s’étend par l’oblitération de nouveaux canaux et par le contact des parties frappées de mort; mais la durée de ce bois atrophié-et pénétré d'humidité n’est pas bien longue; il change de couleur, s’altère dans son tissu, bientôt il se décompose; les insectes se joignent à la pourriture, l’intérieur se creuse et ce qui reste de vie se réfugie aux couches qui touchent immédiatement l’écorce. | Pendant que l'arbre est ainsi attaqué dans sa tige principale et ses grosses branches, les racines éprouvent le même sort; elles élaborent donc moins de suc nourricier pour les parties aériennes; mais tandis qu’elles en envoient encore, cette sève, devenue cambium, forme une couche extérieure qui se laisse apercevoir. La durée de l'arbre se prolonge malgré qu’il aït une grande partie de son organisation détruite, parce que les canaux séveux qui sont près de l’écorce sont encore jeunes, qu'ils permettent un peu de circulation et que, chaque année, de nouveaux canaux se forment; mais, chaque année, les couches diminuent de plus en plus d'épaisseur, avee la force de projection qui diminue d'intensité; la mort qui travaille dans l’intérieur gagne ces couches affaiblies que l’énergie vitale ne peut plus défendre de son invasion, et le végétal.achève de périr dans le reste de son organisation. à - ER Dans tous les végétaux, nous voyons se caractériser successivement toutes les différentes époques de la vie des êtres organisés; nous les voyons passer par l’enfance , -puis arriver à la jeunesse, bientôt à l’âge mûr, que suivent à plus ou moins de distance la vieillesse et
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la décrépitude : nous voyons sous nos yeux leur organisation perdre de jour en jour de sa force. Comment. donc ne finiraient-ils pas par la destinée commune ? Dans les végétaux décrépits, comme dans les vieillards, la fin arrive toujours par quelque circonstance particulière, par le défaut d’un ou plusieurs organes, et ces organes détruits entraînent la perte de tous les autres et, par conséquent, de l'individu. | | Fous F grands végétaux qui sont ceux dont la vie est plus longue, nous présentent des couches annuelles dont l’épaisseur va en progression toujours décroissante ; s’il se rencontre dans les décroissemens des ice elles correspondent à quelque circonstance particulière de la vie du végétal; on retrouve dans les couches affaïblies les époques où il s’est trouvé dans le voisinage | génant d'individus qui partageaient sa nourriture, et celles où des années de sécheresse ont contrarié sa vé-
gétation. Lorsqu'on abat une forêt, Pobservation de ses
couches peut donner l'histoire + son existence depuis.
sa première jeunesse; les couches annuelles de tous les
arbres qui-s’y rencontrent, montrent aux mêmes époques le même degré de force et d’affaiblissement;s mais,
“avec ces légères oscillations, la progression régulière .
reprend et marche Foyjours en s’affaiblissant, et par conséquent doit arriver et arrive à zéro; la sève cesse donc alors de monter et l’arbre a fini de vivre.
La longévité de quelques arbres ne prouve pas davantage la durée indéfinie de’ leur existence ;. quelque longue que soit cette durée , elle n’est, en quélque sorte, qu'un point dans la suite temps; mais, en outre, d est probable qu’à voir de plus près les circonstances de ces arbres extraordinaires, cette ‘si grande antiquité se
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téduirait beaucoup, comme on a vu, par un travail éclairé, se réduire celle du zodiaqne de Denderah.
. On a présumé l’âge de ces arbres de l’extrême minceur de leurs couches annuelles ; mais on observe sur tous les vieux arbres que les dernières, celles qui correspondent à la vieillesse, sont souvent dix fois moins épaisses que celles de leur jeunesse et de leur âge mûr. Ici on a pris les derniers termes de la progression décroissante comme devant mesurer la croissance annuelle de toute la vie, et on a eu ainsi un résultat des trois quarts peutêtre au-dessus de la vérité, ét cela est d'autant plus vraisemblable que ces arbres observés, ces Boabads dont on voudrait faire remonter la vie au-delà du temps où Pespèce humaine à commencé à habiter la terre, sont d’un bois mou, tendre, circonstance qui annonce presque toujours une croissance rapide.
Au milieu d’organisations que nous voyons toutes finir comme nous-mêmes ; quand le monde est couvert de ‘débris des anciennes existences ; que nous n’en voyons aucune survivre, comiment serait-il possible d'admettre que la vie végétale fût une exception et qu’elle pâût durer indéfiniment; quand le monde lui- même où nous som-
mes avec tous'les êtres qui l’animent, doit prendre une fin ou passer à une autre forme; quand nous voyons que les êtres qui l'ont successivement couvert , ont tous péri à diverses reprises, comment concevoir que ceux de la | FRS où nous nous trouvons » Puissent avoir une autre destinée : ?
… Mais cette destinée Htblle des plantes dicotylédones ‘où la vie est plus extérieure, est encore bien plus nécessaire et plus prompte dans lés monocotylédones où la vie se transmet par le centre : dans cette grande division
de plantes qui forme plus de la moitié de celles du globe, les canaux séveux restent toujours les mêmes, dans la longue circulation de tous les moinens de l’existence végétale ; ces canaux doivent donc s’oblitérer, et, comme ils n’ont aucun moyen de se renouveler ni de se débarrasser des obstacles qui arrêtent la circulation, ces : canaux une fois obstrués, toute circulation cesse, et avec elle la vie de l'individu: la mort est donc la destinée commune des monocotylédones comme des dicotylédones, le sort inévitable de la vie végétale comme de la vie animale.
Four expliquer le grand phénomène de la vie végétale dans lequel l'écorce des végétaux dicotylédones ren- - ferme plus ou moins des series de boutons que des cir-
constances fortuites ou les soins du cultivateur peuvent faire développer, Darwin a imaginé de regarder les vé- : gétaux comme une suite de bourgeons élémentaires, implantés les uns dans les autres; M. Turpin, fraction- : nant encore davantage, réduirait l'élément végétal à des cellules qui se reproduiraient : l’une l’autre; cette double hypothèse, qui ne semble expliquer la formation spontanée du bouton sur toute l’écorce que parce qu’elle est la traduction, en d’autres termes, du fait lui- même, offre d’abord Re out de ne pas s’appliquer, ou de s’appliquer très-mal aux végétaux monocotylédones, ct se prête diflicilement ensuite à ce que l’on connaît de la structure végétale : on conçoit , en effet, assez dificilement comment cet assemblage d'individus peut n’en former qù’un seul, composé de fibres et de vaisseaux qui règnent sur toute l’étendue et sur toute la hauteur de l’individu entier, et vivant dans un seul et grand ensemble par le moyen des mêmes sucs et d’une même circulation,
Cette hypothèse semblerait, au premier aperçu, favoriser le système de l’existence indéfinie des végétaux ; cependant en la ramenant.au positif de la vie végétale, l’appui qu’elle lui prête tombe par les mêmes raisons précédemment déduites; cette faculté qu’on donne à l’élément végétal de se procréer successivement, puissante dans la jeunesse de l'arbre, alors qu'il a toute sa vigueur, diminue dans sa maturité , bientôt va en s’affaiblissant; elle s'arrête plus tard dans les sommets de l'arbre et cesse avec l’alongement des bourgeons; bientôt la mort gagne les sommets et, par conséquent, les derniers élémens procréés : tous les phénomènes que nous avons précédemment développés se suivent, et la mort du végétal arrive soit qu'on le considère comme composé d’un seul individu formé de grandes fibres , de grands vaisseaux parallèles, soit comme l'assemblage d’élémens superposés. Ft
L’analogie qu'on a voulu établir entre les végétaux et les zoophites, est très-peu exacte; dans le végétal, il y a une grande existence individuelle, une circulation générale et une vie répandue dans l’ensemble ; dans les zoophites, au contraire, la vie n’existe qu'à l'extrémité des bourgeons; les existences nouvelles se reproduisent et s’éteignent en se soudant aux débris des existences finies. ARR La fécondation dans le règne végétal est le principe exclusif de vie comme dans le règne animal; cette .vie s'éteint dans l’un comme dans l’autre par suite d’une loi générale et immuable, et, dans tous deux, il ne peut être renouvelé que par de nouvelles fécondations qui créent de nouvelles existences individuelles.
L'homme, par ses moyens artificiels, par les greffes,
boutures ou marcottes, peut bien prolongér cette existence individuelle dans quelques espèces ; il renouvelle en quelque sorte la jeunesse de la variété qu’il propage ; mais à chaque renouvellement, cette jeunesse devient : plus courte, la vie diminue d’étendue, la vigueur s’amoindrit dans ces existences dues à son industrie; mais
l'inévitable mort attend toujours sa proie, et; au bout d’an certain nombre de générations, la variété propagée finit comme le premier individu qui lui à donné naissance,
ÉATE
La plupart des auteurs agronomiques saint l’opinion que la propagation par boutures , imarcottes, tubercules, tend à la dégénération, et, pour la combattre, ils recommandent le semis des graines qui donne naïssance à de nouvelles variétés jeuneset pleines de vigueur. Si l’on consulte les auteurs de tous les temps, on y trouve des obsetvations et des faits qui prouvent d’abord la dégénération et ensuite fa fin des variétés cultivées.
Pline nomine, sans les reconnaître, dans la culture de son temps, les variétés de fruits et de raisins décrites par Caton. Golumelle se plaint que les vignes Aminées qui, du temps de Caton, donnaient de grands produits en excellens vins, étaient dégénérées et devenues presques stériles. Ollivier de Serre qui, le premier d’entre les modernes, a écrit un bon ouvrage sur l'agriculture, recherche les variétés de Pline et de Palladius sans pouvoir les retrouver; si, de là, nous passons aux variétés que donne Ollivier de Serre lui-même, à peiné retrouvons-nous un cinquième de celles qu'il nomme ; ; enfin , la moitié de celles que désigne la Quintinie ne sont plus
connues ; une partie peut bien avoir été HOTTE inais un grand nombre à sans doute péri. É Que si nous observons nous-mêmes autour de nous, nous voyons que certaines variétés dont il existe encore de grands individus, n’en produisent plus que de chétifs et qui s'élèvent avec peine. Dans la Bresse, département de l’Aïn, on voit de grands poiriers de variétés diverses qui servent dans les domaines à faire des conserves pour l'hiver et de la boisson pour la fin de l’été; ces arbres périssent petit à petit de vétusté, et les jeunes qu’on greffe pour les remplacer, vieillissent avant d’avoir atteint le quart des dimensions ou de l’âge de leurs devanciers; nous-même nous avons planté, depuis plus de vingt ans, des arbres de ces variétés greffées par nous; ces arbres languissent sans donner ni fruits ni bois. Dans le village de Gravelles, même département, on trouve une variété de Reinette allongée, légèrement côtée, d’une peau ét d’une chair très-délicates, et dont la renommée s'étend au Join ; il en existe encore quelques grands arbges, mais les jeunes que l’on greffe ne réussissent plus ; j'en ai en vain planté en plusieurs endroits, les arbres sont petits, peu productifs, et sont près de leur fin. On voit encore dans beaucoup de pays de grands arbres de Blanquettes, de doubles Blanquettes; et les jeunes qu’on greffe pour les remplacer, sont sans vigueur et périssent avant le temps. La Calville blanche , la meilleure peut-être des pommes, au lieu de s'élever aux dimensions qu’on lui voit encore dans de vieux individus, se chancre dans presque tous les terrains , donne encore de bons produits, mais le plus souvent sur des arbres petits et faibles qui sont loin de la taille de leurs devanciers ; l’'Épargne, ou beau Présent, le meilleur des fruits d’été, reste petit et faible dans ses
jeunes individus, à côté des grands de l’autre siècle, doubles en hauteur et quadruples au moins en volume; les Beurrés-gris ne donnent plus que des arbres petits, délicats et maladifs; le Beurré-blanc, dans sa fécondité précoce, reste petit et vieillit au bout de peu d’années. En général, on voit maïntenant les vergers d’espèces fines et délicates languir et bientôt périr au bout de 60 à 80 ans d'âge; et, parmi tous ces arbres ,-la Reinettefranche qu’on renouvelle, reste petite et chancreuse sur beaucoup de sujets: il est assez remarquablé que ces espèces languissantes et faibles dans de grands arbres, retrouvent un peu de vigueur, sont encore fécondes et restent presque exemptes des maladies de leur vieillesse, si on les cultive en arbres nains dont une taille annuelle rajeunit le bois : ainsi particulièrement la pomme d’Api, la Galville blanche et les Beurrés sont féconds et montrent encore quelque vigueur quand on les cultive en arbres nains.
Une grande partie de nos meilleures espèces vieillit donc et a “besoin d’être renouvelée, et déjà un assez grand nombre de Reïinettes nouvelles viennent suppléer la Reinette franche que nous ne tarderons pas à perdre. Il est à croire que depuis l’époque où Ollivier de Serre a vécu, un âge de recherches de fruits a eu lieu, et qu'une grande partie des fruits de nos catalogues et de nos vergers inconnus de son temps est due à cette époque d’ étude , et c'est par cette même raison qu'ils paraissent vieillir ensemble comme dés contemporains, et qu'ils s’éteindront, à ce qu’il semble , à-peu-près à la même époque. De nouvelles études et de nouvélles recherches de variétés sont donc absolument nécessaires pour que nos grandes richesses en beaux et bons fruits ne finissent pas par une pauv reté très-fâcheuse.
Les Anglais ont fait aussi à ce sujet des observations | très-précises et qui datent déjà de long-temps; Marshall rapporte que dans plusieurs contrées certaines espèces de pommiers et de poiriers qui, jadis, donnaient une très-grande abondance de fruits très-bons, en donnent désormais très-peu; que les arbres qu’on greffe de ces espèces ne donnent que des individus petits et faibles rongés de chancres et de maladies, pendant que ceux dont on tire les greffes sont entore des arbres énormes, mais sur leur déclin; et dans toutes ces contrées, l’opinion est admise que les variétés transmises par la greffe s’é- . teignent peu à peu; cette opinion était donc devenue populaire avant d’être adoptée et propagée par les écrivains agronomiques. |
Knight, le même dont on connaît de nombreuses et intéressantes expériences sur la végétation , a fait de cette opinion la base de travaux très-remarquables, et il s’est assuré, par des expériences multipliées, que les espèces vieillies , greffées sur des sujets jeunes, après avoir poussé pendant les premières années des rameaux vigoureux arrivaient bientôt à l’état et anx apparences de décrépitude des arbres sur lesquels il avait pris des greffes ; il a ensuite voulu découvrir quels sont les organes les plus débiles, les plus usés des variétés qui périssent ; il a fait pour cela prendre racine à des branches d’arbres vieux et d'espèces qui s’approchaient de leur fin sil a greffé sur eux une variété vigoureuse qui a poussé avec force, d’où il a dû conclure que les racines conservent encore leurs organes capables de fournir À une bonne végétation. Pour s’assurer ensuite si la circulation dans le bois, si la marche de la sève et la sécrétion des sucs végétaux étaient elles-mêmes affaiblies, 1l a greffé des espèces
vigoureuses sur des arbres vieux de la variété dépérissante : la variété greffée a montré une force très-supérieure à celle du sujet, d’où il a dû conclure que ce n'était pas non plus le bois ‘ni les canaux de circulation qui étaient l'organe affaibli; après s’être ainsi assuré que ce n'étaient ni les racines, ni le bois, ni les canaux séveux qui avaient vieilli, il à cru pouvoir conclure que c'était l'organe qui met l’arbre en rapport avec l’atmosphère, qui y puise la plus grande partie de la nourriture de l’arbre et des fruits, c’est-à-dire l’ensemble des feuilles, l'appareil foliacé, qui était l'organe affaibli et qui allait être bientôt frappé de mort et par lequel la fin de la variété arrivait: ces ingénienses expériences prouve- . raient , il est vrai, ce fait pour les variétés auxquelles on les a appliquées; mais 6n conçoit que dans d’autres variétés l’affaiblissement à pu commencer par d’autres. organes. 8f Humphry-Davy qui a appliqué avec une grande hauteur de vues la science à la pratique agricole, regarde ces faits de l’affaiblissement et de la mort des variétés comme non contestables. Il énonce dans son ouvrage, dont la traduction française a paru en 1819, la même opinion que nous avions produite-en 1817: il regarde la greffe comme n’étant que la continuation d’un même individu. «Le sujet sur lequel on transporte la » greffe, dit-il, ne fait que l’alimenter au moyen de la. » sève ; les propriétés de la variété’ greffée ne changent » point; les feuilles, les fleurs et les fruits ne différent » pas de ceux qu’elle donnait d’abord: le seul avantage » de cette méthode est de fournir au rameau une nour- » riture plus saine, plus abondante, de le rendre mo- » mentanément plus vigoureux, de lui faire produire des
LÉ RE ra ° bare » fleurs plus belles et des fruits plus salubres; mais il ne » participe pas seulement aux propriétés de l'arbre d’où » 11 provient, il contracte toutes ses infirmités et ses » dispositions à languir ou à s’éteindre.
» C’est par cette raison que tant de variétés de pom- » mes renommées autrefois par leur goût et l’excellent » cidre qu’elles donnaient se sont peu à peu détériorées » et inenacent de disparaître tout-à-fait. Le Golden pip- » pin, la Calville rouge et le Moil si parfaits dans le com- » mencement du dernier siècle , ont atteint le terme ex- » trème de leur détérioration : on à beau chercher à les » maintenir par des greffes choisies, on ne fait que » multipliér des variétés maladives et épuisées.»
Le raisonnement, l’analogie , les faits que nous voyons sous nos propres yeux, l’expérience de pays entiers, l’histoire du passé et les autorités agronomiques les plus graves semblent donc tous d'accord pour prouver comme une vérité qu'il n est plus possible de contester, que les variétés d’arbres à fruits qui, en résumé, prises séparément, se réduisent toutes à une seule iñdividualité, périssent et s’éteignent comme toutes les € existences matérielles.
SUTRE
Mais cette destinée qui frappe les variétés de nos àrbres fruitiers doit être et est effectivement commune À toutes les variétés de toute espèce qui se propagent par les boutures, les marcottes, les drageons, les greffes , Jes bulbes, les tubercules, les oignons, etc. C’est toujours aussi dans ces différens cas la continuation d’un même individu par ses racines ou ses branches; c’est
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une partie séparée du même être doué de la faculté de reproduire celles qui lui manquent ; mais l'individu qui a servi de point de départ est destiné à mourir comme les autres: les fractions de cet individu, les parties qu'on en a séparées auront donc la même destination. Les platanes qu’on propage maintenant par boutures ne sembleraient plus la même yariété que ces arbres immenses dont les anciens et Pline entr’autres nous conservent les dimensions; l’ancienne variété se serait donc éteinte, et celle que nous avons serait le produit d’un semis naturel ou artificiel. Déja même il est à remarquer que depuis un certain nombre d'années cet arbre qui ne craint aucun insecte semble languir; ses feuilles sont frappées au printemps de brouillards qui les détruisent et qui affaiblissent les individus: en Angleterre, ïls ont déjà, dit-on, tous péri; la variété actuelle aurait done encore besoin d’être renouvelée et le sera sans doute au moyen des individus assez nombreux que donnent les semis naturels ou artificiels. ax |
Mais ces faits de renouvellement arrivent souvent inaperçus; il se forme un nouveau type qui fournit de nouvelles boutures qui se transmettent et se propagent pour remplacer les individus vieillis ou morts sans qu’on connaisse même son origine nouvelle.
Le peuplier d'Italie qui, dans nos climats, n’a aucun moyen de se régénérer parce que les individus que nous propageons n'ont qu'un seul sexe, annonce désormais moins de vigueur qu’à l’époque qui date de moins d’un siècle où il fut introduit en France; sa production en bois était extrêmement considérable : maintenant il se laisse | devancer par presque tous ses congénères exotiques; le peuplier du Canada, le peuplier de la Caroline, celui
de Virginie, souvent au bout de vingt ans produisent des volumes doubles de bois de service. Cet état maladif qui était loin d'exister lorsque ce peuplier fut propagé en France d’une manière si rapide, semblerait dû à une maladie qui lFatteint presque chaque printemps dans da plupart des plantations où on peut l’observer; les feuilles des branches latérales, à l’exception de celles qui appartiennent aux branches qui forment la cime, jaunissent d’abord, noircissent.et tombent dans le cours du printemps et. de l'été; l’arbre languit, prend de la mousse , les branches latérales elles-mêmes , au bout de‘deux ou trois ans, périssent; l'arbre croît beaucoup moins et ne sera pas de longue durée : quelques-uns déjà même périssent quoique petits et jeunes. Ce mal ne frappe pas tous les individus ni tous les pays, mais il en frappe un grand nombre avec plus ou moins d'intensité, ce qui est à nos yeux un symptôme de caducité ou du moins d’une grande diminution de vigueur qui serait, nous le pensons, Fa vant-coureur de la perte de cette intéressante variété; plus tard nous serions menacés d’une perte pareille dans les belles variétés de peupliers d'Amérique, parce qu’aucune d'elles, à l'exception, peut-être, des peupliers de Virginie, n’a d'individus des deux sexes dans notre pays, et par conséquent ne peut s’y renouveler par les semis. Ainsi donc se justifie, par des faits nombreux, lopinion déjà anciennement admise par un grand nombre que la propagation des arbres par boutures, marcottes et drageons, donne des individus successivement plus faibles et qui vont en dégénérant ; nous n’y ajouterons que sa conséquence naturelle, celle de extinction de la variété par des dégénérations successives.
Les pommes de terre dont la propagation se fait par
racines, sont renouvelées par des semis fréquens; les fleurs qui se multiplient par” greffes, oignons, bulbes, tubercules, sont elles-mêmes semées chaque année, et on voit les variétés de tulipes, de renonculés, de jacintes, d’œillets, qui, dans leur origine, avaient fait la fortune et l’orgueil de ceux qui les avaient trouvées, perdre, au bout d’un certain norambre d’années , de leur éclat, de leur couleur, et finir par s’éteindre et s’oublier.
La mort des individus considérés isolément ou propagés par la division de leurs parties, est donc la loi générale et absolue, aussi bien dans le règne végétal que dans Le règne animal; c’était une vérité de raisonnément
et d’analogie, nous l'avons appuyée sur les faits et l’expérience : elle nous semble donc désormais hors de toute contestation.
Mais la même destinée qui frappe tous les individus matériels, ne serait-elle pas aussi réservée aux-espèces elles-mêmes. Les auteurs anciens, en décrivant leurs fruits, assignent à quelques-uns des caractères qu’on ne peut attribuer à aucune des espèces que nous cultivons ; la famille des coings, aujourd’hui si bornée, paraissait nombreuse et offrir des propriétés très-différentes de celles que nous présente le petit nombre de variétés que nous cultivons maïntenant; quelques caractères sembleraient se rapporter à une espèce intermédiaire entre le coïhg et la poire; nous ne connaissons, dans le moment actuel, rien qui puisse répondre aux descriptions qu’en donnent leurs Géoponiques.
‘Nous ne retrouvons pas non plus la variété de fruits à laquelle ils avaient doriné le nom de {uberes, pas da-
vantage celle que Pline nomme larata. Ces espèces de fruits à noyaux ne ressemblent à aucun de ceux que nous cultivons.
Parmi les plantes si nombreuses qu’ils citent , il en est plusieurs que nous ne pouvons reconnaître dans celles qui nous restent; nous aceusons leurs descriptions qui. sont cependant le plus souvent exactes; il s’en serait done éteint plusieurs espèces. Le cytise, cet arbuste si utile, si productif, qui donnait le meilleur, le plus nourrissant de tous les fourrages, ne sé retrouve ni en Grèce ni en Italie; on ne peut admettre l’opinion de ceux des botanistes. qui donnent ce nom à une luzerne arborescente qui croît spontanément dans la campagne de Rome; le cytise de Pline ne venait pas sans culture; il ne se retrouvait surtout point indigène en ftalie, où Pline se plaignait de voir sa culture négligée: ce serait donc une espèce perdue. Îl est aussi fort douteux que dans lOrigan nous ayons leur fameux dictame de Grête qui jouissait de si grandes propriétés médicinales.
La perte des espèces améliorées par la culture est p'us facile que celle des espèces qui croissent spontanément. Les espèces améliorées par de longs semis et la culture, ont la vie plus courte, demandent plus ou moins de soins et s’éteignent, par conséquent, assez naturellement lorsque la main dè l’homme, qui les a forinées, ne s'emploie plus pour les soutenir et les perpétuer sans variation. Et il nous semble tout à fait certain que si l’homme cessait de donner ses soins aux céréales ‘et à la plupart des plantes qu’il cultive, ces plantes se perdraient bientôt; un petit nombre d’années sufhrait pour voir s’éteindre ces espèces agricoles, fruits du tra- . vail de l'homme et qui ne se soutiennent qu'avec cette condition.
Mais cette extinction des espèces nous semble à peu près compensée par les nouvelles que donnent les croisemens des espèces congénères : plusieurs botanistes semblent d’accord pour regarder un assez grand nombre d'espèces botaniques, comme dues aux croisemens, et ces espèces nouvelles seraient parvenues à se perpétuer sans variation. La nature qui tend à conserver, balance ordinairement les forces de destruction et de création; ici, elle compenserait en partie les pertes que lui ferait éprouver l'extinction successive des espèces par la création de nouvelles au moyen des croisemens. Ce serait une rotation de morts et de vies nouvelles qui ressemble à sa marche générale vis à vis de tous les êtres; elle recèle dans son sein et développe partout, au besoin, des germes divers pour prendre la place des êtres qui s’éteignent dans la mort.
Nous n’admettrons cependant pas lopimon de Buffon, Knight, -William Herbert et autres naturalistes qui pensent que, dans l’origine, un certain nombre trèsborné de plantes et d’animaux , types des familles et des genres, aurait été placé sur la surface du globe, et que la plupart des espèces seraient dues aux croïisemens des types entr'eux; la nature est plus sage, plus prudente, et surtout plus féconde qu’on n’a voulu la faire; elle produit avec profusion les individus dans chaque espèce, avec des différences peu sensibles qui les distinguent entr'eux; mais Ces sous-variétés et ces individus périssent et se remplacent les uns par les autres.
Il n’en est pas de même des espèces dont la durée semble être plus grande et qui, par cette raison, se multiplient peu en nombre: si des bornes très-resserrées dont nous ne connaissons pas les lois, ne s’opposaient à
‘leur multiplication par les croisemens, l’accroissement indéfini de leur nombre jetterait de la confusion dans le règne végétal; l’homme verrait entre ses mains changer sans cesse toutes les propriétés et les qualités des espèces qu'il cultive. L'agriculture, cet art nécessaire à l'existence de l’espèce humaine sur la terre, deviendrait impossible dans cette perpétuelle modification des espèces ; à peine, dans l’état des choses, avec les siècles qui s'écoulent , arrive-t-elle à acquérir un certain nombre d'idées positives sur la végétation et les propriétés des plantes qui lui sont nécessaires, utiles ou agréables; si les croisemens pouvaient muitiplier indéfiniment les espèces, les connaissances acquises seraient perdues pour les générations qui suivent; l’expérience du jour ne servirait rien au lendemain et la plupart des stiences fondées sur l’observation resteraient sans base; au contraire , une ‘certaine fixité dans les espèces cultivées et dans leurs propriétés, permet aux botamistes de les classer, au cultivateur de les reproduire suivant les mêmes moyens, à l'industriel de perfectionner ses procédés de fabrication , au médecin de les employer d’une manière rationnelle et régulière à la guérison des maladies, et enfin au consommateur de soutenir par leurs moyens son existence. | |
Mais ces besoins d'aujourd'hui et ces nécessités du temps présent ont été aussi celles des temps anciens; l'espèce humaïne n’aurait donc pas pu se propager sans une certaine fixité dans les espèces, analogue à celle que nous observons aujourd’hui.
Et puis, si la plupart des espèces actuelles étaient dues à des croïisemens, il faudrait donc admettre que cette faculté créatrice des croisemens, après avoir eu
d’abord beaucoup d’étendue, après avoir produit les milliers d'espèces qui couvrent le globe; se serait postérieurement beaucoup restreinte, de manière à ne produire aujourd’hui qu’assez rarement, soit par les forces naturelles, soit par l’effet de l’art des espèces nouvelles; ce n’est pas ainsi que marche la nature: ses lois sont peu variables, sa marche est grande, uniforme et régulière.
L'esprit de l’homme, borné dans son étendue , voudrait restreindre à sa mesure l’ensemble immense de la création , et, pour cela, il réduirait les choses et Les êtres à un petit nombre de types; mais celui qui a créé la nature elle-même, n’a pas besoin qu’on lui facilite son travail en le simplifiant; il n’a pas plus coûté à sa volonté de créer la nature dans toute sa richesse, ses genres et ses espèces, que de créer un. petit nombre de types en les douant de la faculté de multiplier jusqu'à un certain point les espèces ; 1l semble donc rationnel d'admettre que la plus grande partie des espèces ont été produites dès le principe, qu’un petit nombre cependant se produit par les croisemens, suivant des lois que nous ne connaissons pas, en remplacement d’une partie de celles qui s’éteignent. |
Toutefois, en admettant, comme nous l’avons précédemment énoncé, que les espèces elles-mêmes et toutes les créations matérielles ont, en quelque sorte, une existence individuelle ; ces espèces, en arrivant aux différens âges qui leur sont assignés, essuieraient ellesmêmes des modifications; mais, à cause de leur longue durée, ces modifications resteraient inaperçues pour les générations qui les voient. La nature est toujours en marche, mais comme le temps n’est rien pour elle, sa marche est lente, mesurée et peut être facilement suivie
ME par la science et Part qui ont besoin de marcher avec elle.
Mais l’opinion de la destruction des espèces serait encore plus fortement appuyée, si nous remontons aux époques anciennes du globe qui correspondent aux jours de la Genèse, et dont Cuvier semble avoir retrouvé les annales. Les “AT ATES du globe nous offrent des débris d'espèces végétales et animales qui ne peuvent se rapporter à aucune de celles que nous connaissons maintenant ; nous sommes obligés de créer de nouvelles familles pour la plupart d’entr’elles ; à mesure ,
ilest vrai, que nous arrivons aux âges plus rapprochés
du nôtre, des analogies plus nombreuses se montrent avec les espèces que nous possédons, maïs toujours. encore en sont-elles très-différentes, et sont-elles perdues pour nous.-[l semble même que, depuis l’époque récente où homme fut placé par le Créateur sur le globe, plusieurs espèces animales et végétales qui lui furent données comme contemporaines, auraient déjà disparu : Les ossemens des cavernes qui renferment des animaux contemporains de l'espèce humaine, appartiennent souvent à des espèces différentes de «He qui nous restent, et on a trouvé mélés aux os humains des ossemens d’ani-
maux qui diffèrent sensiblement de ceux de même genre
qui vivent autour de nous; les espèces des familles végétales et animales seraient donc, en quelque sorte, aussi des individualités qui se ils et se propagent pendant un certain nombre de siècles pour s’affai: blir , vieillir et s’éteindre comme toutes les existences. matérielles.
Si c'était ici le lieu de pouvoir donner à de plus hautes questions le développement dont elles auraïent be-
soin, nous arriverions peut-être à établir, sur de grandes probabilités, que l’espèce humaïne subirait une pareille destinée; qu’elle aurait déjà même passé l’âge d'exubérance, de force et de vigueur, qui produit les grands efforts et les grandes choses, l’âge des grandes passions qui font mouvoir les nations comme un seul homme : peut-être prouverions- nous que [a puissance intellectuelle de l’esprit humain, soumise à toutes les chances de l’organisation physique de lPespèce , aurait. maintenant moins d’étendue, moins de cette sève vigou= reuse, moins de ces moyens de création qui appartiennent plus spécialement à sa |jeunesse; que nous serions arrivés à l’âge de maturité où la force physique décroît et avec elle les passions, sources de grands biens et de grands maux; à l’âge où l’organisation, déjà affaiblie, est capable de moindres efforts et résiste moins heureusement aux circonstances difliciles qui l’environnent ; où la force morale fait un emploi plus utile de ses ressources acqui ses ; où les idées positives, les sciences d'application et les calculs personnels prennent plus d’empire; à l’âge prosaïque et blasé où la sensibilité est émoussée et où l'art a besoin d'appeler à son secours toutes les ressour-, ces de l’invraisemblance ou de l’horrible pour satisfaire aux besoins toujours croissans d'émotions : nous aurions déjà même passé le point culminant de l’époque entière qui doit faire la vie de l'espèce , et nous serions plus” près de celle où elle finirait, que de celle où elle a commencé.
Mais cette marche, qu’aurait suivie l'espèce à laquelle le suprême Auteur semble avoir donné l'empire du monde pendant qu’elle y subsiste, serait aussi celle qüi entraîne le monde lui-même. Le monde est loin de ces grandes
époques de fécondité où les plantes de la famille des fougères s’élevaient comme nos grands arbres, où les résidus de la vie végétale avaient produit sur toute la surface des accumulations de débris qui, sous le nom de houille, forment des couches souvent de plus de cent pieds d'épaisseur, et nous aident maintenant dans nos besoins de toute espèce; le sol a sans doute beaucoup perdu de cette vigueur première; il nourrissait alors en foule des animaux énormes dont, nous retrouvons les débris sans leur retrouver d’analogues, et dont un seul sufhrait maintenant pour affamer un pays. j Le temps est bien loin aussi où des volcans enflammés couyraient d'immenses étendues, agitaient toute la surface et la rendaient inhabitable pour l'espèce humaine : le monde serait donc arrivé à un état de calme qui représenterait son àge de maturité; sa surface qui n’est plus susceptible de ces immenses produits des époques anciennes, suflit maintenant à l’homme pour le nourrir et continuer de faire vivre la foule d'espèces végétales et animales qu'une main toute-puissante a assorties à. -Pétat présent de là création.
Does VI.
Nous nous sommes laissé entraîner à des considérations générales beaucoup au-dessus du but particulier que nous nous étions proposé: pour revenir aux questions que nous avons un instant quittées, nous nous demanderions quelle serait la durée probable de ces variétés de différentes espèces de fruits qui naissent, vivent et meurent entre les mains de l’homme qui les cultive. Ces variétés: à ce qu'il semble, ont une durée assez
diverse, mais on pourrait croire, avec Van-Mons, que leur vie va en décroissant à mesure qu’elles se perfectionnent en qualité. Nous avons vu que Columelle se plaignait de la disparution des variétés cultivées du temps de Ca-. ton; plus tard Paliadius annonçait l’affaiblissement de variétés plus récentes: il y aurait donc entre ces auteurs une durée de génération de ces variétés; treize siècles
après, Ollivier de Serre ne retrouvait plus aucune des
dernières variétés décrites: sans doute plusieurs généra-. tions de variétés nouvèlles, dans tout cet espace de temps, avaient achevé leur carrière. La Quintinie qui à paru un
siècle et demi après Ollivier de Serre né nous donne pas
la moitié des variétés que nomme ce dernier; Duhamel
ne retrouve qu’une partie de celles de la Quintinie. Le
Bon-Chrétien d’été qui, sous Louis XITI, lors de son
introduction en France par saint Vincent de Paul, était. un fruit excellent et très-fécond, et par conséquent ap-. partenait à un arbre en pleine vigueur, est devenu ün. fruit taché, pierreux , peu abondant, et les jeunes arbres qui le portent sont malingres et faibles, signes de dépérissement qui annoncent sa fin: enfin, les Anglais attribuent
à un jardinier d'Henri VIII une partie de leurs meilleures. variétés qu'ils voient maintenant s’éteindre sous leurs propres yeux, en donnant peu de fruits et des fruits médiocres portés par des arbres sans vigueur, et qui, dès. leur jeunesse, donnent des signes de décrépitude.
De toutes ces diverses observations, nous devons conclure que la durée des variétés propagées par la greffe serait de plusieurs siècles; mais cette durée ést bien loin d’être uniforme : il est de beaux fruits pour lesquels élle est évidemment plus courte. Lorsque Duhamel écrivait, l'arbre qui a été la souche du Bézy-Chaumontel existait |
encore en Normandie dans la forêt de Chaumontel; depuis ce temps cette variété ne peut plus s’obtenir en grand arbre; elle donne quelques fruits rares sur des arbres nains qui périssent eux-mêmes bientôt en perdant leur boïs et après avoir jeté quelques bourgeons sans vigueur : ce fruit très-perfectionné maïs peu ancien semble donc déjà toucher à sa fin.
La plupart des espèces rustiques, des fruits petits et médiocres appartienent à des arbres grands, vigoureux et de longue durée, pendant qu’il semble que les arbres
se rapetissent, diminuent de vigueur et de durée à me-
sure qu'ils produisent des fruits plus gros, plus abondans
et de meilleure qualité: ils auraient donc perdu en force,
en vigueur et en durée d'existence autant qu'ils ont gagné en qualité, en grosseur et en fécondité; espèce de compensation qui se rencontre souvent : la nature fait, en quelque façon, payer ses dons par des pertes qu'elle fait éprouver.
M. Van-Mons, tout en accordant deux ou trois sièctes de durée à nos variétés cultivées, restreint à 1/2 ou 2/3 de siècle celle des variétés améliorées par ses semis successifs ; il nous semble que cet espace de temps est
bien court et ne devrait se vérifier que rarement : son
opinion se fonde sans doute sur un ou plusieurs faits qui peuvent s'expliquer assez naturellement, sans que pour cela une aussi courte durée soit l’apanage des espèces perfectionnées. 3
On conçoit en effet que ces individus de semis propagés ou non par la greffe peuvent avair, indépendamment de la qualité de leurs fruits, des organes faibles qui les : conduisent.à une mort précoce, comme nous le voyons tous les jours dans les arbres de nos bois et encore mieux
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dans les espèces animales qui nous environnent : ces variétés nouvelles auront donc péri par leffet d’un organe défectueux et non sous le poids, en quelque sorte, de leur propre amélioration,