‹ De la démence mélancolique [electronic resource]Chapitre 27 sur 79 · OBSERVATION XVI · texte numérisé non relu

OBSERVATION XVI

La nommée D..., 43 ans, est entrée le 15 janvier 18G7 dans mon service, dans un état d'excitation maniaque. Elle en était sortie, il y a deux mois, guérie d'un accès de mélancolie qui s'était accompagné d'une tentative de suicide.

Pas d'hérédité.

Depuis huit ans, elle est sujette à des douleurs épigastriques, à des vomissements, et mange peu.

Depuis six ans, douleurs et faiblesse dans le membre supérieur droit, à plusieurs reprises différentes. Elles les a éprouvées jusqu'à trois fois en une semaine. Dans ces derniers temps, elles se sont accompagnées de bredouillement, de demi-perte de connaissance, d'actes incohérents, pendant quelques minutes au moins et deux heures au plus. Dans les intervalles, elle ne conservait d'ahord qu'un peu de céphalalgie, mais peu à peu la mémoire a diminué, et la faiblesse momentanée du membre supérieur droit est devenue définitive.

En août 1866, le mari, rentrant un soir, a trouvé sa femme brandissant un couteau, criant : Aux assassins ! disant à son mari : Les vois-tuces can.., ces assassins ! Le mari l'a gardée deux jours dans cet état, mais elle s'est précipitée par la fenêtre d'un premier étage, et a été transportée à la Charité, et enfin ici.

Elle a fait dans mon service un premier séjour de six mois. Retournée chez elle, elle a eu de nouveau des hallucinations terrifiantes, criait : A l'assassi72! Elle eut de plus quelques accès épileptiformes caractérisés par porte de connaissance, convulsions toniques et cloniques partielles, écume à la bouche et hébétude consécutive.

Elle cessa de s'occuper régulièrement de son ménage, se prit d'une jalousie excessive et non raisonnéo envers son mari ; enfin, elle fut prise d'une attaque apoplectiforme pour laquelle elle a été amenée dans mon service.

' Voisin et Burlureaux; loc. cit., pag. 50.

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A son entrée, le symptôme le plus saillant consistait en aphasie ; trois mois après, la malade avait repris complètement l'usage de la parole et manifestait des idées de richesses, de satisfaction.

Je constatai en outre de l'ataxie delà langue, de la difficulté à parler, un certain 'degré d'amnésie et de démence qui fit des progrès d'autant plus rapides qu'elle fut prise en quelques mois de trois séries d'attaques épilcptiformes.

En juin 18C8, l'état de démence paralytique était des plus marqués.

Mémoire très faible. Pleurs et rires enfantins. Elle dit qu'elle est belle, qu'elle a quatre robes de soie. Sa parole est ânonnée; on sent qu'elle a beaucoup de peine à trouver les mots.

Elle se plaint souvent de céphalalgie frontale et de douleur épigastrique.

Les pupilles sont égales et contractiles.

La malade a vécu jusqu'en mars 1871, et a succombé à une afTectiou organique du cœur accompagnée d'hydropisie.

L'observation de D... présente deux phases bien distinctes. Dans la première, on trouve de la démence de nature évidemment organique, ainsi que le prouvent les troubles somatiques qui l'accompagnent et qui existaient avant même le début de l'aliénation mentale ; à cette démence s'ajoute un délire des persécutions avec hallucinations terrifiantes. C'est dans cet état que D. . . entre à l'Asile, où elle fait un séjour de six mois. Retournée chez elle, le délire mélancolique réapparaît ; à ce moment, une attaque apoplectiforme se produit, laissant après elle des troubles paralytiques principalement caractérisés par l'aphasie ; trois mois après, ces troubles disparaissent et sont remplacés par des idées de richesses et de satisfaction, par de Fataxie de la langue et de la difficulté à parler; puis peu à peu la paralysie se généralise et, doux ans environ après la première entrée de celte malade

dans l'Établissement, l'état do démence paralytique était des plus marqués. En un mot, nous voyons dans un cas de démence mélancolique des attaques apoplectiformes être le point de départ de la généralisation du travail anatomique.

Nous n'insisterons pas davantage ici sur ce mode de. terminaison : les faits que nous avons rapportés dans la première partie de ce travail et les développements auxquels ils ont donné lieu, nous ont permis de suivre dans ces cas l'évolution clinique de la maladie et l'évolution du travail organique.

Enfin, des complications diverses peuvent emporter le malade dans le cours delà maladie : Mol.. (Obs. xvii) succombe aune phtisie pulmonaire ; T,.. (Obs. xiii) à une pneumonie; D... (Obs. xvi) à une lésion cardiaque, etc.

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