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À partir de cette époque, l'intelligence s’affaiblit vivement et G. T... manifesta des idées mélancoliques. Il disait sans cesse à sa mère : « Si tu mourais, qu'est-ce que je deviendrais ? » Il refusait de sortir, de s'occuper, il restait immobile des heures entières. A cette période de tristesse succéda des périodes d’agitation au cours desquelles il voulut tuer son père, refusa la nourriture et perdit tout sommeil. En quelques années, l'intelligence s’affaiblit profondément. Le malade qui parlait correctement ne prononça plus les mots qu’en mâchonnant. Plusieurs fois il quitta le domicile de ses parents, s’en alla errant dans la campagne. Ses accès de violence devinrent plus fréquents et ses parents le placèrent à l'asile de Blois.
À son entrée à d’Asile, G. T... a la façon et l'attitude d'un imbécile, la figure est inexpressive et asymétrique, les lèvres sont épaissies, les dents implantées vicieusement et cariées ; les oreilles sont décollées. Les membres et le corps sont bien constitués. Goître de la grosseur d'une mandarine portant surtout sur le lobe gauche de la glande thyroïde.
G. T... comprend difficilement ce qu’on lui dit. I rit niaisement quand on lui adresse la parole ; il répond par des phrases souvent incompréhensibles au cours desquelles on reconnaît les mots : « Pas mal, merci, bon tabac, beau gilet. » Il ne peut dire ni son âge ni l’année actuelle ; il donne son nom et son petit nom.
Les jours suivant, G. T... reste toute la journée debout dans un coin : il est calme, assez propre, mange bien. Cet état persiste sans changement jusqu’à la fin de juillet et ses parents tentent de le reprendre. Aussitôt sorti de l’asile, G. T... demande à y revenir sans vouloir donner aucune explication de cette décision.
Les mois suivants, des crises d’excitation surviennent qui durent deux ou trois jours. Pendant ces crises, G. T... parle sans arrêt, fait des gestes ; les paroles qu’il prononce sont incompréhensibles; il ouvre à peine la bouche
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pour les prononcer; il se déshabille sans cesse; il cherche à égratigner les personnes qui approchent.
Le même état persiste dans la suite. Les parents tentent cependant une nouvelle sortie en juillet 1895, le malade refuse absolument de quitter l’asile.
Août 1896. Habituellement calme, G. T... sourit niaisement quand on lui parle. I1 ne comprend pas la plupart des questions qu’on lui adresse, n’a aucune initiative, est très maladroit. Mauvaise tenue.
Janvier 1897: Accès intermittents d’agitation maniaque au cours desquels G. T... se montre parfois violent. Irrégularité dans la succession et la durée de ses accès. Le plus souvent ils sont courts et ne durent que quelques jours. Ils apparaissent brusquement et disparaissent de même.
Satisfaction béate. Dans ses mouvements d’excitation, G. T... se déshabille, prononce des paroles incompréhensibles, s’irrite facilement et cherche à égratigner les personnes qui l’approchent.
Le même état persiste les années suivantes. On relève cependant que le défaut de prononciation a augmenté à un point tel qu’il est très difficile aujourd’hui de comprendre même quelques mots quand le malade parle.
En mars 1906, nous relevons chez ce malade l’état physique et intellectuel suivant. Embonpoint normal, pas de troubles des fonctions circulatoires, respiratoires et digestives.
Les sensibilités générales et spéciales paraissent normales. Léger degré de surdité bilatérale,
Réflexes patellaires très exagérés. Pas de réflexe de Babinski.
Réflexes pupillaires normaux, pas de troubles oculaires.
Audition verbale conservée ; le malade exécute les actes simples qu’on lui commande. Parole incompréhensible, les mots sont déformés et le malade ne les pro-
nonce qu’en ouvrant à peine la bouche. Des phrases entières sont dites sur le même ton et très vite.
On peut encore faire lire le malade ; il lit quelques mots très vite et rit ensuite d’une façon niaise sans comprendre ce qu'il a lu. G. T. refuse d'écrire.
Perte de la mémoire, il ne peut dire la date de sa naïissance, son âge, l’année actuelle, etc. Il ne se rend aucun compte de l'établissement où il se trouve.
L'affectivité est très affaiblie, il ne témoigne jamais le désir de voir sa mère ; quand celle-ci vient le voir, il s’excite immédiatement.
Parmi les paroles qu’il prononce au cours de ses crises d’excitation, on relève des idées niaises de satisfaction, il répète toujours les mêmes phrases, telles que celle-ci: « Ma mère est très riche, j'ai un beau gilet, un beau chapeau, etc... » Mouvements stéréotypés.
On est obligé de l’habiller, de le déshabiller, de le nettoyer.
En résumé, cas de démence précoce ayant présenté comme première manifestation une seule et unique crise d’épilepsie.
Il est évident que dans un tel cas on ne peut attribuer à la crise épileptique une influence sur l’évolution de l’état démentiel. Cette crise a été la manifestation précoce d’une maladie cérébrale qui s’est traduite cliniquement par un état de démence précoce. Cette observation montre que les crises épileptiques ne doivent pas être considérées comme capables de déterminer dans le cerveau des lésions diffuses méningo-corticales entraînant la démence.
Ce cas permet d'établir une forme de passage entre les cas de démence précoce avec crises épileptiques rares mais se reproduisant cependant à intervalles plus ou moins éloignés et les cas de démence précoce consécutive au mal comitial.
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OBSERVATION IV ( Ancienne épileptique. — Plus d'accès depuis 3 ans. —
Démence sans ralentissement, avec stéréotypies
Her. est une grosse fille de 27 ans, épileptique avec beaucoup d’accès depuis l’âge de 12 ans, mais qui n’en a plus du tout depuis quelques années, Elle est devenue totalement démente. Elle ne répond que le mot m.…. quand on l’interpelle, à moins qu’elle ne soit bien disposée, auquel cas elle veut bien vous répondre « jour », ce qui veut dire bonjour, d’une voix perçante et criarde comme celle d’un perroquet. Elle fait invariablement, quand on da sort, une promenade sur la bande pavée qui encadre la cour des agités. Cette promenade est bien particulière; Her... frappe ses pieds avec violence, sur presque tous les pavés, comme si elle les comptait avec ses coups de talon, et elle n'oublie aucun des recoins de la cour; de temps en temps, elle piétine sur place en lançant d’un ton perçant le mot de Cambronne, et en martelant les pavés d’un air courroucé. Si on l'empêche, après cet exercice de rentrer s'asseoir, elle recommence, toujours dans le même sens. Ces. actes stéréotypés, à quoi répondent-ils? Il est impossible de le savoir et je n'ai pu avoir de renseignements sur ce point.
Cest bien une démence précoce dans le sens strict du mot.
(1) PH. CHasuiN. Eléments de sémiologie et de clinique mentales (1912, p. 407).