OBSERVATION VI
Epilepsie débutant à l’âge de 30 ans chez une malade à hérédité chargée. Diminution du nombre des crises convulsives, puis suspension à l’âge de 47 ans. Apparition de la démence précoce à 41 ans. La malade est actuellement âgée de 50 ans.
Mme S..., hôtelière, âgée de 3 ans, entre à la Maison Nationale de Charenton le 29 juillet 1916.
Antécédents héréditaires et collatéraux. — Père alcoolique, mort à 59 ans; mère morte à 48 ans de congestion pulmonaire. Une tante maternelle aurait présenté des crises d’épilepsie. Un frère mort à 23 ans de tuberculose pulmonaire; un autre frère, militaire, considéré par les siens comme « exalté » est mort au Maroc, à l’âge de 43 ans. Une sœur est morte de méningite, une autre, bien portante, est actuellement âgée de 40 ans.
Antécédents personnels. — La malade n’a pas eu de convulsions, ni de maladies graves dans son enfance. Réglée à 13 ans, et régulièrement depuis, elle s’est toujours bien portée jusqu’à son mariage, mais était très nerveuse au dire de sa famille.
Mariée en 1903, à l’âge de 30 ans, Mme S.. présente, sans cause apparente, trois mois après son mariage, une première crise épileptique, Cet accident se reproduit en-
suite au rythme d’une crise par mois, en général. au moment des règles et surtout la nuit. Ces crises sont précédées de troubles du caractère permettant de prévoir leur apparition; puis la malade pâlit brusquement, et tombe sans pousser de cri; il y a peu de phénomènes convulsifs, la malade urine sous elle et présente du stertor. Pendant la demi-heure qui suit la crise, on note de l’incohérence des paroles, avec amnésie, mais sans troubles du caractère. Les médecins prescrivent du bromure.
Après 4 ans de mariage, la malade a, une grossesse qui interrompt les crises; elle accouche d'une fille, actuellement bien portante et les crises réapparaissent deux mois après l’accouchement. Il n’y a jamais eu de fausses couches et le mari nie la syphilis.
Ce n’est qu’en 1914, à 41 ans, que viennent s’ajouter aux crises des troubles psychiques; Mme S..…, qui se serait surmenée pendant les premiers mois de la guerre, et aurait été très impressionnée par les événements, présente à la fin de 1914 des idées de persécution et d’influence, en mêine temps que des troubles du caractère éclatant même en dehors de ses crises. L'état de la malade va en s’aggravant et on note bientôt, à côté des crises qui persistent, des hallucinations auditives et cœnesthésiques, des propos incohérents, à travers lesquels apparaissent des idées vagues de persécution, avec impulsions agressives contre l'entourage.
C’est dans ces conditions que la malade est internée le 26 juin 1916 à Ville-Evrard, où elle ne séjourne qu'un mois, et d’où elle est transférée, le 29 juillet suivant, à la Maison Nationale de Charenton, avec le certificat suivant : « est atteinte d’'épilepsie et de troubles intellectuels consécutifs ».
La malade est assez calme au début de son séjour à la Maison Nationale, et ne présente pas de crises pendant 4 mois, puis apparaissent, alternant avec des périodes de calme, des accès d’agitation violente avec