CHAPITRE m, § II
Vostre Catholique Majesté tenir le sceptre de cette couronne et régner sur nous. » Parmi les signataires de cette lettre infâme, je trouve le docteur Marti n,Génébrard, Hamilton, et Launay en qualité de président [i). Ce projet anti-national, que la populace, gagnée par les doublons de Philippe II, eût volontiers appuyé, éclaira l'opinion sur les Seize et sur les prédicateurs. Il était évident que les uns voulaient une démocratie municipale , les autres un gouvernement étranger.
Le duc de Mayenne, averti à temps, revint en toute hâte. Ouand on sut son retour, les bravades se changèrent en actes de soumission. Les troupes nombreuses qui escortaient le lieutenant-général inspirèrent quelque peur aux Seize qui , d'i/itolérables qu*i\s étaient, commencèrent à /a/re^ow^. Boucher vint à leur tête au-devant de Mayenne et le harangua. Le duc ne lui dit pas, comme l'affirme à tort Lestoile (2) , qu'il Ventendroit une autrefois. Pasquier rapporte les propres paroles du curé de Saint-Benoît , qui remontra à Mayenne «que tout ce qui avoitesté fait pareuxestoit pour son service, et asseurance de la cause commune d'eux tous.» Le prince, après l'avoir ouï tout au long débonnairement , lui répondit qu'il venait exprès pour accommoder toutes choses.
Mayenne cachait son jeu. Maître de Paris, il cassa définitivement le Conseil de l'Union, donna les places municipales à des Politiques , et condamna à mort, de sa propre autorité, neuf d'entre les Seize. On n'en prit que quatre, Ameline, Louchart, Aimonnot et Henroux, qui furent pendus. Dès trois heures du matin, quand on alla pour appréhender le chanoine Launay qui avait été promoteur et président de toutes les assemblées contre Brisson , il était en fuite ou plutôt caché, car, après l'amnistie qui fut pubhée quelques semaines après et dans laquelle il était compris,
(1) Ménipp., t. II, p. 412 ; — Cf. Lestoile, loc. cit., p. 62 B, 70 B.
(2) Pasquier, 1. XVII, lettre 2 ( t. II, p. 489 A ). — Lestoile , Jotirn. de JTenn/r, p. 74A.
le duc de Mayenne, quittant de nouveau Paris, Teramena en exila la sollicitation des modérés (1).
Cette énergique intervention du faible Mayenne nMmposa pas silence aux prédicateurs. Il semblait que Taffection populaire les mît à couvert, et Mayenne, qui n'avait pas reculé devant les armes des conjurés, recula devant la parole vengeresse de la chaire. Tous les curés crièrent que la religion était perdue ow i^e/ic/w^, ( plaisanterie digne du temps) , et appelèrent la salle du Louvre où avaient été exécutés les quatre rebelles la chapelle de Saint-Louchard (2). Boucher poussa raudace plus loin. Il adressa solennellement au duc de Mayenne une harangue, une réclamation dans laquelle il traitait impudemment cette vengeance publique de boucherie, et les victimes de saints martyrs. Mayenne fut obligé' de faire bonne contenance, et, dans une réponse prudente et évasive, il se contenta de parler de l'obéissance nécessaire pour la défense d'une si haute cause, de Futilité des exemples , et de l'assurance que devaient avoir les catholiques de n'être plus inquiétés (3). Mayenne perdait tout le terrain qu'il avait gagné. Boucher était plus
insolent que le Conseil des Dix.
Les prédicateurs continuèrent pendant plusieurs semaines
sur ce sujet. Cueilly, entre autres, «instigué, dit Pasquier, par quelques âmes espaignoles » déclama vivement contre le lieutenant-général, loua la mémoire de Loucliard et de
(1) Lestoile. loc. cit., p. 78 B el76B. - Bayle. -Moreri. - Le Duchat, notes sur la Ménipp., t. II, p. U6 et suiv.
1%) Lestoile, loc. cit., p. 75 B.
3 Joanne» Bucerus.homo vecors, catholicorum bonornm ac zelatorum aom ne orttionem eipostula.oriam ad ipsum habuit Meduanmm q«a nublicam ultionem carnificinam merito supplicio fac.norosos affectos De. mam^^ insigni impudentia vocabat, ad quam Meduanius prudcnua S paùcis respondit, qua^dam de obedienlia, q«=e in un. justa. causa: defensione necessaria esset. et quam paucorum pœna ad celerorum lerroren. sarciri oportuerit, prœtalus; de cetero se curalurum ut bon. SicTmetu. in quo eos versari aiebat Bucerus, brev. solverentur. (Thuan. 1.CU, §«;t.V,p. 108.)