‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 105 sur 196 · III · texte numérisé non relu

III

Boucher est surnommé le roi de la Ligue» — Génébrard nommé archevêque d'Aix. — Harangues sanguinaires de Pelletier et de Feuardent. — Projets de conversion du roi. — Les excès des prédicateurs compromettent leur autorité. — Commelet. — Aubry. — Lettre des crocheteurs à Cueilly. — Accusations en chaire contre les personnes. — Rose déclame sur madame de Montpensier. — Réquisitoire de Dorléans. — Le Parlement n'ose continuer les poursuites. — Discrédit de la chaire. — Sermons sur la convocation des Etats-Généraux.

La révolte armée était vaincue; l'insurrection de la chaire triomphait. Mayenne, pour condamnera mort neuf des Seize, c'est-à-dire neuf membres du gouvernement de la Ligue, ne consultait que sa volonté ; et pour imposer silence, au contraire, à un prédicateur qui l'insultait, il lui fallait recourir à l'intermédiaire de la Sorbonne , c'est-àdire à des complices du coupable.

Boucher, par son opposition aux menaces de Mayenne, devint l'homme de la situation ; l'Université le choisit immémédiatement pour vice-chancelier (2), et il fut regardé pendant quelque temps comme le vrai roi de la Ligue (3). Dès-lors il communiqua directement avec le duc de Parme, dans les intérêts de l'Infante. Mayenne menaça en vain le curé de Saint-Benoît « de luy crever l'autre œil (Boucher

(i) Pasquier, 1. XVII, lett. 2, t. II, p. 491 B. — Lestoile, loc. cit., p. 80 A.

(2) Du^Boulay, Hist. Univ. parisiens., t. VI, p. 808.

(3) Pièces à la suite du Journal d& Henri IH, p. 315 A.

était borgne) s'il le faschoit (1), » Boucher, par son influence considérable, donna un instant des chances, au moins parmi la populace de Paris, aux projets de Philippe IL C'est pour cela que la Ménippée dit de lui : a Ce borgne , pédant des plus raeschants et scélérats, vous confessera que son œil, esmaillé d'or d'Espagne, ne vaut rien (2). »

La chaire, cette tribune permanente, toujours ouverte et revêtue d'un caractère sacré, était la véritable puissance de Boucher et des curés. Ils le sentaient et ne se firent pas faute, pendant toute l'année 1592, de mettre à profit la prédication, d'abuser sans cesse de la parole sainte. Enflés de leur crédit, comme le dit Félibien, ils se déclarèrent ouvertement contre la paix , contre la paix même avec la condition expresse du retour de Henri IV au catholicisme (3) ; ils parlèrent en maîtres, en hommes qu'il faut consulter et qui disposent du pouvoir.

Chacun d'eux cherchait à se distinguer par quelque mesure plus violente , par quelque apostrophe bien inouïe. Génébrard, que la Ligue venait de récompenser en lui donnant l'archevêché d' Aix , ne voulut le céder à personne en zèle furieux , il prêcha tous les jours. Pelletier, de sa propre autorité, excommunia tous ceux de ses paroissiens qui parlaient de paix et de recevoir le Béarnais revenant à la messe ^ il défendit de plus l'entrée de son église et annonça qu'il refusait l'enterrement à tous ceux qui, malgré l'autorisation de Mayenne, se permettraient le moindre rapport, la moindre relation, même de commerce et de trafic, avec ces Politiques et ces royalistes, dont le sang devroit teindre les pavés, Feuardent, à son tour, prédit que le Béarnais serait positivement frappé du tonnerre et qu'il

(1) DicU. du Maheustre, ap. Ménipp., t. III, p. 498.

(2) Uarangue de d'Aubray, ap. Ménipp. t. I, p. 178.

(3) Voir particulièrement, sur les sermons de cette année 1592 , Félibien, Histoire de Paris^ t. II, p. 1209. —Cf. Lestoile, Journal de Henri IV, p. 80 A, 83 A, 87 A, 90, 91 A, 93 A, 99 A, 100 A.

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