‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 106 sur 196 · CHAPITRE III, § III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III, § III

ne s'en fallait plus inquiéter. A l'imitation de Pelletier, Boucher refusa l'absolution aux partisans de la conciliation, ne voulant pas, dit-il, qu'on pendît la couronne de France à un gibet. Le curé de Saint-Benoît crut aussi devoir renouveler, contre Henri de Bourbon , les folles accusations de magie qu'il avait si souvent répétées à propos de Henri de Valois. Quand le Béarnais fut blessé, dans l'escarmouche d'Aumale, où il montra une si imprudente valeur. Boucher assura que « sa chair, ou plutôt charogne, avoit été entamée mais point enfoncée pour les caractères qu'on avoit descouvert qu'il avoit sur lui. » Ces sottises, on le comprend, firent rire aux dépens de Boucher et commencèrent à compromettre sa dictature oratoire (1) .

Les projets de conversion que le roi commençait à afficher hautement portèrent une vive atteinte à l'unité de la Ligue. Le bruit se répandit que les habiles de l'Union , Villeroy et Jeannin, s'occupaient de négociations, et cela fit réfléchir sur cette tentative inouie, qu'avaient faite les Seize, d'une démocratie sacerdotale , sur l'appui que , dans leur dépit ou leur corruption , les tribuns de la chaire prêtaient maintenant aux agents de Philippe II , répandus dans toutes les villes, initiés à toutes les combinaisons politiques et maîtres dès lors d'une immense influence.

En voyant que l'autorité de leur parole diminuait , les prédicateurs exagérèrent encore leurs violences ; mais souvent quelque protestation maligne, quelque silence désapprobateur venaient leur apprendre que le pouvoir leur échappait , que le ridicule et l'infamie de ces déclamations éhontées commençaient à se dégager et à apparaître aux yeux des plus obstinés.

Ainsi Commelet avait beau tempester par-dessus les aultres; il avait beau , en voyant trois de ses auditeurs sortir au milieu

(1) Rose, en 1592, attaqua aussi le Béarnais avec un tel cynisme que les éditeurs de Lestoile n'osent pas reproduire le passage et renvoient au ms. Voir Journ. de Henri /F, p. 95 B.

de son sermon , crier au public qu'il fallait regarder au nez ces Politiques et les poursuivre, le public riait et restait impassible. Par leurs paroles mêmes, on voit que les prédicateurs n'avaient plus l'entier assentiment du peuple. Hamilton en était réduit à dire , pour faire croire que le Béarnais ne régnerait jamais : « Quand il n'y auroit que moi, je l'empescherai. » Aubry , qui déclarait tous les Politiques damnés , et qui , en cas de paix, proposait de se mettre à la tête d'une sédition , où il en tuerait le plus qu'il pourrait, Aubry avouait « que qui eust ouvert le corps à beaucoup de sa paroisse , on leur eust trouvé un gros Béarnois dans le ventre. » Cueilly , de son côté, qui dans les premiers temps où l'on parlait de conciliation avait , par ses turbulences , forcé le gouverneur de Paris à de nombreuses recherches et arrestations , convenait que la plupart des gens de son quartier avaient signé la pétition des semonneux (1), et, dans sa colère, désignait de la main le maître des requêtes Tronson et sa famille, pour qu'on eût à tout jeter à la rivière.

Ces emportements du curé de Saint-Germain-l'Auxerrois lui valurent une bonne plaisanterie, de quelque auteur peutêtre de la Ménippée , de quelque bourgeois caustique des environs. Il s'avisa de dire, dans son sermon du9 août, qu'il abandonnait aux crocheteurs les maisons des Politiques en pillage. Les crocheteurs, excités par un rieur sans doute, se formalisèrent du ton de Cueilly, et lui adressèrent une lettre qui fut le lendemain affichée dans tout Paris :

«Monsieur de Cueilly, nous trouvons fort estrange, de ce que vous voulez vous aider de nous pour assassiner et voler tant de gens de bien et d'honneur. Encores que soions pauvres gens et simples, si est-ce que nous sçavons fort bien que les commandements de Dieu sont au contraire, desquels

(1) On appelait semonneux ceux qui étaient d'avis qu'on députât vers le roi, pour l'engager à se convertir, et qui voulaient se soumettre à lui après sa conversion. (Lestoile, loc. cit. p. 100 A.)

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