‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 14 sur 196 · IS I · texte numérisé non relu

IS I

XXX Vni LES PRÉDICATEURS DE LA LIGUE.

historique, comme un fait avoué, la liaison intime du principe populaire et du principe protestant (1).

Mais c'est faire trop d'honneur à la Réforme que d'attribuer exclusivement à l'influence qu'elle exerça sur la politique, l'avènement de la démocratie. M. Guizot lui-même en convient : « Elle a laissé, dit-il, la pensée soumise à toutes les chances de liberté ou de servitude des institutions politiques. » C'est maintenant un lieu commun, de remarquer, après M. de Chateaubriand, que la Réforme s'est parfaitement alliée , ici avec les gouvernements despotiques contre l'oligarchie, le plus souvent avec l'oligarchie contre la royauté. En Angleterre, elle n'a fait qu'ajouter au pouvoir royal le pouvoir pontifical ; puis après la révolution de 1688, elle s'est entendue avec l'aristocratie. En Danemark, malgré la ligue momentanée des villes anséatiques, elle a aidé à l'envahissement démesuré de la puissance nobiliaire, elle a aidé en même temps la monarchie à devenir d'élective héréditaire : Frédéric II a succédé à Christian III. En Suède, si elle n'a pas enlevé leur droit de déposition aux États (on se rappelle Eric XIV), elle a au moins enrichi, et par conséquent fortifié, Gustave Wasa, contre la noblesse. L'Allemagne fédérale en a profité pour résister à la tutelle impériale, au sceptre de fer de Charles-Quint; mais qu'est-ce que cela prouve ? en Prusse et en Saxe, le protestantisme n'a-t-il pas atTermi la royauté absolue? En Suisse, il a été repoussé par les cantons démocratiques, et accepté par les cantons aristocratiques; partout il s'est accommodé aux puissances. Il est même inexact de dire que la République Hollandaise sortit du sein de la Béforme \^]. Le vieil esprit insurrectionnel des Pays-Bas ne fit que se raidir alors contre les persécutions. C'est à Philippe II qu'il faut s'en prendre ; son despotisme, comme l'a très-bien dit Voltaire, fut la cause de leur gran-

^' (1) Voy. Mélanges, 1819. in-8, t. I, p. 38iet suiv.

(2) Villers, Essai sur l'infl^de laRéform.y éd. de 1808, iii-8, p. 140.

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