INTRODUCTION , § III. XXXIX
deur ; ils ne firent que rester fidèles à leur passé (1). D'un autre côté , le presbytérianisme n'a rien fondé en Ecosse.
Sans doute en s'attaquant à la papauté, la Réforme semblait porter une sourde atteinte au pouvoir temporel. L'alliance de l'Église et de l'État avait été si profonde au moyenâge, qu'en touchant àla constitution sacerdotale, on semblait devoir ébranler la constitution politique; mais la séparation s'était opérée graduellement. En France, elle était manifeste depuis la Pragmatique de saint Louis. Boniface VIII souffleté, alors qu'il déclarait, dans la bulle Unam sanctam, que toute créature, omnem creaturam humanam, était soumise au saint-siège; l'exil d'Avignon, les hérésies deWicleff et de Jean Hus, le grand schisme d'Occident, les idées révolutionnaires de l'Université et des Bourguignons éclatant aux conciles de Constance et de Bâle, voilà les hoîites, voilà l'abaissement qu'avait subis tour à tour le pontificat. La monarchie française, au contraire, se fortifiait , de Louis XI à François 1" : on eût dit qu'elle rassemblait des forces pour subir la terrible crise de la Réforme et de la Ligue.
Et qu'on le remarque d'ailleurs, à travers les luttes du pouvoir temporel et du sacerdoce, le principe de l'élection n'avait cessé d'être en vue dans ce grand spectacle ; ni l'Empire, ni le saint-siège ne s'obtenaient par l'hérédité, et l'église était organisée comme une république.
Je le répète, ce n'est point le protestantisme qui a apporté tout à coup, au xvi'' siècle, des idées d'afl'ranchissement et d'émancipation politiques. Il n'a fait, sur ce point, que reprendre, et bien tardivement, des traditions encore vives : non pas les traditions des Maillotins et de la Jacquerie (il faisait cause commune avec la noblesse, et laissait cela
(1) Les anciennes constitutions du Brabant disaient : « Si le souverain, par violence ou par artifice, veut enfreindre les privilèges, les États seront déliés du serment de lidélité et pourront prendre le parti qu'ils croiront convenable. » ( Essai sur les Mœurs, ch. 164.)
aux Anabaptistes); mais celles de Marcel et des Bouchers, de Robert Lecoq et de Caboche, mais surtout celles de la Praguerie. '
Il suffit d'ouvrir les traités politiques des calvinistes et des ligueurs, pour voir que ces souvenirs ne s'étaient pas effacés , pour voir que les idées de garantie et d'indépendance , et surtout les idées démocratiques éparses à travers je moyen-âge , avaient laissé trace dans la mémoire des peuples, pour voir enfin que les pamphlétaires duxvr siècle ne cherchèrent nullement à faire scission avec le passé. Dès ju'il s'agit de justifier le régicide , dès qu'il fallut attaquer la monarchie, on chercha au contraire des antécédents , des autorités.
Tout le monde connaît les audacieuses doctrines de saint Thomas d'Aquin, sur les droits politiques du peuple et sur les tyrans (1). Les publicistes du xvr siècle y recoururent avec insistance, et pour donner encore plus de relief à leurs extraits, ils accumulèrent les éloges sur l'illustre auteur de la Somme. On le déclara à cette occasion le prince des théologiens, le plus sage et le plus savant des docteurs (2).
Saint Bonaventure avait dit en chaire ; « On met à la tête des nations ceux qui iiiiiorent l'art de les conduire (3).» On se hâta de citer saint l>oiiaventure.
Un moine italien, Gilles de Rome, précepteur de Philippe-le-Bel, avait consacré la troisième partie de son De Regimine Principtim, à l'examen théorique des différentes formes de gouvernement; on cita Gilles de Rome.
Le jurisconsulte Bartole avait composé deux traités pleins de hardiesse, l'un De Regimine civitatis, l'autre De Tyran-
(1) De Regim. Princ. 1. 1, c. 6 et 8. — Cf. Doctrine de saint Thomas sur le tyrannicide, par le chev. de Froville. Paris, 176;, in-12; et M. Ozanain, Dante etlaphil. cath. au XIII^ siècle, append.. p. 398.
(2) lia censet princepsilie iheologusquo imiliis sieculisecclesia neminem habuit vel doclioreiii , vel sapieiuiorem. {De Justa reip. christ, in reg. imp. Author. Paris, 1590» in-8, p. 422 U.)
(3) Hexœmeron^ V.