CHAPITRE III, § Vî
s'étaient pas mis sous la dépendance de la prévôté. Au milieu de la république des corporations, ils formaient donc une espèce de république à part, se gouvernant elle-même d'après des coutumes traditionnelles non écrites et faisant juger ses différends par un chef de son choiA (1).
On sait l'omnipotence que les bouchers avaient conquise dans la querelle des Armagnacs et des Bourguignons ; on sait l'appui qu'ils avaient prêté aux doctrines régicides de Jean Petit. Ces traditions s'étaient perpétuées. Les descendants des bouchers de 14-11, les Saint- Yon et les Legoix reprirent, dans la Ligue, le rôle influent de leurs pères. Eh bien 1 ces représentants de la démagogie brutale trouvaient que le curé de Saint-Benoît allait trop loin.
Le prédicateur reçut des menaces de mort de leur part ; il ne s'en effraya pas, et se mit à attaquer en chaire toute la corporation avec beaucoup d'humeur et de mépris : cr Ils ne vendent pomt leur chair assez à leur gré, s'écriait-il, ce sont tous des Politiques. » L'orateur des Seize , on le voit, en était réduit à dédaigner la popularité ; or, la popularité , c'était le principe même de la Ligue : il y a donc transformation, et une solution est imminente.
Mais pourquoi recueiUir, glaner ces textes épars? laissons le Béarnais se convertir, et bientôt nous retrouverons les doctrines de Jean Boucher développées dans leur unité, et se produisant dans un gros livre qui résume ses théories et qui met en lumière ses intérêts et ses passions.
Les conseils de Biron et de Sully, les instructions des curés et aussi l'insistance de Gabrielle d'Estrées avaient décidé Henri IV à se convertir ouvertement. Les conversations théologiques qu'il eut avec Du Perron effacèrent ses derniers scrupules. Du Perron avait une éloquence tout à fait persuasive ; on sait que sous Henri III il avait un jour prouvé
(1) V. le Livre des Métiers d'Éticnne Boileau , publ. par M. Depping. 1837, in-i», intr., p. Ivj.
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l'existence de Dieu avec chaleur et entraînement, et qu'il s'était offert à prouver le lendemain le contraire avec autant de succès. L'amer Guy Patin s'est moqué des grands discours que Du Perron faisait aux dames, et il nous l'a montré leur déclamant des homélies « sur l'être métaphysique et le principe de l'individuation. » Je ne sais si ce fut là le langage que l'habile théologien tint à Henri IV; ce qu'il y a de sûr, c'est que ce fut lui qui le décida à fixer le jour de
l'abjuration.
Outre plusieurs évêques qui assistèrent à cette solennité, outre frère Olivier Bélanger , dominicain et prédicateur ordinaire du roi , on y distingua Chauveau , ancien curé de Saint-Gervais, Benoist et Chavagnac. Quand Henri IV prêta serment sur l'Évangile , ce furent Guincestre et Morenne qui se tinrent à ses côtés (1).
(1) Procès^erhal de l'abjuration, ap. DaDJou, sér. I, t. XIII, p. 243 et suiv. - Cf. mm. de la Ligue, t. V, p. 385; et Lestoile, Journal de Henri /F, p. 166 B.