CHAPITRE m, § VI
à servir de porte-enseigne... Le Légat a promis de mourir avec nous... » Voilà le langage que tenait le curé de Saint- André-des-Arcs contre les partisans de la paix , et cela au profit de l'élection du jeune duc de Guise. Comme tous ses confrères, à l'exception de trois ou quatre, il magnifia ce choix, qu'il déclara «divin et miraculeux.» C'était un nouveau et cher bergerot David, qui venait sauver la chrétienté. Les Judas seuls ne se ralliaient pas à son drapeau. — Ces déclamations faisaient illusion aux auditeurs. « Vous êtes une poingnée de gens sanguinaires, disait le président Le Maistre à Aubry ; ce sont vos sermons qui empêchent le repos du peuple. »
Le Maistre eût pu en dire autant à Boucher (1). En toute occasion le curé de Saint-Benoît était à la tête des factieux. Feria lui avait promis la place d'aumônier du nouveau roi, si le duc de Guise était élu. On conçoit l'ardeur de Boucher; il se multiplia dans toutes les chaires, et il eût pu répéter le mot familier d'Olivier Maillard : Nec haheo nisi linguam.
Le mariage de l'Infante et du fils du martyr de Blois était, selon lui, le vœu de tous les honnêtes gens, l'unique moyen de sauver la France. Ceux du Parlement qui avaient maintenu la loi salique étaient des ânes ; ceux du Conseil qui ne voyaient dans cette alliance qu'idées de prédicateurs étaient des sots. Boucher ajoutait avec une imperturbable assurance qu'avant quinze jours le grand coup serait frappé.
Le curé de Saint-Benoît ne se fit pas défaut non plus d'attaquer tout ce qui pouvait entraver l'élection du duc de Guise. La conversion du Béarnais, ce passeport , comme il l'appelait, l'inquiétait peu jusque-là ; c'étaient surtout les obstacles intérieurs qui l'irritaient, les Politiques et Mayenne.
« Il faut changer d'officiers et de justice , disait-il. Ce sont des traistres; c'est l'agneau qui voit le loup à travers les
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(1) ibid., p. 142 B, 143, 144 A, 146, 148 A, 168 A, 169 B.
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fentes de la porte et qui ouvre. Je ne parle pas de la ladrerie de ceux de la Conférence ; elle ne se peut guérir que par lapoincte. Les Politiques ont été demander la paix à Mayenne. C'est honte à lui de ne pas faire pendre ces coquins plus couards que poulies. Il suffiroit de vingt-cinq de l'Union pour donner la chasse à trois ou quatre cents. »
Ces harangues incendiaires effrayaient le faible et indécis Mayenne qui n'osait les réprimer. Boucher poussa l'insolence jusqu'à l'attaquer en sa propre présence, en présence de madame de Nemours, sa mère, jusqu'à dire enfm : «Ceux qui nous gouvernent ont beaucoup de chair et peu d'esprit. » C'était une grossière plaisanterie contre l'obésité du lieutenant-général. Mayenne mortifié sortit de l'église en fureur, protestant qu'il saurait se passer des prédicateurs, et « qu'il leur monstreroit, ce que possible ils craignoient le plus, qu'il n'avoit jamais été traistre à sa patrie. » Boucher se moqua de ces menaces, et, pour montrer qu'il savait les braver, il alla trois jours après trouver Mayenne, et il eut l'audace de lui demander un roi, un roi au nom du clergé, qui, ajoutat-il, a jeté son dévolu sur votre neveu M. de Guise. Piqué dans son amour-propre, blessé dans ses prétentions, le lieutenant-général se contint pourtant et se borna à répondre aux rodomontades de Boucher : « Si un autre que vous eût fait cette requeste, j'eusse bien sceu ce qu'il lui falloit faire. » Le prédicateur triompha dans son orgueil de tribun.
Il paraît d'ailleurs que le curé de Saint-Benoît avait soulevé l'animosité de plusieurs corporations. Les bouchers surtout lui en voulaient et l'accusaient de prolonger les troubles et de les empêcher de vendre. C'était une congrégation puissante. Cet état était exclusivement exercé, à Paris, par un certain nombre de familles unies entre elles, et qui transmettaient leurs étaux du Parvis-Notre-Dame, puis du Châtelet, comme un héritage à leurs descendants. Suffisamment reconnus, les bouchers n'avaient pas fait, sous Louis IX , enregistrer leurs statuts par Boileau et ne