IV. — Le luthéranisme est pire que le paganisme , deierior
V. — Le calvinisme est de beaucoup plus pernicieux que le paganisme, longe detestabilior. Il y a même plus de rapports entre le paganisme et le christianisme qu'entre la doctrine calvinienne et la doctrine chrétienne (10).
VI. — ■ Les huguenots ne sont français , ni au point de vue de la politique ni au point de vue de la religion. De toute manière les Turcs et les Sarrasins ont plus de droits qu'eux à porter ce nom. Un
(1) Principum elcctio fluit a natura quam Deus condidit et a ratione quam Deus bomini infudit. (p. 5 A.)
(2) ...Ipsorum populorum voluntas, arbilrium, designalio... (p. 10 A.)
(5) Sordidiet servilis animi est liberlalem tara prœclare nobistradilam negUgere... (p. 27 A.)
(4) ...Idem quod ex sponsalibus marili ad uxores... (p. 55 A.)
(5) Rex absque solenni coronalione regnum invadens est potius tyrannus quam rex. (p. 38 B.)
(6) Regaiis pairimonii rex non est proprie dominu!!, sed populus (p. 58 A.)
(7) Regum polcntiam respublica polesl dilatare, restringere, commutare, et penilus abrogare, aliamque subsliluere... (p. 62 A.)
(8) Optimum et clemenlissimum... (p- 66 A.)
(9) P. 96 B. — Ilerrera dit: « La Fiesta de san Bartolome. » {Bist. de los suc-cessas de Francia, Madrid, 1598, in-4o, p. io6.) C'est une variante.
(10) Paganismus muUo magis cum religione christiana convenil quam calvinismus(p. 184 A.)
calviniste ne peut pas être dit français à d'autre titre que le serait un chien de France (1).
VII. — Le Béarnais hérétique ne peut devenir roi très- chrétien. C'est le dernier des traîtres (2). C'est un impudent qui déteste la noblesse , le clergé , les communes. C'est un excommunié qui ne peut ni prêter serment ni anoblir. C'est un bâtard , il est fils du ministre huguenot Merlin (3). La liberté de conscience qu'il introduirait en France serait une calamité; le calvinisme achemine au mahométisme (4).
VIII. — L'excommunication emporte la déchéance du trône. Les évêques rempliront leur mission ; pas un catholique ne faillira à son devoir. 11 s'agit de la vie ou de la mort de la France.
IX. — On doit prendre les armes contre un roi hérétique. L'Écriture, l'histoire, tout le passé l'atteste. Que les nobles écoutent la voix de leur conscience.
X. — Les protestants ont adopté une abominable doctrine, à savoir que chacun peut tuer les tyrans , c'est-à-dire les princes qui n'adoptent pas leur évangile (5) : et c'est ainsi qu'ils ont loué la mort de François de Guise et aussi celle de Marie Stuart, celle du duc de Parme. Leurs principes pourtant sont souvent vrais ; ils énoncent beaucoup d'axiomes. Quand Buchanan se tient par exemple dans l'argumentation dogmatique, nous ne pouvons qu'adopter son avis, concedamus. Mais pour quelques vérités générales, que d'erreurs honteuses, quelle chute criminelle.iquelles désastreuses applications ! Les huguenots font de l'évangile un caméléon qui change selon leurs passions (6). Il faut rétablir la vérité. Sans aucun doute l'Écriture approuve le tyrannicide (7). Mais comment ? il y a deux cas : ou , il s'agit d'un tyran qui s'est établi par violence , comme
(4) Hugonotas nec chrisliane nec polilice esse Gallos... Dico ut Turcœ et Saraceni magis proprie, vere, philosophice, politiceque Galli appellentur quam igti... (p. 197 A.) — Hugonota nulia ralione Gallus magis quam canis gallicus. (p. 236 A.)
(2) Sceleralissimus Galliae proditor.., (p. 240 A.)
(3) Pag. 249 A.
(4) Libertas religionis a Navarrœo concedenda erit Galliœ perniciosissima. (p. 277 B.) — Calvinismus in Gallia viam prœstruil mahometismo. (p. 283 B.)
(5) Contra furiosam proteslantium opinionem de regibus christianis evangelio suo adversariis, quos tyrannos vocant, per privatos homines quoseumque jugulandis, etquemadmodura verus tyrannus jure et recte a privato potest interfici.
(6) Confuse éructant, ut «egri in somniis , quœdam vere axiomala quae tamen postea, quum ad particulares conclusiones applicant, demum turpiter errant et labuntur... (p. 587 A.) Religionem pro libidine instar chameleontis in omnem formamvertunt. (p. 424.)
(7) Scriptura clare approbat tyrannicidas. (p. 407 A.)
APPENDICE
APPENDICE
Denys, Pbalarîs, Pisistrate, Aristodème et César, et celui-là, chacun peut le tuer, la chose est évidente , non magna controversia; ou, c'est un roi qui est devenu tyran : là , il faut des actes nombreux , attendu qu'une seule hirondelle ne fait pas le printemps, una hiruudo non facit ver. Mais s'il devient avéré et manifeste que la volonté de la république est de ne plus obéir à ce prince comme roi, mais de lui résister comme tyran, cette autorité est sufflsante. Les particuliers ont le droit alors de tuer le tyran comme ils tueraient un voleur (l). Ce qu'il faut surtout attendre, ce qui est décisif, c'est lavis de l'église (2). Au surplus il y a un acte qui peut servir de modèle; c'est celui de Jacques Clément, ce très-illustre et candide jeune homme, dont l'Esprit-Saint a armé le bras, dont Dieu a fait son instrument pour le souverain et immortel prolit de l'église de France, de l'église d'Europe; il faut défendre sa renommée et son honneur contre les infâmes calomnies de ces hommes , Politiques de nom , athées de fait, qui ne cessent de rabaisser et de ternir cet acte héroïque et tout à fait divm (3).
XI. — Le Béarnais est hérétique relaps ; or un roi hérétique doit être tué comme tout autre hérétique {4).
XII.— Que les grandes familles, que tous les Ordres de France entendent notre voix, la voix de la Ligue. La Ligue est appuyée par les Espagnols, cette grande nation qui a renouvelé la gloire romaine et la puissance des monarchies orientales (5) ; elle est appuyée par notre roi (6), le noble cardinal de Bourbon, ce Charles X, qui est un autre Melchisedech , sacerdos rt rex; elle est appuyée par cette noble famille de Lorraine qui a donné tant de héros à la France (7).
(I) Si aliqiia cerle et evidenli ratione constitcrit rcipublicae eam esse voluntatem ut huic dcinccps non tanquam régi obedialur, sed resistatur ut tyranno, haec reipublica) volunlas privalo cuivis perspecta, salis ampla eum auclorilale instruit ut tyrannum tanquam latronem intcrimat. (p. 594 A.)
(â) Ecclesiœ sententia in rege tyrannico deponendo maxime atlendenda. {p. 395 A.J
(3) Innocentissimus et pra?clarisHmus juvenis. (p. 589 A.) — Ad summum et immorlale Galliœ et Europa^ ecciosia; bencfîcium à Spirilu Dci impulsus et armatus... {p. 589 B.) — Famam et honorem defendam contra nequissimosquosdam, re calvinistas vel atheos, nomine Politicos, qui hoc ejus factum heroicum et plane divinum carpere et calumniarc non cessant, (p. 389 B.) — Singulare Dei organum... (p. 490 B.)
(4) Rex haereticus ul alius bjereticus cuivis occidendus. (p. 413 A.).
(5) Pag. 23 B.
(6) Ce livre a en effet un privilège :« Surama privilegii régis, » lequel fut donné par le Conseil : « datum a Conoilio rcgio, '20 nov. 1389. »
(7) L'ouvrage est dédié à Mayenne. L'auteur donne au long la généalogie de son héros qu'il appelle inclijlus et qu'il compare à Machabée. On voit avec évidence que son désir est de faire passer la couronne aux Guises.
Qu'on y pense donc, et qu'on entre dans l'Union ; le meilleur moyen de placer son argent est de le donner à la Ligue (1). Il y aurait bien des arguments à ajouter à ceux qui précèdent, mais c'est l'office du clergé, c'est la mission des prédicateurs. Qu'il suffise défaire remarquer à la noblesse qu'elle se perd. Le nom de Henri semble un mauvais présage, un nom fatal chez les rois (2). La propriété changera de mains; l'aristocratie sera dépouillée. Que font les nobles.^ ils se mêlent avec le peuple et lui inspirent le sentiment de l'égalité. Serfs, barons ou comtes, sont indistinctement choisis pour les commandements, pour les emplois publics. Les ministres huguenots commandent en rois et méprisent l'aristocratie (3). Leur plan secret, leur idée fixe est d'établir en France un gouvernement analogue à la république suisse (4). Toutefois, malgré ces défections, malgré ces hontes, il ne faut pas perdre courage : le peuple a gardé l'amour et la simplicité de sa croyance antique; la noblesse n'a rien perdu de son mâle courage et de sa persévérance; la piété et la doctrine , l'étude , n'ont point cessé de vivre dans ce clergé admirable toujours zélé, toujours prêt à défendre la foi par ses livres ou par ses sermons ou à la fortifier de son sang (5).
§in.
Jugements divers sur ce livre.
Le cardinal de Plaisance, légat du pape près l'Union, disait, après avoir lu l'ouvrage dont on vient de voir l'analyse, qu'il était le résumé des véritables opinions de la Ligue et qu'il dispensait de tous les autres écrits du temps (6j. On peut juger par là des doctrines et de la moralité des ligueurs.
(1) Oplimus modus pecunias coUocandi... (p. 520 A.)
(2) Hen icus... fatali ut opiner regibus ad régna deslruenda nominé. (p. 528 A.)
(3) Nonne illic plebeii cum nobilibus eadem omnino a>qualilate confundunlur nonne coloni œque ac baroncs comilesve ad prafccturas et officia publica assumuntur?... Impcrant regaliler ministri... (p. 321 B.) — Nobilitas contempla a ministris... (p. 522 A.)
(4) Hffc est idea quam mcntibus suis concipiunt ad ipsam popularis llelvetiorum reipublic* normam expressa... (p. 523 B.)
(5) In populo antiqua' fidei simplicilas et amor, in nobililate excellens fortitudo et conslantia, in clero pietas, doclrina, studium, eamque fidem vel libris, vel concionibus, vel etiam sanguine confirmandi mirabilis propensio et alacritas. (p. 527 A.)
(6) In illo Ilbro strictim contineri quidquid sparsim apud omnes alios scriptores in negolio, quo tune apud Gallos agebatur, inveniri posse. (Pits, loc, cit.)
'■*• If
304 APPENDICE
Anquetil avait à peine parcouru sans doute le Dejusta Abdicaiione de Boucher et le traité anonyme qu'il attribue à Rose; voici pourtant le double et bizarre jugement qu'il en porte : « Il y a entre l'ouvrage de Rose et celui deBoucher, la différence qu'on met entre un savant poli, quoique prévenu et passionné, et un pédant fougueux. Le style de Rose est clair, élégant, ses expressions ménagées^ au lieu que Boucher vomit les invectives et accumule sans choix et sans pudeur les mensonges les plus grossiers ; son style est boursouflé, traînant, ennuyeux. De ces deux livres l'un est l'ouvrage d'un homme de génie , l'autre la production d'un pédant érudit. » La rhétorique fleurie, les périodes déclamatoires, les épithètes redondantes et sonores avaient séduit Anquetil. On peut comparer les deux traités ; ils se valent, et le (jènie de toute façon n'a rien à démêler en pareil lieu. David Clément n'avait pas la même admiration pour « ce livre affreux dont on ne sauroit lire une page sans horreur. «
La discussion bibliographique à laquelle nous nous sommes livré tout à l'heure, nous a mené presque au scepticisme sur l'auteur pseudonyme de ce livre ; on ne saurait le regretter pour sa mémoire.
FITH.
ÉCLAIRCISSEMENTS ET NOTES
NOTE A , PAGE ni.
M. de Lamennais et la Ligue.
L'opinion de l'illustre écrivain a trouvé de Técho, dans le clergé moderne. Le P. Lacordaire disait tout récemment dans un de ses plus éloquents sermons : « ...cette sainte et glorieuse Ligue, dont on peut dire beaucoup de mal , mais dont on comprendra la grandeur chaque jour davantage... Quand on sauve la nationalité d'un peuple, toutes les fautes se perdent dans la gloire. » ( Sermon du R. P. F. Lacordaire, prononcé à Notre-Dame ^ le 14 février 1841 , Paris, 1841, in-8° pag. 12. ) Le malheur est qu'on s'y prenne précisément delà même manière pour justifier les septembriseurs.
NOTE B , PAGE xxviir.
Sermons de Jean de Montluc.
L'évêque de Valence avait une légère teinture de réformation, ( Variât. 1. VII , § 7. ) Burnet, le traite de grand'homme, et Bossuet au contraire l'appelle « un de ces merveilleux réformateurs , toujours prêts à tout corriger et à tout reprendre pourvu qu'on ne touche pas à leurs inclinations corrompues. » ( Ibid. 1. IX. § 99. ) La Faculté de théologie censura son enseignement. Montluc sans respect pour la papauté osait dire en chaire « que c'estoit une grande simplicité en France de voir brûler Paris et d'attendre l'eau du Tibre, pour éteindre l'embrasement. » ( V. le curieux article de Moreri. ) Le volume de Jean de Montluc est assez recherché. ( Debure , Bihlioth. instruc. théol.330.)—« Ses sermons, dit Paulmy, sont supérieurs à leur siècle, courts, écrits avec noblesse et clarté; le texte
ÉCLAIRCISSEMETÎTS ET NOTES.
de chacun et tous les passages de l'Écriture et des pères y sont traduits en français et il n'y a pas un mot de latin ; cela seul eût suffi pour les rendre suspects. » {Mél. tirés d'une grand» Bihlioth. t. IX.
Montluc était favorable à la monarchie absolue: «Les rois, dit-il, princes , administrateurs de la république, magistrats, juges, etc., que l'apostre juge sous le nom de puissance ont esté instituez et ordonnez de Dieu, de sorte que le sujet ne se peut rebeller contre son seigneur qu'il ne se rebelle contre Dieu.»— Sermons, Paris, Vascosan, 1559, in-S". p. 447. ( Biblioth. de l'Arsenal , 6483 , T. )
ÉCLAIRCISSEMENTS ET NOTES
NOTEC, PAGEXLIII.
Politique du LuthéranisnKî.
Ce n'est pas une exagération de dire que le protestantisme a eu en Allemagne un caractère aristocratique. Appuyée d'abord par la petite noblesse qui voulait se soustraire au contrôle de ses princes , puis, quand elle se fut accréditée , quand elle eut réussi, adoptée par ces princes eux-mêmes, comme instrument contre l'Empire, la Réforme germanique n'offre pour ainsi dire que des noms féodaux. Ce sont tour à tour l'électeur de Saxe , le landgrave de Hesse , les ducs de Mecklembourg , de Lunebourg , de Poméranie , de Zell , le margrave de Brandebourg et vingt autres. Les guerres des sacramentaires et des paysans deSouabe , ne sont que des épisodes. Dès que Munzer et Storck , dès que les anabaptistes tentent d'appliquer le principe d'examen à l'ordre civil , ils sont écrasés. La Réforme en Allemagne, était tout aussi bien une affaire politique qu'une affaire religieuse , une affaire de diète qu'une affaire de foi. La Confession d'Augsbourg est un prélude à la ligue de Smalkalden.
Le luthéranisme n'a guère eu ses théoriciens démocratiques, à la manière d'Hotman et de Languet, que fort tard, après coup, et seulement par quelques esprits spéculatifs. Je sais que Leibnitz a dit : «la plupart des auteurs de la religion réformée qui ont fait en Allemagne des systèmes de science politique ont suivi les principes de Buçhanan et de Mariana ». Cela est possible, mais ce ne fut qu'un écho tardif et insignifiant : on peut citer entre autres ouvrages pareils , le livre de Jean Althusen sur lequel Bayle donne un curieux article. Althusen accorde aux États et non aux simples particuliers le droit de résistance contre les tyrans. Selon lui, le droit de souve-
raineté, jus majestatis repose dans le peuple, et le peuple ne peut en aucun cas aliéner ce droit. (Hallam's Introduct io the lit of Europe , t. III, ch. IV, sect, II, § 9).
NOTE JO , PAGE lxvi.
Politique protestante en Angleterre.
L'Angleterre offre aussi au XVP siècle l'exemple de ces honteuses apostasies de doctrines politiques par les partis religieux. Ainsi les catholiques qui disaient beaucoup de mal du gouvernement des femmes pendant le règne d'Elisabeth , en avaient dit beaucoup de bien pendant le règne de Marie. — Voir sur un curieux traité de l'évêque Bilson, Introduct. to the Hier, of Europe, t. II, ch. IV, sect. II, § 40; — et sur Parœus, ibid. t. III, ch. IV, sect. II, § lo!
Thèse de Jean Tanquerel.
Le parlement informa. Les conseillers firent observer à Tanquerel que « ceste proposition estoit disputée en temps mal-à-propos et plein de troubles. » Le candidat répondit que « sept ou huit mois auparavant il l'avoit colligée et mise par esprit en son privé ; qu'il avoit ouï dire que le dict article estoit souvent disputé aux escholes et estoit traicté aux questionnaires , qu'ainsi il n'avoit pensé aucunement offencer le roy. » Malgré ces explications, la thèse fut coudamnée et le bedeau de la Faculté de théologie dut lire en séance solennelle de Sorbonne, une rétractation du candidat. (V. Les canons des conciles de Tolède, etc. advis de la Fac. de Théol. etc. par lesquels la doct. de déposer et tuer les roijs est condamnée, 1615 in-8° part. A, p. 45 et suiv.) *
Burlat.
J'ai parcouru du prédicateur Burlat, un livie intitulé : Sermons de la résurrection du Lazare. 1603, in-8°. (Biblioth. royale, D, 5380.) Ce volume, précédé d'une foule de pièces de vers grecs et latins ea l'honneur de l'auteur, est parfaitement nul.
308 ÉCLAIRCISSEMENTS ET NOTES
Mettre les rois hors de pages.
C'est une vieille formule empruntée à la chevalerie. On sait que François I" usait précisément du même mot, mais, avec bien plus de raison et dans un sens tout opposé : «j'ai mis les rois hors de pages,» disait-il souvent , et il entendait par là raffermissement du pouvoir absolu.
Henri III.
Il est curieux de comparer aux calomnies de Boucher contre Henri III, dans le Dejusta Ahdicatione, les injures posthumes qu'a également accumulées contre le dernier des Valois, l'auteur anonyme du De justa Reipublicœ in reges Authoritute ( page 87 à 101) ; c'est presque le même langage. Je ne m'attache qu'aux traits les plus caractéristiques:
« Les exactions de Henri III ont ruiné la France. Ce prince a traité son royaume comme Verres a^'ait fait de la Sicile , avare et sordide expilavit C'est un second Néron , car il ne suffirait pas de le comparer à Mahomet, Mahomeie millies nequior et sceleralior- On ne peut se figurer ses prodigalités ; voici son budget d'une seule année, de Tannée 1584 : in turpissimatumvolvptatumministros, in suos Amasios et Gnaihones quinquacjesics ccntena millia aureoruin dissipavit,
« On sait quelles étaient ses mœurs : a nullo génère iiitemperan-
tissimarum libidinuni ahslinebatur Execrandas contra natu-
ram hhidines.
« II a fait mourir son frère Charles IX, afin de lui succéder plus tôt , ut multi asscruni, ejus opéra vencrio extincii.
« L'église dépérissait sous son règne. Les évêchés étaient au plus offrant, au plus incapable : Episcopatus et abbatiœ non minus libère vendebantur quani in mcdio foro oves et boves.... Quis ignorai amplissimos episcopatus pueris yCwciSy surdis^ improbis attributosf
« Son alliance avec l'hérésie, avec la sentine de Genève, sentinœ genevensiSy est évidente. Il a soutenu les Genevois contre leur excellent maître, contre leur souverain légitime, le duc de Savoie, optimum Ducem^eorumque legitimum principeni Sabavdiœ. La Jézabel
ÉCLAIRCISSEMENTS ET NOTES. 309
anglaise Élizabeth , le duc d'Orange et autres, et similis farinœ hœresiarchisy étaient ses amis. »
Voilà comment l'écrivain anonyme, rival de Boucher , justifiait l'acte de Jacques Clément.
Vers cité par Boucher.
Il est tiré d'une épigramme d'Etienne Pasquier, contre Henri HI, que voici :
Gallia dum passim civilibus occubat armis
El cinere obruitur semisepulta suc, Grammaticam exercet média rex nosler in aula ,
Dicere jamque potest vir generosus : amo. Decîinare cupit; vere déclinât, etille,
Bis rex qui fuerat, fit modo grammaticus.
Ainsi les ligueurs prenaient des armes partout, même dans les plaisanteries des Politiques.
La Terreur dans la Ligue.
Cette terreur n'est pas un fait inventé après coup. A Abbevîlle , par exemple , dès avant la mort de Henri III , on ouvTit à l'échevinage des registres publics pour les dénonciations. Les suspects furent arrêtés , et les prêtres royalistes enfermés par les moines dans le prieuré de Saint-Pierre. Un peu plus tard, il y eut des visites domiciliaires; on établit des corps-de-garde à la porte de l'église Saint-Vulfran , et des prêtres munis de mousquets, vinrent y faire faction. Dans les processions, le chant des psaumes était entremêlé de décharges de mousqueterie. (V. Louandre père, Hist, d'Abbéville, 1834 in-8^ p. 316 et suiv. ).
. Mot de Boucher
Le curé de Saint-Benoît prêche « qu'il fault mettre la main à la
ÉCLAIRCISSEMENTS ET NOTES
ECLAIRCISSEMENTS ET NOTES
' ' HÏ
serpe. » Anne d'Urfé avait écrit la même chose aux échevîns de Lyon : « il y faut mettre le rasouer. » ( Aug. Bernard, Les D'Urfé , 1839, in-8''. page 390. ) Les doctrines de la Ligue sont partout les mêmes.
Papiers row</e* des Seize.
On dirait que les détails donnés ici par Lestoile ont été copiés dans quelque historien du temps des Armagnacs et des Bourguignons ; le rapport est frappant. (V. les textes cités ap. Michelet, Histoire de France , t. IV. p. 257 ).
Uotman.
Les confusions sont fréquentes à ce sujet. Ce fut Antoine ITotman qui écrivit contre son frère François et non celui-ci contre Antoine. (V. Bayle).
NOTE iV, PAGE 176.
Vénalité de Rose.
Herrera, qui devait être bien informé , ne laisse aucun doute à cet égard. Il aftlrme qu'en 1590, Aymar Hennecjuin et Rose , ( ce dernier avait, dit-il , sous sa direction 1300 moines, ) recevaient une subvention, socorros y aymias. Herrera ne cache pas (ce qu'on sait d'ailleurs) que des fonds furent également distribués, durant les États de 1593, aux députés pauvres, aux députés bien intentionnés, bien intencionados , afin d'entretenir le zèle du peuple de Paris, et des Seize, los XVI regidores^ comme il les appelle. (V. Hist de los sucesos de Francia^Madnd, 1598,in-4''.p. 141, 215, 270 etc.).
Le jeune duc de Guise.
Quoique ce prince affectât extérieurement de ne pas aspirer à la
couronne , il la désirait pourtant. Herrera assure même qu'il écrivit au roi d'Espagne pour le remercier et lui offrir de régner sous sa protection , « ofreciendo de bivir perpetuamente debajo de su amparo y servicio. » ( Hist. de los sucesos de Francia, Madrid , 1598, in-4% page 270).
Sur le livre de l'avocat Le Breton.
On a récemment, d'après un exemplaire peut-être unique, donné les plus curieux passages de ce pamphlet jusqu'ici inconnu, qui fit brûler son auteur en 158G, et qui, quelques années plus tard, l'aurait amené aux affaires avec les Seize. Henri III était vivant, et, sans garder l'anonyme , Le Breton osait l'appeler « un des plus grands hypocrites qui fût jamais », il ajoutait même: « ceroy s'est faict singe de tous les roys vertueux. » Selon cet audacieux pamphlétaire, la convocation des États pouvait seule sauver la France; mais il fallait écarter des élections tous les fonctionnaires, tous ceux qui avaient le moindre lien, le moindre contact avec la royauté ; il fallait investir d'une autorité absolue les magistrats municipaux : « c'est aux villes, principalement d'embrasser ceste affaire » ; que les mayeurs et officiers urbains « ayent toute l'autorité et puissance en leurs villes'tant à l'effect de la convocation des Estats qu'à l'action des personnes et qu'en la place de ceux qui seroient suspects soient establis aultres notables bourgeois.... et que les forteresses soient mises en la puissance d'iceux échevins et Estats. » Toute résistance est interdite ; s'il y a des opposants, « on les mettra en pièces et leur nom et famille seront effacés à jamais, avec confiscation de biens et de corps sans respect d'aucune grandeur
il faut leur courir sus. » Cela fait, on assemblera les États.
Ne se croirait-on pas en 93 ? Le Breton eut l'incroyable audace , ou pour mieux dire la folie de présenter lui-même ce libelle à Henri III , qui le fit brûler lui et son pamphlet. Le pamphlet devint ainsi introuvable, et la Ligue en profita pour en faire imprimer et répandre un autre beaucoup plus modéré, qu'on fit passer pour celui qui avait occasionné la condamnation. Ce stratagème déloyal réussit, et on trouva odieuse la sévérité de Henri III. ( V. Leber , de l'Etat réel de la Presse, p. 65 et suiv. ).
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312 ÉCLAIRCISSEMENTS ET NOTES
Le Petit-Feuillant,
Montgaîllard eut , depuis, un parent évêque de Saînt-Pons et qui fut en discussion avec Fénelon. (V. Bausset, i/i.st. de Fén. éd. de 1809 in-8 % t. II. p. 496 ).
ECLAIRCISSEMENTS ET NOTES
Repentir final de Boucher.
Dans un pamphlet royaliste,inconnu à Le Duchat et publié ent 61 0 (bien avant Mézeray par conséquent), il était dit à propos de Boucher : ' Audio illum vehementer pœnitere. » V. le fragment des Pyramides Duœ donné par Lenglet du Fresnoy, au tom. VI des Mém. de Condè , part. III , p. 270.
* Guignard.
Il y avait eu amnistie ; or le traité écrit par Guignard et qu'on trouva chez lui remontait à la Ligue : Guignard fut donc brûlé pour n'avoir pas brillé ses papiers. Les conseillers du parlement oublièrent leur propre passé en condamuant si durement ce jésuite. Le P. Jouvancy a pu dire avec raison, meminimus et ignoscimus ; Voltaire a tort de s'en fâcher. (V. Essai sur les mœurs, ch. CLXXIV). Gregorio Leti est aussi très injuste à l'égard de ce malheureux. (V. Vita del rè CaioUco Filippo /i, 1679, in-4% t. IL p. 472). Cayet dans sa Chronologie jSovennairc , donne de longs extraits du pamphlet manuscrit de Guignard (V. Bayle). Il y était dit à propos de la Saint-Barthélémy : u Si on eust saigné la veine basilique, nous ne fussions tombez de fièvre en chaud-mal. » Ce sont d'avance, ce sont presque les termes impies dont se servira Gabriel Naudé dans ses Coups d'État. L'auteur de V Anti-Coton (1610, in-8% page 18), assure avoir extrait du cahier déposé au greffe, cette autre proposition : « Le Néron cruel a été tué par un Clément et le moine simulé dépesché par la main d'un vray moine. » Enfin le texte même du jugement reprochait à Guignard d'avoir dit: «que si leroy à
présent régnant ne mouroit à la guerre, il le falloit faire mourir. » L'imputation est grave assurément ; mais, pour l'écarter, il suffit je le répète , de se rappeler que Guignard avait écrit ces pages en pleine Ligue, qu'il ne les avait même pas publiées, et qu'il devait par conséquent jouir du bénéfice de l'amnistie.
Scribani.
Charles Scribani , jésuite flamand , recteur du collège d'Anvers avait publié sous l'anagramme de Clarus Bonarscius une Apologie de son ordre qui avait pour titre Amphitheatrum honoris, 1605, in-4°. Il y était dit, l. I. ch. XII : « Rex tyrannus, oppresser libertatis, virginum, matronaram, puberum omnium inundator, ferro, flamma, nulloque non mortis génère sœviat in innoxia pectora, principes viros , nobilitatem , nec eos modo a quibus nihil prœter praedam sperare aucupabundus raptor poterat, sed et Gallos omnes, in ignem agat , nullus in hanc belluam homo miles... » Et plus loin : a Dionisii, Machanidas, Aristotimus , sœculorum portenta, Galliam opprimant, nemo pontifex, Dionem, Timoleontem, Philopœmenem securus animabit. » Or, à qui cela s'appliquait-il, dans la pensée de l'auteur , sinon à Henri III et à Henri IV ? Dans les premiers moments, le P. Coton avait fait croire à Henri IV que V Amphitheatrum avait été fait à Genève pour rendre les jésuites odieux. (V. Rec. de pièces secr. toitc/i. ielir. du P. Jouraïici/, éd. de 1701, in-12, p. 69.)
Guill. Barclay.
Barclay était né en Ecosse en 1543. La faveur de Marie Stuart l'avait de bonne heure attaché à la cause catholique. Il vécut en Lorraine pendant la Ligue ; plus tard il enseigna à Pont-à-Mousson et à Angers ( V. Niceron , t. XVII , p 277 et suiv. ) .
Son traité est intitulé : De regno et regali potestate adversus Buchanum , Bruhcm , Boucherium et reliquos monarchomachos , Paris, Chaudière, 1600, in-4**.
Remarquons que Chaudière, l'éditeur en renom de la Ligue , le libraire de Boucher, cherchait à faire ses preuves de royalisme en publiant le livre de Barclay contre ses anciens amis.
ECLAIRCISSEMENTS ET NOTES
ECLAIRCISSEMENTS ET NOTES
La Bibliothèque de l'Arsenal (Jur. 274 ), possède un exemplaire du De Regno corrigé et annoté de la main de l'auteur.
Barclay se déclare franchement monarchiste. Il attaque à peine en passant Hotman et Rossœus ; mais il s'acharne très-longuement et avec une intarissable érudition contre Languet, Buchanan et Boucher. C'est surtout à ce dernier qu'il en veut : « hominem ecclesiasticum , doctrina inter suos et religione utcunque spectabilem, auraque subnixum populari. » (p. 3 a .) Barclay fait même remonter sa colère jusqu'à saint Thomas. Les arguments du De regimine principwn ne sont pas, ne peuvent être authentiques, s'écrie-t-il, « adeo deliriis et fatuitate repleti, ut nisi eos ad risum hominibus movendum composuerit, tribui tanto philosopho nequeant» (p. 490j.
La conclusion de Barclay est que les rois sont supérieurs aux lois, reges legumlatores^ et qu'il faut leur obéir quoi qu'il arrive : « reges quantumvis malos populo superiores et dei judicio relinquendos. » (p. 140).
Doctrines ultramontaines de Bellarmin.
On a déjà vu plus haut (introd. p. LXXIV) le pouvoir que, sous le règne de Henri III et avant les fureurs de la Ligue , Bellarmin n'avait pas craint d'attribuer au pontife. La cause théocratique ne cessa d'être soutenue en Italie pendant les troubles de France. En 1599 parut à Padoue , un volume in-4'' , signé : Alexandre Carrerius, et qui avait pour titre ; De potestaie romani Pontificis adversus impios Politicos. L'auteur renchérissait encore sur Bellarmin et l'accusait de faire trop petite part à la papauté. Au pape, disait-il, appartient toute la terre; le pape est le représentant et pour nous sur terre l'égal de Dieu ; les rois sont ses valets.
Quand, après la conspiration des poudres , le roi Jacques exigea le serment de fidèUic contre le Pontife, quand ce prince eut imprimé son Apologie, Bellarmin, on le sait, répondit sous le pseudonyme de Tortus, et Andrews répliqua au nom de Jacques. De là toute une polémique. La publication du traité pusthume de Guillaume Barclay, sur le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel vint encore compliquer et envenimer la discussion. Bellarmin riposta à Barclay par un traité intitulé : De potestaie Pontificis in tempnraUhus. C'est précisément ce traité qui fut condamné par le parlement. Voici quelques propositions extraites deTédition de Cologne, 1611, in-8°.
« Potest ac débet summus pontifex regibus imperare ut non abutentur potestate regia (p. 45.) » — « Rex nullam habet in episcopos vel clericos potestatem (p. 161 .)» — « Falsum est principes politicos a solo Deo potestatem habere (p. 203). » — Le parlement déclara cette proposition « faulse et détestable, tendante à réversion des puissances souveraines ordonnées et establies de Dieu » , et fit défense « sur peine de crime de lèze majesté, recevoir, retenir, communiquer, imprimer ou exposer en vente le dict livre » ; mais les jésuites et le nonce intriguèrent si bien, qu'ils réussirent mieux qu'à l'occasion de Mariana. ( V. Lenglet Dufresnoy, préf. des Mém. de Condé, t. VI. p. xxxj ). — Il intervint un jugement du Conseil d'État qui déclara que « la publication de l'arrêt du parlement seroit tenue en surséance , » et bientôt après on donna même ordre de saisir un libelle véhément le Tocsin dirigé tout entier contre Bellarmin.
Opinion de Daguesseau sur la Ligue.
« Un des plus pernicieux effets de la Ligue et qui a duré longtemps après la Ligue même, a été la production d'un grand nombre d'ouvrages aussi favorables à la puissance sans bornes des papes que contraire à la silreté même des rois ; c'est là que l'on trouve cette doctrine abominable, dont on ne peut parler sans horreur, que le pape a le pouvoir d'ôter et de donner les couronnes. Le livre de Mariana est un de ces livres pernicieux. » (Daguesseau, Mém. sur Vllistoire des Jésuites, ap. Œuv. in-S". éd. de M. Pardessus, t VII, p. 344 ). On peut voir aussi ce que dit le duc de Saint-Simon « des jésuites abhorrés pour les fureurs de la Ligue. « {Mém. 1828 in-S", t. X, p. 433.)
NOTE y, PAGE 289.
Idées de démembrement dans la Ligue.
Ou a vu tout à l'heure (page 299 ) le vœu formé par l'auteur du dejusia Reipublicœin reges impios Authoritate, lequel aurait consenti au besoin à des gouvernements municipaux , à une république par ville. Voici un autre texte non moins curieux : «De Galliae provinces ad regulos deferendis, vulgo de cantonner la France , crebrior intermultos sermo auditus est. » (Guill. Barclay, deRegno , 1600, in-4*', page 362). Dans les derniers temps de la Ligue, quand l'Infante eut perdu toute chance, un partage de ce genre fut aussi
ECLAIRCISSEMENTS ET IfOTES.
le dernier désir de la cour d'Espagne. (V. Herrera, Uist. de los sucesos de Francia , Madrid, 1598, in-4'', page 275.) —Déjà Cliarles- Quint avait compris que le grand travail de l'unité qui s'accomplissait dans notre pays serait précisément l'obstacle qui arrêterait la maison d'Autriche. « Vous devez penser, disait-il à son fils Philippe II, à la guerre contre le roi de France, qui est un ennemi redoutable à cause que ses provinces sont contiguës les unes aux autres. » {Instr. de Charles-Quint et de Philippe II, tr. par Teissier, La Haye, 1700, in-12, p. 92). Voilà les projets que favorisait la Ligue. On a très-bien remarqué que, comme la chute des Carlovingiens, la chute des Valois avait failli livrer la France morcelée à une nouvelle féodalité. (F. Renée, Encijcl. des Gens du inonde^ art. Henri IV, t. XIII, p. 664.) Le premier programme de la Ligue voulait même qu'on remontât plus haut : «- Il faut remettre les provinces aux mêmes droits, franchises et libertés qu'au temps de Clovis. »
Influence des municipalités dans la Ligue.
L'échevinage a joué un très-grand rôle dans la Ligue. Il faut cependant noter une exception ; je veux parler de la commune de Langres. Dès 1589, les officiers municipaux firent désarmer le chapitre et tous ceux qu'on soupçonnait d'être du parti des Lorrains. Les plus obstinés furent même forcés de quitter la ville. C'est à l'énergie de Roussat son mayeur que Langres dut cette conduite à part. Dès qu'on sut la mort de Henri III , ce hardi magistrat fit assembler le peuple et proclama Henri IV roi , par acte régulièrement notarié. C'est une singularité de plus dans la Ligue. (V. Migneret. Précis de l'Histoire de Langres, 1835, in-8% p. 188 et suiv. — Cf. Corresp. de Uenri-le-Grand avec Jean lioussat. Paris , 1816, in-8°).
lûtolérance des Huguenots.
Les huguenots auraient volontiers supprimé la liberté de conscience. Th. de Bèze a dit en propres termes : « Libertatem conscientiis diabolicum dogma {Epist, Theol. 1. ) Pour Calvin, il suffit de rappeler Perrin et Servet.
Fllf.