‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 196 sur 196 · NO. I.— TOM. I. H · texte numérisé non relu

NO. I.— TOM. I. H

La Vie et les Ecrits de Vnnini,

cinquante mille athées, et que telle maison à elle seule en contient douze : exagération ridicule que Mersenne a été obligé de désa\^ouer lui-même. Cependant tous les témoignages contemporains conspirent à démontrer que l'héritage légué par le XVL' siècle au XVII était un esprit général de mécontentement contre le passé et le moyen-âge, en philosophie mille essais confus pour affranchir à tout prix l'esprit humain de la scolastique, et dans ce désordre, premier fruit d'une émancipation mal assurée, le plus déplorable scepticisme.

Tel est l'état vrai de la philosophie à l'ouverture du XVII'' siècle. Transportez-vous à cinquante ans par-delà et dans la dernière moitié de ce même siècle : tout est changé. Une philosophie nouvelle, aussi étrangère au joug pesant de l'autorité scolastique qu'à la témérité d'essais déréglés, a partout accrédité des doctrines généreuses, où l'immatérialité de l'amc et l'existence de Dieu sont établies par des ar^nimens invincibles tir>"s de la nature même de l'esprit humain. Cette grande philosophie fleurit d'accord avec la religion; elle se répand de Paris dans toutes les provinces, pénètre dans les ordres reli<^ieux eux-mêmes, les jésuites exceptés, ranime l'enseignement public, vivifie et élève les sciences et les lettres, met en honneur la modération, la droite raison et le bon goût, et, passant rapidement de la France dans tous les autres pays de 1 Europe, y disperse peu à peu les débris de la philosophie du XVI^" siècle, substitue à l'esprit de révolte une sage hidépendance, une doctrine ferme et solide à des systèmes désordonnés, remplace en Angleterre Hobbes par Locke, en Italie Bruno et Vanini par Vico et Fardella, en Hollande une tradition pédantesque ou les rêveries solitaires de Spinoza par les judicieux enseignemens d'un de Vries et d'un Clauberg, et crée en Allemagne la philosophie en suscitant Leibnitz.

Que s est-il donc passé ? Les conseils de Garasse et de Mersenne ont -ils été suivis ? A-t-on couvert la France d'échafauds pour soutenir la religion ébranlée, et chargé le bourreau de prouver l'existence de l'ame et celle de Dieu ? Nullement ; mais les temps étant venus et l'œuvre du XVI* sièle accomplie, deux hommes ont paru qui ont clos le passé et commencé une ère nouvelle. Richelieu a fondé des séminaires où le clergé pût recevoir une instruction digne de sa haute mission ; le clergé, une fois éclairé lui-même, a répandu les lumières autour de lui, et ramené les esprits au respect et à la foi par de libres et fortes discussions, aussi fécondes que la violence avait été stérile ; heureux ascendant qui s'accroît sans cesse, jusqu'à ce que, sous la triste influence de M'"'^ de Maintenon et des jésuites, le grand roi égaré mette le bras séculier à la place de la dialectique et de 1 éloquence d'Arnauld et de Bossuet. La révocation de l'édit de

mtes marque le plus haut point et en même temps le déclin iné-

La Vie et les Ecrits de Vatiirii,

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vitable de l'autorité religieuse : elle jette dans les esprits le fondement d'une réaction légitime. Jusque-là la religion avait été d'autant plus puissante, qu'elle se montrait bienfaisante et modérée. A côté d'elle. Descartes avait créé une philosophie qui la servait sans en dépendre, et consacrait les droits de la raison sans entreprendre sur ceux de la foi. Descartes avait entrevu par un instiuct sublime et admirablement résolu le problème de ce temps ; ce problème était de donner une satisfaction nécessaire à l'esprit nouveau, et en même temps de rassurer les anciens pouvoirs légitimes. De là, dans le cartésianisme, deux faces différentes qu'on a toujours considérées séparément, et qu'il faut embrasser pour comprendre toute la grandeur du rôle de Descartes. D'abord il sépare la philosophie de la théologie; dans les limites de la philosophie, il rejette toute autorité, celle de l'antiquité comme celle du moyen-âge, et déclare hautement ne relever que de la raison : il part de la seule pensée. Voilà par où Descartes est le représentant décidé de l'esprit nouveau. Mais, en partant de la seule pensée, il en tire les plus nobles croyances, que jusque-là la raison semblait ébranler, et que désormais la raison autorise et affermit. Au lieu d'essais infonnes et qui se combattent, il fonde une méthode qui, à peine proclamée, est adoptée d'un bout de l'Europe à l'autre, et, à laide de cette méthode, il élève une doctrine où toutes les grandes vérités naturelles qui composent l'étemelle foi du genre humain sont solidement et clairement établies. Enfin, celui qui fait toutes ces choses les illustre et les consacre par les plus belles découvertes en physique et en mathématiques, et par un langage qui lui-même est une création immortelle. Par là Descartes n'est plus seulement un révolutionnaire, c'est un législateur. Il donne la main à deux siècles qu'il réconcilie en satisfaisant également leurs instincts en apparence opposés. Sans retourner à la scolastique, sans errer à travers l'antiquité, il met fin aux essais aventureux de la renaissance, et pour long-temps détruit le scepticisme, le matérialisme et l'athéisme, enfans perdus de l'esprit nouveau qui s'égarait. Pour cela, Descartes n'a pas invoqué les parlemens, le bras séculier, les supplices : il a écrit le Discours de la Méthode et le livre des Médi-

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