‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 66 sur 196 · CHAPITRE I , § VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE I , § VI

de magie (1), plein de superstition et de crédulité. Malgré les éloges exagérés de Becquet et de Moréri , on ne saurait tenir grand cas de Pierre Crespet, singulier homme qui, pendant le siège de Paris, et au plus fort des troubles, trouvait moyen d'imprimer des livres de cabale et de soutenir la Ligue par des sermons. On peut voir en tête de sa traduction de Mendoza , une préface fort animée par laquelle il engage la noblesse , qui défectionnait vers Henri IV, à persévérer dans l'Union.

Le P. Bernard (2) n'était pas un érudit comme Génébrard, un controversiste comme Feuardent , un écrivain ascétique comme Crespet ; mais il était moine comme les deux derniers. Son père s'appelait Bertrand Percin , seigneur de Montgaillard. Le jeune Bernard avait à peine achevé ses études qu'il prêcha avec le plus grand éclat ; Henri III et la reine-mère, auxquels il plut extrêmement» l'accueillirent, et le Petit-Feuillant (on l'avait ainsi surnommé) fut bientôt admis à prêcher le carême au Louvre et à Saint-Germainl'Auxerrois. Bayle le fait naître en 1563, il aurait donc eu vingt-quatre ans en 1587. Lestoile toutefois le donne comme un peu plus jeune à cette date ; mais laissons parler le naïf narrateur : « Quelques-uns des feuillants, dit-il, se firent suivre et admirer en leurs prédications, entre autres un frère Bernard, gascon, âgé de vingt-un ou vingt-deux ans, vivant, selon le bruit commun, fort saintement et austèrement et disant bien jusques à miracle. Ce qui fut tant agréable aux dames de Paris que l'allant voir souvent, elles lui changèrent son austérité en mignardise , lui envolant souvent de leurs confitures, etc.. (3). » Voilà un singulier début pour un tribun. Le Petit-Feuillant avait

(1) Deux livres de la haine de Satan et des malins esprits contre l'homme. Paris. 1590, in-8o.

(2) V. Bayle d'après les notes que lui avait communiquées Le Duchat. — Cf. Ménipp., t. II, p. 57 et suiv. Le portrait du Petit Feuillant a été reproduit dans cette édition de la Satire Mcnipp. , Ratisbonne, 1726.

(3) Lestoile, Journ. de Henri III^ p. 228 A.

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pratiqué tant de pénitenees que le pape , pour qu'il ne mourût pas, dut lui faire quitter son ordre. On peut voir dans Lestoile que cette vie d'anachorète ne dura pas. Bernard de Montgaillard sera, pendant le siège de Paris, un des antagonistes les plus infatigables et les plus acharnés de Henri IV, un vrai cornet de sédition, comme l'appelle Bayle.

Je crains bien que toutes ces biographies successives ne finissent par fatiguer, et il eût mieux valu peut-être les disperser avec art , mais l'exactitude y eût perdu, et d'ailleurs nous touchons au terme.

On a peu de détails sur la plupart des Ligueurs qui occupaient les cures de Paris. J'en ai déjà nommé plusieurs, le jésuite Guincestre , Pelletier, Pigenat, Prévost, sans parler de Boucher. Celui de Saint-Cosme, Jean Hamilton (1), que Lestoile a^ii^eWe un homme de résolution et de sravoir, était Ecossais et appartenait à une famille illustre , gentilhuomo, comme l'appelle l'italien Pigafetta qui l'avait connu. Obligé de fuir de son pays pour cause de religion, il se réfugia dans l'Académie de Paris et enseigna la philosophie au collège de Navarre, magna cum celebrifate, dit Launoy. Il eut pour élèves plusieurs membres de la famille de Coudé, et ce hasard le mit en estime. Non vulgaris in prœceptorem dejîuxit commendatio. Reçu docteur en i58C, Hamilton obtint la paroisse de Saint-Cosme, et n'eut hâte que de se donner à la Ligue et à Philippe II, en un mot de s'espagnoliser, comme dit à son propos Le Duchat.

Hamilton eut des imitateurs : Julien, Aubry, Cueilly, tous trois curés de Paris, accédèrent vivement au formulaire de l'Union.

(1) Hist. Gymn. iVatarr., ap. Launoii Oper., t. VIT, p. 754. — Launoy n'osant se prononcer est plus évasif encore qu'à propos de Rose; il insinue qu'Hamilton était ligueur, et il ajoute : «quo nomine apud nonnullos auctores maie audiit, apud alios bene. Sed Dei judicium non occupamus.»

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