CHAPITRE II, § I
prêchait en itahen (l), et cela ne l'empêchait pas d'avoir un auditoire très-considérable. C'était sans doute une affaire démode chez les femmes de venir écouter ce parler élégant et mélodieux. N'oublions pas que nous sommes dans le siècle de Catherine de Médicis ; n'oublions pas les grandes colères de Henri Estienne contre le nouveau languaige ita-
lianizé.
L'élégance des manières de Panigarolle était séduisante. Au lieu d'accumuler les personnalités et les gros mots, il distinguait et déduisait, ne faisant jamais défaut de vifs et subtils arguments contre Xkérétique; les violences]de Boucher, « qui faisoit gloire et marchandise d'injures, » le dégoûtaient singulièrement, et il l'en réprimandait souvent. L'acharnement que le curé de Saint-Benoît montrait contre le feu roi révoltait surtout Panigarolle : « Les Italiens, disait-il à ce propos, qu'on accuse d'être vindicatifs, assouvissent leur haine par la mort de leur ennemi (2). »
Panigarolle était donc assez modéré de sa nature, mais l'exemple l'emportait ; il lui échappa un jour, dans la conversation, de dire que la paix était désirable. Le propos fut rapporté aux Seize qui le prévinrent qu'il eût à parler autrement, sans quoi ils le feraient coudre dans son froc comme dans un sac, et l'enverraient par la rivière porter ses paroles conciliantes. L'avis fil réfléchir Panigarolle. Jusque là, quand il sentait la passion le gagner, il avait soin de boire un grand verre d'eau froide disposé d'avance sur la chaire ; mais se souvenant de la menace des Seize, il se mit si fort en colère dans son prochain sermon , qu'en se justifiant d'être un
(1) On voit aussi un cordelier de Laval , Yves Magistri , prêcher tous les jours en espagnol à la chapelle de la reine |)endant le carême de 1591. Mais il est à remarquer que ce Magistri était chapelain de la garnison de Philippe IL Ses appointements lui furent inexactement payés, et, dans sa mauvaise humeur, il écrivit un pamphlet royaliste qu'on le força ensuite de réfuter lui-même. (Lestoile, Journ. de -Henri /F, p. 77 B.)
(2) Lestoile, ibid., p. 41.
homme de paix, il oublia de boire le verre d'eau et cria de toutes ses forces et à trois reprises : guerra! guerra! guerra! Ces paroles produisirent un grand effet ; l'habitude qu'on avait de voir Panigarolle calme fit supposer au peuple quelque raison nouvelle et puissante de persévérer dans rUnion(l).
Cette modération qu'avait désirée Sixte-Quint, Mayenne commençait à en désirer aussi quelque chose. Les tendances démocratiques étaient plus fortes que lui, et il n'avait pu annuler le Conseil de l'Union qu'en promettant les États.