‹ De la démocratie chez les prédicateurs de la Ligue [microform]Chapitre 73 sur 196 · CHAPITRE II, § I · texte numérisé non relu

CHAPITRE II, § I

de reconnaître officiellement Henri IV. Sixte-Quint négocia, parlementa et attendit. Philippe II , furieux de ces lenteurs et de cette mauvaise volonté évidente, fit prêcher ses moines contre le Saint-Père. « Non seulement la république de Venise favorise les hérétiques, dit en chaire un jésuite espagnol, mais silence, silence, ajouta-t-il en mettant le

doigt sur la bouche, le pape lui-même les protège.... (1). »

Ce fut, au-delà des Pyrénées, un déchaînement universel contre Sixte-Quint. Les plus habiles prédicateurs soutinrent publiquement l'indispensable obligation de secourir le catholicisme contre l'usurpation d'un prince relaps , et blâmèrent aigrement le pontife de ses retards et de ses hésitations (2)i Ces sorties ne manquèrent pas de trouver de l'écho en France. Bernard Rouillet, entre autres (3) , dans une des églises de Bourges, invectiva furieusement contre Sixte qui , disait-il, « conseillait la paix et s'entendait avec les hérétiques. » Quand ce pape mourut (ce qui arriva bientôt) , les curés ligueurs ne surent pas contenir leur joie, et Aubry l'annonça en ces termes : « Dieu nous a délivré d'un méchant pape et politique. S'il eût vécu plus longtemps, on eût été bien étonné de voir prêcher dans Paris contre le pape, et il l'eût fallu faire (^i-). » Les idées théocratiques n'ont jamais été qu'un prétexte et un moyen dans la Ligue.

Sixte-Quint, fort irrité des inconvenantes personnalités qu'on se permettait contre lui en France et en Espagne, en fit faire de grandes plaintes, ce qui n'eut aucun résultat. Ayant appris que Panigarolle, le premier prédicateur de son temps ^ se laissait aller à l'influence des Espagnols, et prêchait avec trop de véhémence contre le roi, il lui fit or-

(1) Cum ad supplicium traheretur, magnam constantiam vultu prae se tulit non tam judicii severitatem quam testium (idem incusans... Post valde piam orationem ad Deum alla voce conceptam summa cura corpus composuit ne quid indecens pâli cogeretur ; cl ila vitam inter cruciatum finivit. (Thuan., 1. XCVIII, § 8; t. IV. p. 842.)

(2) Journ, de Henri fF", p. 12 B.

(1) Ranke, Hist. de la papauté, Ir. fr., 1. VI, § 2; t. Ill, p. 259.

(2) Gregorio Leli, Viedu^ape Sixte V, tr. fr., 1758, ia-12, t. II, p. 439.

(3) Le Duchal , iiolessui- la Ménipp., l. II, p. 207. — Mém. de Nevers, l. II, p. 709.

(i.) Maimbourg, Hist de la Ligue, 1. IV, ann. 1591.

86 LES PRÉOICAlElRS DE LA LIGUE.

donner de revenir à Rome sous prétexte d'en faire son prédicateur ordinaire (1) ; mais Panigarolle resta sourd à Tinjonction.

On a vu que Tévêque d*Asti avait prêché la Saint-Barthélemy, dans sa jeunesse, à la cour de Charles IX ; il n'avait rien d'âpre cependant dans le langage, et ses nombreux écrits font honneur à sa réserve, s'ils ne font pas honneur à son talent. « Cet homme docte, dit Lestoile, fort pathétique et persuasif, preschoit avec grand concours et affluence de peuple, principalement de dames et de damoiselles auxquelles sa façon revenoit fort. » On voit par un passage du Baron de Fceneste que ce succès auprès des femmes, que Panigarolle partageait avec le Petit-Feuillant, donna lieu à plus d'un sarcasme, car d'Aubigné suppose plaisamment que i'évêque d'Asti commença un sermon par ces mots :

« Cest pour vous, belle^ que je meurs , en appliquant ses

yeux sur une galande de l'amour de laquelle il estoit descrié partout; le peuple estonné de cette entrée se rassura quand, après pauses et soupirs , ce bon docteur ajouta : dit Notre Seigneur à so7i Église (2). » Mais c'est là sans doute un de ces nombreux mensonges dont le caustique huguenot aimait à égayer ses cyniques pamphlets.

Panigarolle, d'ailleurs, Davila l'affirme positivement (3),

(1) Gregorio Leti, loc cit.

(2) £e« Aventures du bar onde Fœneste j I. IV, ch. viii, au Dézert, 1630, in-8o, p. 233. — D'Aubigné revient sur ce trait dans h Confess. de Sancy, p. 318.

(3) Monsignor Francesco Panigarola, il quale, ben che predicasse neir idioma italiano, era nondimenocontinuamente ascoltato per la faraa délia eloquenza sua di grandissime numéro di persone. (Davila, i. II, p. 112.) — La harangue du Légat, dans la Ménipp. ( on l'attribue à Gillot) est en italien, pour la plus grande partie. A un moment pourtant, le Légat s'arrête et continue en latin : « Ut |)ergam latina lingua vobis loqui, ne forte aliquis non salis iulelligat italianain. » {Ménipp., t. I, p. 51.) Y a-t-il là une intention d'épigramme contre les sermons de Panigarolle ? Le fait serait piquant; mais c'est une explication que je n'ose risquer que sous forme dubitative. Les commentateurs, Dupuy ou Le Duchat, n'en ont rien dit.

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