CH APURE II, § II
tre son roi (1) , » et le livre où il démontrait ces propositions royalistes avait été dûment approuvé par sept docteurs de Sorbonne, entre lesquels Prévost et Guill. Rose. Quand la Ligue eut adopté la doctrine de la souveraineté populaire , Launay ne fut pas le moins du monde embarrassé et il se fit démocrate tout comme s'il n'avait jamais été absolutiste. Tour à tour calviniste et romain en religion , il fut tour à tour monarchiste et républicain en politique.
Le Petit-Feuillant avait les mêmes antécédents, et il les répudia aussi avec impudence , à la première occasion. Il s'était vu admis dans la familiarité , dans les confidences dévotes de Henri III. Aussi, quand ce monarque apprit que Montgaillard le traitait d'athée, il lui écrivit de sa main une lettre qui se terminait par ces mots : a Vous parlez mal de moi, vous qui me cognoissez jusques dans l'âme pour plus et meilleur catholique que ceux qui me veulent nier pour roy(2).)> Le Petit-Feuillant fit aussitôt imprimer une insolente réponse (y) où Henri III était menacé de l'enfer et déclaré déchu de tous ses droits. Il ne l'appelait plus sire, mais monsieur , et il ajoutait : « Ce n'est qu'avec horreur que je parle et traicte avec luy. »
Voilà où en était tombée la royauté. Tous les arguments semblaient bons à ses adversaires. Génébrard l'attaquait en juriste ecclésiastique et avec tout le pédantisme d'un docteur en droit canon [k] ; Boucher, à son tour, avant de faire un traité en forme, l'attaqua en bateleur. Le seul titre de sa vie de Henri de Valois dispense de la lecture (5) . Ce pam-
(1) Déclar. et Réfut. des fausses suppos. et perverses applic. d'aucunes sentences de la Sainte-Ecriture , in-S», ch. vi et vin.
(2) Matthieu , Hist. de Fr., 1. 1, p. 770.
(3) Réponse du P. Dom Bernard à une Lettre que lui a escrite Henri de Valois. 1589, in-8o. (V. P. Lelong, n» 188ii.)
(i) y. De Clericis qui participarunt in divinis scienter et sponte cum Henrico Valesio port Cardinalicidium assertio^ 1589, in-S».
(5) La Vie et Faicts notables de Henry de Valois tout au long, sans en rien requérir, où sont contenues les trahisons, perfidies, sacrilèges, exactions, cruautés et hontes de cet hypocrite et apostat. 1589, in-S». (Bibl. roy.jL, li76.)
phlet, qui est bien du curé de Saint-Benoît (1), était destiné au peuple. Chaque assertion y est confirmée par une gravure grotesque, chaque calomnie par une vignette. Les sept péchés capitaux, dans lesquels Henri III tombe tour à tour, ont été grossièrement commentés par un artiste mal habile. Le fond de cet opuscule répond par son absurdité à la sottise de la forme. Cheverny est traité de loup et Harlay de voleur, cela suffit pour indiquer ce qu*est le style ; Henri III est accusé de faire de l'or et d'avoir empoisonné son frère Charles IX dans une sauce de brochet, cela suffit pour faire apprécier la valeur des faits avancés. Boucher finit par une exhortation à secouer le joug de la tyrannie y à chasser le nouveau Néron.
Le seul trait remarquable de cet infâme libelle (2) , est une adhésion à la Saint-Barthélémy qui confirme positivement ce que j'ai avancé plus haut : le curé de Saint-Benoît reproche à Henri III d'avoir divulgué à l'avance les projets de massacre et ajoute : « Cela eut été grand mal pour la religion. »
Pour un docteur en théologie une pareille brochure semblait très-peu grave ; aussi les gens sérieux ne se la passaientils que sous le manteau. C'était une pûture appropriée aux manants, faite pour la foule. Dans les intervalles de cette guerre d'avant-garde, Boucher travaillait à son grand traité sur la déposition de Henri III, qui devait être le premier manifeste savant , étendu, dogmatique, de la Ligue.
Le Dejusta Abdicatione Henrici tertii était à moitié imprimé quand Jacques Clément , par son attentat , sembla le rendre inutile. Boucher cependant ne voulut point avoir perdu son temps. Il se hâta donc d'achever son travail que
(1) V. le Dict. des Anonymes du Barbier, n» 19055.
(2) On |)eut comparer deux pamphlets analogues du Lyonnais André de Rossaut. (V. P. Lelong, 19105, 19107.) Le second est dédié à La Chapelle-Marteau, « (jui est engagé à faire une statue à Jacques Clément. )> N'avons-nous pas vu aussi Murât au Panthéon?