‹ De la démocratie en SuisseChapitre 1 sur 163 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

L'ouvrage qu'on va lire est le résultat de travaux entrepris depuis fort longtemps et qui m'ont fourni le sujet de plusieurs cours publics donnés à l'académie de Genève. Quelques personnes, qui avaient suivi mes leçons, m'ayant témoigné le désir qu'elles fussent imprimées, j'ai entrepris de rédiger mes notes; mais je me suis bientôt aperçu que ces notes renfermaient la matière de deux ouvrages distincts, savoir : d'un Traité du droit public de la Suisse , et d'Etudes sur la démocratie en Suisse. Or, ces deux manières de traiter le même sujet, si elles pou- I. 1

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vaient très-bien être cumulées dans un enseignement académique , ne le pouvaient guère dans un livre imprimé, parce qu'elles répondent à deux sortes différentes de besoins, et qu'elles s'adressent à des classes différentes de lecteurs. Je crois inutile d'exposer ici les raisons qui m'ont fait préférer la seconde manière ; je dirai seulement que la prétention de parler à un public plus nombreux est entrée pour beaucoup dans ce choix, et je ne pense pas qu'on puisse m* en faire un crime.

Au reste , une partie des données positives que j'ai dû élaguer du texte ont trouvé leur place dans les notes fort étendues que j'ai ajoutées à la fin de chaque volume. Le lecteur y trouvera aussi, en original ou en traduction , quelques-uns des principaux actes du droit public de la Suisse.

Quelque accueil que mon livre puisse recevoir à l'étranger, il sera en Suisse lobjet de critiques auodères et d'attaques violentes. Je dois m'y attendre , et plus le blâme sera universel i plus je devrai m'çn réjouir; car il faudrait que l'ouvrage fût mauvais pour obtenir l'approbation sans réserve d'un parti quelconque. Un blâme général ^ tel est le seul genre de succès national auquel puisse aspirer l'auteur qui décrit et qui juge avec impartialité les institutions de son pays.

Le sentiment que j avais de cette vérité m'a rendu scrupuleux à 1 excès dans renonciation de

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laits particuliers^ avare d'anecdotes , de noms propres et de citations , réservé outre mesure dans tous mes jugements , parce que le biàme injuste n'est flatteur qu'autant qu'il est entièrement injuste. Chacun sent combien mon livre y aura perdu en coloris et en intérêt. La monotonie et la sécheresse de plusieurs chapitres m'ont frappé au moment où je venais de les écrire, et j'ai plus d'une fois pensé avec regret que je me serais trouvé infiniment plus à Taise si j'avais choisi pour sujet de mes observations et de mes études les institutions de quelque peuple transatlantique.

D'un autre côté , les développements qu'a reçus la démocratie au milieu d'une vieille société européenne me paraissaient de nature à exciter vivement la curiosité des lecteurs instruits, et j'ose encore espérer que l'attrait du sujet fera oublier mie partie des imperfections de l'œuvre.

Le plan que j'ai suivi est fort simple : je commence par exposer succinctement ^ dans une întrodu^ûm hi$toriquey l'origine et les développements successifs des gouvernements actuels de la Suisse. Je m'occupe ensuite , dans un premier livre , des principes dirigeants qui renferment l'esprit et déterminent la vraie portée des institutions démocratiques. Ces principes, consacrés plus ou moins explicitement en tête des constitutions nouvelles , sont évidemment les moteurs de toute la machine ;

IV PBBFACE.

]eur examen me conduit de prime abord au centre même de mon sujet. Le second livre traite des principaux éléments de l'État, c'est-à-dire des personnes tant individuelles que morales dont il se compose ; j'y esquisse en particulier l'organisation des communes» celle des églises constituées, et les rapports des unes et des autres avec l'État sous le régime de la démocratie. Dans le troisième livre, j'examine les formes du gouvernement dans la démocratie représentative et dans la démocratie pure. Ces formes constituent le mécanisme, et en quelque sorte l'engrenage au moyen duquel vivent et agissent les éléments de l'État sous l'impulsion des principes dirigeants de la démocratie. J'expose^ dans le quatrième livre, quelle a été l'influence de la démocratie sur lalliance fédérale. Enfin le cinquième livre est consacré à quelques résultats généraux qui n'ont pu trouver leur place dans les livres précédents.

Chaque livre est divisé en une série de chapitres où les sujets sont traités dans l'ordre qu'indiquait l'enchaînement naturel des idées, sans aucune prétention didactique , ou plutôt avec le dessein formel d'éviter tout appareil scientifique de langage et de méthode.

Cet ouvrage était déjà en grande partie rédigé lorsque Genève est devenue le théâtre d'une révolution dans laquelle mes principes et ma position

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