‹ De la démocratie industrielleChapitre 4 sur 31 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

l/lNDCSTÏtlE DOIT ÊTRE ORGANISÉE EN FRANCE SOÜS FORME DÉMOCRA¬ TISE. C^ST-A-liIRE DIVISÉE EN UN GRAND NOMBRE; DE PETITS ÉTABLISSEMENTS.

La plus grande industrie de iouslespays, KagriBulture,qui produit en France une niasse do produits presque triple de q aÇx de l'industrie manufacturière, et qui ne pouvant s'exertfer it Ikide de machines, emploie les trois quarts de k population de la France, est exploitée dans noire pays sous une forme bien connue. Chacun sait avec quelle énergie la révolution française, renversant k classe des grands propriétaires, mit à la portée des classes ultérieures, des masses énormes de biens-touds ; comment cette division lit naître une multitude de petits propriétaires, dont le nombre sans cesse croissant fait la force et la prospérité de notre pays, Rappelons que le cadastre indique en France onze millions de cotes foncières 1 La division, le morcellement du sol, résultat du partage

égal établi par le Code civil entre les enfants, consécration des principes d'égalité proclamés par la révolution, tel est le fait capital de l'état actuel de l'industrie agricole. On peut dire que c'est sur ce fait que repose ïa société française actuelle, non pas considérée seulement dans quelques grands ateliers, mais dans la France tout entière* On ne saurait seulement supposer dans notre pays une législation qui viendrait contrarier la division du sol.Qui pourrait avoir l'idée d'empêcher le paysan d'économiser par un labeur assidu de quoi acheter un coin de cette terre qu'Méconde de ses sueurs, qu'il rêve toujours d'agrandir, et qui finit par le mettre pour toujours à l'abri du besoin; par lui assurer l'indépendance et la liberté ; par l'élever, en un mot, à un niveau auquel le but de la société doit

grand nombre possible de citoyens*

Il serait bien inutile d'insister sur de ftiire>(<

efforts superflus pour démontrer que/athvÆr<] priété foncière est le plus important! progrès ^ccoc àgw France, la base de lu transfomatiàïrÿditique de notj pays. Pour qui en douterait, citons h m* lusimpleydç

cours de Paul-Louis Courier, d'une ironiê^fi^et danle.

« p... On Va mourir de faim si la terre se partage, et que chacun en ait ce qu'il peut labourer* Au laboureur ainsi cultivant pour soi seul la terre ne rend rien. Il la paye bien cher; il achète l'arpent huit ou dix fois plus cher que le gros éligible qui place à deux et demi ; c'est qu'il n’en tire rien, si tant est qu'îl laboure, le petit propriétaire ; la bêche, l'ignoble bêche, disent nos dépuLés, déshonore le soi, bonne tout au plus à nourrir une famille, et quelle famille? En guêtres, en sabots* Le pis, c'est que la terre morcelée.

U DÉMOCRATIE INDÜSTftîELtE,

une lois dans les mains de la gent corvéable, n’en sort plus. Le paysan achète du monsieur, non celui-ci de Vautre, qui, ayant payé cher, vendrai! plus cher encore. L'honnête ! tomme bloqué chez lui par la petite propriété, ne peut acquérir aux environs, s’étendre, s'arrondir (il en coftlerait trop)* ni le château ravoir les champs qu’il a perdus. La grande propriété, une fois décomposée, ne se recompose plus. Un fief, une abbaye sont malaisés à refaire; et comme chaque jour les gens les mieux pensants, les plus mortels ennemis de la petite propriété, vendent pourtant leurs terres, alléchés par le prix, à l’arpent, à la perche, et en font les morceaux les plus petits qu’ils peuvent, la bêche gagne du terrain, la rustique famille bâtit et s’établit, sans aller pour cela en Amérique, aux Indes, les grandes terres disparaissent, et le capitaliste las d’espérer, de craindre ou la hausse ou la baisse, ne sait plus comment placer. »

S’attaquer aujourd’hui à la verve de Paul-Louis, ce serait vouloir réagir contre toutes les idées qui ont fait la gloire et ont été le but du dévouement de nos pères.

Veut-on savoir ce qui arrive, lorsqu’au lieu de se diviser la propriété s’agglomère dans les mêmes mains?

a Autrefois, dit Walter-Scott, il y a bien des aimées, chaque villageois en Écosse avait sa vache, son porc et son enclos autour de sa maison* Là où un seul fermier laboure aujourd’hui, trente petits fermiers vivaient autrefois ; de sorte que pour un individu, plus riche à lui seul, il est vrai, que les vingt-neuf fermiers de P ancien temps, il y a maintenant vingt-neuf journaliers misérables, sans emploi pour leur iütelbgence et leurs bras, et dont plus de la moitié est de trop. »

Par un nouveau progrès journaliers et fermiers ont dis-

IH

DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE, paru ; le produit net du pâturage ayant été trouvé supérieur h celui de la culture, beaucoup de grands propriétaires ont converti leurs terres arables en pâturages; le travailleur a disparu, mais le produit en argent s'est trouvé supérieur.

C’est en ayant soin de distinguer le produit net et le produit brut, que Ton comprend la question du morcellement de la propriété. i< Le premier, dit M. Proud'hon (1), exprimant te bénéfice du propriétaire , le second le bienêtre collectif. (Test en n’ayant égard qu'à leur propre intérêt que les propriétaires de l* 40 n> - Ilomano dont, Sismondî a fait une si lamentable peinture, et qui pourrait nourrir trois ou quatre cent mille habitants, ont trouvé qu'il y avait plus de profit pour eus à mettre la terre en pâture qu'à la faire labourer. Ils ne se posent pas le problème : Faire produire et consommer le plus possible par le plus grand nombre possible d'immm $$ r ce qui est vraiment le problème économique; ils prennent pour règle celte maxime antisociale : lléalîser le plus grand produit net possible* c'est-à-dire éliminer autour d'eux le travail et le salaire, »

La tendance de la grande et de la petite propriété est parfaitement indiquée dansce passage, aussi bien que le but que doit s'assigner la science moderne, ce qui, on le voit, exigera une modification profonde dans réeonomie politique actuelle qui a surtout pour objet l'accroissement du capital, et laisse trop de côté la répartition de ce capital, c'est-à-dire les intérêts de l'humanité. Or, produire beaucoup cl répartir entre grand nombre de personnes, voilà ce que nous voyons sans cesse réalisé par la petite propriété. Üue l'on étudie avec soin une contrée cultivée par une classe nom-

(ï) Cüniradieüüiiâ économiques.

5fi DÉMOCRATIE industrielle.

breusc Je petits propriétaires, et l’on sera vraiment stupéfait fie la quantité énorme de produits que la culture à la bêche aura su faire produire au sol. Qui ne connaît nos riches campagnes des environs de Paris, de la 1 ouraîne, où le produit de la terre est si gTand et si supérieur à ce que pourrait créer la grande culture. Qu importe qu une commune n’ait presque pas de produits à exporter, si elle a nourri une population nombreuse de citoyens libres et heureux?

La division du sol a réellement résolu pour la classe agricole le problème de b organisation du travail; production considérable, répartition équitable. Aussi, voyez le paysan; désire-t-il une révolution quelconque? Il la redoute fort, au contraire, parce qu’il craint quelle ne lui envoie trop souvent le percepteur. 11 ne désire que la terre dont il espère bientôt pou voir aclie ter un morceau, le plus souvent pour arrondir celui qu’il possède déjà,et l’on peut se fier à lui du soin de lui faire produire tout ce qu’il peut rapporter. Il n’y épargnera ni peines, ni soins.

Pourquoi, tandis que la plus grande partie delà nation s’avance dans les voies que nous venons d'indiquer, quand le but à atteindre est le même pour tous, pourquoi le champ de l’industrie tend-il à être exploité en grande propriété. Est-ce que tout ce que nous venons de dire au sujet du produit brut et du produit net, n’est pas vrai pour la propriété des instruments de l’industrie comme pour la propriété agricole? Dans ce cas encore, le but à atteindre n’est pas seulement la réalisation, l’accumulation de capitaux, mais aussi la prospérité, le progrès de la classe nombreuse des travailleurs.

De même que l'exploitation des forêts, des pâturages se

prête mal b l'exploitation morcelée, il peut exister certaines industries qui ne peuvent être exploitées que dans de grands établissements; c'est ce que nous examinerons plus loin eu détail, mais dès à présent nous pouvons poser comme certain: qu’avec les idées qui font la nation française d'aujourd'hui, qui seules peuvent faire sa force et sa grandeur, le but de toutes les institutions doit être bien plus de favoriser la division de la propriété industrielle que sa concentration; que, par exemple, de deux industries, qui, toutes choses égales d’ailleurs, réclameront du pays les sacrifices qu’entraîne la protection des douanes pour être importées en France, on devra préférer celle qui assurera F aisance de cent petits établissements à celle qui fera naître dix grandes fabriques.

Ce que nous cherchons à établir ici est trop évident de soi pour qu’il y ait lieu d’ insister longuement. Tandis que ratelîer agricole possède une solution du problème social qui date de 1780, tandis que tous les partis reconnaissent qu’il serait de toute impossibilité de convaincre le paysan propriétaire de son champ de Futilité d'adopter un nouveau mode de société dans lequel la propriété ne serait plus pour lui un droit entier, absolu, lui conférant toute indépendance, tonte liberté par son travail; on cherche péniblement comment on pourrait satisfaire aux désirs du travailleur industriel. Mais ilify a encore qu’une solution, c'est précisément la même, la propriété. Elle seule produira, ou plutôt dans nombre de cas elle produit chaque jour le même effet; h savoir donner la véritable liberté, réaliser l'égalité.

C’est par le morcellement de la propriété industrielle que vous pouvez espérer de faire triompher la capacité qui ne

disposera pas de ressources énormes, d'assurer à tous équitable rémunération en proportion des services rendus, La société est organisée, et le sera, il faut espérer, davantage chaque jour, pour amener les plus capables à la tête de l'armée, de la magistrature, de l'administration, etc., nulle autre cause d'avancement n'est reconnue légitime que la capacité, l'aptitude à rendre de grands services; c'est à ce titre que la noblesse héréditaire, la vénalité des charges ont disparu. Mais dans la fonction sociale quïapour but la production industrielle, faudra-t-il nécessairement une fortune préexistante pour atteindre une nouvelle fortune, et celui qui n a rien devra-t-il être presque fatalement condamné à ne rien acquérir?

Le sentiment de l'impuissance à s'élever a singulièrement contribué à la révolution de 184$, les classes laborieuses entendaient toujours parier de l'accroissement de fortune des banquiers, des riches spéculateurs, et au milieu de la crise régnant dans l'industrie, ne voyaient que rarement un d'entre eux s’élever à la propriété à force de travail et d'invention. Ce sont les malheureux germes semés dans un moment de démoralisation qui ont produit les fausses idées qui causent auj ourd'hui les plus grands dangers du pays. Que ne peut-on faire assister pour un instant tous les théoriciens qui traitent ces questions au beau spectacle qu'offre l'Industrie américaine aux États-Unis : là tout ouvrier travaille, économise, s'instruit avec le désir de devenir maître bientôt et la presque certitude de réussir comme ont fait ses prédécesseurs. Il est vrai que dans ce pays le facile enrichissement des agriculteurs fait que les carrières sont moins encombrées qu'en France, mais ce n'est qu'un motif de plus pour que chez nous les institu-

DÉMOCRATIE INDUSTRIELLE, n

lions économiques facilitent de toute V énergie de îa puis» sance sociale, l'accès du travailleur à la propriété industrielle.

La question nous paraît se poser plus nettement chaque jour. Ou bien le désir inintelligent du mieux nous poussera vers le communisme Janégatiou de toute propriété, de toute supériorité, de l'indépendance et de la liberté de V homme devenu un rouage inintelligent de la machine sociale, et nous conduira sûrement à une affreuse égalité dans la misère par l'avilissement de tout et de tous ; ou nous verrons une puissante démocratie industrielle à large base douée d'une ardeur immense pour le travail de la production; l'aisance devenant la récompense assurée du talent et du travail fera croître dans des proportions inconnues jusqu'à ce jour la richesse de la nation.

Pour démontrer la justesse de nos idées et prouver combien la voie dans laquelle il s'agit d'avancer est pour l'industrie française celle de la prospérité ; celle de sou développement naturel, celle qui convient à nos mœurs, à nos idées ; celle de la vie réelle de la société et non dune vie factice et impossible qu'on voudrait bien utilement lui communiquer ; jetons un coup d'œil sur la constitution économique des diverses branches de l'industrie.

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