DËMUGRÀTJE IX DUST NIELLE
En Angleterre, dans le pays quia conservé les plus profondes traces de l’époque féodale, où les descendants des barons normands sont devenus de puissants propriétaires qui ont su conserver la richesse et le pouvoir politique, les lois faites en vue de la concentration des richesses, les droits d'aînesse, les substitutions, etc., venant aider à la puissance de capitaux accumulés, d'établissements anciens, ont permis de constituer l'industrie anglaise d'une manière tout aristocratique. D'immenses établissements munis de machines de tous genres, dessenis par d'énormes capitaux, des fabriques où l'ouvrier ne peut pas même songer à passer à l'état de maître, tel est le Spectacle quel'Angleterre oiïre à chaque pas, son industrie se trouvant par le fait constituée à l'instar de la propriété territoriale toujours indivisible, à l'instar de sa société politique tout aristocratique, toute féodale.
Suivons la même race anglaise aux États-Unis d'Amérique. Dans ce pays, la propriété foncière abondante et presque le prix de la seule culture, multiplie le nombre des propriétaires ; là aussi, quoique l'esprit d'invention des mécanismes ingénieux y soit comme en Angleterre poussé h, 1 extrême, l'organisation de l’industrie y est toute démocratique. L'ouvrier ne travaille pour ainsi dire aujourd'hui que dans l'espoir de s'établir demain, et les établissements industriels se multiplient bien plus qu'ils ne grandissent.
Dans les deux pays l'organisation industrielle est la fidèle image des lois politiques, elle est aristocratique chez la première, démocratique chez la seconde.
De ces laits qu'il serait facile de multiplier à l'infini, on doit conclure que la forme ta plus convenable de lorgani-
14 iiÈMOURA’riü INI) U ST MELLE,
sation industrielle d’un pays n'esipas un absolu; que de meme que la constitution convenable à la France serait peu gofttéc des Arabes ou des Chinois» de meme le beau idéal ne saurait être pour tous les peuples de chercher à imiter servilement l’organisation de l'industrie anglaise, comme on se Fêtait imaginé dans ces dernières années; que comme la constitution d'un pays, cette organisation, pour être la meilleure, doit tenir compte des besoins politiques, des mœurs, des aptitudes et de Fétat de division des fortunes entre les citoyens.
Notre histoire d’hier, ou plutôt d'aujourd'hui, est une confirmation aussi complète de ce qui précède qu T on peut le souhaiter; en effet de quoi s'agit-il aujourd'hui? Le lendemain du combat, qu avons-nous entendu réclamer par les classes ouvrières? L'organisation du travail? Était-ce là une idée bien nette, la demande d'une concession déterminée? Nul ne pourrait le soutenir, aujourd’hui que la question, bien qu'agitée dans tous les esprits, est devenue plus obscure que jamais, et n'a pu se formuler en une demande nette et précise* La classe laborieuse ne savait qu une chose,c'est quelle était victorieuse, que lacrise industrielle qui durait depuis longtemps Fayait durement éprouvée et qu’elle voulait un remède à ses maux, C'est là un sujet d'elfroi pour bien des personnes qui s'écrient : La révolution de 1848 n'est pas une révolution politique, c'est une révolution sociale 1 Mais il en a été ainsi de toutes les révolutions : celles de 1789 et 1830 n'oût-elles pas été sociales en supprimant la noblesse et assurant le pouvoir et la propriété à la bourgeoisie? N'est-cepas de même la propriété à laquelle veut atteindre le peuple qui a déjà le pouvoir, et s'il demande ['organisation du travail, n est-ce pas surtout
pour jouir de toute la richesse que celui-ci produit ? Ce qui peut effrayer dans la révolution, ce n'est pasqu elle soit sociale en ce sens qu'elle consacrera des droits en faveur du travail des classes laborieuses, ce n'est pas qu'elle mette en rapport la constitution économique du pays avec les principes de sa nouvelle constitution politique ; c'est quelle ne trouve pas la vérité, qu'elle ne consacre pas le droit, et qu'au contraire elle se précipite dans de fausses routes, contre le droit, contre la vérité. Alors ce qu'elle édifiera ne pourra se maintenir, et après des souffrances inouïes, des convulsions affreuses. Dieu seul sait où elle aboutira ! C'est doue le droit, la vérité, qu'il s'agit de faire voir à tous les hommes dû bonne volonté, et ils sont. Dieu merci, en grand nombre dans notre beau pays. C'est, nous pensons, le plus grand service qu’on puisse rendre aujourd'hui, c'est le devoir de chacun d'aider à la solution de cette grave question.
Ainsi notre conclusion en ce qui concerne l'organisation industrielle de la France, c'est que pour être en rapport avec sa constitution politique, elle doit ê4re démocratique. Le chapitre suivant fera comprendre plus en détail ce que nous entendons par là.