‹ De la Démorphinisation BrusqueChapitre 12 sur 30 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ÉTIOLOGIE

Comment devient-on morphinomane ? Telle est la question que nous devons tout d'abord exposer.

On entre dans la morphinomanie par différentes portes. En premier lieu se place la porte de la douleur ; c’est souvent un malade atteint d'une affection organique quelconque, pour laquelle un médecin lui faisait des injections de morphine ; sitôt après que la morphine est arrivée au contact des tissus, la douleur s’amende ; elle est souvent calmée comme par enchantement ; mais cette disparition, cette accalmie ne sont malheureusement que passagères et de courte durée ; la douleur réapparaît au bout de peu de temps, et si elle est tenace et persistante, simême, comme cela arrive parfois, elle redouble d’acuité au fur et à mesure qu'elle se reproduit, le malade plein d'enthousiasme pour son remède qu'il qualifie de divin, court à son flacon de morphine et à sa seringue ; il s’injecte un ou deux centigrammes de son calmant ordinaire, et à la douleur succède une sensation de bien-être indéfinissable. L’injection de morphine devient pour lui la panacée de tous ses maux ; il S’habitue peu à peu à ses piqûres, il met tout son espoir en elles, et dans le but de recueillir les mêmes effets de soulagement, il est forcé

‘inévitablement d'augmenter sensiblement le nombre des in-

jections ainsi que le titre de la solution. Si au bout d’un ou

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“plusieurs mois la maladie cesse avec tout son cortège de symptômes douloureux, le malade ne peut plus sé passer de ses injections ; il fait désormais partie du bataillon déjà grand des morphinomanes ; la morphine lui a donné un soulagement momentané, mais très vile l'emploi de ce remède est devenu pire que le mal.

De plus il faut reconnaître que tout morphinomane est retenu en captivité par le malaise intolérable qu'il éprouve quand il s'efforce de renoncer à son vice à un moment donné; quand il est en état de privation, il éprouve une défaillance pénible, un sentiment de malaise général qui s’accompagnent souvent de troubles pouvant aller jusqu'aux limites de la syncope.

Dans la pratique de la piqüre, il existe un grand coupable : c’est le médecin. Si l’on interroge un bon nombre de morphinomanes, si on leur demande comment ils ont contracté leur funeste habitude, très souvent leur réponse sera invariable : ce sont des douleurs atroces calmées seulement par une injection de morphine ; tout d'abord le médecin la faisait lui-même, mais un jour qu'il était absent, le malade ne pouvant résister à sa souffrance s’est fait lui-même la piqûre ; qu'en est-il résulté ? Le malade a continué, et maintenant quoique guéri de sa maladie première, et à l’abri de tout symptôme douloureux, il y a pris goût, il ne peut plus s’en passtr ; c’est un morphinomane.

Puis vient la porte de la volupté ; il est un nombre considérable d'individus qui se font des piqûres de morphine dans l'unique but d’éprouver cet état de jouissance, de bien être particulier que tous les poisons procurent d'habitude à leurs tributaires,

poire

Beaucoup de morphinomanes ont goûté à la morphine comme le collégien à la cigarette, le jeune homme à l’absinthe ; comme notre premier père, ils ont goûté au fruit défendu. Toutes les classes de la société paient leur tribut, mais il est incontestable que c'est parmi les classes élevées qu'il faut rechercher les passionnés de la morphine ; peut-être une activité cérébrale plus grande, une certaine éducation, une activité physique prolongée, sont-elles autant de prédispositions, mais ce sont surtout les névrosés, les gens qui sont sans cesse à la recherche de sensations nouvelles et supéricures à celles que peuvent leur donner leur esprit et leur corps, et toujours à l’affût d’une impression psychique ou autre de nature particulière et plus forte, qui fournissent le gros contingent de l’armée toujours croissante des morphinomanes.

Ils cherchent à acquérir le besoin de fournir par une activité factice le supplément de forces qu’exige la vie intense d’aujourd'hui ; ils veulent eux aussi tremper leurslèvres à la coupe empoisonnée des ivresses, réaliser les jouissances aiguës, surhumaines dont les récits des voyageurs et les descriptions littéraires ont nourri etenvahi leur cerveau ; l'Eden où réside la santé, leur a été à tout jamais fermé à partir du jour où ils ont commencé leur première piqüre : ceux-ci sont très caractéristiques.

C'est d’abord la mondaine qui a toujours professé pour sa peau délicate un culte de raffinée ; elle s’astreignait Jusqu'ici à des traitements prolongés, à un régime sévère, à des exercices et pratiques compliqués, elle ne reculait devant aucune dépensé, et soudain elle n’a aucune crainte à détruire tous les résultats acquis et à compromettre la finesse et la dou-

ceur de son épiderme par des piqûres répétées suivies de

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