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boursouflures disgracieuses et souvent d’abcès multiples dont la seule pensée l’eût jadis terrorisée au plus haut degré.
Le mondain qui s’assomme partout el que rien n’intéresse, que n’amusent plus les distractions habituelles, qui s'ennuie dans tous les endroits où il se trouve et porte l’'écœurement et la fatigue de sa vie inutile, devient fréquemment morphinomane ; lui aussi, comme laut d’autres, veut connaître le bien-être que procure la morphine ; c’est un charme trompeur, un décevant mirage, une fiction éphémère ; le bonheur rêvé n’est que fictif et ce ne sont que châteaux en Espagne remplis d'images insaisissables ; c’est une terre promise qui n'existe en aucune façon.
Enfin on entre dans la morphinomanie par la porte des chagrins, des soucis et de la fatigue ; les uns se piquent pour tàcher de trouver l'oubli passager des misères d'ici-bas, etentrevoir à travers leurs rêveries l'idéal d’an monde meilleur ou pour calmer leurs angoisses. Les autres se piquent pour retrouver la force qui leur est nécessaire pour un travail quotidien, et nous avons connu un camarade qui, dans lès mois qui précédaient ses examens ou ses con cours, se faisait des piqûres de morphine chaque soir avant de s'asseoir à sa table de travail où il pouvait alors rester jusqu'à une heure fort avancée de la nuit ; il nous affirmait qu'à la suite de son injection il constatait chez lui une lucidité d'esprit inusitée, une facilité d’assimilation et une puissance de travail beau coup plus grande ; sa mémoire devenait plus fidèle et le sommeil tardait à se faire sentir. Mais tous ces divers appétits dégénèrent souvent en habitudes, et l'habitude engendre rapidement le besoin.
Il'faut donc admettre que chez certaines personnes la mor-
phine donne pendant un certain temps une sorte d’excitation qui rend le travail de la pensée plus rapide, l'esprit plus prompt à concevoir, l'intelligence plus lucide, si bien qu’elles y ont recours chaque fois qu'elles ont un travail difficile et. pressé à faire ; elles demandent à la morphine la décuplation momentanée de leurs forces physiques et intellectuelles.
Il ne faut pas croire que tous ceux qui ont commencé à se faire des piqüres puissent continuer ; il y a des individus qui sont réfractaires, si bien que l’on à pu dire à plusieurs reprises en paraphrasant ke mot de Lasègue relatif aux alcooliques : « Ne devient pas morphinomane qui veut. »
En effet il y a des malades qui chaque fois qu’ils se font une piqûre de morphine sont loin de voir se produire en eux les phénomènes dont nous venons de parler ; parfois il se produit des accidents pénibles comme un état nauséeux prolongé, des vomissements, des palpitations très douloureuses et des vertiges ; ces divers accidents peuvent s’accentuer au point que le malade ne peut se résoudre à lessubir plus long temps et qu'il est forcé de cesser les piqûres ; il préfère abandonner le traitement que le médecin avait institué lors de la maladie antérieure.
Parfois des malades aiment mieux subir ces accidents afin de voir disparaître leurs douleurs atroces ; ils se résignent à supporter tous les phénomènes gastro-intestinaux qui se produisent ; ils ne manquent pas de maigrir rapidement, et vite ils succomberaient à l'épuisement s'ils n'étaient pas arrètés sur la pente glissante de l'habitude de la morphine par: une cause quelconque. | Il y a encore des individus qui sont comme foudroyés par
une seule injection pour des raisons mal déterminées ; ce
sont le plus souvent des vieillards porteurs de reins atteints d'un processus de sclérose fort avancé, avec des lésions multiples au niveau des glomérules et des tubes urinifères qui ne permettent pas l'élimination rapide et complète du poison ; ce sont aussi des athéromateux et des adultes ayant une lésion organique au niveau du cœur.
En général, pour devenir morphinomane, il faut y être dans une certaine mesure prédestiné par une déséquilibration particulière du système nerveux ; parmi les gens qui font un usage habituel et continu de la morphine, tous ne deviennent pas morphinomanes ; il y en a qui restent des années à la même dose et qui suppriment ensuite le poison sans difficulté ; chacun réagit vis-à-vis de la morphine selon son développement cérébral.
Il ya donc des conditions spéciales qui jouent un rôle efficient dans la production de Ia morphinomanie ; il y a en particulier un terrain qui est surtout favorable pour son développement
L'état mental spécial de l'individu fera que chez lui l’attraction de l'inconnu sera la plus puissante ; c’est chez lui qu'on rencontrera des tendances originales et excentriques.
Chez des sujets avides d’inconnu, d’excitation intellectuelle ou physique, d'imitation, d'impressionnabilité et d'impulsions invincibles, rien d'étonnant que ces “tendances créent des appétits artificiellement développés et pathologiques.
Souvent les hypocondriaques, ceux pour qui la moindre souffrance physique ou morale devient. une torture, recourent à la morphine qui les soulage pour un temps ; tous les
hystériques, tous les névropathes, toute la classe toujours
Tate
nombreuse des dégénérés, tous ces déséquilibrés sont destinés à être les victimes de ce poison : tous ces malheureux sont des êtres impulsifs ; chez eux le pouvoir de la volonté est pour ainsi dire aboli ; ils sont les jouets des passions el deviennent vite leurs plus fidèles disciples.
Les érotomanes s'adressent souvent à ce poison afin de . rendre leurs jouissances plus aiguës et plus profondes, et pour augmenter temporairement leur puissance génitale ; dans une certaine classe de notre société fort disposée à accepter sans discussion les divers préjugés, il faut avouer que c'est bien 1à la grande cause, ce désir d’aviver sa soif et son sens génital qui font tomber dans la morphinomanie beaucoup de malheüreux êtres désabusés et possesseurs de sens émoussés et obtus.
Enfin il est un fait à noter, c’est que bien des morphinomanes sont des personnes que leur profession met en rapport avec des malades, les infirmières, les pharmaciens ; souvent aussi ce sont les médecins ; sur cent cas de morphinisme, Levinstein comptait trente-deux médecins ; c’est là une preuve de la force de tentation de la morphine ; sa renommée est immense ; elle sait se faire désirer, et ce n’est qu'avec les plus grandes difficultés qu'elle consent à se séparer de ses
nombreuses victimes.
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