CONCLUSIONS
La morphinomanie est {toujours une question d'actualité. C'est une intoxication grave, ayant les pires conséquences, éminemment dangereuse pour la société, intéressant la médecine légale, et amenant au dernier degré, la déchéance rapide de l'individu ainsi que la perversion des facultés intellectuelles et morales. ï
Le morphinomane est un être inutile et dangereux, un véritable fléau social : il est souvent entré dans son vice par une faute thérapeutique, mais souvent aussi il présente des tares nerveuses, héréditaires ou non, et une prédisposition plus ou moins marquée : aussi doit-on faire une distinction entre le morphinisme et la morphinomanie d’une part, entre les morphinisés et les morphinomanes d'autre part.
La morphinomanie est une affection curable ; tout médecin doit faire ses efforts pour enrayer cette funeste passion.
De nombreux, traitements, ont été proposés : ils ont tous pour but l'élimination complète de la morphine hors de l'organisme ; mais tout traitement, avant d'être entrepris, doit être précédé de précautions absolument indispensables et d'un examen attentif et prolongé du malade, sans lesquels on ne saurait éviter de graves accidents pendant l'abstinence morphinique, et une récivive rapide.
Ce que chaque. médecin doit chercher à éviter, c'est la récidive ; aussi la convalescence est elle digne d’une surveillance
de tous les instants.
Tout traitement doit être fait dans une maison de santé ou . dans un hôpital, car la cure à domicile est presque toujours inefficace.
Nous rejeterons successivement le traitement par la substiltution de toxique, par la suppression lente, par la suppression rapide, pour adopter et préconiser le traitement par la suppression brusque.
Le traitement par la substitution de toxique remplace une intoxication par une autre, et quand par exemple le médicament employé est la cocaïne, les accidents produits par cette nouvelle intoxication sont encore plus néfastes pour l'individu. ;
La suppression lente dure trop longtemps, et par suite est presque toujours inefficace et suivie d’une prompte récidive : elle ne met pas complètement à l'abri des divers accidents de l'abstinence morphinique, et de plus elle décourage vite le malade qui renonçant à continuer le traitement, se fait de nouvelles injections.
La suppression rapide, qui a de nombreux défenseurs, peut et doit être employée dans certains cas, où l’organisme est affaibli et atteint de lésions cardio-pulmonaires ou autres ; ce traitement, tout en se donnant pour but d'éviter les acci-
dents et les inconvénients de la suppression lente et de la
suppression brusque, est loin d'en mettre à l'abri d’une
façon certaine ; aussi la récidive est fréquente.
La suppression brusque est le mode de traitement que nous préconisons : il est moins dangereux qu'on le croit en général. Nous avouons qu'elle ne peut être employée dans tous les cas, mais nous croyons que l'on ajoute trop de
créance aux douleurs et aux symptômes que présente le
morphinomane pendant cette cure ; ce dernier est un individu disposé, comme l'on sait, à mentir, à exagérer ses souffrances, à accuser et à créer des phénomènes dramatiques dans le but d'apitoyer son entourage et déterminer son médecin à lui faire une injection de son toxique favori. Gette méthode a toujours donné d'excellents résultats à notre maitre le D' Florand, et n'a presque jamais été suivie de récidive ; nous l'avons vue employée dans les observations que nous citons, et à aucun moment nous n'avons constalé aucune menace de collapsus ; le malade ressent peut-être de violentes souffrances, mais elles sont de courte durée ; sa confiance et son courage sont accrus par le peu de durée de ces symptômes même s'ils sont très accusés, et par l’amélioralion qui se manifeste rapidement.
Pour terminer, et afin d’enrayer les progrès de la morphinomanie, nous dirons que les médecins qui, personnellement ou par leur entourage, fournissent un gros contingent à cette affection, doivent restreindre le plus possible le nombre des injections de morphine qu'ils font à leurs malades, et veiller
de très près à la rédaction de leurs ordonnances.
Vu :
Le Président de la thèse, RAYMOND.
Vu :
Le Doyen, LANDOUZY.
Vu et permis d'imprimer :
Le Vice-Recteur de l'Académie de Paris, L. LIARD.