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des comprimés de lactéol, des bains tièdes et des lavages intestinaux. Vers le 10 octobre, le délire a cessé aïnsi que la plupart des symptômes.
A ce moment on décide de frapper un coup décisif ; on prend la détermination de cesser brusquement toute injection de morphine ; pendant quelques jours, quelques injections d'eau contenant une petite quantité d’eau de laurier-cerise sont faites.
Le 15 octobre, voyant qu'aucun des symptômes qui s’étaient manifestés auparavant n'avait fait son apparition, on annonce à la malade que depuis 5 jours elle n’a pas absorbé un seul centigramme de morphine; elle en paraît enchantée, et la perspective d’une guérison prompte et complète la comble de joie, renouvelle son courage et lui donne des forces ; le 17 octobre seulement, quelques vomissements apparaissent ainsi qu'une diarrhée assez abondante ; la malade bâille sans cesse et a des sueurs continuelles. Ces phénomènes disparaissent rapidement, mais sont cependant remplacés par des crampes d'estomac intolérablés qui cèdent à l'ingestion de pilules de spartéine. De l’aveu même de la malade, elle avait ressenti pendant ce deuxième stade de sa cure, des souffrances de beaucoup moins violentes que lors du début de son traitement, alors que la morphine était supprimée d’une façon lente et graduelle.
Le 1% novembre 1900 elle quitte la chambre et entre en convalescence ; le 25 décembre elle entreprend un grand voyage à l'étranger. '
Elle est actuellement complètement transformée ; elle s’intéresse à la musique, à la littérature, au jardinage; elle n'a jamais eu la moindre envie de se faire de nouvelles injections de morphine ; elle paraît rajeunie de 10 années, et suivant l’expression très juste du D' Florand qui la vit au moment de sa crise d’urémie, elle « s’est refait unè nouvelle vie ».
Cette observation est très intéressante pour plusieurs raisons ; elle montre amplement l'innocuité et l'efficacité de la suppression brusque ; en effet, c'est en 1900 que la malade a été soumise à ce traitement; depuis dix années, elle n’a jamais ressenti la moindre envie de se faire une nouvelle injection ; ayant à sa disposition des ampoules et des solutions de morphine, elle n’a jamais été tentée ; au contraire, elle prit en horreur son ancien tyran et elle manifeste une grande aversion et un profond dégoût à se souvenir qu'elle a pu dans un moment d’égarement, se soumettre à toutes ses exigences et endurer pour lui les plus atroces souffrances. Nous pouvons donc affirmer aujourd’hui que‘la malade est complètement guérie.
L'élimination de la morphine s'est effectuée d'une façon normale, sans produire tous les accidents graves que la plupart des auteurs ont coutume d'énumérer ; mais le fait suivant est tout à fait caractéristique : la malade a d’abord été traitée par la suppression graduelle du poison ; au moment où elle n’absorbait plus que vingt centigrammes de morphine par jour, des phénomènes graves se sont produits et une crise aiguë d’urémie est survenue ; la malade a eu de l’albumine dans ses urines et son pouls a fait craindre une attaque de collapsus ; on a dû cesser tout traitement. Lorsque plus tard, dans le but d'agir vite, la morphine a été supprimée brusquement, aucun des phénomènes graves de la cure précédente ne s'est produit ; bien plus, la malade affirme avoir beaucoup moins souffert ; au bout de 5 jours elle n’accusail plus la plus légère douleur, et elle partait en convalescence, pleine de joie et d'espérance, à la pensée qu'elle avait pu en
si peu de temps être délivrée de la morphine.