ÏJ. DENSITÉ DU SANG CHEZ LES CARDIAQUES
Deux opinions sont en présence quandil s’agit d'étudier le sang des cardiaques. Les uns admettent de l’hydrémie, les autres prétendent que le sang a une composition normale ou même qu’il a une densité augmentée.
C’est ŒRTEL qui s’est fait le champion de la première idéet, Il admet que chez tous les cardiaques, qu’il y ait de l’œdème ou non, il y a pléthore séreuse ou hydrémie. Œrtel n’a pas fait d’examen du sang, il base son opinion sur des raisons théoriques.
1° La diminution de la sécrétion rénale ;
2° La tendance aux épanchements hydropiques.
Il y aurait donc augmentation de la masse sanguine absolue, exagération de la teneur en eau et diminution de parties solides.
Pour Œrtel un malade qui urine peu a de l’hydrémie latente. Si l’on trouve de l’hémoglobine en quantité normale cela tient à un trouble circulatoire local. Ainsi dans les cas de Bamberger, de Lichtheim, de Thomiessen où il y avait une forte densité, Œrtel pense qn'il y avait une transsudation exagérée et de l’accumulation des éléments corpusculaires à la périphérie. Comme conséquence de sa théorie, Ertel a institué un traitement spécial, les {errainkurerle pour les maladies du cœur. Il favorise le travail
1 Therapeut. Monatshefte, 11, 6, 1888. — Septième congrès de médecine interne tenu à Wiesbaden, avril 1888, — ÆEncyclopédie de Ziemssen.
musculaire et la transpiration en même temps qu'il réduit l'apport des liquides.
Gomme on le voit, c’est donc une doctrine complète avec application thérapeutique immédiate.
Quelques auteurs par leurs recherches peuvent servir à étayer un peu cette théorie.
BecquerEL et Ropier avaient déjà trouvé une densité diminuée chez les cardiaques et à toutes les périodes. A la première période, ils donnent comme moyenne 1056,1; à la seconde, 1052; et à la troisième, 1050,19.
ScHMALTz admet aussi que la densité, la quantité de globules et d’hémoglobine sont diminuées. Mais le sang peut paraître normal par suite de la stase veineuse. Cette stase globulaire a été prouvée récemment par les expé riences de Kruger, elle expliquerait les cas où il y a une forte densité. Quoi qu’il en soit, quand il y a ralentissement de la circulation périphérique, le poids spécifique du sang peut être normal et souvent augmenté malgré l’existence de lésions cardiaques. Aussi faut-il être très réservé dans ces cas-la. On peut bien admettre l’hydrémie quand il y à diminution de la densité du sang, mais on ne peut la rejeter quand la densité est normale. Quant à savoir si une densité élevée permet de conclure à des troubles de compensation, les observations ultérieures l’apprendront. Cette conclusion serait possible si, che4 un cardiaque anémique, la densité augmentait sans amélioration de l’état général.
HAMMERSCHLAG a constaté une densité le plus souvent normale, qu'il y ait compensation où non. Ce n'est que dans quelques cas qu’il a trouvé une densité diminuée.
Il ne croit pas qu’il y ait de rapport entre la diminu-
tion de la densité et les œdèmes. Ainsi il a trouvé chez des cardiaques œdématiés des densités de 1040,5 à 1059. I ne croit donc pas à l’hydrémie des cardiaques.
Les expériences faites avec la diurétine, la digitale, le calomel n’ont donné que de faibles oscillations de la densité sanguine.
SCHOLKOFF a étudié trois cas avec trouble de compensation, cyanose et dyspnée. Dans deux cas, elle a trouvé de la diminution, dans un cas seulement à la suite de fortes transpirations, elle a constaté une élévation.
CopeManx donne les chiffres de 1033 (malade très anémique), 1049,5, 1052.
LLoyp Joxes, qui a étudié cinquante-trois cas de maladies de cœur admet que, dans les lésions valvulaires, la densité est normale ou inférieure à la normale pendant la période de compensation, 1054 en moyenne; quand il y à rupture de la conpensation, la densité est plus faible encore, 1051 en moyenne. Dans les maladies congénitales du cœur, par contre, il a trouvé des densités élevées jusqu’à 1072 dans un cas de persistance du trou de Botal.
Mais cette théorie d’'Œrtel plus ou moins confirmée par les auteurs que je viens de citer parait avoir été battue en brèche par Bamberger, M. Lépine et quelques autres expérimentateurs.
H. v. BAMBERGER ‘, après quarante ans d’étude sur les maladies du cœur fit paraitre une étude critique du traitement d’Œrtel. Le professeur de Vienne commence par
! Ueber die Anwendbarkeit der Œrtels’schen Heilmethode bei Klappenfehlern des Herzens (Wiener klinische Wochenschrift, n° 1, 1888.)
citer le vers fameux : Æst modus in rebus, sunt certr denique fines, et s'efforce de démontrer que l’hydrémie n’est pas un facteur constant dans les cardiopathies. Les maladies valvulaires peuvent déterminer une répartition anormale du sang, mais sont sans influence sur la quantité et la qualité, il faudrait une action sur les organes hématopoiétiques, sécrétoires et régulateurs. La diminution de la sécrétion urinaire invoquée par Œrtel ne détermine pas forcément de l’hydrémie; les appareils régulateurs peuvent combattre des états bien plus graves. Dans ce cas, il peut y avoir diminution de la soif et de apport d’eau. De plus, les phénomènes hydropiques sont favorisés par l’état hydrémique, mais non produits seulement par cet état. C’est un fait connu que l’augmentation de la pression veineuse en agissant sur la lymphatique peut à elle seule, même avec un état normal du sang, donner lieu à de l’hydropisie.
Bamberger passe ensuite à une démonstration pratique.
Dans les saignées, pratiquées souvent autrefois, on pouvait voir le sang avec une consistance résineuse, ne pouvant sortir des vaisseaux.
Pour se faire une idée plus exacte, Bamberger a examiné le sang de trente et un malades au point de vue de la densité (déterminée avec un piknomètre) du nombre en globules, de la quantité d’hémoglobine, du résidu sec (après évaporation à 120 degrés).
I admet comme normales les valeurs suivantes :
Densité — 1056-1059 chez les hommes — 1051-1055 chez les femmes
D’après Landois :
Globules rouges — 5.000.000 chez l’homme — 4.500.000 chez la femme Hémoglobine 100 chez l’homme — 90 chez la femme Résidu sec pour 1000 parties de sang (G. Schmidt) 211,29 chez l’homme | 175,45 chez la femme
Il divise ses malades en deux catégories.
Dans la première, il range ceux qui ont des maladies valvulaires compensées, ou avec une légère rupture de la compensation (palpitations, dyspnée, œdème transitoire, albuminurie, tuméfaction du foie, bronchite, un peu de cyanose.)
Dans ce groupe, il a trouvé un sang normal et parfois un peu d’oligocythémie et d’oligochromémie, mais cela chez des individus pâles, mal nourris.
Voici le tableau qu’il donne :
Globules rouges — 89 !
Hémoglobine — 93 Leucocytes — 96 Résidu sec — 100 Densité — 1052
Dans le second groupe, il réunit les cas où il y avait uue rupture prononcée de la compensation avec cyanose et hydropisie. Dans ces cas-là, il y avait augmentation des globules rouges, de l’hémoglobine, de la densité,
1 Tous ces chiffres sont comparés à 100 qui représente la valeur
normale.
B. Le « 14
du résidu sec sur le groupe précédent Le plus souvent il y avait même une augmentation sur les chiffres
normaux.
Giobules rouges . , ROLE Hémoglobine : .* ; + 111 Loncocylés ENTREE 98
Résidu:sée 140 0442 Densité, MEET
Dans plusieurs cas où il y avait des chiffres élevés, le sang avait une consistance épaisse, une couleur sombre, Dans quelques cas, il y avait parallélisme éntre l’augmentation des matières solides et l'augmentation de l’œdème,
I admet donc que, dans ce groupe, le sang s’épaissit d'autant plus que la stase veineuse et les œdèmes sont : plus marqués. |
Ses recherches ne lui permettent done pas d'admettre la théorie d'Œrtel, qui peut cependant être vraie pour quelques exceptions. L’hydrémie peut coexister quelquefois avec la stase veineuse, mais il n'ya pas de rapports immédiats entre ces deux choses. On ne peut admettre le traitement d’Œrtel que dans les cas où il ya hydrémie réelle.
Un certain nombre d’auteurs sont arrivés à des résultats concordants avec ceux de Bamberger :
PEnzoLp a constaté chez les cardiaques asystoliques une augmentation constante de la quantité des globules rouges.
! Einiger über Blutkôürperchenzählungen in Krankheiïten (Berliner klinische Woch., 1881, p. 458).
Chez les cardiaques compensés, la quantité était nor male ou inférieure à la normale.
SGHVENDTER, à la clinique de Lichtheim, a trouvé, dans les lésions valvulaires avec trouble de compensation, que le résidu sec du sang n’était pas diminué, qu’il n’y avait pas d'hydrémie par conséqnent.
Licuraeim et THomressen ont constaté une forte concentration du sanz chez les cardiaques et Lichtheim ‘ admet avec Bascx qu'il n’y a pas de pléthore hydrémique chez les cardiaques.
M. le professeur Lépine ? conclut de ses recherches
-que chez les cardiaques ily a plutôt une augmentation d’hémoglobine, et que l’hydrémie, quand elle existe, est trés peu accentuée. Il explique la diminution de la partie aqueuse du sang chez certains cardiaques asystoliques, ‘par un arrêt de la résorption, par le fait, de l’énorme -augmentation de la tension veineuse.
KreLu, prival-docent et assistant à la clinique médicale de Leipzig, dans un cas de rétrécissement pulmonaire, avec perforation de la paroi interventriculaire, à constaté une densité de 1071 (par la saignée), avec augmentation de l’hémoglobine et des globules. Il n’y avait pas de signes de stase.
TrRaAnGorT dit que dans les maladies où il y a de la cyanose la densité est élevée.
Hocx et ScHLEsINGER, dans trois cas de lésions val-
1 Septième Congrès de méd. int., tenu à Wiesbaden, avril 1888. Thérapeut. Monatshefte, juin 1888).
? Sur le traitement des maladies chroniques du cœur (Sem. méd., 1888).
vulaires congénitales, avec cyanose, ont trouvé une densité augmentée : 1059-1065. Ils ont constaté le même résultat, mais moins marqué, dans les lésions valvulaires avec trouble de compensation : 1058-1061.
Dans deux cas de lésions cardiaques bien compensées, il y avait 1034-1057. À
Piper nous apprend que, dans les maladies du cœur qui amènent de la cyanose, il y à une augmentation du poids spécifique, et que c’est dans ces cas- là qu’il a trouvé Je chiffre le plus fort : 1068.
SIEGL admet que, dans les maladies du cœur avec cyanose, la densité est augmentée relativement, c’està-dire par rapport à la teneur en hémoglobine.
Aïnsi donc deux idées opposées sont en présence : les uns admettent l'hydrémie, les autres la repoussent.
Je vais donner mes observations en deux groupes : 1° les cas où la compensation était encore presque suffisante ; 2° les cas où il y avait une forte asystolie.
1° Gardiaques avec une asystolie légère.
Os. XXXIII. — Cla..., Louis, quarante-deux ans, terrassier, entré le 11 juin, salle Sainte-Elisabeth, n° 20.
Anasarque l'an passé. Depuis six semaines œdème. Actuellement : Cœur lent avec quelques irréqularités,cœur droit dilaté, dilatation des jugulaires. Athérome. Foie cardiaque. Pas d'ascite. Léger ictère. Léger emphysème du poumon. Bronchite.