‹ De la dérivation complète du cours des matières intestinales appliquée au traitement des cancers du rectumChapitre 15 sur 19 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DE L'OBLITÉRATION DU BOUT INFÉRIEUR DE L'INTESTIN DANS LA COLOTOMIE PALLIATIVE POUR CANCER DU RECTUM

L'observation que nous venons de publier est peut-être la seule qui existe dans la science de colotomie avec oblitération du bout inférieur pour cancer rectal. Bien qu'elle n'ait pas été pratiquée dans le but spécial de la cure palliative, elle peut servir, dans une certaine limite, à apprécier ce mode d’intervention.

Aïnsi que l’a indiqué M. Pollosson (1), l'idée d’oblitérer le bout inférieur de l'intestin dans l’établissement de l’anus contre nature est très ancienne. Littre la mettait en pratique avant 1700, dans la hernie étranglée et gangrenée. Aprèsavoir assujetti le bout supérieur à l'anneau, il liait le bout inférieur (2).

(4) Maurice Pollosson, Loc. cit.

(2) Louis. Sur la cure des hernies avec qanyrène. Mém. de l'Ac. royale de chir.t. vit, p, 65.

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Cette manière de faire avait pour but de forcer les fèces à passer en totalité par le bout supérieur fixé à la plaie et de s'opposer au rétablissement du cours des matières. Les anciens chirurgiens redoutaient, en effet, beaucoup le rétrécissement de l'intestin, qui se produit quelquefois dans la guérison spontanée de l’anus contre nature au niveau de la perforation Imtestmale.

Au mois de jum 1883, M. Maurice Pollosson, qui avait pris connaissance de ce procédé de Littre dans les recherches qu’il venait de faire pour sa thèse d’agrégation, ayant eu à argumenter la thèse de M. Piéchaud sur le traitement du cancer du rectum, eut l’idée de faire précéder l’extirpation du rectum de la colotomie avec oblitération du bout inférieur: il songea aussi à appliquer cette modification à la colotomie pallative.

Au congrès de Rouen, dans la séance du 22 août 1883, M. Duménil fit part d’une oblitération du bout inférieur de l'intestin qu'il avait pratiquée à la suite d'une colotomie lombaire, faite pour amener la guérison d’une fistule recto-vésicale.

M. Duménil avait d'abord exécuté la colotomie simple ; la fistule ne se fermant pas, il chercha à faire la dérivation complète du cours des matières, en obstruant le bout inférieur. Pour cela, il se servit de l’éperon qu'il sutura au bord Imférieur de la circonférence de l’anus lombaire. La malade mourut d'érysipèle. Le 13 avril 1884, M. Madelung, de Rostock, parla, au congrès de la Société allemande de chirurgie, d’une modification de la colotomie dans les

Te cas de careimome du rectum. Gette proposition fut connue à Lyon par le compte rendu de la Semaine médicale, du 8 mai 1884. A lire cette relation, on pourrait croire que Madelung à pratiqué l'opération.

Le compte rendu de la même séance du 13" congrès dans le C'entralblatt, dont on nous a fait la traduction, dit simplement que l’auteur propose de faire non seulement une ouverture au colon, mais de sectionner complètement l'intestin et de fermer le bout inférieur, mas il n'y est pas fait mention de l'exécution de ce temps opératoire.

Le 2 mai 1884, M. Pollosson avait mis à exécution cette modification comme opération préliminaire de l’extirpation et, le 5 mai 1884, il la proposait à la Société de médecine de Lyon comme temps complémentaire de la colotomie dans la cure palliative du cancer du rectum.

Nous ne pouvons juger d'après des faits cette modification à la colotomie pallative. Nous nous demandons quelle objection peut lui être adressée. Quand on établit un anus contre nature pour remédier aux symptômes d’obstruction déterminés par la présence d’un cancer rectal, on n’a pas l'espoir de voir le cours des matières se rétablir ; on ne cherche pas, on tâche de prévenir, au contraire, l'occlusion de la fistule stercorale.

D'autre part, l’action de fermer le bout inférieur ne rend pas l'opération plus périlleuse quand on a recours à la méthode de Littre, comme le conseille M. Pollosson ; tout s’est bien passé de ce côté chez la malade dont nous avons publié l'observation.

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