‹ De la dermatose de Duhring au cours de la grossesseChapitre 13 sur 14 · UO · texte numérisé non relu

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Septième grossesse en mars 4894. Au sixième mois, sans fièvre, sans symptômes généraux, prurit au niveau de la région péri-ombilicale. Il apparaît quelques plaques érythémato-vésiculeuses, qui s'étendent bientôt à toute la paroi abdominale, à la poitrine, au dos, aux bras, aux cuisses, respectant le visage, les avant-bras, les mains, les jambes et les pieds; les poussées persistèrent jusqu'à l'accouchement et il ne se forma jamais de grosses bulles.

L'accouchement fut normal, l'enfant né vivant pesait 2600 grammes et mourut 7 jours plus tard.

Dès le soir de l'accouchement, la température s'élève et 36 heures après, poussée très aiguë érythémateuse, vésiculeuse et huileuse. Les régions les plus atteintes furent la face antérieure du tronc et les membres. On voyait des plaques érythémateuses disposéesen ilôts irréguliers et de nombreuses bulles qui se formaient rapidement et qui atteignaient sur la face supéro- externe des deux pieds la dimension de grosses phly^tènes. Le cou, la face, la plante des pieds étaient indemnes. Cette poussée fut très prurigineuse et dura 20 jours.

Un mois après l'accouchement l'éruption aj)parutde nouveau respectant cette fois les membres atteignant le cou, le menton et surtout le dos.

A ce niveau, le prurit était intense, et des plaques d'érythèmese formèrent bientôt, couvertes de très petites vésicules qui devinrent pour la plupart pustuleuses.Au bout de 12 jours l'état aigu disparut et la guérison semble prochaine car l'état général s'améliore et les phénomènes éruptifs sont de plus en plus rares et de moins en moins étendus.

Observation Personnelle.

•Hôpital Saint-Louis. — Service de M. le professeur Fournier.

Salle Henri IV.

Maria D., 35 ans.

Antécédents héréditaires : Père mort detluxion de poitrine à 49 ans : mère vit encore et n'a jamais été malade.

Deux frères. L'un mort de lièvre typhoïde à 18 ans, l'autre, se porte très-bien.

Quatre sœurs. Toutes en excellente santé ; une seule est mariée et n'a jamais eu d'enfants

Anlécédents personnels : Rougeole à 8 ans, c'est le seul accident de son enfance cjui mérite d'être noté.

Dans sa jeunesse était impressionnable, avait un caractère triste et pleurait facilement (pas d'attaques de nérfs). Réglée à 17 ans. Avait quelques douleurs de reins qui apparaissaient à chaque époque. Les règles durent en moyenne 4 cà 5 jours, mais elle perd très peu de sang.

A 18 ans, naissance à terme d'un premier enfant. La grossesse et l'accouchement ont été très simples. L'enfant est mort plus tard dans une crise de convulsions.

Elle a eu depuis de nombreuses grossesses puisqu'elle est actuellement enceinte pour la neuvième fois (1).

("1) Détail des grossesses.

i'-e grossesse. Accouchée à lenne. Enfant nioi-L au bout, de 2 mois avec des phénomènes convulsifs.

Pe gj^ossesse. Survenue à l'âge de 21 ans. Enfant naît, vivant, à terme, et meurt en nourrice.

3-- grossesse. A l'Age de 23 ans. Enfant était mort-né. Quelques jours avant l'accouchement : hémorrhagie.

40 et .5e grossesse. (Deux fausses couches de 6 semaines).

6*6 grossesse. Enfant à terme né vivant, mort 6 mois plus tard d'une bronchite dite tuberculeuse. Aucune manifestation cutanée ni pendant ces G grossesses, ni après l'accouchement.

7e ^;rrossesse. Enfant naît à lerme et succombe ou bout de 5 semaines.

Immédiatement après l'accouchement, démangeaisons au niveau des membres inférieurs et éruption de boutons qui ont duré 15 jours Le tronc et le membre supérieur ont été respectés : guérison complète.

Sur les 8 grossesses antérieures, nous remarquons que deux ■se terminèrent par une fausse couche et 0 par la naissance à terme d'enfants bien constitués. Et pourtant de ces 6 enfants, un seul vit actuellement, les autres sont morts en bas âge de •convulsions ou de diarrhée.

Il y a six ans, la malade eut une pleurésie à gauche : elle était accouchée depuis un mois et prit froid.

Elle eut un point de côté, des frissons et s'alita. Elle fut -soignée à l'Hôtel-Dieu où elle fit un séjour de sept semaines. On voulut la ponctionner mais elle refusa.

Sa santé générale est restée bonne depuis sa pleurésie. Elle tousse seulement un peu tous les hivers, mais n'éprouve •aucune gêne respiratoire.

Les premiers accidents cutanés datent de trois années. Elle •était alors enceinte pour la huitième fois.

Sa grossesse était aussi parfaite que toutes les autres, son caractère s'était un peu modifié à la suite de gros ennuis qui l'avaient beaucoup attristée.

Au septième mois de sa grossesse, elle fut prise, sans fièvre, sans prodromes, de violentes démangeaisons et autour de l'ombilic apparut une plaque rouge qui s'étendit bientôt, couvrit tout le bas ventre.

Sur cette plaque se développèrent quelques vésicules très petites qui s'excoriaient par le grattage, et il se formait une croùtelle rougeâtre qui se détachait.

Sur les cuisses et sur les hanches, des deux côtés, des plaques rouges ayant les mêmes caractères se sont formées.

Au niveau de ces plaques, le prurit était extrêmement violent, ne laissant aucun répit à la malade qui se grattait continuellement.

Jusqu'au moment de l'accouchement cet érythème a persisté, localisé au bas ventre, aux hanches et à la face antérieure des cuisses. Mais le prurit s'est aggravé. La malade était tellement tourmentée par les démangeaisons qu'elle avait perdu tout sommeil.

Elle était énervée, très abattue et très découragée.

Elle accoucha à terme à 3 h. du matin sans aucune complication. Le même jour, à 8 h. du matin, sans poussée fébrile, l'éruption se généralisa et envahit en quelques heures tout lecorps.

La face fut respectée.

C'était une éruption très prurigineuse, érythémateuse, couvrant la peau de grandes plaques rouges à bords irréguliers et sinueux.

Aux pieds et aux mains il se développa autour des ongles des vésicules, qui formaient une bordure à l'ongle; même l'ongle du gros orteil et de l'index gauche sont tombés. (Ils ont repoussé depuis).

La malade a quitté l'hôpital B jours après son accouchement. Elle s'est soignée chez elle, se contentant de s'éponger le corps plusieurs fois par jour avec de l'eau tiède.

Sa santé n'avait pas souffert du tout de cette longue crise. Elle avait conservé l'appétit et ses fonctions digestives étaient parfaites. — Elle était seulement très constipée, mais chez elle c'est l'état habituel. Elle va à la selle tous les 5 ou 6 jours.

Du reste 7 jours après son acccouchement elle était déjà debout.

Mais l'éruption et le prurit ont persisté à l'état aigu pendant une grande quinzaine. Peu à peu l'érythème a diminué sur tout le corps à la fois.

La rougeur disparaissait d'abord au centre des plaques, et seuls les bords gardaient une coloration plus vive. Les démangeaisons se localisaient aussi au niveau des bords des plaques.

Pas trace de suintement ni desquamation sur toute l'étenduede l'éruption.

Un mois après il y avait déjà une grande amélioration dans l'état de la malade, et au bout de 2 mois sa guérison était complète, si complète, qu'on ne retrouve aucune tache pigmentée indiquant le siège du mal.

Pendant les 3 années qui ont suivi cette première atteinte.

la malade s'est toujours très bien portée. EWe dit simplement qu'il lui arrivait quelquefois de se mettre en colère. Elle était alors reprise de démangeaisons, et au niveau du coude gauche il apparaissait une plaque rouge, ortiée, qui s'évanouissait en quelques heures.

Elle est actuellement enceinte pour la neuvième fois. Elle a eu ses dernières règles dans le courant du mois de juin, (vers le 10).

Très bonne grossesse, sans aucune complication. La malade continuait son métier de brunisseuse et travaillait sans fatigue. Vers le 15 novembre, au cinquième mois de sa grossesse, sans tièvre, sans perte d'appétit, sans symptômes généraux la la malade est reprise de violentes démangeaisons. Elle recommence à se gratter et au point où le prurit était plus violent (au niveau du bras gauche) l'éruption apparaît. Elle a gagné ensuite la cuisse gauche puis le reste du corps sans que l'on puisse indiquer l'ordre d'envahissement.

La généralisation s'est faite assez rapidement en huit jours.

La malade se présente à la consultation le 4 décembre et entre immédiatement dans le service.

Description de l'éruption. — Papules et plaques érythémateuses disséminées sur toute la surface du corps, respectant la lace, le cuir chevelu, les mains et les pieds.

L'éruption est symétrique, ne suit pas du tout les zones de distribution des nerfs, elle est plus prononcée du côté gauche que du côté droit. Cet érythème est un érythème ortié, faisant saillie sur le tégument.

L'élément jeune est une papule blanchâtre qui apparaît aux points où la malade se gratte. Cette papule irritée devient rouge, se couvre de fines vésiculettes qui lui donnent un aspect inégal, hérissé, et en étirant la peau voisine, on voit très bien sur la surface blanchâtre de la papule ces vésicules qui, piquées, laissent sourdre un peu de sérosité.

Ces papules s'élargissent, se réunissent aux papules voisines et forment par leur confluence des plaques d'étendue très

varial.)le. Les unes ont les dimensions de pièces d'argent de 0, oO, cent., 1 francs>2 francs ; les autres sont aussi étendues que la paume de la main, les plus grandes couvrent de larges surlaces, des segments de peau considérables.

Ces plaques diffèrent entre elles suivant la date de leur formation.

Les plaques les plus nouvelles se distinguent par une rougeur congestive beaucoup plus marquée et parla prédominance des éléments ortiés.

Elles sont moins nettement dessinées mais elles offrent une tendance manifeste à la carcination. En leur ensemble elles sont d'une coloration violacée au centre et rouge-vif sur leurs bords qui sont légèrement surélevés.

Les véeiculettes se développent sur toute l'étendue de la plaque et se groupent déjà en plus grand nombre sur les bords, disposées en collerettes qui circonscrivent le placard.

En promenant le doigt sur la surface du placard, on a une sensation granitée. Sur les plaques les plus anciennes les différences d'aspect suivant que l'on considère le centre ou les bords sont encore plus tranchées. Le centre a pali, les vésiculettes se sont aplaties et il existe un quadrillage tenu que l'on distingue nettement avec la loupe. Les bords sont très saillants et forment un véritable bourrelet qui limite la plaque et fait relief sur le tégument. Ce bourrelet périphérique est d'une coloration rouge brunâtre il est irrégulier, serpigineux et donne cà l'ensemble de le plaque l'aspect d'une carte géographique . Il est couvert de fines vésicules qaisuivent ses contours et qui ont été pour la plupart excoriées par le grattage et qui portent cà leur sommet une croùtelle brunâtre. A mesure que l'évolution avance, les vésicules disparaissent au centre où dès le début elles étaient moins abondantes et persistent, tassées, confluentes sur les bords, également répandues sur toutes les sinuosités du bourrelet qui entoure la plaque.

Ces différentes plaques sont séparées les unes des autres par des intervalles de peau absolument saine.

Envisageons maintenant la distribution topographique de l'érythème.

Le cuir chevelu, la face, le cou ne présentent aucun élément éruptif.

Membres supérieurs. Sur l'épaule, petits placards en traînées en pleine éruption.

Memlire supérieur gauche.

Une énorme plaque fait le tour du bras, couvrant la face antérieure et la face externe. En dedans, elle s'arrête à deux travers de doigt au-dessous du creux de l'aisselle et descend jusqu'au coude. L'éruption a pâli sur la face antérieure et externe du bras, elle est en pleine activité sur la face interne.

Du côté du moignon de Tépaule, la limite de la plaque est nettement dessinée par un liseré serpentin.

Le pli du coude est intact et la peau qui recouvre l'olécrane est saine. Latéralement il existe en dedans et en dehors de petits placards disséminés qui unissent la grande plaque du bras à celle de l'avant-bras. Sur la face postérieure de l'avantbras, large plaque à bords très découpés, très sinueuse qui s'arrête à trois travers de doigt au-dessous du poignet.

Sur la face antérieure on voit une plaqueallongée qui recouvre la partie moyenne de l'avant-bras. Au-dessus et au-dessous, d'elles nombreux petits placards disséminés, ayant des dimensions très variées depuis celle d'un pois jusqu'à celle d'une pièce de monnaie. En bas, ils descendent jusqu'au niveau du poignet.

La main est entièrement respectée.

Membre supérieur droil. — Tout le bras est occupé par une plaque érythémateuse qui le couvre entièrement.

Elle est en voie de guérison, mais elle est toujours prurigineuse et sur le fond jaunâtre apparaissent après grattage, desélevures ortiées qui se détachent avec netteté.

Sur la face antérieure de l'avant-bras existe un placard à contours sinueux dont les bords sont criblés de vésiculettes.

En arrière, quelques éléments éparpillés.

La main et le poignet sont intacts comme de l'autre côté.

Tronc. - Le dos est couvert de petits placards, séparés les uns des autres par de grandes surfaces de peau saine, et irrégulièrement répartis sur la région scapulaire, sur les reins et sur les fesses.

Sur le haut de la poitrine, il y a une vingtaine de placards, larges comme une pièce de 0,50 centimes.

Sur chaque sein existe un croissant érythémateux qui fait le demi-tour du mamelon débordant sur les faces, supérieure, interne et infériaure de la mamelle et respectant la face externe. La peau de Tabdomen est parsemée de petites plaques un peu plus larges à gauche qu'à droite. Les plus grandes ont les dimensions d'une paume de main, les autres, celles d'une pièce de monnaie de deux francs et de cinq francs.

Un médaillon couvre l'ombilic. Les parties génitales externes, le périnée, la région anale, ne sont pas envahis par l'éruption.

Membres inférieurs.

Cuisse gauche. — Toute la surface antéro-interne est occupée par une plaque énorme qui commence au-dessous du sillon génito-crural et qui descend jusqu'au genou.

Sur l'étendue de cette plaque les lésions ne sont pas au même degré d'évolution.

Les éléments jeunes sont mêlés aux éléments plus anciens ; aussi la coloration est inégale, jaunâtre par places, violacée en d'autres points, rouge vif sur les bords où l'urtication est plus accentuée qu'au centre. Sur la face postérieure, on observe une seule plaque allongée qui s'étend du pli fessier au creux poplité.

Rien au niveau de la jambe et du pied.

Cuisse droite. — Grande plaque sur la face antéro-interne moins développée que celle du côté gauche mais plus jeune et plus ortiée. Sar la face postérieure : placards disséminés.

JamUs. — Sur la jambe on note l'apparition de petites plaques nouvellement formées, qui suivent la crête du tibia, qui sont très rouges et très ortiées surtout à leur périphérie.

Le pied est indemne.' Les muqueuses ne sont pas atteintes.

D'une façon générale, l'éruption s'atténue sur les bras et sur les cuisses ; ceci est surtout bien marqué au niveau du bras et de la cuisse gauche.

Cette éruption est extrêmement prurigineuse, mais la malade a bien remarqué que le prurit précède l'apparition de l'érythème. Sur les points où les lésions vont se former, elle éprouve une sensation de cuisson comparable à celles produites par les piqûres d'ortie. Elle est obligée de se gratter avec violence et l'irritation cutanée persiste et s'accroît au fur et à mesure que se développent les éléments éruptifs. La cuisson devient intolérable, empêchant tout repos. Le sommeil, qui était très bon auparavant, est à peu près perdu.

Elle dort 2 ou 3 heures chaque nuit, passant le reste du temps à se frictionner avec rage, car la chaleur du lit exagère les cuissons qu'elle éprouve. Le froid semble les calmer. « Elle sent moins son mal, dit-elle ». Quand les lésions vieillissent, le prurit disparaît au centre des plaques et se localise à leur bordure, là où l'élément ortié est prédominant. Aussi les excoriations, les croùtelles produites par le grattage sont-elles surtout abondantes à la périphérie.

Les souffrances incessantes ont altéré le caractère de la malade. Elle est devenue émotive, pleure à tout propos, et se considère comme perdue. Elle est d'humeur triste, capricieuse et n'exprime que des pensées découragées.

La sensibilité cutanée n'est pas modifiée : on ne trouve aucune zone d'anesthésie ni d'hyperesthésie. La peau est dermographique.

L'état général est très bien conservé .

C'est une forte femme, grande (1 m. 68), pesant 75 kilogs200. Elle a un appétit solide qui n'a pas diminué depuis le début de l'affection. Les fonctions digestives ne sont pas troublées. Elle est seulement très constipée. L'examen complet des viscères a été fait minutieusement. Les poumons sont sains, et il n'existe aucune trace de sa pleurésie antérieure . Le cœur n'est pas hypertrophié. — Le choc de la pointe est perçu dans

le sixième espace intercostal gauche, à JO cent, du bord sternal. A la base les bruits sont bien frappés. A la pointe le premier bruit est sourd ; mais pas de souffle.

Les artères ne sont pas dures. Le pouls frappe 70 par minute. Les pulsations sont régulières, et d'amplitude normale. Varices aux membres inféi'ieurs mais pas d'œdème.

Le foie et la rate ne sont pas sensiblement augmentés de volume.

On a recueilli l'urine des 2-i heures, et l'interne en pharmacie du service m'a remis la petite note qui suit : Volume 1850 c. c.

Urée 16 gr. 653 par litre. Chlorures 11 gr. 850 par litre.

Sulfates 1 gr. 045 — Albumine, néant.

Sucre, néant.

Les phosphates n'ont pas été analysés. Le fond de l'utérus est à un travers de doigt au-dessus de rombilic.

On entend les battements du cœur de l'enfant sur la ligne médiane à mi-chemin entre l'ombilic el le pubis. Léger souffle utérin.

Traitement. — Régime ordinaire (4 degrés). A l'intérieur 8 gouttes de liqueur de Fowler.

Deux fois par jour, onctions sur toutes les parties malades avec glycérolé d'amidon. Enveloppement des membres. Bain d'amidon chaque matin.

19 décembre. Quinze jours de repos et de soins ont amélioré l'état de la peau considérablement. L'érythème a entièrement disparu au niveau des bras : on voit simplement quelques excoriations produites par le grattage. Sur les avant-bras : les plaques existent encore, mais sont moins vivement teintées.

Egalement celles des seins sont jaunâtres ; celles de l'ombilic et du ventre sont déjà presque efl'acées. Le dos est guéri et présente seulement quelques éraillures en coups d'ongle.

Enfin sur les cuisses la nappe érythémateuse est uniformément violacée, aplanie.

Pas de surface suintante, pas de desquamation.

Les cuissons persistent, mais ne sont pas localisées aux plaques : elles ont envahi tout le tégument.

La température a été prise régulièrement on n'a pas observé d'élévation thermique.

La malade se sentant beaucoup mieux, quitte le service.

Elle entre de nouveau le 28 décembre en pleine récidive.

Cette seconde poussée a les mêmes caractères que l'attaque initiale : l'érythème a débuté par les membres inférieurs (cuisses et jambes) et s'est étendu à toutes les anciennes plaques.

Sur les jambes l'éruption a progressé. La face antérieure de la jambe droite est couverte par une grande plaque qui a 20 cent, de long sur 5 cent, de large et qui suit la crête du tibia.

Sur les faces interne et postérieure : petits placards très rapprochés les uns des autres.

Sur la face antérieure de la jambe gauche : grande plaque qui reproduit la disposition de celle de la jambe droite ; mais elle est un peu moins développée.

Les faces interne et postérieure sont occupées par une plaque qui mesure 25 cent, de long sur 13 de large, et qui fait le tour du j arrêt .

Sur ces deux plaques de la jambe gauche, on voit des vésicules plus grosses que celles du côté droit et qui atteignent les dimensions de grains de millet. Gomme la première fois, les pieds, les mains, la face et le cuir chevelu sont respectés.

Pendant tout le mois de janvier les poussées se sont succédé, plus intenses et plus douloureuses au niveau des membres inférieurs et du bas ventre que sur toutes les autres régions.

La malade a pris 12 gouttes de liqueur de Fowler par jour. On a épuisé tous les pansements locaux (vaseline, amidon.

pommade d'oxyde de zinc, compresses horiquées chaudes) le résultat a été nul. Les douches tièdes, les bains d'amidon prolongés n'ont eu aucun effet.

24 janvier. Quelques papules apparaissent sur le dos des mains.

31 janvier. L'éruption a pâli sur tout le corps, excei^té sur les jambes qui sont très enflammées, très prurigineuses.

A signaler : quelques élevures papuleuses sur le bord interne du pied gauche. Rien sur le pied droit.

5 février. Prurit s'exagère. La malade compare les sensations douloureuses à celles produites par des piqûres d'aiguilles. On ordonne injection de morphine de un centigramme.

15 février. Depuis 5 à 6 jours sur la face cutanée des grandes lèvres apparaissent des bulles à contenu séreux qui crèvent et se dessèchent.

Les cuisses sont très rouges.

La plaque sous-ombilicale s'est beaucoup élargie.

Sur le bord externe du pouce droit et sur le bord interne de la main droite (face dorsale) papules rouges, en petit nombre.

Les piqûres de morphine n'ont procuré aucun soulagement.

24 février. La malade ne sent pas remuer son enfant. On entend les battements du cœur, très sourds, au-dessus de l'ombilic et à gauche.

^26 février. Très mauvaise semaine. La malade a de violentes démangeaisons. Les plaques sont très rouges, très irritées : Il y a un réveil général de l'éruption. Les bulles sont plus nombreuses sur les grandes lèvres. Elles sont grosses comme de petites lentilles et sont tendues et opaques.

2 Mars. Actuellement l'utérus a le développement d'un utérus à terme.

On ne perçoit pas les battement du cœur de l'enfant. Ils ont été entendus dimanche dernier, mais il étaient extrêmement faibles et il semble qu'une très légère poussée .a suivi la mort de l'enfant.

Lésions cutanées. — Rien sur la plante des pieds et presque rien sur la face dorsale.

Au niveau de la face interne des jambes et de la face antérointerne des cuisses, larges plaques à contours serpigineux, semées de nombreuses petites vésicules.

Les grandes lèvres sont recouvertes de bulles à contenu louche. Sur le ventre,grandes plaques érythémateuses ayant pour centre l'ombilic et sur les parties latérales de l'abdomen quelques plaques plus petites, éparses. Sur les seins : deux plaques érythémateuses symétriques. A la face antéro-interne des avant-bras, à la partie supérieure des bras, grandes plaques érythémateuses ; quelques-unes plus petites disséminées dans le dos.

En aucun de ces points il n'existe de formations huileuses.

rm«7emen/f. — Enveloppement de tout le corps avec tarlatane amidonnée imprégnée d'eau boriquée et par-dessus ouaie et taffetas gommé.

Régime lacté mixte. Injections hypodermiques d'eau distillée pour remplacer la morphine.

3 Mars Nuit bonne. On a fait en 24 heures deux pansements et deux piqûres d'eau distillée .

Quantité d'urine recueillie pendant 16 heures : 1600 grammes. Un lapin pesant 2140 gammes a reçu par injection dans la veine de l'oreille, 228 c. cubes de cette urine et n'a pas été malade.

4 Mars. Vives démangeaisons. Dans l'aisselle droite on constate une poussée de petites bulles.

Celles de la vulve sont dans le même état. Pas de contractions utérines.

5 Mars. La rougeur s'accentue sur les jambes.

Sur la cuisse gauche les vésicules sont très nombreuses. En haut à la face interne des cuisses de grosses bulles se sont formées.

Pas de changement dans le dos.

On n'entend pas les bruits du cœur.

7 Murs. A la face, au-dessous de la lèvre inférieure, près du menton apparaissent deux bulles, le contenu de Tune est opaque, le contenu de l'autre est très clair. Quelques petites douleurs utérines. A 6 heures du soir, les douleurs utérines sont plus fortes. On examine la malade, le col est effacé, l'orifice est dilaté comme 2 francs, les membranes sont intactes.

A 10 heures, la dilatation égale une petite paume de main, les membranes sont intactes, les contractions faibles et éloignées, l'enfant se présente par le sommet en 0. J. G. A.

Le 8 mars. A minuit 15, rupture spontanée des membranes, le liquide qui s'écoule est rosé, la dilatation est complète. A minuit 35, accouchement spontané d'un garçon macéré, pesant 3100 grammes.

Délivrance naturelle 20 minutes après.

Membre inférieur gauclie. — Au niveau du segment jambier, grande zone érythémateuse rouge couvrant toute la face antérointerne depuis la protubérance tibiale jusqu'au niveau des malléoles. Sur cette zone érythémateuse quelques élevures papuleuses rouge vif, sans épanchement dans leur intérieur.

Sur la face interne du jarret quelques élevures papuleuses, dont le centre est un peu jaunâtre.

Sur la face interne du genou, plaques d'érythème assez discrètes avec élevures papuleuses. Les lésions sont plus accusées sur la cuisse, principalement au niveau de la face antéro-inlerne. Il existe là un énorme placard érythémateux large 'comme 3 paumes de main limité par un bord serpigineux légèrement surélevé d'un rouge plus vif.

Toute la plaque est irrégulière, hérissée de petites élevures où l'on devine une bulle en voie de formation. Et effectivement à la partie supérieure sont groupées dix petites bulles ; la plus grosse a les dimensions d'un grain de chénevis, les autres celles de têtes d'épingle.

Sur la face posté ro- externe, les lésions sont plus anciennes. Les placards érythémateux sont d'un rouge brun séparés les uns des autres par des intervalles de peau saine.

Pas d'élevures à leur surface, excepté à la partie supérieure en arrière des trochanters où l'éruption est d'une coloration plus vive.

Membre in fériew droil. — Rien de nouveau à la jambe ; on ne voit que des traces de l'érythème ancien. Pas de nouvelles papules.

A la cuisse, les plaques érythémateuses couvrent toute la face interne et sont semées de papules agminées, rouge-vif, en beaucoup m.oins grand nombre que sur la cuisse gauche.

A la partie supérieure on trouve une bulle de la grosseur d'une noisette à contenu citrin et tout autour des bulles plus petites. Il y a symétrie entre cette éruption huileuse et celle du côté gauche.

Dans le pli de l'aine et au-dessous du sillon génito-crural, il y a une nappe érythémateuse et des bulles grosses comme des graines de chènevis. Plusieurs ont été excoriées par le grattage.

Organes génitaux. — Les grandes lèvres sont tuméfiées, boursouflées, érythémateuses et couvertes de bulles déchirées.

Membre supérieur gauche. — Au niveau de l'avant-bras (faceantéro-interne), large plaque érythémateuse entourée d'un bourrelet saillant, à contours irréguliers, géographiques : sur cette plaque se sont développées des papules et des phlyctènes plates qui contiennent un peu de liquide louche.

Sur la face postérieure, quelques ilôts de papules confluantes.

Les faces postérieure, interne et externe du bras présentent des ilôts papuleux, confluents, nullement prurigineux. Ici l'érythème est en voie de résolution.

Mêmes lésions dans l'aisselle.

Membre supérieur droit. — La disposition des lésions est symétriquement celle du côté gauche mais à une date encore plus avancée de résolution.

Sur le moignon des deux épaules plaques ortiées ayant les dimensions d'une pièce de 0 fr. 50 centimes, d'un rouge sombre et disséminées. Elles sont au nombre d'une dizaine.

Tronc. — Sur la face antérieure de l'abdomen : grande plaque érythémateuse de coloration inégale en ses divers points et variant du brun au rouge foncé . Ses bords sont très découpés et sont surmontés au voisinage de l'épigastre de papules qui donnent à la peau un aspect chagriné et une teinte pigmentée à reflets brun- violacés.

Sur la poitrine au niveau des seins, mais plus prononcé à gauche, il existe un placard irrégulier, à contours serpigineux, cerclant l'aréole, hérissé de petites saillies.

Sur la ligne intermammaire et en avant du sternum, plaques analogues de forme circinée et hémi-circinée.

La face antéro-latérale du cou est couverte de plaques ortiées. Les plaques ortiées ont envahi un peu la face au niveau du bord inférieur du maxillaire. Elles sont plus nombreuses sur le menton qui est couvert de grosses bulles rompues et de lambeaux épidermiques qui retiennent un peu de liquidé blanchâtre.

Sur le dos, plaques érythémato-papuleuses occupant principalement le côté gauche sans bulles.

Démangeaisons très vives à ce niveau. Rien du côté droit.

En résumé : éry thème ortié généralisé où les bulles ne sont que des éléments exceptionnels.

10 mars. Sur les avant-bras, les plaques érythémateuses ont pâli mais d'énormes bulles ont apparu. L'érythèm.e de la face antérieure du thorax est devenu plus ortié, il en est de même sur les membres inférieurs.

Rien aux pieds.

Érythème très rouge dans le dos, mais ni bulles ni vésicules à ce niveau.

12 mars. L'éruption a pali sur tout le corps.

Les plaques des cuisses sont macérées, recouvertes de vésicopustules ; moins de prurit.

14 mars. Quelques petites bulles au niveau des orteils, surtout à droite. Les vésicules sont surtout marquées à la partie

- lUb —

supérieure de la cuisse gauche : sur les bras, l'ériiplion huileuse ne s'est pas accentuée ; les grosses bulles se flétrissent.

Aucune nouvelle poussée sur le tronc,

16 mars. Quelques petites bulles sur les joues remplies de liquide louche.

17 mars. Pas de nouvelles bulles.

18 mars. Idem.

20 mars. Grande amélioration. L'érythème est en voie de régression. Les surfaces exulcérées se sèchent. Le prurit est toujours assez marqué,

25 mars. Amélioration de plus en plus marquée. Les nappes érythémateuses ont une teinte brunâtre plus accentuée sur les bords qu'à leur centre, quelques croûtes marquent le siège des bulles crevées. Démangeaisons beaucoup diminuées, les nuits sont bonnes.

On met la malade au régime lacté mixte.

2 avril. Quelques démangeaisons. Pas d'éléments éruptifs nouveaux.

8 avril. Cuissons localisées à la face interne et supérieure des cuisses. Apparition à ce niveau de petites plaques ortiées larges comme des pièces de 1 francs, fugaces.

10 avril. La malade se sent très bien, les cuissons indiquées plus haut persistent et il se forme encore de petits éléments érythémateux sur les cuisses. Sur tout le reste du corps l'éruption est éteinte, elle est remplacée par de grandes nappes pigmentées dont les contours sont très accusés.

La pigmentation est surtout prononcée sur le ventre et la face antérieure du thorax. Depuis l'accouchement jusqu'à ce jour, la courbe de la température a été normale, La malade quitte l'hôpital.

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