‹ De la dermatose de Duhring au cours de la grossesseChapitre 3 sur 14 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ÉVOLUTION DE l'aFFEGTION.

Deux cas sont à considérer :

1° L'éruption a débuté au cours de la grossesse.

2° Les manifestations cutanées apparaissent pour la première fois après l'accouchement.

Si l'éruption a débuté au cours de la grossesse, elle se continue jusqu'au moment de l'accouchement, représentée par une succession de poussées tantôt sub-intrantes. tantôt séparées par des intervalles plus ou moins éloignés.

On a cependant noté quelquefois une amélioration très nette vers le dernier mois ou les dernières semaines de la grossesse. Mais l'accouchement étant terminé, il est de règle d'observer une récidive qui apparaît dans les premières heures ouplus communément dans les premiers jours qui suivent la délivrance (2 à 5 jours en moyenne).

Le cortège symptomatique est celui que nous avons décrit.

L'éruption qui semblait assoupie se réveille avec violence : le prurit ouvre la scène, de nouveaux éléments éruptifs se développent. Ils se forment sur les surfaces déjà malades ou bien envahissent des régions indemnes, jusque-là. La généralisation est rapide et cette rechute

est toujours plus étendue, plus grave que celles qui ont précédé l'accoucliement.

Si au contraire, il s'agit d'une attaque initiale au cours de la puerpéralité, Téruption peut se localiser ou se généraliser d'emblée et entre ces deux extrêmes on rencontrera tousles types intermédiaires. Ces faits sont bien connus : il est inutile d'insister davantage.

Elle se termine :

Comment se termine l'affection.

Par la mort.

Par le passage à l'état chronique, Par la guérison.

1" Par la mort. — C'est une terminaison exceptionnelle, qui n^a été observée que deux fois.

Un cas mortel a été publié par le D"" Coignet, un autre dont l'interprétation est plus discutable a été relaté par' J. E. Graham (1).

Il s'agit d'une jeune femme chez qui l'éruption débuta dans les derniers mois d'une première grossesse et s'aggrava deux semaines après l'accouchement. C'était une éruption huileuse, généralisée, à poussées successives et quand les bulles se desséchaient, il se formait des croûtes brunâtres ou noirâtres, épaisses, au-dessous desquelles on voyait des surfaces ulcérées et saignantes. Les muqueuses de la bouche et du vagin présentaient aussi des plaques ulcérées. La température était très élevée: l'état général mauvais.

(1) J. E. Graham. Transactions of the American dermatalogical association, 1888.

Dans la dernière semaine qui précéda la mort, une grave diarrhée survint et affaiblit beaucoup la malade qui succomba bientôt.

L'affection avait duré une année.

2" Par le passage a l'état chronique. — Citons : le cas de Duhring ; l'éruption née au troisième mois de la deuxième grossesse, a persisté pendant 3 ans 1/2.

Le cas d'Elliot : l'éruption survenue au deuxième mois d'une grossesse s'est prolongée pendant plus de deux années.

Le cas de Noyés: l'éruption a débuté un mois après l'accouchement, et depuis deux ans, elle n'a jamais disparu.

3° Par la guérison. — Après une ou plusieurs poussées, la guérison survient dans dans un délai variable (quelques semaines, deux mois, cinq mois, et même plus) .

D'ordinaire, les accidents ne reparaissent pas dans l'intervalle des grossesses et la santé des malades est parfaite. Cependant dans le cas du Docteur Melot, il y eut entre deux grossesses une série de rechutes successives : les poussées étaient très légères et s'évanouissaient en 24 ou 48 heures. L'une d'elles a persisté à l'état aigu pendant 15 jours.

Il est intéressant de savoir si, vers la fin de la maladie, il se produit des modifications dans la quantité, la qualité et le pouvoir toxique des urines.

Notre maître, M. le D"" Bar a observé au moment où l'amélioration commença, une polyurie qui aduré 6 jours. Il a noté jour par jour depuis le 12 décembre jusqu'au 10 février, le chiffre de furée excrétée.

Voici ses conclusions : « En évaluant à 20 grammes le taux de l'urée chez une malade hospitalisée, nous voyons que, à la période aiguë des lésions cutanées, la malade n'excrétait que 11 grammes d'urée par jour.

Le chiffre de l'urée se relève sensiblement du 20' au 30 décembre et atteignit même un jour près de 17 grammes.

11 y eut alors une détente manifeste.

Mais le 30 décembre, une nouvelle poussée commence. Le taux de l'urée s'abaisse pendant la première moitié de cette période et ne se relève que vers la fin.

Or, depuis le moment de l'accouchement jusqu'à la fin de cette seconde poussée, même pendant la période de détente que nous avons signalée, les plaques ne cessaient de succéder aux plaques, et, à tout moment apparaissaient des bulles plus ou moins nombreuses.

Une amélioration vraie ne commença que le 12 janvier. Sans doute, on vit encore de temps en temps de petites poussées, mais de moins en moins vives, comme s'éteiguant d'elles-mêmes.

Depuis cette époque, l'ensemble de la courbe ne fait que se relever, elle reste presque constamment au-dessus de la normale, tandis qu'auparavant l'hypoazoturie était très marquée. »

Le régime alimentaire n'a eu aucune influence sur cette diminution de l'urée car, jusqu'au 7 janvier la malade mangeait de la viande et il y eut de l'hypoazoturie. A partir du 7 janvier, elle fut mise au régime lacté absolu ; le taux de l'urée' s'éleva de suite et en même temps la dermatite s'améliorait.

Chez la malade dont nous rapportons l'observation, le taux de l'urée fut très faible du 3 au 9 mars et la quantité des urines n'a pas dépassé 1700 grammes.

L'enfant était mort et les symptômes éruptifs s'étaient aggravés. Au contraire, aussitôt après l'accouchement, la quantité des urines augmenta considérablement et le chiffre de l'urée s'est relevé. La poussée qui a suivi la délivrance a été très modérée et déjà le 10 mars l'érythème commençait à pâlir, et depuis cette date l'amélioration s'est maintenue, faisant chaque jour de rapides progrès. Parallèlement, il y eut de la polyurie et une excrétion abondante d'urée jusqu'au moment où la malade a quitté l'hôpital. Nous résumons dans le tableau qui suit les résultats obtenus.

Nous devons ces chiffres à l'obligeance de notre ami Mortagne, interne à la Maternité de rHôpital Saint-Louis.

Nous avons recherché également quel était le pouvoir toxique des urines. Par le procédé de M. le professeur Bouchard, nous avons injecté les urines filtrées non alcalinisées à 19 lapins.

L'injection a toujours été faite à une vitesse très faible, mais nous avons varié à dessein ces vitesses, faisant pas- ser tantôt 4, tantôt 5 ou 6 cent, cubes de liquide par minute dans la veine du lapin. Nos lapins mouraient tous en présentant les mêmes symptômes. Pendant la durée de l'injection, l'animal était assez tranquille. A intervalles irréguliers et espacés la respiration s'arrêtait et tout le corps était secoué par de brusques convulsions qui duraient quelques secondes.

Les sphincters étaient relâchés : les évacuations d'urine et de matière fécale étaient fréquentes, les mictions surtout apparaissaient très vite : la respiration restait régulière, un peu précipitée jusque vers la fin de l'expérience.

Un peu avant l'agonie les battements des paupières cessaient ; la pupille se contractait et le lapin semblait

TABLEAU UROLOGIQUE

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