CARACTÈRES GÉNÉRAUX DE L’INTOXICATION BARBITURIQUE
D'une façon générale, l’action des barbituriques chez les animaux de laboratoire, et en particulier chez les rongeurs, détermine des manifestations qui, tout en étant relativement proches de celles caractérisant le sommeil normal, s’en éloignent néanmoins suffisamment pour que le terme de «sommeil» ne puisse être appliqué dans son sens habituel à l’état des animaux injectés de ces composés hypnotiques. On sait d’ailleurs que, chez le lapin à l’état normal, la dissociation de l’état de veille et de l’état de sommeil normal, spontané, comporte de nombreuses difficultés. Le «sommeil» chez les lapins, les cobayes, les souris ne s’accompagne pas en effet de la profonde dépression organique observée chez les mammifères supérieurs : chien ou chat, il ne coexiste pas non plus avec une réelle dépression de la conscience. Aussi l’acuité des sens, la sensibilité des différentes zones réflexogènes aux excitations venues de l’extérieur paraissent, autant qu’il nous a été possible d’en juger, égales chez un lapin au repos et chez un lapin à l’état de veille.
Au contraire, chez cet animal, l’action des barbituriques détermine une détente musculaire profonde et, selon la dose :
19 Une hypotonie qui peut aller jusqu’à l’abolition des mouvements volontaires,
20 Une hypoesthésie qui peut aller jusqu’à l’insensibilité.
Il résulte de cela que, chez les rongeurs, l’activité hypnotique
d’un produit est en rapport, au moins apparent, avec la statique de ces animaux. Ceci étant dit, et tout en considérant avec MM.
I. Macar et W. M. BLoom (1), avec KoNRAD FROMHERZ (2) que l'étude des altérations de certaines fonctions psychiques, dues à l'absorption ou l'injection de dérivés hypnotiques, soit fort intéressante, nous estimons trop délicate et partant peu sûre, au moins jusqu’à présent, l’application des tests de la psycho-pharmacologie à la standardisation de l’activité des barbituriques.
En ce qui concerne la méthode de MM. C. NIELSEN, J. À. IGGINS et H. C. SPRUTH (3), notre opinion est analogue. Pour C. NIELSEN et ses collaborateurs, c’est la disparition du mouvement réflexe obtenu quand on excite le conduit auditif externe, qui sert de réactif. A la disparition de ce réflexe, l’animal entre en sommeil. Chez le lapin, nous avons obtenu dans la recherche de ce réflexe des résultats tels que nous ne pouvons pas en faire la pierre de touche de l’état dit «de sommeil». Tout au plus pourrions-nous l’appliquer à la détermination de la dose d’anesthésie. Et dans ce cas, le réflexe cornéen nous paraît présenter autant d'avantages que le réflexe du pavillon de l'oreille.
Par contre, et en conformité de l'opinion ci-dessus exprimée, nous plaçons l’étude des modifications de posture observées chez les animaux barbiturisés, à la base de toute classification de ceux-ci, quand on parle de leur activité. En cela nous sommes d’accord avec de nombreux observateurs tels que le Professeur B. Wiki (4), le Professeur MAGNUS (5), H. Mouiror et E. P. Pick(6), R. SCHOEN(7), STEINMETZER (8), YAMAVAKIS (9), L. LENDLE (10), GIRNDT (11), etc.
C’est donc l’étude des réflexes statiques qui nous a servi dans cette recherche à la détermination des valeurs comparées de nos barbituriques.
(1) 1. MACHT et W. M. BLOOM. — The Jal of Ph. and Exp. Th., 1921, vol. 17, p. 21. I. MACHT, J. GREENBERG et S. ISAAC. — The Jai of Pharm. and Exp. Th.,
1920, vol. XV, p. 149.
(2) KONRAD FROMHERZ. — Archiv f. Exp. Pathol. u. Pharm., 1927, vol. 121, p. 273.
(3) C. NIELSEN, J. A. HIGGINS et H. C. SPRUTH. — The Jal of Pharm. and Exp. Th., 1926, vol. 26, p. 371.
(4) B. WIKI. — Arch. Intern. de Pharmacodynamie, 1923, vol. 27, p. 117.
(5) R. MAGNUS.— Die Kürperstellung, Berlin 1926 et Journ of Ph. and Exp. Th., 1926, VOI-529/ D: 35:
(6) H. MOLITOR et E. P. PICK. — Arch. f. Exp. Path. u. Pharm., 1926, vol. 115, p. 318.
(7) R. SCHOEN. — Arch. f. Exp. Path. u. Pharm., 1926, vol. 113, p. 275.
(7) R. SCHOEN etS. KOEPPEN. Arch. f. Exp. Path.u. Pharm., 1930, vol. 154, p. 115.
(8) STEINMETZER. — Arch. f. Exp. Path. u. Pharm., vol. 132, p. 172.
(9) YAMAVAKIS. — Arch. f. Exp. Path. u. Pharm., 1928, vol. 136, p. 1.
(0) L. LENDLE. — Arch. f. Exp. Path. u. Pharm., 1929,-vol. 143, p. 108.
(1) GIRNDT. — Arch. f. Exp. Path. u. Pharm., 1932, vol. 164, p. 118.
D’après les nombreuses observations que nous avons faites, nous Caractérisons, avec notre maître, M. L. LAUNoOY, l’action barbiturique en la rapportant à quatre attitudes bien déterminées (*).
1° L'animal se place en décubitus ventral, c’est notre position A.
20 L’animal se place en décubitus latéral partiel ou postérieur, c’est la position B.
30 L’animal se place en décubitus latéral complet ou décubitus antéro-postérieur, c’est l'attitude C.
40 L'animal étant en décubitus latéral complet, placé sur le dos, reste dans cette position ; dans ce cas, il est immobilisé en décubitus dorsal, c’est l’attitude D.
Ces différentes phases de l’action des barbituriques ont déjà été observées par Wiki (1. c.) ; nous les avons nous-même dissociées en détail et, avec M. L. LAUNOY, nous les décrivons comme suit :
$ 2.— DESCRIPTION DE LA SUITE DES ATTITUDES PRÉSEN- TÉES PAR UN LAPIN BARBITURISÉ SELON LE DEGRÉ D’INTOXICATION BARBITURIQUE.