ET DU CERVELET
Observation LU.
(Due à M. Charcot.)
Attaque apoplectique. — Hémiplégie droite avec flaccidité. — Rotation de la tête et des yeux à droite. — La face se tourne ensuite du côté gauche. — Ramollissement du côté gauche de la protubérance.
Marie M-..., 70 ans. Morte le 27 avril 1867 à rinfiniierie do la Salpêtrière. (Service de M. Gharcot.)
Cette malade entre le 22 avril îi l'i; firmerie ; ou s'est aperçu depuis deux jours qu'elle ne man^e pas » t qu'elle offre de la faiblesse dans le membre supérieur droit. On ne constate que de la •stupeur et de l'exagération de température, surtout du côté droit, mais pas de paralysie. Face jaune, abattement (1).
Le 25, pour la première fois, l'hémiplégie avec flaccidité du côté droit devieni nette. La malade fume la pipe du côté droit; la langue est déviée h droiie.
Les yeux et la face sont tournés à droite sans raideur du cou.
26 avril. — Les yeux sont dirigés à droile, avec ny.stagmus. La •face est tournée du côté gauche.
Même état du reste.
Le soir, la tête est tournée à gauche, les yeux tournés un peu à droite. Nystagmus.
Paralysie complète du bras, l'hémiplégie faciale a aussi augmenté.
27 avril. — Agonie. Face tournée fortement à gauche. Elle succombe dans la journée.
NÉCROPSIE — Protubérance. — On observe du côté gaitclir
(1) Cette malade avait en même temps que son affection eucéplialique une pneumonie, dont je ne parlerai pas.
GROUPE VUI. — LÉSIONS DE l'iSTUMIÎ. 6ô
dans l'étage moyen, mais près de la face inférieure, un pelil raniollisseiuenl carat térisé par une simple dilïluence de lissu, sans grand changement de couleur.
(Publiée par M. A. Ûliivior dans C. H. de la Soc. de bioL, 1863, p, 8Û,
et que j'extrais.)
Attaque apoplectique. — Hémiplégie mal caractérisée. — Déviation conjuguée des yeux en haut et à droite. — Hémorrhagie du lobe cérébelleux gauche.
Louis T..., 70 ans. ,E;\lrc lo 27 avril 1863 à l'hôpital de la Charité, salle Saint-Félix, n" 3, dans le service de N. Guillot.
Le 27 avril, cet homme est pris d'une attaque apoplectique avec perle de connaissance et vomiss(!ments. le lendemain, à la \isile du matin, le malade qui a repris sa connaissance, n'offre pas de symptôme d'hémiplégie, il n'accuse «{ue de la céphalalgie généralisée et de l'hébétude.
A la visite du soir, M. OUivier trouve le malade dans le décubitus dorsal, les yeux immobiles et convulsés tous deux en hautel adroite. Les pupilles sont un peu dilatées et insensibles à la lumière. I.e malade semble entendre ce qu'on lui dit.
Les membres soulevés retombent lourdement, quand on les pince le malade ne les remue pas non plus, quelle que soit la force avec laquelle on le pince ; mais la figure devient grimaçante et les paupières se remuent.
L;i face et les conjonctives sont également sensibles. Il existe une légère déviation en bas de la commissure labiale droite, tandis que la gauche est un peu entraînée en haut. Quand on rapproche les deux mâchoires et qu'on ferme la bouche, le malade fume uu peu la pipe des deux côtés, mais d'une façon plus notable à droite.
Le 29, resi)iration plus slertoreiise, les yeux sont toujours dans la même position, la sensibilité des membres a disparu, mais elle persiste encore à la face et aux conjonctives, quoique un peu diminuée. Le malade ne semble plus rien entendre.
Le soir, un peu de contracture des nieaibres supérieurs. La sensibilité de la face est tout à fait éteinte. Les paupières sont demi fermées, et les deux yeux sont toujouis déviés en haut et à droite.
Mort dans la nuit.
jNécropsie. — Cerveau. — Pas d'altération ancienne ni récente.
Cervelet. — A la face inférieure de V hémisphère gauche da cervelet existe une vaste dépression remplie par deux cuillerées de sang moitié liquide, moitié coagulé. L'épanchement occupe la face entière de l'iiémisplière cérébelleux et s'étend jusqu'aux parties latérales de la protubérance et du bulbe.
A ce niveau il n'y avait que du sang liquide. Le quatrième ventricule ne renferme pas de sang.
Observation LIV.
(Extrait de : Note sur un cas d'apoplexie de l'un des pédoncules du cervelet diagnostiquée pendant la vie, par M. Nouât, pt'ésentée à l'Académie des sciences, 7 janvier ISfil. — Gaz. hebdoni., 1861, p. 57.)
En 1845, pendant que j'étais médecin à la Salpêtrière, on amena dans ma division une femme d'une soixantaine d'années, qui venait d'être frappée d'une attaque d'apoplexie. L'intelligence était abolie, la sensibilité générale anéantie, les mouvements volontaires étaient paralysés. La malade se tenait couchée sur le côté droit et la tête était fortement inclinée du même côté par la contracture spasmodiquedes muscles de la région latérale du cou. aiais le phénomène suivant frappa surtout notre attention : les yeux étaient immobiles et dirigés obliquement, l'œil droit en bas et en dehors, l'œil gauche en haut et en dedans.
Invoquant alors les données de la physiologie expérimentale, je n'hésitai pas à diagnostiquer une hémorrhagie dans le pédoncule cérébelleux droit.
La malade succomba le lendemain et, à l'aulopsie, nous trouva-
GROUPE YIII. - LÉSIONS DE LlSTllME.
mes, comme je l'avais prévu, un épanchcment sanguin récent du volume d'une petite châtaigne, occupant le pédoncule cérébelleux du côté droit et pénétrant même un peu dans l'épaisseur de l'hémisphère correspondant. Le reste de l'encéphale était sain ; les méninges nous parurent intactes.
[Observation LV.
(Extrait d'une observation publiée par M. Vulpian dans C. H. du In Soc. de hinl., 1861, p. 29.)
Hémiplégie droite. — Rotation de lu tète et des yeux à gauche. — Amaurose, tendance à la rotation sur l'axe. — Tumeur tuber^ culeuse de l'hémisphère cérébelleux droit.
Jean B..., 15 ans, entre le 19 décembre 1860 à l'hôpital Sainte- Eugénie, salle Saint-Joseph, 19. (Service de M. Bergeron.)
Cet enfant, qui avait, depuis plusieurs mois, présenté des symptômes divers sur lesquels je n'insisterai pas, offrait, au moment où M. Vulpian suppléa M. Bergeron dans sou service, l'état suivant que j'extrais ici.
30 janvier 1861 . — Paralysie assez prononcée de la moitié droite de la face. La vue est excessivement faible du côté gauche. Le malade ne peut pas fermer complètement les paupières de l'œil droit, même en faisant effort. Lorsqu'il cherche à fermer les yeux, l'œil droit se porte en haut et en dedans, l'œil gauche en haut et en dehors. D'ailleurs, dans l'état ordinaire de veille, les deux yeux sont involontairement dirigés vers la gauche du malade; et il ne peut faire dépasser la ligne médiane de l'ouverture palpébrale, ni à l'un ni à l'autre de ses yeux; l'œil droit se porte facilement en dedans ou même de dedans en dehors jusqu'à la ligne médiane, mais sans la franchir non plus. Il semble, en un mot, y avoir un double lien tendu de plus en plus par les mouvements des yeux de gauche à droite et les arrêtant dans ce mouvement lorsqu'ils sont arrivés au milieu de l'ouverture palpébrale. Aussi le malade ne peut-il voir, sans tourner la tète, que les objets placés à sa gauche ou en face de* lui; dès qu'ils sont portés à droite, à une certaine distance du plan médian vertical de la tête, ils ne sont plus aperçus. Cette expérience
fait coiist.iler en iiicmdo temps qu'il y a monopie lorsque les objets sont siln^s à gauche ou en face du malade, et diplopic lorsqu'ils sont un peu à droite du plan médian vertical de la tête; nous venons de dire qu'en écartant encore plus de gauche à droite les objets, ils ne sont plus vus du tout. Les deux iris sont également contractiles...
Les membres du côté droit sont plus faibles que ceux du côié gauclie. La démarche est chancelante, le malade porte en général la lètc il gauche; ii lui arrive souvent de faire tourner un peu son corps de droite à gauche, autour de son axe vertical; il simule ainsi un très-léger mouvement de rotation de droite ii gduche, mouvement non elîoctué ea réalité parce qu'il se passe dans le tronc et que les membres inférieurs ne tournent pas avec 1p corps.
L'état du malade s'aggrave, il succombe le 10 février.
NÉCROPSiE. — CeroeoH. — l'as de lésion, si ce n'est une assez grande abondance d.i liquide encéphalo-rachidien.
(Jervelel. — Une m.isse tuberculeuse blanc jaunâtre, de la grosseur d'un œuf de poule, à contours irréguliers, occupe la substance blanclie de l'hémisphère cérébelleux droit, qui a disparu en grande partie. Cette tumeur paraît avoir écarté ou détruit en un point la substance du cervelet, pour contracter adhérence avec la duremère sur une étendue égale au diamètre d'une pièce de 2 francs.
L'hémisphère cérébelleux gauche est sain, car la tumeur n'a pas dépassé la partie médiane de l'organe.
(iROUPK IX. — Pas oe nécropsie.
Or,SERVAT10N LVL (Publiée par moi dans VUnion méd., 1866, n» 64.)
Attaque d'hémiplégie droite, marche progressive. — Rotation de la tète et des yeux à droite, qui se montre lors de l'augmentation des symptômes d'hérdplégie. — Pas de nécropsie.
Louise U..., oh ans, entre le 22 avril 1866 à l'hôpital Saint-Antoine, salle Sainte-Adélaïde, n» 21. (Service de M. Lorain.)
GROUPE IX. — PAS l)E NKCROPSIE. O/ Kii amenant cette malade h l'hôpital, ses parents apprennent qu'elle avait déjà eu, quatre ans auparavant, une attaque seniblabiè qui fut suivie pendant six mois d'embari as de la parole ; ils ajoutent que, la veille de son entrée, elle fut prise subitement, à la suiie d'une émotion morale vive, d'une attaque apoplecti(iue avec perte incomplète de la connaissance, qui la mit dans l'état où elle se trouvait.
A son entrée, la malade, plongée dans une demi-stupeur, répond à peine à ce qu'on lui demande ; ce n'est qu'à grand'peine qu'on lui fait prononcer quelques mots. On constate une hémiplégie droite, incomplète, avec flaccidité; elle peut exécuter quelques mouvements des membres supérieur et inférieur droits. La sensibilité est trèsobtuse dans les quatre membres, mais surtout du côté droit ; pas (le mouvements réflexes. î es jours suivants, l'hémiplégie droite se prononce davantage.
Le 1" mai, les mouvements sont presque complètement abolis dans le côté droit; l'hémiplégie faciale peu prononcée au début, est maintenant manifeste; on constate de plus des mouvements réflexes assez prononcés quand on chatouille le membre inférieur droit.
L'afl"aiblissement de l'intelligence est plus prononcé qu'au début, la malade est devenue gâteuse et est toujours plongée dans une demi- stupeur.
Elle présente depuis ce jour-là une légère tendance à la déviation des yeux du côté gauche; la tête est un peu fléchie sur l'épaule gauche. Température axillaire, 37» 1/5.
Les jours suivants, la stupeur augmente encore, l'hémiplégie devient plus complète, la déviation des yeux et de la tête du côté gauche se prononce davantage; la malade regarde constamment du côté gauche; les deux globes oculaires sont tous deux portés à gauche, la malade peut cependant les porter à droite, les iris dépassant alors un peu la ligne médiane des ouvertures palpébrales , sans atteindre cependant les commissnres palpébrales du côté droit, et dès que l'on ne fixe plus son attention, la malade porte de nouveau les deux globes oculaires du côté gauche. La tête a, de plus, subi une demirotation à gauche sur le cou. et le menlon est porté vers l'épaule gauche.
Les moiivemenls réHexes soni Irès-proi.oncés dans le membre inférieur droit.
Tel était encore l'état de la malade le 10 mai ; depuis lors la stupeur diminua, la malade recommença à parler, mais elle était devenue démente. L'hémiplégie droite était devenue presque complète, la malade ne pouvait exécuter que quelques légers mouvements des doigts, et la déviation des yeux et de la tête persistait.
Le 18 mai, la déviation des yeux et de la tête existait encore, quoique moins prononcée et moins constante qu'au début; la malade poussait continuellement des gémissements qui dérangeaient les autres malades et obligèrent de la transférer à la Salpètrière (1).
Observation LVII.
Hémiplégie gauche avec contracture. — Rotation de la tète et des yeux du côté droit, subsistant après plus d'un an. — Pas de raideur du cou.
Isabelle G..., 55 ans. Entrée le 12 juin 1867 à l'hôpital de la Salpètrière, salle Sainte-Rosalie, \\°\h. (Service de M. Charcol.j
Cette femme, qui a eu plusieurs fois des éiourdissemenls et des vertiges, est prise, dans le mois de novembre 1866, d'une attaque apoplectique subite, sans perte complète de connaissance; elle put appeler à son secours, mais était incapable de se relever elle-même, elle resta, dit-elle, dix-sept heures sur le carreau.
Elle fut transportée le 5 décembre 1866 à l'Hôtel-Dieu, salle Sainte-Anne, n° 13 (service de M. Viglu)..
Quand je la vis (2) i\Li mars 1867), je constatai l'étit suivant :
La malade est démente, gâteuse et pleure sans motifs.
Les membres du côté gauche offrent une paralysie complète et
(1) En reclierclianl, celle anuée^ celle femme, à la Salpètrière, j'ai appris qu'elle avait succombé il y a peu tie temps dans le service de chirurgie, et je n'ai pu recueillir aucun renseignement précis sur sou état de maladie.
(2) Pendant mon internai à l'Hùlel-Dieu (1867), j'ai pu, grâce à l'obligeance de mon collègue M. Lebrclon, observer cette malade dans le service de M. Vigla et y recueillir son observation.