DES DIVERS MOUVEMENTS DE ROTATION OBSERVÉS CHEZ LES ANIMAUX
Depuis que Magendie eut fixé l'attention des physiologistes sur les phénomènes de rotation qui se produisent à la suite de la blessure de l'un des pédoncules cérébelleux moyens, de nombreux expérimentateurs se sont occupés de ces phénomènes, les ont décrits, et ont cherché à les interpréter de diverses façons.
En prenant connaissance de ces travaux, on peut se convaincre que les physiologistes sont loin d'être d'accord sur la variété du mouvement produit par la lésion de telle ou telle partie de l'encéphale.
Avant d'analyser ces diverses variétés de mouvements, je signalerai tout d'abord une cause de confusion et d'obscurité dont j'ai été frappé, et qui doit avoir embarrassé comme moi tous ceux qui se sont occupés de celte question. Je veux parler de la détermination du sens du mouvement produit ; je m'explique :
Les diverses espèces do mouvements circulaires (1) observés chez les animaux peuvent être ramenés en
(1) Je n'étudierai pas ici lus mouvciiioiits qui ne rentrent pas dans le type circulaire, et en particulier ceux qui résultent de la blessure des canaux scmi -circulaires de l'oreille, comme l'a montré Fiourens.
somme à deux groupes : le mouvement de manège (1) et le mouvement gyratoire ou de roulement sur l'axe^ tous les autres mouvements n'étant que des variétés de ces deux groupes. On peut môme ajouter que ces deux groupes ne sont eux-mêmes que le dérivé l'un de l'autre, car, comme le fait remarquer M. Brown- Sequard (2) :
« Le roulement n'est, en général, qu'une exagération du tournoiement (ou mouvement de manège), c'est-àdire que, lorsqu'il y a une diminution d'intensité de la cause qui produisait le roulement , cette même cause produit le tournoiement. »
Il est très-facile de comprendre ce qu'entend un observateur qui , en parlant d'un mouvement de manège, dit que ce mouvement se fait de gauche à droite, ou de droite à gauche ; le lecteur, en effet, se plaçant au centre du cercle décrit par l'animal , saisit parfaitement la pensée de l'observateur.
Mais il n'en est plus de même quand il s'agit du mouvement de roulement. Quand un physiologiste, en rendant compte d'une expérience , dit que l'animal tourne sur son axe de droite à gauche , qu'il roule de droite à gauche, qu'il roule du côté de la lésion ou du côté opposé à la lésion , le lecteur est fort embarrassé et peut interpréter le phénomène de diverses façons. Je suis môme tenté de croire que des discussions ont dû, faute
(1) Ou peut, en effet, rapprocher du mouvement de manège ji court rayon le mouvement circulaire exécuté autour du tr«n postérieur de 1 an - S et quT a été décrit par MM. Bro.n-Sequard Sch.fT. -Vo^ Co,«, rendu Soc. Mol, 1853, p. 167, et Journ. dephy.iol., t. V.-StlulT, 1 liy 5îWooierfe5i»/ensc/te»,Lalir, 1859, p. 3Û8, . hu docteur
(2) No^e sur les mouvements rofatoires {Journ. de phys. du docteur Brown-Sequard, 1863, III, p. 721).
de s'entendre, s'élever entre des expérimentateurs qui étaient au fond du niônie avis.
Le mécanicien ou le physicien qui décrit le sens de rotation d'un cylindre prend la précaution de déflnir d'abord la position qu'il prend par rapport à ce cylindre. S'il veut décrire le sens dans lequel le cylindre tourne sur son axe, le physicien le fera par rapport à lui, observateur, en se supposant étendu dans l'axe du cylindre, suivant une direction déterminée.
Si le cylindre roule sur le sol, le physicien dira que le cyhndre roule d'un côté, ou d'un autre, par rapport à un observateur placé en tel ou tel endroit.
Les physiologistes ont complètement négligé cette précaution ; de là l'obscurité que je signale, avec d'autant plus de raison qu'il me semble que les termes ào, rouler et de tourner ont été employés souvent l'un pour l'autre.
Quelques observateurs me paraissent avoir décrit le mouvement en se substituant à la place de l'animal en expérience; d'autres, au contraire, ont décrit sous le nom de roulement, le déplacement de l'animal sur le sol par rapport à un observateur regardant le train postérieur de cet animal. Cette dernière manière de voir me paraît avoir été, à juste titre, admise le plus souvent, quoiqu'on ait toujours négligé de fixer la place qu'occupait l'observateur par rapport à l'animal en expérience. C'est ainsi que M. Vulpian considère le mouvement de rotation quand il fait la remarque que le roulement se fait en sens inverse du mouvement de manège ou du tournoiement (1).
{\) Leçons sur la phys. du système nerveux, p. 586.
96 PHYSIOLOGIE PATllOLOGIQUli.
Cette différence dans le sens de ces deux mouvements provient uniquement de ce que dans le roulement s'ajoute un élément nouveau, le frottement du sol, fait sur lequel on n'a pas assez insisté à mon avis. Aussi quand on opère sur des animaux dont le mode de progression est la nage, voit-on souvent se produire, comme M. Vulpian (1) l'a observé sur des têtards de grenouille, un mouvement représentant une sorte de spirale.
On comprendra mieux ce que j'avance si l'on se souvient de ce que j'ai dit plus haut : les mouvements de rotation se font du côté indiqué par la direction des yeux; non pas, je le rappelle, que je fasse de cette déviation la cause de la rotation.
Il suffit alors de se substituer à l'animal en expérience, pour bien saisir le phénomène :
Si, en effet, je présente une déviation de mes deux globes oculaires du côté droit, je tournerai en manège de gauche à droite.
Si je suis placé sur mes pieds, je tournerai autour de mon axe, toujours de gauche à droite, en opérant un mouYemewi àe toupie Ci) .
Si je suis étendu sur le sol, je continuerai à tourner sur mon axe de gauche à droite, mais rencontrant la résistance du sol, je me déplacerai grâce au frottement;
(1) Vulpian, Mouvements de rotation observés chez les têtards de grenouille à la suite de lésions pratiquées sur le centre nerveux. — Examen critique des diverses explications pi'opoiées au sujet des mouvements que l'on détermine ainsi {Mém. de la Soc. de biologie, 18G1).
(2) Cette expression a été fort licureusemcnt employée par M. Mcsnet dans un mémoire sur lequel j'aurai l'occasicui de revenir.— Voyez Physioi. path. des mouvements circulaires, par M. Alesnel. — Arch. de méd., 1862, l. I.
e1, pour un observateur placé du côté de mes pieds et itie regardant rouler, je roulerai de droite à gauche, tout en continuant à tourner moi-même sur mon axe de gauche à droite.
Mouvements de rotation produits par la lésion d'un hémisphère cérébral.
Les mouvements de rotation qui sont dus aux lésions siégeant dans l'un des hémisphères cérébraux ont été beaucoup moins étudiés par les physiologistes que ceux qui dépendent des lésions unilatérales de l'isthme de l'encéphale ; cela se comprend aisément, car ces mouvements ne sont bien accusés que chez les animaux supérieurs, et sont généralement moins énergiques que ceux qui sont produits par les lésions latérales de l'isthme.
Les mouvements de rotation qui résultent de la blessure d'un hémisphère cérébral rentrent tous dans la variété du mouvement de manège, le cercle décrit étant plus ou moins grand.
Mais ce mouvement de manège s'exécule4-il toujours dans le même sens? et dans quel sens s'exècute-t-il ? Tel est un point sur lequel les physiologistes ne sont pas tous d'accord.
M. Longet (1), se fondant surtout sur des expériences faites sur des lapins, admet, comme M. T>afargue(2) , que dans le cas de lésion de la couche optique, la rotation se
(1) Longet, Traité (h pliysiohgic, 1860, l. Il, p. /i08 cU19. — Voyez aussi Physiol. du système nerveux.
(2) Laf.irguc, tlièso ilo Paris, 1838.
fait du côté opposé à la lésion, du côté le plus fort vers e côté le plus faible, comme dans le cas de lésion de I lin des pédoncules cérébraux.
Flourens, au contraire, en faisant des lésions d'une couche optique, trouva que la relation se faisait du côté lésé ; tandis qu'une lésion un peu profonde d'un des tubercules bijurneaux faite chez un oiseau donnait lieu à la rotation du côté opposé à la lésion, et chez les reptiles du côté de la lésion.
M. Schiff (1 ) chercha à expliquer ces divergences des auteurs en montrant que le sens du mouvement de manège varie suivant la portion de la couche optique que l'on a détruite. D'après ses expériences sur des vertébrés supérieurs (lapins), il conclut que la destruction des trois quarts antérieurs de la couche optique détermine des mouvements de manège vers le côté lésé, tandis que la destruction du quart postérieur produit le mouvement vers le côté opposé à celui de la lésion.
M. Brown-Sequard (2) a confirmé depuis les opinions émises par M. Schiff.
Les divergences des auteurs ont surtout porté sur l'interprétation des blessures qui se rapprochent le plus de l'isthme; or, en lésant la partie postérieure de la couche optique, on peut atteindre les pédoncules et troubler ainsi les résultats.
Je crois pouvoir soutenir, en en donnant des preuves, que du moins chez les mammifères les plus élevés dans
(1) Schiff, loc. cit.
(2) Brown-Scquard, Note sur les mouvements rotatoires {Journal de physiologie, 1860, t. III).
la série, et se rapprochant par conséquent le plus de l'hoiume, le mouvement de manège a lieu invariablement du côté de l'hémisphère lésé ; cette opinion a aussi été admise par M. Mesnet (1).
Voici les preuves que je puis fournir.
Je citerai d'abord quatre expériences de MM. Philipeaux et Vulpian (2) qui sont très-confîrmatives à cet égard :
« Le 26 juin 1862, on produit des lésions du cerveau proprement dit sur quatre chiens, après avoir enlevé une rondelle du crâne à l'aide d'un trépan. Sur deux d'entre eux, on fait une incision transversale de l'hémisphère cérébral gauche, en ayant soin de pratiquer l'incision autant que possible en avant du corps strié. Sur un troisième chien, on extirpe, par l'ouverture du crâne, une partie de l'hémisphère gauche, un peu plus d'un centimètre cube ; enfin sur le quatrième animal, on laboure l'hémisphère cérébral gauche à l'aide d'une petite lame de fer. Tous ces chiens, une fois l'opération faite, offrent un léger degré d'hémiplégie du côté droit, plus marqué dans la patte antérieure que dans la patte postérieure ; et ils tournent tous en manège de droite à gauche^ mais sans rapidité, dès qu'on les force à marcher. Dans les cas de ce genre, l'hémiplégie se voit bien, quoiqu'elle soit assez légère, car les animaux fléchissent souvent sur les membres du côté affaibli: ces membres peuvent quelquefois même se dérober sous l'animal qui tombe alors sur le côté correspondant. »
(1) Ardi. deméd., loc- cit.
(2) Yalpian, Leçons SU7- la pfujsiologie du système nerveux. Paris, 1866, p. 686.
On trouve à cet égard de précieuses données dans la médecine vétérinaire. Le tournis du mouton nous offre en effet des expériences toutes faites, dans lesquelles les couches profondes d'un hémisphère ont pu être lésées, sans que la couche superficielle le soit.
Mais les vétérinaires dans leurs observations ne sont point d'accord sur le sens du mouvement de manège décrit par le mouton tournis, et des opinions trèsdiverses ont été soutenues à cet égard.
Frappé de ces divergences d'opinions, M. Reynal (1) a fait un relevé de soixante observations de tournis prises avec soin, et suivies de nécropsie; il en a fait le sujet d'un fort intéressant mémoire, dans lequel il compare le sens du mouvement exécuté par le mouton avec le siège qu'occupait l'entozoaire dans le cerveau.
De ces faits nombreux M. Reynal tire les conclusions suivantes :
« Nous avons observé une soixantaine de moutons affectés de tournis î nous avons noté ou fait noter avec soin les symptômes et les lésions morbides. Sur plus de la moitié, nous avons remarqué que le mouton tournait du côté où était le ver. Que ce dernier existe soit sur un point de la surface du cerveau, soit qu'il se trouve dans l'épaisseur même des couches qui forment le plan supérieur de cet organe, constamment nous avons vu les animaux exécuter les mouvements circulaires du côté où le cœnure avait établi son lieu d'élection. Il en était de
(1) Reynal, Essai monographique sur le tournis des bêles à lame. (fiec. de méd. vét., 185i, série à, t. I, p. 420). — M . Lcvcii n'est pas arrivé aux mêmes conclusions, car il dit : « Les mouvements (l'entraînement et de manège ne sont soumis à aucune loi ; ils ont eu lieu tantôt dans le sens delà lésion et tantôtdanslescnsopposc.»(itfdm.rfe /a Soc. rfc6to%ie,186û, p. 100.)
même lorsque le cœnure était contenu dans les grands ventricules et que, laissant intactes les parties sur lesquelles il reposait, il n'imprimait de modification à la substance cérébrale qu'en produisant un amincissement lies couches qui forment le plafond de ces cavités.
» Les moutons tournaient, au contraire, le plus-ordinairement du côté opposé lorsque le travail destructeur du cœnure avait intéressé les couches les plus profondes du cerveau, ou produit des changements dans la forme des corps striés, des cornes d'Ammon, des couches optiques, du trigonecérébral. Cependant lorsquecesdernières lésions existent, les animaux ne tournent pas toujours ; souvent sans suivre une ligne droite, ils marchent devant eux ou dévient tantôt à gauche, tantôt à droite; la locomotion est lente, limitée, chancelante.
» Il est même commun, dans cet état, de voir des symptômes de paralysie générale avec une diminution considérable de la sensibilité. On observe, à quelque chose près, ces derniers symptômes, lorsque le cœnure existe dans le cervelet, ou lorsque ce dernier éprouve une compression, en raison du volume qu'occupe lever, dans le ventricule du cerveau. Seulement la faiblesse des mouvements est plusgrande; ils s'exécutent d'une manière automatique, le mouton tombe fréquemment ; le moindre obstacle détermine sa chute. »
On voit par ce passage que le manège ne s'exécute du côté opposé au siège du cœnure que lorsque les parties profondes, se rapprochant de l'isthme encéphalique, se trouvent plus ou moins atteintes ; les résultats sont alors assez variables, et l'on n'observe plus la même homogénéité dans les symptômes.
IW^ PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE.
Je vais exposer maintenant les résultats que m'ont fournis mes expériences personnelles.
Les hémisphères cérébraux prennent, en le sait, une importance d'autant plus grande, relativement à l'exécution des mouvements volontaires, que le sujet est plus haut placé dans l'échelle animale.
L'isthme de l'encéphale et ses dépendances acquièrent au contraire, relativementà l'exécution des mouvements, une importance plus grande par rapport au cerveau, à mesure que l'on descend l'échelle animale. «C'est là un fait bien connu, qui a été très-bien exposé par M. Vulpian, dans ses Leçons sur le système nerveux (p. 667 etsuiv.).
Une lésion étendue d'un lobe cérébral, son ablation même, ne donnera lieu chez la grenouille à aucune trace de paralysie ; chez l'oiseau, il n'y aura pas encore d'hémiplégie. Chez le mammifère, au contraire, l'hémiplégie apparaîtra et deviendra de plus en plus nette à mesure que l'on considérera un mammifère plus élevé dans la série.
Peu nette chez le lapin, elle deviendra évidente chez le mouton, le chien, etc.
Mais si l'on compare l'hémiplégie produite chez le chien par la lésion d'un hémisphère à celle que l'on observe dans le même cas chez l'homme, on "sera frappé de la différence d'intensité des symptômes.
Tandis qu'en effet, chez l'homme, une lésion trèslimitée d'un hémisphère cérébral, siégeant dans le corps strié, par exemple, produira une hémiplégie du côté opposé avec résolution et flaccidité complètes des membres, l'ablation de tout un hénnsphère cérébral chez le
chien ne donnera lieu au contraire qu'aune hémiplégie fort incomplète.
C'est là un fait qu'il ne faut point oublier dans l'examen des mouvements de rotation produits par les lésions des hémisphères cérébraux.
En faisant une lésion étendue d'un lobe cérébral chez la grenouille , en enlevant tout ce lobe , il est rare que l'on observe, à moins que l'oji ne touche aux tubercules bijumeaux, si volumineux chez elle en comparaison des hémisphères , il est rare, dis-je, que l'on observe un mouvement qui représente le mouvement de manège. J'ai cru cependant remarquer quelquefois, tout de suite après la lésion, une tendance au saut du côté de la lésion, une sorte d'ébauche du mouvement de manège ; mais il n'y avait là rien de comparable aux phénomènes qui se produisent quand chez la grenouille on attaque l'isthme, faits que j'examinerai plus loin.
Chez les mammifères, les résultats sont bien différents; j'ai fait à cet égard des expériences sur des chiens et des lapins. Voici ces expériences, qui prouveront avec les faits ci-dessus que les lésions d'un hémisphère donnent lieu à un mouvement de manège du côté de la lésion , et que ce mouvement, mieux caractérisé chez le chien que chez le lapin , probablement à cause delà prédominance d'action du cerveau, devient plus manifeste quand on atteint les couches profondes de l'hémisphère (corps strié, couches optiques et même le pédoncule cérébral).
Dans mes expériences, je n'ai pas eu l'occasion de vérifierropiniondeM. Schiff, relativement au sens de rotation du côté opposé à la lésion lors de la blessure de
la partie postérieure de la couche optique, car je n'ai jamais produit de lésion limitée à ce niveau. La rotation produite dans mes expériences par la lésion de la couche optique a toujours eu lieu du côté de la lésion. J'en dirai de même de la lésion du pédoncule cérébral observée dans l'expérience I.
Je place en tête de ces expériences (1) l'observation d'un chien que j'ai présenté à la Société de biologie, et qui est remarquable à cause de laguérison de l'animal et de la persistance des mouvements de rotation en manège. On trouvera dans cette expérience plusieurs données importantes au point de vue de la théorie des mouvements de rotation.
Expérience I.
Pluie profonde de rhémisphère droit traversant le pédoncule cérébral droit. — Rotation de la tête et des yeux du côté droit.
— Manège de gauche à droite, remarquable par sa persistance.
— Hémiplégie gauche.
Chienne adulte, de taille moyenne.
Le 2i décembre 1867, je perfore, avec une vrille offrant un diamètre d'environ 2 ou 3 millimètres, la voûte crânienne du côté droit, et j'enfonce l'instrument profondément dans le cerveau.
L'animal décrit immédiatement un mouvement de manège de gauche à droite ; il infléchit légèrement la tête du côté gauche en dirigeant le vertex de ce côté, de façon que l'œil gauche soit sur un plan plus inférieur que l'œil droit ; il tourne, au contraire, le museau du côté de l'épaule droite.
Les deux globes oculaires sont tous deux déviés à droite, l'iris
(1) Ces expériences, excepté les expériences III et IV, ont été faites dan? le laboratoire d'anatomie pathologique de la Faculté de médecine.
gauche étant porté dans l'angle palpébral interne, l'iris droit dans rangle palpébral externe, la sclérotique gauche visible, au contraire, dans l'angle externe et la droite dans l'angle interne des ouvertures palpébralos. La pupille droite est très-dilatée, la gauche contractée. Il y a du iiystagmus.
JEn décrivant le manège, le chien s'infléchit en arc à concavité
dirigée à droite.
On constate une hémiplégie gauche notable, surtout accusée dans le membre antérieur qui cède souvent sous l'animal et se recoqueville sous lui.
En marchant, le chien pose souvent la patte antérieure gauche sur sa face dorsale, le membre alors se dérobe sous lui, et l'animal tombe sur le côté gauche.
La sensibilité est diminuée dans la patte du côté gauche.
Les jours suivants, l'animal resta triste et malade en offrant les mêmes symptômes; mais il ne tarda pas à reprendre de l'appétit, de la gaieté, bref à ' se guérir complètement des symptômes généraux dus à l'opération, aussi put-il être bien mieux observé, et c'est l'état qu'il présenta alors que je vais décrire avec détails.
Le chien est intelligent, me reconnaît fort bien ; chaque jour quand j'arrive, avant de me voir, il reconnaît ma voix, et même mon pas, et manifeste sa joie par ses cris, car j'ai l'habitude de lui donner h manger moi-même.
La paralysie du côté gauche a diminué, mais est cependant encore manifeste, surtout dans le membre antérieur qui cède sous l'animal quand on le pousse brusquement. Les troubles de motiUté n'ont jamais été très-apparents dans le membre postérieur.
La sensibilité est diminuée dans les deux membres du côté gauche, car il faut pincer les pattes gauches beaucoup plus vigoureusement que les droites, pour que l'animal les retire ou manifeste de la douleur.
La tête est habituellement légèrement infléchie à gauche, le verlex étant dirigé du côté gauche, l'œil gauche plus rapproché de la terre que le droit; le museau, au contraire, est tourné du côté droit; mais il n'y a pas de raideur dans le cou, et l'on peut aussi bien tourner la tête à gauche qu'à droite. L'animal ne la tourne l'nF.vosT, 8
'106 PIlYSlOLOGllî PATIIOLOGIQUK.
cepondani de lui-même que légèrement du côté gauclin ; et sou corps est généralement infléchi en arc eu concavité légère dirigée du côté droit.
Les deux globes oculaires sont habituellement déviés du côté droit, les deux scléroti(iues élant apparentes du côté gauche de l'animal, cependant le chien peut porter ses deux yeux à gauche, mais moins énergiquement qu'à droite.
11 y a des mouvements légers de nystagmus dans les deux yeux.
La pupille droite est plus dilatée que la gauche, mais elles sont toutes deux contractiles sous l'influence de la lumière, et elles ont été dilatées toutes deux également par une solution d'atropine.
Quand on présente de la viande à l'animal, en la plaçant à sa gauche, il ne la voit pas ; en la plaçant à sa droite, au contraire, il la voit bien et la saisit. J'avais cru d'abord à une hémiopie ; mai par un examen répété des yeux, j'ai pu me convaincre qu'il voyait bien de l'œil droit, et que la vision était, au contraire, abolie daus l'œil gauche. En fermant, en effet, l'œil droit de l'animal et menaçant du doigt l'œil gauche, il ne s'y produit pas de mouvement réflexe tant que l'on ue touche pas à la cornée ou à la paupière. La même expérience faite du côté droit donne des lésuliats contraires, et le chien cligne au moindre mouvement du doigt qui le menace. A l'examen ophthalmoscopique, je n'ai point trouvé de lésion de l'œil gauche, l'aspect du fond de l'œil était semblable des deux côtés.
Le chien a conservé un mouvement de manège de gauche à droite; mais il ue l'exécute pas constamment quand il veut marcher, comme dans les premiers jours. Quand l'animal a la ferme volonté de se diriger vers un but, quand on place à une certaine distance de lui de la nourriture, il se dirige droit devant lui; puis, sans que rien ne rende compte du phénomène, il exécute tout à coup un tour de manège de gauche à droite, quelquefois plusieurs, reprend sa marche directe, puis exécute souvent encore le même mouvement, une fois, deux fois, avant d'arriver à son but, uelquefois, au contraire, il s'y rend directement.
Quand l'animal est laissé à lui-même dans la chambre, et qu'il marche sans but fixé, il tourne presque constamment en manège de gauche à droite. Quand il mange et qu'il est placé devant le vase
qui contient sa nourriture, il exécute encore de temps en temps un tour de manège toujours dans le même sens.
Quand on place très-près de la gauche de son museau un morceau de viande, au lieu de tourner légèrement le museau à gauche pour saisir la proie, il préfère exécuter un tour de manège pour prendre la viande qui se trouve ainsi sur son passage.
Cette tendance au manège à]droite est très-manifeste quand, en se faisant suivre parle chien, on le fait tourner circulairement autour de la chambre. Quand le circuit, ou grand manège, se fait de gauche à droite, l'animal n'a pas de peine à le parcourir, cependant il se trouve comme contraint d'exécuter de temps en temps ce que les écuyers nommeraient une petite yolle à droite, puis il continue le grand manège.
Ce n'est qu'avec une très-grande difficulté que l'animal exécute, au contraire, un grand manège de droite à gauche autour de la chambre, il augmente la fréquence de ses voltcs à droite, et il peut rarement faire le tour complet de la chambre.
Cette impulsion involontaire au manège de gauche à droite devient encore plus remarquable quand l'animal veut monter ou descendre les escaliers. Il se dirige d'abord devant lui, monte quelques marches, puis il hésite, semblant résister à la force comme invincible qui lui commande d'exécuter sa volte à droite, il y résiste quelquefois, mais souvent il cède, il agit alors avec précaution pour ne pas rouler au bas de l'escalier, ce qui lui est arrivé quelquefois; souvent alors il gémit et manifeste son impatience d'être obligé de céder à l'impulsion qui le force à tourner.
Ce n'est point la perte de l'œil gauche qui dirige l'animal ; car les mêmes phénomènes se produisent quand on lui ferme l'œil droit ou que plus simplement encore on place un mouchoir couvrant' ses deux yeux.
Ces symptômes ont subsisté jusqu'au jour où l'on sacrifia l'animal; cependant dans les derniers temps, la tendance à la rotation semblait avoir un peu diminué, et le chien, en marchant devant lui, exécutait de moins fréquents mouv(;menls de manège.
J'ai pu observer longtemps ce chien et constater à plusieurs reprises les phénomènes intéressants que j'ai cru devoir exposer avec
lUO PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE,
détails, comme présentant de l'importance au point de vue de !a théorie des mouvements de rotation. Je les ai fait constater aux membres de la Société de biologie, à laquelle j'ai présenté ce chien à deux époques différentes, avant et après sa complète guérison, et j'ai montré de plus à la Société de biologie les lésions cérébrales trouvées après sa mort.
Ce chien fut sacrifié le 18 janvier 1868.
NÉCROPSIE. — Rien aux méninges, si ce n'est une adhérence peu étendue de la dure-mère à l'hémisphère droit au niveau de la plaie du cerveau.
Hémisphère droit. — On constate une petite plaie triangulaire située sur le lobe sphénoïdal à la partie antérieure de la quatrième circonvolution, en comptant depuis la scissure interhémisphérique, et sur la partie de cette circonvolution qui dépasse antérieurement la troisième circonvolution qui est la plus courte des quatre.
En pénétrant en profondeur, l'instrument a longé la partie inférieure du corps strié droit, en laissant la couche optique en dedans. Il a traversé à sa partie externe la bandelette optique droite, dont la moitié environ de l'épaisseur a été dilacérée. Puis, pénétrant obliquement dans la partie supérieure du pédoncule cérébral droit, la vrille a traversé de part en part ce pédoncule, et est ressortie à la base du cerveau, un peu au-dessous des tubercules raamillaires, et a été arrêtée probablement par les os, qui ne portent pas de trace de lésion.
Le point d'émergence de l'instrument forme une petite plaie arrondie, d'un diamètre d'environ un millimètre et éloigné, comme suit, des diverses parties voisines :
Distance delà partie inférieure des tubercules mamiilaires, 1 millimètre 1/2.
— de la ligne interpédonculaire -. 3 millimètres.
— de la partie externe du pédoncule droit 8 —
— de la partie supérieure de la protubérance 8 —
Le trajet de la plaie est plus ou moins anfractueux, ses parois soHt rosées, très-légèrement jaunâtres par place et sont formées par de la substance cérébrale mêlée de sang et dégénérée.
L'examen microscopique fait découvrir dans ces parties des débris d'éléments nerveux, une foule de corps granuleux dont les uns sont
MOUVEMENTS DE ROTATION. 109 formés par une simple agglomération de granulations graisseuses, et les autres présentent une enveloppe, un noyau et un nucléole (1). Il y a en outre une très-riche prolifération des noyaux des vaisseaux, et un commencement de formation d'une trame cellulaire interstitielle, et de très-rares granulations d'hématosine.
L'hémisphère gauche, les tubercules quadrijtimeaux et les autres parties de l'encéphale sont sains.
Les deux yeux ont été examinés et ne présentaient aucune altération.
On n'a pas non plus constaté, soit à l'œil nu, soit par l'examen microscopique, de dégénérescence descendante de la pyramide antérieure droite, ni de la moitié opposée de la moelle.
Expérience IL
Blessure de l'hémisphère droit, atteignant la partie externe du corps strié. ~ Foi-mation d'un abcès dans ce trajet. — Rotation de la tête et des yeux à droite. Manège très-prononcé de gauche à droite.
Petite chienne adulte de race terrier.
Leôdécembre 1867, je perfore avec une vrille, olTrant undiamètre d'environ 2 à 3 millimètres, la voûte crânienne du côté droit, et j'enfonce l'instrument à une certaine profondeur dans la substance cérébrale. Il ne se produit aucun symptôme.
Je pratique une nouvelle perforation du crâne à peu de distance de la première et j'enfonce plus profondément l'instrument dans l'hémisphère cérébral droit.
Aussitôt l'animal se met à tourner de gauche à droite en décriyant un mouvement de manège à court rayon. La tète est légèrement infléchie sur l'axe de cou, le vertex étant dirigé du côté gauche
(1) M. Uouchard a fort bien décrit la différence de ces deux espèces de corps gramileuX; dus les premiers à la nécrobiose, les seconds à un travail phlegmasiquc. (Voyez Thèse de M. Poumcau, p. 110 et suiv.)
PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQIIK.
(le l'artimal, et l'œil gauche étant sur un plan inférieur à l'œil droit : le museau an contraire est tourné vers l'épaule droite.
Les deux globes oculaires sont dirigés tous deux fortement du côté droit, l'iris gauche atteint l'angle interne, l'iris droit l'angle externe des ouvertures palpébrales. - La sclérotique de l'œil gauche est apparente dans l'angle externe et celle de l'œil droit est apparente dans l'angle interne.
En redressant la tête, ce qui se fait facilement, car il ne semble pas y avoir de raideur dans le cou, la déviation des globes oculaires du côté droit apparaît encore plus évidente.
En tournant, l'animal se jette souvent sur les objets qu'il rencontre, et paraît ne pas voir bien.
On remarque de plus une légère hémiplégie du côté gauche, surtout diins la patte antérieure. L'animal, quand on le pousse, tombe plus facilement sur le côté gauche que sur le côté droit.
12 décembre. — Les mêmes symptômes ont persisté, et, aujourd'hui, ils sont encore plus accusés. L'animal souffre et gémit, il est affaissé, quand on le met sur ses pattes, il s'intléchit en arc de cercle, à concavité tournée à droite. Le museau est dirigé à droite et se rapproche beaucoup de la cuisse droite, les deux globes oculaires sont tous deux tournes du côté droit. En marchant, l'animal décrit un mouvement de manège de gauche à droite, en formant un cercle à rayon plus court encore que le jour de l'opération.
On sacrifie l'animal par pendaison.
Nécropsie. — Hémisphère droit. — Les méninges cérébrales n'offrent rien de particulier. On trouve sur la voûte occipitale deux petites plaies. L'une, très-superficielle, a dépassé à peine la substance grise et a été produite évidemment par la première piqûre que j'avais faite.
La seconde plaie, située plus en dehors, pénètre profondément et, après avoir traversé la substance blanche du centre ovale, elle atteint la partie externe du corps strié. A ce niveau, il s'est formé un vaste foyer purulent, (|ui siège surtout au niveau de la base du corps strié, et de l'irradiation pédonculaire. Ce foyer atteint un diamètre qui égale environ celui du pédoncule cérébral.
Le pus a pénétré dans le ventricule droit et de là a fusé dans le
MOUVEMliNTS Dli ROTATION.
troisième, puis dans le quatrième venlricule, puis, par l'intermédiaire du calamus scriptorius, il s'est répandu sur la partie supérieure; de la moelle, qui est entourée de pus et de fausses membranes.
On trouve dans ce foyer de nombreux leucocytes granuleux et de vrais corps granuleux sans noyaux, formés évidemment par des granulations graisseuses rassemblées en groupes.
Il n'y a pas de dégénérescence descendante appréciabledu pédoncule ni de la pyramide antérieure.
Vhénisphère gauche est sain, de même que le cervelet et ses pédoncules.
Expérience 111.
(Prévost et Cotard, expérience VI.)
Injection de graines de tabac dans la carotide droite {bout périphérique). — Mouvement de manège de gauche à droite. — Hàniplégie gauche incomplète. — Ramollissement purulent de l'hémisphère droit.
19 octobre 1865. — Chienne jeune, de taille moyenne.
Nous injectons dans le bout périphérique de la carotide droite une fort minime proportion d'eau tenant en suspension des graines de tabac. Immédiatement, cris de l'animal qui se débat. Quand il est délié, nous remarquons les symptômes suivants : la ctiienne retombe sur le côté g;iuche et fait de violents mouvements de ses membres gauches pour se relever, puis retombe.
Remis sur ses pattes, l'animal décrit bientôt un mouvement de manège de gauche à droite et dans un petit cercle, la tête est constamment tournée à droite, les yeux regardent aussi de ce côté. Pupilles égales, contractiles.
Ces symptômes deviennent bientôt encore plus manifestes, et en quittant l'animal à cinq heures, nous constatons une hémiplégie incomplète du côté gauche, le mouvement de manège de gauche à droite, la déviation des yeux et de la tête à droite persistent. L'animal retombe toujours sur son côié gauche, le mouvement des pattes
PHYSIOLOGIK rATlIOLOGlOUK.
gauche est difficile; très-souvent il les traîne h demi, et ne pouvant alors les appliquer sur la face plantaire, il appuie la face dorsale des pattes gauches contre le sol et tombe ; souvent alors les pattes gauches (surtout l'antérieure) s'écartent à angle droit et l'animal ne peut les rapprocher qii'avec difficulté. Les mouvements du côté droit paraissent normaux.
Intelligenee. — Conservée; l'animal cherche h se défendre et à mordre quand on veut le saisir.
On le muselle, et il cherche à enlever la muselière avec ses pattes.
Sensibilité. — Moindre à gauche qu'à droite, mais pas éteinte.
20 octobre, dix heures et demie. — L'animal est à peu près dans le même état que la .veille, quoiqu'il puisse mieux se soutenir sur ses pattes gauches. Intelligence nette. Pas de coma. Le mouvement de manège, la déviation de la tôle et des yeux à droite subsistent, mais le cercle du manège paraît plus grand qu'hier.
23 octobre. — L'animal est resté dans le même état qui est décrit ci-dessus, marchant avec plus de facilité cependant que les jours précédents, mais conservant toujours une tendance à la rotation; il continue à paraître triste et malade, son poil est hérissé; il mange cependant un peu, boit beaucoup. Pas de perte de l'intelligence.
Ik octobre. — L'animal tombe dans le coma et meurt à quatre heures.
Autopsie. — Artères cérébrales. — On retrouve trois graines de tabac dans l'artère syivienne droite.
Hémisphère droit. — Paraît tuméfié et s'étale quand on place le cerveau sur sa base; au toucher, il est fluctuant et paraît diffluent. Une tache rouge pointillée d'apoplexie capillaire au niveau de la partie externe du lobe moyen. A la coupe, on trouve toute la substance blanche du centre ovale ramollie et diflluente jusqu'au ventricule latéral. Ce foyer de ramollissement est rempli d'une substance verdAtre, un peu filante et ayant l'apnarcnce de pus mêlé à de la substance cérébrale. L'examen microscopique y fait découvrir des débris de fibres nerveuses, des granulations graisseuses isolées et en groupe, et un grand nombre de corpuscules pyoïdcs
nionlraiu l'existence d'une encéphalite qui était déjà évidente à l'œil nu.
Corps strié. — Présente à sa partie moyenne un petit foyer de ramollissement grisâtre, difilaent, gros comme une lentille. Couche optique. — Saine.
Bémisphère gauche. — Sain.
Cewelet. — Ramollissement rouge avec quelques points d'apoplexie capillaire au niveau du verrais inférieur.
Expérience IV.
(Extrait de Prévost et Gotard, expérience IV.)
Injection de graines de tabac dans la carotide gauche {bout périphérique). — Rotation de gauche à droite. — Déviation des yeux à droite. — Ramollissement des hémisphères, surtout prononcé à droite.
16 octobre 1865. — Jeune chien de taille moyenne.
A trois heures et demie, nous injectons dans la carotide gauche (bout périphérique) environ 15 grammes d'eau tenant en suspension des graines de tabac. Immédiatement après l'opération, le chien est délié et nous constatons les phénomènes suivants :
Rotation de gauche à droite, l'animal exécute un mouvement de manège dans un très-petit cercle. Ce phénomène est passager et. dure au plus trois minutes, après lesquelles l'animal tombe à terre. Les yeux regardent tous les deux à droite ; pupille gauche trèsdilatée, 7 à 8 millimètres ; pupille droite contractée, 2 à 3 millimètres. L'animal pousse des cris plaintifs. Pas d'hémiplégie nette, faiblesse générale.
L'animal ne tarde pas à tomber dans le coma, et meurt dans la nuit.
Nécropsie. — Le lobe moyen de chaque hémisphère présente à sa surface une coloration rosée et une diminution de consistance manifeste avec coloration grisâtre de la substance cérébrale; ce ramollissement devient pitis manifeste au niveau de la scissure interhémisphérique.
PllYSIOLOGIli PATHOLOGIQUE.
RanmllisscuMU violacé occupant le pilier postérieur droit de la voûte a trois piliers; ce pilier est pulpeux et inûltrc de sang.
Les tubercules quadrijumeaux droits sont recouverts d'une bouillie d un gns rosé, composée du tissu cérébral ramolli, adhérant à la picincre, et qui n'est probablement qu'une partie du pilier réduite en bouillie et ((ui est restée adhérente aux tubercules quadrijumeaux Cette bouillie est infiltrée de sang. Après son ablation, nous œnstatons que les tubercules quadrijumeaux sont sains.
Corps strié. — Ramollissement rouge, légèrement pulpeux à la surface, occupant le noyau ventriculaire des deux corps striés, nia/s plus accusé du côté droit, où nous trouvons une partie pointillée rouge d'apoplexie capillaire. Couche optique, pédoncules, cervelet, pilier postérieur gauche sains.
Expérience V.
Blessure de l'hémis/jkère -droit.— Mcmége légeY de gauche à droite. — Rotation de la tète et des yeux à droite.
Lapin. — 10 janvier 1868. — Je perfore avec une vrille la voûte du crâne à droite et j'enfonce l'instrument dans la substance cérébrale.
11 se produit un mouvement de manège de gauche à droite qui dure deux ou trois minutes. La pupille gauche est contractée, la droite dilatée, la paupière gauche abaissée.
Pas d'hémiplégie notable, hébétude. Après une demi-heure, les pupilles sont égales, dilatées, les paupières toutes deux ouvertes. L'animal a une tendance à tourner la tête du côté droit, et quand on l'excite, il tourne plus souvent à droite qu'à gauche. Légère tendance au manège de gauche à droite.
NÉCROPSIE. — Hémorrhagie méningée qui entoure la base du cerveau et le bulbe.
La lésion a porté sur la partie externe de Yhémisphère droit, au niveau de l'union du lobe frontal avec le lobe sphénoïdal ; le pédoncule olfactif droit a été légèrement effleuré.
Il y a un peu de sang dans les ventricules.
MOUVEMliNTS DE ROTATION. li'»
Lesi)artics profondes (corps striés, couches optiques, tubercules quadrijumeaux) ne sont pas atteintes.
, Expérience VI.
Blessure de l'hémisphère droit. — Pas de manège. — Rotation légère de la tête à droite.
Lapin. — il janvier 1868. — Par le même procédé, je fais une blessure du cerveau.
Il ne se produit pas de mouvement de manège manifeste, mais on remarque que l'animal a une tendance à tourner la tête plutôt à droite qu'à gauche, et quand on l'excite, il se dirige plus fréquemment du côté di'oit que du gauche.
Pupilles égales; les yeux ne sont pas sensiblement déviés.
18 janvier. — Les symptômes précédents ne sont plus appréciables et le lapin tourne tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, quand on l'effraye. Il est sacrifié.
NÉGROPSIE. — Légère hémorrhagie méningée à la base. L'instrument a atteint la partie antérieure et externe du lobe frontal droit; la substance cérébrale est mélangée à du sang. Le pédoncule olfactif est coupé dans toute son épaisseur. Le corps strié droit est très- légèrement effleuré à sa partie antérieure et externe.
Expérience VII.
Blessure de l'hémisphère droit et du corps strié. — Pas de manège. — Rotation légère de la tête à droite.
Lapin. — 17 janvier 1868. — Même opération Le lapin ne dérrit pns de manège, mais a une tendance h incliner la tête à gauche en portant le museau à droite; les yeux sont peut-être légèrement déviés à droite (?), l'œil gauche est plus saillant, la pupille plus dilaiée que la droite. Très-léger nystagmus.
18 janvier. — Rien d'appréciable, le lapin est sacrifié.
IIO PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE.
NÉCROPSiE. — L'inslrumeiit a pénétré l'hémisphère droit au niveau de l'union du lobe frontal avec le lobe sphénoïdal. L'hémisphère a été transpercé, et à la base, la plaie est située à 2 millimètres environ en dehors de la naissance du pédoncule olfactif droit.
L'instrument a atteint la partie postéro-externe du corps strié et légèrement la partie antéro-externe de la couche optique. Un foyer sanguin s'étend un peu au-dessous de la couche optique dans l'extrémité antérieure du lobe sphénoïdal.
Expérience VIIL
Blessure de rhémisphère droit. — Couche optique. — Rotation de la tête et des yeux à droite. — Tendance au manège de gauche à droite.
Lapin. — 13 janvier 1868. — Je perfore le crâne et je fais une blessure du cerveau.
La tête est inclinée du côté gauche et en rotation à droite, le museau est dirigé du côté de l'épaule droite. Les yeux sont légèrement déviés à droite, ce que l'on voit surtout en redressant la tête de l'animal ; la sclérotique apparaît alors du côté de l'angle *palpébral externe à l'œil gauche et du côté de l'angle palpébral interne à l'œil droit. Quand on excite l'animal, on observe une légère tendance à tourner en manège de gauche à droite, en décrivant un cercle à grand rayon.
NÉCROPSIE. — La blessure a porté au niveau du milieu de l'hémisphère droit, a traversé le lobe, lacéré la voûte à quatre piliers du côté droit, ainsi que la partie antérieure de la couche optique droite qui est infiltrée de sang.
La plaie n'a pas atteint les parties les plus profondes delà couche optique.
Le corps strié et les autres parties de l'encéphale sont sains.
Expérience IX.
Blessure de l'hènisphère droit. — Corps strié et couche optique. — Rotation de la tête et des yeux à droite. — Manège de gauche à droite.
Lapin. — \1 janvier 1868. — Même opération. Le lapin tonrne la tête à droite en l'infléchissant légèrement du côté gauche de manière à diriger un peu le vertex du côté gauche. Les oreilles sont toutes deux à gauche de l'animal. Les yeux sont tous deux manifestement tournés à droite, la sclérotique apparaît à l'angle externe de l'œil gauche et à l'angle interne de l'œil droit. Pupille gauche plus dilatée que la droite. Légers nystagmus.
Quand on excite l'animal, il exécute un manège à court rayon de gauche à droite.
La patte antérieure gauche semble être un peu plus faible que la droite.
\% janvier. ■— Mêmes symptômes d'hémiplégie gauche très-légère et de rotation en manège de gauche à droite. Pupilles égales. — Le lapin est sacrifié.
NÉCROPSIE. —L'instrumenta atteint la partie supérieure de l'hémisphère droit au niveau de l'union du lobe frontal avec le lobe sphénoïdal, à 2 millimètres environ de la scissure inlerhémisphérique. Il a passé en dehors du corps strié droit qui est comme soulevé et détaché, et a atteint la couche optique droite, dont la substance nerveuse est labourée et mélangée à du sang.
Expérience X.
Blessure de la couche optique gauche. — Rotation de la tête et des yeux à gauche. — Manège de droite à gauche.
Lapin. janvier 1868. - Je pratique par le même procédé une plaie au cerveau.
L'animal infléchit la lète dn côté droit, la tourne à gauche, le mu-
seau étant porté du côté de l'épaule gauche ; les deux yeux sont légèrement déviés à gauche.
L'animal, quand on l'excite, décrit un mouvement de manège de droite à gauche dans un grand cercle.
16 janvier — Même état, pupilles égales, tête et yeux tournés à gauche, manège de droite à gauche.
1 7 janvier. — Nécropsie. — On constate sur la face supérieure de l'hémipphère droit, au niveau de la partie médiane, dans le sens antéro-postérieur et à 1 millimètre environ de la scissure interhémisphérique, une petite plaie de 1 millimètre de diamètre environ.
En s'enfonçant dans la profondeur, l'instrument a obliqué du côté gauche, a traversé le corps calleux sur la ligne médiane et a atteint la paroi antérieure du troisième ventricule, qui contient du sang et de la substance cérébrale mélangée au sang.
On constate que la paroi gauche du troisième ventricule (couche optique) est labourée et infiltrée de sang, surtout au niveau de sa partie antérieure, tandis que la couche optique droite a été simplement effleurée très-légèrement et offre une consistance et une coloration normales.
Expérience XI.
Blessure de la couche optique gauche. — Rotation de la tête et des yeux à gauche. — Manège de droite à gauche.
Lapin. — \^ janvier 1868. — Je fais par le même procédé une blessure du cerveau.
Le lapin tourne la tète du côté gauche et l'incline légèrement à droite les yeux sont dirigés tous les deux du côté gauche, les pupilles sont égales En marchaat, l'animal décrit un mouvement de manège de droite à gauche dans un cercle à court rayon.
16 janvier. — Mêmes symptômes.
17 janvier. — Abattement, pupilles égales, la tête et les yeux sont toujours dirigés b gauche. Le lapin décrit, quand on l'excite, un manège à très-court rayon, de droite à gauche.
Il est sacrifié par décapitation.
NÉCROPSIE. — Pas d'épanchement sous-méningé.
L'instrument a atteint l'hémisphère droit tout près de la partie médiane de la scissure interhémisphérique; il a obliqué à gauche et est allé, en traversant le corps calleux sur la ligne médiane, labourer la couche optique gauche. Il y a là un foyer hémonhagiqiie formé de substance cérébrale, mêlée au sang, et comprenant toute l'épaisseur de la couche optique. — La couche oi)tique droite est à peine effleurée.
I>es corps striés n'ont pas été atteints.
Je dois répondre maintenant à une objection que l'on ne manqueiait pas de me faire. 11 est vrai , peut-on dire, qu'un animal qui offre un mouvement de manège de gauche à droite par exemple, à la suite d'une lésion faite dans l'hémisphère droit, présente un certain degré d'hémiplégie gauche, et souvent une attitude spéciale de la tête et des yeux qui sont en rotation du côté droit et souvent agités de nystagmus.
Il est vrai que chez un apoplectique offrant un foyer dans l'hémisphère droit et une hémiplégie gauche, les yeux et la tête sont souvent tournés du côté droit ; c'est là une simple coïncidence, une analogie entre ces deux cas, et non une similitude : oi!i sont en effet les mouvements de translation de l'hémiplégique ? pourquoi n'offre-t-il pas dans son lit un mouvement représentant le mouvement de manège? D'ailleurs, dans tous les cas où l'on a observé le mouvement de manège, on n'a pas toujours vu une déviation des yeux et de la tête du côté de la rotation (1).
Je répondrai d'abord à cette dernière objection que,
(1) Voyez à cet égard, Brown-Scquard, à propos d'un cas de tournoiemiint observé chu/, im enfant par M. Le Brel {Mén. de lu Soc. de bioL, i'" sûr., Il, p. 7). — Vnlpian, Lernns de phytiol. du système nei'7wu.T, p. 596.
s'il est des cas où l'on a observé des mouvements de rotation sans déviation des yeux , ces cas sont rares et exceptionnels ; on a aussi cité d'un autre côté, chez les animaux, des cas dans lesquels une déviation conjuguée des yeux n'était pas accompagnée de rotation.
Quant à la première partie de Tobjection, je rappellerai pour y répondre ce que j'ai dit plus haut sur la prédominance d'action que les hémisphères ont chez l'homme relativement aux mouvements volontaires. Il se peut fort bien que l'absence de translation provienne de la plus grande intensité de l'hémiplégie. D'ailleurs, comme je l'ai montré, il s'agit ici d'un mouvement de manège, et pour s'assurer qu'il n'existe pas, il faudrait, au lieu de laisser l'hémiplégique dans le décubitus dorsal, le faire marcher de la même façon que l'animal qui exécute un mouvement de manège, ce qui, on l'avouera, n'est guère praticable.
Je dois ajouter que si ta tendance à la translation est rarement signalée dans mes observations, il en est cependant quelques-unes dans lesquelles on a cru en remarquer quelques vestiges. Les malades avaient quelquefois de la tendance à tomber de leur lit du côté opposé à leur hémiplégie, du côté de la déviation oculaire; d'autres fois les malades avaient de la tendance à se placer en travers dans leur lit. Cette sorte d'entraînement s'est montrée encore plus manifeste chez la malade de l'observation LVIII, que l'on a vue avoir de la tendance à tourner sur son axe (mouvement de toupie).
M. Laborde (1) a constaté chez un vieillard, alors que
(1) Leven, Nouv. rcch. sur lu pln/s-, d la pnfli. iht crrrelef {Mém. f/r lu ^oc, debiol., 1864, p. 106).
MOUVEMENTS DE ROTATION. l^J-
le corps strié et la couche optique étaient ramollis et profondément désorganisés, l'entraînement latéral et une tendance à l'incurvation en arc.
11 existe en outre quelques observations dans la science dans lesquelles un mouvement, semblant se rapprocher du mouvement de manège , a pu être observé dans des cas de tumeurs ou d'autres lésions d'un hémisphère.
Le cas le plus remarquable à tous égards est celui que cite M. Mesnet(l) dans son mémoire.
Extrait du cas de M. Mesnet : observation recueillie avec le concours de M. Brouardel, interne du service.
François D..., A2 ans, entré à l'hôpital le U mai, mort le 27 juillet 1861.
Ce malade qui, depuis plus de deux ans, éprouve des douleurs de tête et de la faiblesse générale, offre, pendant son séjounà l'hôpital, les symptômes suivants :
De l'hébétude et une hémiplégie gauche peu caractérisée et visible seulement par un examen attentif.
« En faisant marcher le malade, on ne constate pas de faiblesse anomale de la jambe gauche ; mais s'il veut faire un effort, s'il veut monter sur son lit par exemple, il ne cherche jamais à s'enlever sur la jambe gauche, c'est toujours sur la jambe droite qu'il prend son point d'appui.
» Il meut librement ses membres, il active ou retarde le pas, il tourne sur lui-même sans hésitation, bien que son pas soit lourd et sa démarche pesante; mais il présente le phénomène singuHer, qu'il lui est impossible de marcher directement vers le but qu'il veut
(1) Mesnet, ArclL. de mid., 1862, p. hik. Dans ce cas, il n'est pas fait ineniion de déviation des yeux ni de la tète.
pnKvosT. 9
atteindre. // est toujours entraîné vers sa droite, de lelle sorte que pour aller chercher la garde-robe placée à vingt pas de son lit, il va se heurtant au mur de la salle, et pour regagner sa place, il accroche, en passant, tous les lits placés en regard de la muraille et qui se trouvent alors situés à sa droite.
» Cet entraînement que subit le malade se répète chaque fois qu'il veut marcher, et se montre avec d'autant plus d'évidence qu'il marche dans un couloir, dans un endroit plus rétréci. »
Ce malade est pris d'attaques épileptiformes, son état s'aggrave ses forces s'affaiblissent, et il meurt le 25 juillet.
NÉCROPSIE. — On trouve une tumeur ovoïde dfe la grosseur d'un œuf de poule, développée dans l'épaisseur même de lâ substance du lobe antérieur droit.
Cette tumeur a refoulé en arrière le genou antérieur du corps calleux vers le corps strié, qui lui-même est aplati et refoulé sur la couche optique.
La moitié antérieure du ventricule latéral droit est complètement effacée et remplie par la tumeur.
En examinant attentivement ces faits expérimentaux et pathologiques, on doit reconnaître que chez les hémiplégiques la rotation de la tête du côté de l'hémisphère malade, et la déviation conjuguée des deux globes oculaires dans le même sens , sont les représentants exacts d'un mouvement de rotation en manège.
Mouvements de rotation produits par des lésions uni-latérales de l'isthme encéphalique.
Aussi apparents chez les vertébrés inférieurs que chez les mammifères, les mouvements produits par les lésions de l'isthme encéphalique sont tantôt un mouvement
(le manège, tantôt un mouvement gyratoire ou de rotation sur l'axe.
J'ai signalé plus haut une des causes d'obscurités relativement à la détermination du sens de la rotation sur l'axe ; je ne reviendrai pas ici sur ce sujet, mais je rappellerai simplement que le sens du mouvement sur l'axe est le même que celui du manège, que ces deux mouvements s'effectuent dans le sens indiqué par la déviation des yeux, et que si l'animal se déplace sur le sol dans un sens opposé à la rotation qu'il effectue sur son axe, cela dépend uniquement du frottement du sol.
Le sens de la rotation, dans le cas de lésion unilatérale de l'isthme, est variable, suivant le point de l'isthme qui a été atteint, et il n'est pas rare d'observer, pendant les premiers moments qui suivent l'opération, un mouvement de manège dans le sens opposé à celui qui s'établit définitivement quelques minutes plus tard. C'est là une particularité que m'a fait observer M. Vulpian.
Examinons le sens de ce mouvement de rotation suivant les diverses lésions unilatérales de l'isthme.
Magendie (1), spécifiant mieux des phénomènes déjà entrevus par Pourfour du Petit (-2) et par Serres (3), observa que la lésion du pédoncule cérébelleux moyen, donnait lieu à un mouvement rotatoire qui se produit iouiouvs du même côié que la section ; il remarqua, en outre, que l'œil du côté blessé se dirige en bas et en
(1) Magendie, Journ. de pliys. expérim., 182i, t. IV, p. 399, et Leçons sur les fonctions elles malad. au syst. nerv. Paris, 1839.
(2) Pourfour du Petit, TSouv. syst. du cerveau. Paris, 17C{i.
(3) Serres, Journ. de phys. expérim. de Magendie, 1823, t. 111.
avant, celui du côté opposé est porté en haut et en arrière. Macajendie, en faisant une section du cervelet, de manière à laisser intacts les trois quarts à gauche et ledernier quart à droite, observa que l'animal roula à droite, et que les yeux se placèrent comme s'il avait coupé le pédoncule droit.
M. Longet (1), dans son Traité danatomie et de physiologie du système nerveux, avance, de même que Lafargue ('2), que la rotation s'effectue, au contraire, du côté opposé à la section d'un des pédoncules cérébelleux moyens.
Depuis lors, M. Longet (3) a émis l'opinion que cette différence entre ses résultats et ceux de Magendie tient à ce que le pédoncule moyen contient, en arrière surtout, des fibres non entrecroisées et en avant des fibres entrecroisées.
Avec les lésions partielles d'un pédoncule cérébral faites immédiatement au devant de la protubérance, et un peu au delà, M. Longet observa un mouvement de manège du côté opposé à la lésion; tandis que Magendie, dans des cas de lésion d'un pédoncule cérébral, avait observé un mouvement circulaire du côté de la lésion.
M. Claude Bernard (4), en blessant le pédoncule cérébralen arrière del'prigine des trijumeaux, observaque le roulement se faisait du même côté où la section avait été pratiquée. En faisant, au contraire, la section au devant de l'origine des trijumeaux, il observa le tournoiement du côté opposé à la section.
(1) Loiigct, Anat. et physiol. du système nerveux. Paris, 1842.
(2) Thèse de Paris, 1838.
(3J Voy. Traité de physiologie, 18G0, t. II, p. 406.
(4) Mém. de la Soc. de biologie, aniu;e 1849.
MOUVEMENTS DE ROTATION. l^û
M. Schiff observa, dans le cas de lésion des parties postérieures d'un pédoncule cérébral, un mouvement rotatoire du côté lésé.
M. Brown-Sequard (1), dans les cas de lésion de quelques parties du pédoncule cérébral situées près de la couche optique, observa un mouvement circulaire du côlé opposé à la lésion ; il obtint une rotation dans le même sens avec des lésions portant sur les parties antérieures et supérieures du pont de Varole, la partie du bulbe où s'insère le glosso-pharyngien, la partie de la moelle épinière où s'insèrent les deux ou trois premières paires de nerfs.
M. Brown-Sequard observa, au contraire, un mouvement rotatoire du côté lésé, avec les lésions voisines de l'insertion des racines inférieures du nerf vague ; il observa, avec M. Martin Magron, le même sens de rotation lors des lésions du bulbe portant sur les parties où s'insèrent le uerf auditif et le nerf facial.
M. Vulpian (2), en blessant le plancher du quatrième ventricule, observa une rotation de la tête et des yeux du côté opposé à la lésion, quelquefois un mouvement de manège du côté indiqué par la déviation oculairC; quelquefois une rotation sur l'axe dans le même sens, et un déplacement de l'animal sur le sol dans le sens opposé.
M. H. Paris (3) publia un cas d'hémorrhagie de la
(1) Voy. Note sur les mouvements rotatoires, dans Journ. de physiologie du docteur Brown-Sequard. 1860, t. HI, p. 721,
(2) Voy. Effets des lésions' du planclier du quatrième ventricule, etc. . (Mém. de In Soc. de biologie, année 1861).
(3) II. Vims, Journal de plisiologie du 'docteur Brown-Sequard. 1860, t. 111, p. 717.
l^O PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE.
partie latérale gauche de la protubérance, qui a donné lieu, chez un chat, à un mouvement de manège de droite à gauche, c'est-à-dire du côté de la lésion.
MM. Leven et Ollivier (1), dans des expériences nombreuses pratiquées sur le cervelet, ont observé souvent le mouvement de manège ou des mouvements de rotation s'effectuant le plus ordinairement du côté opposé au côté lésé ; mais quelquefois du côté de la lésion.
On voit, par cet exposé, que le sens du mouvement de manège et du mouvement de rotation sur l'axe produits par des lésions latérales de l'isthme, peut varier suivant les parties atteintes. Dans ce cas, comme le fait remarquer M. Vulpian, dans son Cours de physiologie (p. 586) : « Le sens des mouvements de rotation en » manège a lieu le plus souvent du côté opéré vers le » côté sain, c'est-à-dire de gauche à droite, si la lésion » est à gauche. Toutefois, il n'est pas rare de voir le » mouvement de manège se faire dans le sens inverse.»
Mes expériences personnelles ont confirmé exactement ces données.
On doit rapprocher, sous ce point de vue, des lésions de l'isthme, les lésions d'une couche optique et d'un tubercule quadrijuraeau ; les auteurs, comme je l'ai dit, n'ont pas été tous d'accord à leur égard ; mais comme je l'ai fait remarquer plus haut, il est fort possible qu'en attaquant postérieurement la couche
(1) M. Leven et A. Ollivier, Becherches sur la phys. et la path. du cervelet {Arch. gén. deméd., 1862, t. 11).— Voyez aussi, Gnitiolct t-t Leven, Sur les mouvements de rotation sur l'axe que déterminent les lésions du cervelet {Compte rendu Ac. 4-c., 1860). — Leven, Nouv. reck. sur la phys. et la path, du cervelet [Mém. Soc. de biol., 1864).
MOUVEMENTS DE ROTATION. i^'
opliquo, un i3Xcilo les parties latérales de l'islhiiie, lo? effets produits sont alors dus à l'isthme encéphalique : on a vu, que dans mes expériences, j'ai toujours obtenu, en attaquant de haut en bas la couche optique, une rotation du côté de la lésion. Dans les observations du groupe VII, dont plusieurs offraient une lésion limitée à la couche optique, ou s'étendant au pédoncule cérébral la rotation de la tête et des yeux a toujours eu lieu du côté de la lésion et du côté opposé à l'hémiplégie.
Quant aux tubercules quadrijumeaux ou bijumeaux, j'ai pu me convaincre, par des expériences faites chez la grenouille dont ces parties sont facilement découvertes, que le sens de rotation varie suivant le point lésé. La rotation m'a paru se faire le plus habituellement dans le sens de la lésion, si celle-ci siège à la parlie tout k fait antérieure du tubercule, et du côté opposé si l'on attaque les parties moyennes ou postérieures du tubercule bijumeau : dans ce dernier cas, la rotation est plus prononcée et plus persistante.
Ces différences dans les résultats obtenus avec les lésions Je l'isthme se conçoivent très-bien quand on songe que les entrecroisements des fibres nerveuses ne sont pas encore complets à ce niveau, comme ils le seront à un niveau plus supérieur.
Les données physiologiques que je viens d'exposer sont très-précieuses au point de vue des observations du groupe Vm. Dans trois de ces observations, en eff'et(Lll, LUI, LV), la rotation des yeux de la tête s'était faite du côté opposé à la lésion de l'encéphale. Dans l'une au contraire (LIV), cette rotation avait lieu du côté du foyer encéphalique. Dans toutes ces observations, la lésion
siégeait dans l'isthme de l'encéphale, et comme je viens de le montrer, la rotation observée dans ce cas chez les animaux se fait le plus habituellement du côté opposé à la lésion encéphalique.
Ces observations qui. au premier abord, pourraient paraître exceptionnelles, sont donc un argument noupeau en faveur de l'opinion que j'avance en assimilant la rotation de la tête et des yeux aux phénomènes de rotation observés chez les animaux.
Les faits de véritable rotation observés chez l'homme, dans les cas de lésion unilatérale de l'isthme, sont moins jares que ceux qui dépendent d'une lésion de l'un des hémisphères : l'observation LV, chapitre I, en fournit un exemple. En publiant ce fait, M. Vulpian l'accompagna d'une note détaillée et intéressante relativement à ces phénomènes.
Le malade observé par Serres (1), avant que Magendie ait rendu compte de ses expériences sur les pédoncules cérébelleux moyens, présentait une lésion du pédoncule cérébelleux droit et tournait sur lui-même de droite à gauche.
La malade observée par Belhomme roulait le plus souvent à droite, quelquefois à gauche, et une exostose comprimait surtout le pédoncule cérébelleux gauche.
Plusieurs faits analogues ont été réunis dans différents mémoires, dans ceux de MM. Roth (2), Hillairet (3), Mesnet (û), Leven et Ollivier (5) Ladame (6), etc.
(1) Sevrns, Jourti. dephys. de Magenclic. 1823, t. MI.
(2) Roth, Histoire de la chorée anormale. Paris, 1850.
(3) Hiliairet, HémorrJiagiei cérébelleuses {Arclt. gén. de méd,, 1858, 1. I). j [U) Mesnet, loc. cit.
(5) Leven et Ollivier, loc. cit.
(6) Ladame, Hirngescliuuûlste W'urfzôurr/, 1865.
Les citer avec détails n'ajouterait rien au sujet que je traite ; d'ailleurs, dans ces cas, la déviation des yeux n'a pas toujours été exactement notée et il est fort souvent difficile, comme je l'ai dit, de comprendre le sens dans lequel s'effectuait la rotation.
Les faits expérimentaux et pathologiques que j'ai cités suffisent pour prouver que dans les lésions latérales de l'isthme le sens de la rotation est sujet à varier suivant le point lésé.
Plusieurs auteurs, et en particulier M. Brown- Sequard (l)etM. Mesnet (2), ontsignalé descasd'épilepsie dans lesquels le début de l'attaque était caractérisé par un mouvement gyratoire sur l'axe; ces cas peuvent être rapprochés des observations citées cidessus.
J'ai eu l'occasion de voir, l'an dernier, à l'une des consultations de l'Hôtel-Dieu, un jeune homme affecté depuis longtemps d'attaques d'épilepsie qui survenaient périodiquement tous les mois. Ce malade m'affirma de lui-même qu'il ressentait, avant de tomber, une sorte d'attraction invincible de ses deux globes oculaires, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, mais plus souvent, croyait-il, du côté droit ; il s'écriait alors : « Voici mon attaque! » et perdait connaissance; ses camarades d'atelier lui auraient dit, qu'avant de tomber, il tournait plusieurs fois sur ses pieds. Comme je n'ai pas assisté moi-même à ce phénomène, je ne puis le citer qu'avec réserves; mais je dois dire que ce malade m'a conté
(1) Ij)c. cit.
(2) Loc. cil.
JOU PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUK .
de lui-même ces tails, sans que je laie interrogé à cet égard, et qu'il n'avait aucun intérêt à me tromper.
Je ne parlerai pas ici de troubles divers de la motilité, qui ne rentrent pas dans le type des mouvements circulaires; on sait en effet qu'avec les lésions de l'isthme et du cervelet en particulier, on a signalé des mouvements variés, une propension à tomber sur la tête, à tomber en arrière, à perdre l'équilibre, etc.
Mais ces cas, dans lesquels la position des yeux a été rarement spécifiée, ne rentrent pacs dans le cadre que m'ont tracé mes observations pathologiques.
J'exclus aussi de ce travail tous les cas de strabisme qui s'observent fréquemment avec des lésions de l'isthme, car, comme je l'ai dit, le phénomène de déviation conjuguée des yeux n'a pas de rapport, selon moi, avec le strabisme.
QUELQUES REMARQUES RELATIVES A LA THÉORIE DE LA DÉVIATION CONJUGUÉE DES YEUX ET DES MOUVEMENTS DE ROTATION.
Doit-on considérer la déviation conjuguée des yeux et la rotation de la tête que j'ai décrites dans ce mémoire comme le résultat d'une paralysie? Doit-on , au contraire, en faire le résultat d'un mouvement actif des muscles antagonistes de ceux qui seraient paralysés?
C'est là, je l'avoue, une question très-difficile, si ce n'est impossible à résoudre dans l'élat actuel de la science.
J'ai assimilé le phénomène de déviation conjuguée
des yeux aux mouvements de rotation observés chez les animaux dans des cas de lésions analogues ; aucune des théories que l'on a proposées pour expliciuer ces mouvements de rotation n'est vraiment satisfaisante.
Je n'ai nullement l'intention de discuter ici ces théories; ce sujet a été traité d'une manière complète par M. Vulpian (1), et je n'aurais rien à njouter à cequ'il eu a dit; mais j'attirerai l'attention sur quelques points de mes observations pathologiques et de mes expériences qui se rapportent à ces théories.
A l'état normal, les mouvements synergiques des globes oculaires sont assez difficiles à interpréter. M. Foville fils (2), comparant ingénieusement les deux yeux à un attelage à deux chevaux, interprète ainsi les entrecroisements nerveux qui doivent exister dans la protubérance. Le nerf moteur oculaire commun d'un côté offrirait un noyau commun d'origine avec le nerf moteur oculaire externe de l'autre œil, et la déviation oculaire résulteraitde la paralysie de l'un de ces noyaux d'origine.
Dans la paralysie du nerf moteur oculaire commun, la déviation de l'œil en dehors est habituellement accompagnée de la chute de la paupière et de la dilatation de la pupille. Or, j'ai montré (chap. Il) que la chute de la paupière et la dilatation pupillaire étaient exceptionnelles dans le cas de déviation conjuguée des yeux.
Lorsque ces symptômes sont observés, ils ne se montrent point simultanément dans le même œil, et ils existent souvent dans l'œil opposé à celui qui, d'après
(1) Vulpian, Mém, de la Soc. de hioL, 1861, et Cours dephysiol., 1866.
(2) Loc. cil.
son attitude, devrait offrir une paralysie du nerf moteur oculaire commun.
D'ailleurs, les mouvements des yeux du côté opposé à leur déviation sont rarement abolis et les iris peuvent ordinairemént gagner tout au moins le milieu des ouvertures palpébrales, et par un effort du malade, ils dépassent souvent ce niveau ; ce qui ne serait pas le cas avec une paralysie conjuguée.
11 est difficile de voir dans ce phénomène une contracture, car j'ai montré que quand la tête était en rotation du côté du foyer cérébral, il y avait tantôt contracture, tantôt flaccidité complète du cou.
L'expérience I, que j'ai publiée avec détails, est instructive relativement aux théories des mouvements de rotation.
Devant ce fait et les trois suivants, on ne peut pas dire avec certains auteurs que l'animal se pousse du côté le plus faible, puisque ces chiens tournaient tous du côté opposé à leur hémiplégie.
On ne peut pas attribuer la rotation à la contracture de certains groupes musculaires, puisque cette contracture n'existait pas.
On ne peut pas soutenir davantage l'opinion qui repose sur la paralysie de certains groupes musculaires, puisque l'animal se servait aussi bien de ses membres faibles que des autres, pour exécuter sa rotation.
On ne peut point attribuer la rotation à la direction des yeux ou à la perte de l'œil gauche, puisque les mômes phénomènes se montraient quand les yeux étaient fermés.
Devant ces faits pathologiques et expérimentaux, on
CONCLUSIONS. A^'
est forcé de se rapprocher des hypothèses de Magendie ou de Flourens, modifiées par M. Vulpian, et d'admettre simplement « qu'il y a une tendance impulsive d'origine encéphalique qui joue le principal rôle dans ces phénomènes » .
Mais ce vertige cérébral admis, à quoi est-il dû?
Avouons notre ignorance et contentons-nous de définir les faits que nous ne pouvons expliquer dans l'état actuel de la science.
CONCLUSIONS
V II est fréquent d'observer dans les cas d'hémiplégie une déviation conjuguée des deux globes oculaires, qui n'offre pas de rapport avec le strabisme.
'îT Cette déviation conjuguée des yeux est souvent accompagnée d'une rotation de la tête sur son axe.
3" Dans le cas de lésion siégeant dans l'un des hémisphères cérébraux, la déviation des yeux et de la tête suit une règle constante et se fait du côté opposé à l'hémiplégie, du côté de l'hémisphère malade.
li" Dans le cas de lésions siégeant dans l'isthme encéphalique, la déviation des yeux et de la tête peut avoir lieu du côté opposé à la lésion.
5° On peut observer ce symptôme dans les cas de lésions superficielles d'un hémisphère et môme dans des cas de lésions unilatérales des méninges, la déviation a toujours eu lieu alors du côté de la lésion.
CONCLUSIONS
6" Ce symptôme devient plus fréquent quand la lésion se rapproche du corps strié et de l'irradiation du pédoncule cérébral.
T C'est surtout dans les attaques brusques que s'observe cette déviation.
8" Sa durée est généralement passagère, mais peut être longue dans certains cas.
9° Cette déviation de la tête et des yaux peut être très-utile dans le cas de diagnostic incertain d'une lésion cérébrale unilatérale.
10° La déviation conjuguée des yeux et de la tête peut être assimilée aux phénomènes de rotation en manège observés chez les animaux, qui offrent une lésion unilatérale de l'encéphale. En effet :
11" Il résulte de l'analyse des faits cités par les auteurs et de mes expériences personnelles :
a. Que dans le cas de lésion siégeant dans un hémisphère cérébral, le mouvement de manège s'effectue du côté de la lésion et est généralement accompagné d'une déviation conjuguée des yeux et d'une rotation de la téte dans le même sens.
b. Qu'une lésion de l'isthme encéphalique donne lieu à un mouvement de manège et à une déviation des yeux et de la tête dans un sens souvent opposé au siège de la lésion.
Ce mouvement de manège se convertit alors, dans certains cas, en une rotation sur l'axe s'effectuant dans le même sens 5 l'animal étendu sur le sol se déplace, et roule, grâce au frottement du sol, du côté opposé à la rotation qu'il décrit sur son axe.
12° Les phénomènes de rotation de la tête et de dévia-
CONCLUSIONS. 135
lion conjuguée des yeux observés chez les hémiplégiques répondent exactement à ces fails expérimentaux ; ils ont quelquefois été accompagnés de véritables mouvements de translation ou de rotation, et doivent être classés dans le même ordre de faits.