‹ De la déviation conjuguée des yeux et de la rotation de la tête dans certains cas d'hémiplégieChapitre 3 sur 25 · HISTORIQUE. — PLAN ET DIVISION DU SUJET · texte numérisé non relu

HISTORIQUE. — PLAN ET DIVISION DU SUJET

Il est étonnant qu'un symptôme qui est loin d'être rare dans l'attaque apoplectique, et qui frappe imuiédiatement les observateurs qui le connaissent, ait presque complètement passé inaperçu et soit si rarement signalé par les auteurs qui ont traité des maladies cérébrales. J'ai pu cependant recueillir quelques indications à cet égard.

M. Cruveilhier, dans son Atlas d'anatomie pathologifiue (livraison 33, t. Il), parle d'un cas d'hémiplégie gauche, avec rigidité précoce du membre supérieur. « La face, dit-il, est tournée à droite, avec rigidité des muscles du cou. Les tentatives que je fais pour ramener la face à gauche sont infructueuses k raison de la douleur. Voilà plusieurs fois que j'observe ce phénomène qui se rattache au même ordre de faits que la rigidité du membre supérieur. »

A la nécropsie, on trouva, outre une pneumonie, une

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hémorrhagie du corps strié , un foyer du volume d'une noix qui occupait l'épaisseur d'une des circonvolutions postérieures, et des foyers miliaires disséminés dans là protubérance et ailleurs, avec petites cicatrices.

Dans les recherches que j'ai faites dans les traités de Rostan, Rochoux, dans ceux de M. Andral, de M. Geudrin, je n'ai trouvé la déviation des globes oculaires et là rotation de la tête signalées dans aucune observation ; ce symptôme ne paraît cependant pas avoir complètement échappé à ces deux derniers auteurs.

En effet, M. Andral dit dans sa Clinique (3' édition, 183/1, t. V, p. 359) :

« La paralysie des muscles qui ilhpriiiieht le mdiivement âux globes oculàii^ës, se dénoté par là déviation constante de ces globes dans uti sens ou dans ùii autre; c'est alors le strabisniè (1), qu'on observe le plus communémerit : rbais ce phénomène lui-niêmé est fort rare, et on ne le trouve presque jàitiais noté dans les nombreuses observations publiées siir l'hémorrhagie cérébrale; nous ne l'avons nous-même rencontré que dans un petit nombre de cas. Pour qu'il se piroduise, il faut que les muscles antagonistes de ceux qui portent le globe de l'œil en bas et eh dedans soient frappés de paralysie. »

Quant à M. Gendrin (2), il s'expr-ime ainsi qu'il suit :

« Les muséles cervicaux participent à l'hémiplégie

(1) 11 est difficile de savoir si M. Andral a voulu parler du strabisme ou de la déviation conjuguée des deux globes oculaires, symptômes fort différents l'un de l'autre, comme je le montrerai plus loin.

(2) Gendrin, Médecine pratique, t. 1, p. 415.

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sans qu'il en résulte de déviation et même de gôn(^ apparente dans les mouvements du cou, lorsque la paralysie n'atteint pas en même temps les muscles trapèze et sterno-cléido-mastoïdien. Quand ces derniers muscles sont en même temps paralysés ou même quand ils .le sont sans les autres muscles du cou, ce qui est néanmoins rare, la face est tournée du côté malade, en même temps que la tête est penchée vers l'épalile opposée. »

Dans une série d'observations de maladies des centres nerveux, recueillies en 1833 à l'hôpital de la Pitié dans le service du professeur Rostan, par A. Duplay, son chef de chnique (1), j'ai trouvé signalée dans l'observation VII une torsion du cou et une déviation des yeux, iiiais la déviation des yeux est notée comme ayant eu lieu du côté paralysé, et la rotation de la tête, du côté opposé. Le foyer hémorrhagique était situé dans l'hémisphère opposé à la paralysie. Ce cas serait en contradiction, comme on le verra plus loin, avec la règle que j'ai observée, et qui est basée sur des faits nombreux : je suis tenté de croire que dans cette observation on a fait erreur dans la détermination du sens de la déviation des globes oculaires.

Dans les nombreuses observations qui sont publiées dans le Traité des maladies des vieillards de M, Durand- Fardel (2), j'ai trouvé la déviation des yeux signalée une seule fois (page 131); cette déviation avait lieu, selon la règle, du côté opposé à l'hémiplégie.

(1) Archives de médecine, série 2, t. 11, p. 480. ^ (2) Duraiid-Fardel, Traité clinique et pratique des maladies des vieillards. Paris, 1854.

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Mais la déviation des yeux n a pas frappé M. Diirand- Fardel, qui n'en parle pas dans la partie didactique de son ouvrage; cet auteur a ajouté une plus grande importance à la rotation de la téte qui marche trèsordinairement de pair avec elle, car il dit (page 119), en parlant des symptômes du ramollissement qu'il nomme chronique :

« La contracture peut apparaître à des époques trèsdifférentes de la maladie ; tantôt au début et pour faire place ensuite à la résolution ; tantôt, au contraire, consécutivement à une simple résolution. Quelquefois elle persiste pendant toute la durée de la maladie, ou bien elle apparaît par intervalles dans son cours. Elle peut offrir toutes sortes de degrés d'énergie, tantôt occupant toutes les jointures des membres paralysés, tantôt une ou deux seulement. Il est rare qu'elle se montre dans les membres non paralysés ; on l'observe moins rarement au muscle sterno-mastoïdien, d'où il résulte une déviation de la tête du côté opposé aux membres contracturés. »

Dans l'année 1858, M. le docteur A. Foville fils lut à la Société anatoraique, séance du 2 juillet, une note intitulée : Sur une paralysie peu connue de certains muscles de l'œil et sur sa liaison avec quelques points de l'anatomie et de la physiologie de la protubérance annulaire (1).

Il s'agissait d'une hémiplégie faciale gauche avec hémiplégie droite des membres, non suivie d'autopsie. « Les globes de l'œil, nous dit M. Foville dans cette

(1) Voyez Mém. de la Société anat., 1858, et Gazette hebdomadaire,

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observation, peuvent se porter en haut, en bas et à droite. Quand le malade veut regarder du côté gauche, les yeux une fois parvenus au miheu de l'espace interpalpébral s'arrêtent sans pouvoir passer outre, et pour voir vers sa gauche le malade doit faire un mouvement de rotation de toute la tête. J'ai pu constater, ainsi que les personnes présentes, qu'il y avait paralysie du muscle droit externe (abducteur de la pupille) à gauche, du muscle droit interne (adducteur) à droite. Les autres muscles moteurs du globe de l'œil étant intacts des deux côtés. »

M. Foville propose une théorie pour expliquer ce phénomène qui lui était complètement inconnu, j'aurai l'occasion de revenir sur les opinions de cet auteur dans le chapitre III, consacré à la physiologie pathologique.

Dans un très-intéressant mémoire sur les paralysies alternes, M. Gubler (1) rapporte les opinions émises par M. Foville. Il est tenté de les admettre et ajoute :

« Plusieurs faits pathologiques, où l'on a rencontré simultanément un strabisme interne d'un côté et externe de l'autre, donnent déjà un certain degré de vraisemblance à cette vue ingénieuse, et je me demande si ces cas assez peu rares où les apoplectiques regardent toujours invariablement du même côté ne pourraient rentrer dans cette catégorie. »

Dans un travail plus récent, M. Bamberger (2) signale,

(1) Gubler, Mémoire sur les paralysies alternes en général, et particU' lièrement sur l'hémiplégie alterne avec lésion de la protubérance annulaire {Gazette hebdom., 1858, p. 837).

(2) Bamberger, Ucber Hirnkranicheiten {Vcrhandlungen der phys, med, Ges, in ursbï^rg, 1856, t. VI, p. 295).

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clans une observation d'hémorrhagie méningée, une déviation des yeux et de la tête que je puis rapprocher des cas observés récemment par M. Lépine (1) et que je reproduis (ch. I, obs. VII et VIII).

Mais M. Bamberger n'insiste nullement sur ce symptôme, qui ne l'a évidemment pas frappé.

J'en dirai de même de la 127" observation de M. Calmeil (2), dans laquelle l'auteur, sans y insister, signale qu'un malade frappé d'une attaque apoplectique avec hémiplégie droite avait les yeux tirés du côté gauche.

Plusieurs auteurs anglais qui n'avaient pas eu connaissance des travaux que je viens d'énumérer, ont insisté récemment sur la déviation des yeux dans l'hémiplégie, symptôme sur lequel M. Lockhart-Clarke avait attiré leur attention ; c'est ainsi qu'ont été publiées plusieurs observations et quelques notes intéressantes par MM. Lockhart-Clarke, Hughlings Jackson, Humphry, Russell Reynolds, Boadbent, Garrett (3). Toutes ces observations peuvent se 'rapprocher des groupes IV et V, du chapitre 1" ; dans toutes la déviation des yeux avait eu lieu du côté opposé à l'hémiplégie.

Enfin, je dois ajouter que M. Schiitzenberger (4), dans un article sur l'apoplexie, dit :

« Signalons enfin, chez quelques apoplectiques, les mouvements désordonnés, convulsifs, mais associés, analogues à ceux que les physiologistes déterminent chez

(1) Lépine, Note sur deux cas d'hémorrhagie sous-màningée {Gazette méd. de Parts, 1867, p. 700 el 798, ei Mém. dé la Soc. de biologie.)

(2) Calmeil, Traité des maladies inflammatoires du cerveau. Paris, 4859, t. II, p. 166.

(3) Voyez à ce sujet, The Lmcet, 1866, t. I.

(4) Sclnitzenbcrger, artichi Apoplexie {Dicf. cnçycl. des Sciences méd., 1867, t. V, p. 700).

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les animaux. M. Nonat(l) observa chez unevieille femme frappée d'apoplexie et transportée sans connaissance à la Salpêtrière, les lésions de motilité suivantes : Tête fortement inclinée à droite par la contracture des niuscles du cou du même côté ; œil droit dirigé en dehors et en bas; œil gauche dirigé en haut et en dedans; immobilité complète, avec résolution. M. Nonat ayant souvent observé, au cours de Magendie, cette étrange direction des yeux chez les animaux auxquels on avait sectionné le pédoncule cérébelleux droit, diagnostiqua une lésion analogue apoplectique que l'autopsie permit de constater sous forme d'un petit foyer hémorrhagique. »

Je diviserai ce mémoire en trois chapitres : Dans un premier chapitre, je rassemblerai toutes les observations que je possède en les classant par groupes. Je crois, en effet, devoir placer en tête de ce travail les faits qui en forment la base, plutôt que de rejeter à la fin cette partie la plus importante, comme on le fait trop souvent. — Dans un second chapitre, j'analyserai ces observations ; je ferai, en un mot, l'histoire clinique du symptôme que j'étudie. — Dans un troisième chapitre, je traiterai de sa physiologie pathologique et je chercherai à l'interpréter, en m'aidant de l'expérimentation. — Enfin, je me résurperai en formulant quelques conclusions.

(1) CeUe observation, présentée à l'Académie des sciences avec une note de' M. Ndhat, a été publiée dans la Gazette hebdomadaire, 1861; je l'ai reproduite, chapitre. I, observation LIV.

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