INDICATIONS THÉRAPEUTIQUES
Dans la diathèse urique comme dans tous les états diathésiques, l’indication thérapeutique capitale qui se présente au médecin est celle-ci : combattre les causes pathogéniques de la diathèse.
Or, nous l’avons vu, s’il est vrai que la dyscrasie sanguine, qui est le fait dominant de la diathèse urique, dépend quelquefois d’un état constitutionnel inné, dont aucune cause appréciable ne peut rendre compte, le plus souvent cette dyscrasie est aidée et même, dans quelques cas, produite de toutes pièces par des causes diverses qui troublent la nutrition.
Ces causes, qui amènent une assimilation imparfaite des matières azotées ou entravent les phénomènes de la dénutrition, se rapportent surtout au régime alimentaire, aux actes digestifs, à la respiration, à l’exercice, aux fonctions cutanées, etc. Si une hygiène mauvaise sur ces différents points peut être la cause adjuvante ou déterminante de la diathèse
(1) Bail, cité par Charcot. Leçons cliniques, p. 105.
urique, les règles hygiéniques qui modifieront ces conditions diverses seront le meilleur traitement prophylactique et curatif de la diathèse ; cela est presque évident.
A côté des modificateurs hygiéniques, mais sur un rang bien inférieur, viendront se placer les médications qui ont pour effet d’agir sur les actes nutritifs en sens inverse des conditions pathogéniques.
Les indications qui précèdent s’adressent à la diathèse. Mais, si la diathèse s’est réalisée dans ses effels, il ne suffit plus de eombattre la disposition morbide, il faut traiter aussi les maladies qu’elle a entrainées. De là une seconde indication : porter remède aux effets de la diathèse urique ( dépôts tophaeés, gravelle, etc ). J’ajoute immédiatement que plusieurs des médications qui répondent à la première indication satisfont en même temps à la seconde.
Enfin, les effets de la diathèse urique peuvent, à leur tour, être le point de départ de divers accidents (abcès au niveau des tophus, ulcérations de la peau, coliques néphrétiques, etc.) qui fourniront des indications nouvelles ; mais celles-ci ne m’arrêteront pas, car elles n’ont trait qu’indirectement à mon sujet.
Quelques mots seulement sur les principaux moyens de /emplir ces diverses indications.
Le traitement hygénique ou médicamenteux dirigé contre la diathèse urique a pour objet : 1° de régler l’alimentation et la boisson suivant les besoins et les dépenses de l’organisme; 2° de mesurer le travail corporel et intellectuel; 3° d’entretenir l’intégrité des fonctions respiratoires et cutanées.
Comme régime , il convient de ne permettre les aliments azotés que dans une juste mesure; mais il faut bien se garder de les trop restreindre et surtout de les supprimer pour les malades valides qui peuvent supporter un exercice actif (Bouchardat). Il faudra proscrire l’usage des boissons qui, comme la la bière et le vin surtout, disposent à la diathèse urique ; ou au moins, on ne les admettra qu’en petite quantité et étendues d’eau.
INDICATIONS THERAPEUTIQUES .
Eu thèse générale, on doit recommander une grande sobriété. Le tlié et le calé pourront quelquefois suppléer à la faible quantité des aliments plastiques; ils diminuent les oxydations et par suite la dénutrition .
L’estomac des goutteux est souvent très-mauvais ou capricieux ; on s’efforcera de guérir la dyspepsie par les amers, les alcalins, un régime approprié aux exigences individuelles. Le régime lacté peut être très-utile dans ce cas; il convient aussi dans la diathèse confirmée ; car, .sous son influence, une partie de l’acide urique se transforme en acide hippurique qui est très-soluble.
« L’exercice journalier au grand air, en utilisant largement les forces est, pour moi le premier, le seul remède de la polyurique (diathèse urique) ; l’exercice énergique est la pierre
angulaire de la prophylaxie » (Bouchardat) (1).
L’importance d’un air pur est évidente : l’air n’est-il pas le véhicule de l’agent des combustions ?
Il faudra aussi entretenir les fonctions de la peau dans un état d’intégrité parfaite : frictions, hydrothérapie, etc.
Les alcalins ont été depuis longtemps préconisés contre la diathèse urique et contre ses effets. Ils agissent particulièrement en favorisant la combustion complète des matériaux azotés, en augmentant la solubilité des urates, et peut-être en dissolvant les tophus déjà formés (sels de potasse, de soude, de lithine, etc., eaux minérales alcalines). Ce traitement doit être employé avec réserve ; on le proscrira chez les vieillards et les gens débilités.
Les sels à acides végétaux (tartrate, acétate acide de potasse, etc.) agissent comme les alcalins; parce que, pendant la digestion, ils se transforment en carbonates alcalins qui sont absorbés.
Certaines substances, en favorisant l’absorption de l’oxygène, peuvent activer les combustions organiques et être utiles dans la diathèse urique (chlorure de sodium).
(1) Bouchard.it. Ann de thérap. ; 1807, p. 272.
D’autres médicaments ont pour objet de faciliter l’élimination de l’acide urique, soit en le rendant plus soluble ''alcalins, phosphate de soude), soit en le transformant en acide hippurique (acide benzoïque et benzoates, acide quinique).
Quant au colchique, dont l’action dans la goutte est encore mal déterminée, je ne fais que le signaler. Les auteurs sont loin d’ètre d’accord sur les effets qu’il peut avoir dans la diathèse urique : les uns prétendent qu’il augmente l’élimination de l’acide urique (Clielius, Maçlagan, Gregory, G. Sée) ; d'autres, qu’il la diminue (Garrod, Boeker, Hammond). Même incertitude pour quelques autres médicaments, dont les uns augmenteraient la quantité d’acide urique excrété : teinture de cantharides (Heller), digitaline (Stadion) ; tandis que d’autres la diminueraient : sulfate de quinine (Ranke). Les recherches, sur ces derniers points, sont encore trop récentes et trop peu nombreuses pour qu’il soit possible d’en tirer des conclusions certaines.