CES
En juin 1880, un enfant de 13 ans, croyant boire du vin, avait précipitamment avalé une gorgée d’acide sulfurique. Naturellement sous l'influence de la cuisson déterminée par le contact de l’acide avec la rauqueuse, le liquide corrosif avait été immédiatement rejeté. Il en était pourtant résulté un rétrécissement cicatriciel de l'œsophage à sa partie supérieure, rétrécissement si considérable que, depuis cinq semaines, le malade n’avait pu absorber que des liquides. On l’amène à l’hôpital Beaujon, déjà très amaigri, dans le service de M. Le Fort, qui tente de dilater le conduit en passant dans le point rétréci des bougies de plus en plus volumineuses. Malheureusement, la réaction déterminée par l’opération est très vive, si bien qu’une première bougie retirée, l’on ne peut généralement en introduire une seconde, et que, finalement, il n’est plus même possible d'arriver tous les jours à faire le simple cathétérisme avec la plus petite bougie, quels que soient les stratagèmes auxquels on ait recours.
Voyant la difficulté, constatant que la striction spasmodique qui suit l’extraction de l'instrument est toujours considérable, nous nous demandons s'il ne vaudrait pas mieux profiter de l’instrument déjà passé pour en faire arriver de plus volumineux dans le rétrécissement, c’est-àdire, en somme, pratiquer la dilatation immédiate, progressive de ce rétrécissement.
M. Le Fort, à quinous soumettons l’idée, introduit immédiatement dans i’œsophage la bougie filiforme dont il se sert pour les rétrécissements de l’urèthre. Puis, fixant le cathéter métallique à cette bougie, il arrive sans difficulté sur le rétrécissement qu’il franchit successivement, avec ses trois dilatateurs uréthraux.
Malgré l’imperfection des instruments faits pour un au-
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tre canal, malgré leur courbure, particulièrement défectueuse dans le cas particulier, le résultat oblenu est merveilleux. Le soir, en effet, le malade peut absorber une côtelette.
Frappé de ce fait, nous prenons immédiatement la résolution de faire des recherches dans la voie nouvelle qu'il nous ouvrait. Mais, en résumé, c'est en voyant pratiquer l'opération du professeur Le Fort, en constatant les résultats merveilleux et constants qu’elle donne pour le plus grand nombre des cas de rétrécissement de l’urèthre, que nous avons été amené à l’idée de traiter d’autres rétrécissements par la dilatation immédiate progressive. C’est pendant notre année d’internat dans son service de Beaujon que, pour la première fois, nous avons vu dilater un œsophage par cette méthode nouvelle. C'est donc bien à M. Le Fort que la science est redevabla de l’idée générale de la dilatation immédiate progressive. Puissions-nous en faire ressortir dans ce travail, peut-être encore prématuré, les avantages et les applications.
Avant d'entrer en matière, nous tenons à remercier également notre maître, M. Péan, dont les conseils judicieux et l’inappréciable complaisance nous ont si souvent servi dans nos recherches cliniques. Si nous pouvons déjà donner un certain nombre d'observations de dilatation immédiate progressive ; si la méthode ne se présente plus comme une simple vue théorique de l'esprit; si nous en parlons enfin avec l’autorité indiscutable que donnent les faits, c’est assurément à notre éminent chef de service de l’hôpital Saint-Louis que nous devons en être surtout reconnais-
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