‹ De La Dilatation Immédiate ProgressiveChapitre 6 sur 15 · INSTRUMENTATION · texte numérisé non relu

INSTRUMENTATION

Après ce que nous venons de dire, nous n'avons pas besoin d’ajouter que nous serons bref sur l'historique de la question. Certes, on a préconisé de tout temps des procédés qui présentent, avec ceux de la dilatation immédiate progressive les plus grandes analogies. Nous aurons même l’occasion de montrer dans le cours de ce travail, que certains instruments agissent exactement suivant le principe de notre méthode générale. Mais exposer ici ces procédés, en présenter, depuis Hippocrate ou Galien, l’histoire et la critique, serait sortir du cadre de notre sujet. Nous nous garderons donc bien de le faire. Pour nous, la dilatation immédiate progressive devient méthode et prend rang dans la science en 1876. La faire dériver comme M. Langlebert de la dilatation permanente, et chercher son origine dans le passé de ce procédé c’est, à notre avis, tirer de la question ce qu’elle ne contient pas. |

Au point de vue des effets anatomo-physiologiques dé la dilatation immédiate progressive, nous aurons également peu de choses à exposer. Une seule de nos malades est morte, d'une affection étrangère d’ailleurs à l’opération. L’autopsie n'a malheureusement pu être pratiquée.

D'autre part, les expériences que nous avons entreprises sur les cadavres. ne nous ont rien donné. Lestissus morts, en effet, présentent une telle friabilité, que la dilatation en est toujours extrêmement facile, et qu’il n’est pas permis de conclure de ce que l’on observe alors à ce qui se passe sur le vivant.

Evidemment, nous aurions pu déterminer des rétrécissements artificiels sur des animaux, et étudier ainsi le mode d'action de nos instruments. Mais il nous a semblé que, même maintenu sur le terrain exclusif de la clinique, le sujet était déjà très vaste; nous avons pensé, d’ailleurs, que les analogies demeurent assez éloignées, et que, pour nous servir d'une expression de M. Le Fort, l’expérimentation est toujours inférieure à l'expérience.

Nos observations sont nombreuses ; les conclusions qui en découlent seraient longues à exposer en détail. Nous nous en sommes donc tenu simplement à la partie pratique que nous avons même résumée de la façon la plus succincte, ne voulant pas nous exposer à des redites, ni dépasser les limites que nous nous sommes assignées.

Et maintenant que devons-nous entendre par la dilatation immédiate progressive ? Dans la définition qu'il en donne, M.J. Langlebert, après M. Le Fort, parle d’un procédé dans lequel on laisse d’abord une petite bougie dans l’urèthre avant l'opération, laquelle opération est suivie également de l’application d'une sonde à demeure.

Nous serons plus général et prenant dans les mots euxmêmes notre définition, nous dirons que la dilatation immédiate progressive est une méthode qui a pour but de dilater un rétrécissement organique quelconque d’une façon progressive, et exempte de toute violence, mais en même temps continue et rapide.

Ce que nous étudions, en effet, ce n’est plus un procédé isolé, c'est un ensemble de procédés. La bougie à demeure est certainement bonne pour l’urèthre avant l'opération. Nous verrons que, pour le rectum et pour beaucoup d’autres rétrécissements, il n'y a pas lieu d'ÿ avoir recours.

Nous pourrions en dire autant de l’application consécutive

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d’une sonde. Mais, encore une fois, nous ne voulons pas faire un paragraphe de médecine opératoire, nous enten— dons exposer un chapitre de thérapeutique chirurgicale. Trop heureux si nos efforts contribuent à lui donner dans la science la place qui lui est due.

La dilatation immédiate progressive, comme la dilatation lente, graduelle, comme l’électrolyse, etc., est donc une méthode, et, à ce titre, elle comprend plusieurs procédés, et nécessite une instrumentation complexe.

Du procédé de dilatation de l’urèthre, mous ne dirons que quelques mots. Maïs nous nous étendrons plus longuement sur la dilatation immédiate progressive de l’œsophage, du rectum et de l’orifice naso-pharygien. Un autre paragraphe sera consacré à l'étude de la méthode dans les

collections purulentes, à trajets sinueux. Enfin, nous ter-

minerons ce travail en parlant des autres cas dans lesquels on pourrait encore demander da guérison à la dilatation immédiate progressive.

Nous serons brefsur les rétrécissements de l’urèthre. En effet, que dire après le mémoire de M. Le Fort, après les deux thèses déjà citées. Voici, d’ailleurs, comment le chirurgien opère : « Passez une bougie dans le rétrécissement, laissez-la à demeure pendant quarante-huit heures, puis, remplacez-la par une bougie garnie, à son talon, d'un ajutage métallique; passez le n° 1, puis le n° 2 de mes câthé-

ters,; si le rétrécissement est dur, résistant, remettez à quelques jours le passage du n°3. Après avoir passé le n° 2, placez à demeure une sonde du n° 12, et deux ou trois jours après, en possant mon cathéter métallique conique n° 3, lequel répond au ne 24 de la filière, vous aurez rendu au canal une dimension largement suffisante. La guérison définitive sera obtenue si le malade continue pendant plu-

sieurs Semaines à se passer lui-même, tous les jours, une bougie du n°18, et pendant plusieurs mois à se passer cette même bougie au moins une fois par semaine. » (Léon Le Fort.)

Nous avons vu bien des fois dilater l’urèthre à l’hôpital Beaujon. Toujours l'opération dunna les résultats les plus favorables. Dans une circonstance même, la guérison obtenue en une seule séance, fut observée après deux ponctions dela vessie sur un malade ayant subi antérieurement, dans un autre hôpital, une uréthrotomie interne, suivie de récidive du rétrécissement. Nous avons, nousmême, avec l'autorisation de M. Péan, pratiqué plusieurs fois, dans son service de Saint-Louis, la dilatation immédiate progressive de l'urèthre. Jamais nous n’avons observé d'accidents; toujours nos malades ont quitté l'hopital guértfs et rapidement guéris. Au point de vue de l’instrumentation, nous nousservons cependant de dilatateurs un peu différents de ceux de M. Le Fort. A la forme adoptée par le professeur, qui est celle des sondes ordinaires, à petite courbure, nous avons substitué celle des cathéters Béniqué, qui se rapprochent bien plus de la direction normale de l’urèthre.

De cette façon, nous évitons les frottements, et agissons d'autant plus efficacement sur le canal uréthral, que ses parois ne sont plus tiraillées par le redressement de sa courbure, comme avec les appareils de M. Le Fort. Il nous serait certes difficile de prouver, statistique à l'appui, la la supériorité de ces appareils modifiés. Pourtant, il nous a semblé que, plus facile, l’opération demande moins de force encore avec nos cathéters qu'avec ceux de M. Le Fort.

Pour la dilatation des autres rétrécissements, nous nous

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sommes, jusqu’à présent contenté d’une seule série d’instruments construits sur les indications de M. Le Fort et sur les nôtres, par notre compatriote et bienveilant ami M. Collin, qui a bien voulu se mettre à notre disposition. et nous guider de ses conseils avec la plus grande obligeance; ils se composent :

10 De deux bougies conductrices.

2v De trois dilatateurs.

1° Bougies conductrices. — Elles sont l’une et l’autre assez flexibles et très petites (n° 7 de la filière Charrière). La première ne présente que 6 centimètres de longueur. Elle est destinée aux rétrécissements superficiels du rectum, de l'orifice antérieur du nez, des abcès, etc., dans lesquels il est toujours facile de l'introduire. La seconde est, au contraire, assez longue, (de 25 à 30 centim.), et réservée pour les rétrécissements de l’æœsophage, etde l’arrière cavité des fosses nasales. Toutes les deux portent à leur extrémité terminale l’ajutage métallique de la bougie du professeur

Le Fort.

2° Sondes dilatatrices. — Nous avons pu jusqu’à présent nous contenter d’un nombre relativement restreint. Ncus n’en employons que trois en effet, coniques comme les sondes uréthrales. Construites avec des sondes œsophagiennes dans lesquelles où a introduit du petit plomb de chasse, ou une lame de plomb, elles sont à la fois suffisamment malléables pour se prêter aux irrégularités du rétrécissement, et suffisamment solides pour vaincre les résistances qu’il peut opposer. Portant à leur petite extrémité un pas de vis qui s’adapte solidement à l’ajutage métallique de la bougie conductrice, elles sont les unes après les

autres fixées sur cette bougie, et passées dans le rétrécissement auquel elles communiquent la dilation que le chirurgien veut obtenir.

La sonde ne 1 présente à sa partie la plus large, 7°" 4/3 (n° 22 de la filière Charrière).

La sonde n° 2 présente à sa partie la plus large 9"n 2/3 (n° 29).

La sonde n° 3, eufin, 45"" de diamètre.

Evidemment cette instrumentation n’est pas parfaite.

Ces dilatateurs sont en trop petit nombre.

De plus, si elle suffit aux cas nombreux, il est vrai, que nous allons relater, elle ne pourrait certainement pas répondre à tous les rétrécissements possibles de l'organisme. Mais les succès qu’elle donne dans son imperfection, n’en prouvent que mieux la supériorité de la méthode, Ils démontrent aussi qu'avec un arsenal très restreint, on peut, par la dilatation immédiate progressive, aborder et traiter un nombre considérables d’atrésies orgauiques.

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