NE DÉCOUI<E PAS DU PLATONISME
tation divine par le contact avec la matière, conduirait infailliblement au panthéisme, c'est-à-dire à la dégradation de Dieu et à Tapothcose de la matière, à moins qu*on ne mit dans l'homme même, directement, cette manifestation. Socrate avait entrevu cette vérité, quand il voyait la notion de Dieu hors du monde et dans la conscience seule de l'homme. Mais le rapport de la conscience avec Dieu restait à l'état d'hypothèse, tant que ne se serait pas accomplie la grande et suprême manifestation de THomme-Dieu.
J'en ai dit assez pour faire comprendre quelle barrière, malgré la ressemblance des mots et des symboles, il existe entre les conceptions de Platon et de Philon, et la doctrine de l'Evangile. L'Evangile n'est pas venu pour s'approprier la philosophie de Platon , mais pour démontrer la vanité de cette philosophie. De là le caractère non philosophique de la prédication.
Je terminerai cette course fatigante par deux citations de saint Jean Chrysostome qui vous présenteront, sous une forme admirable, les deux idées principales sur lesquelles j'avais encore à insister pour compléter l'exposition de ma pensée.
• Celui qui n'eut pas besoin de savants dès le « commencement pour vaincre l'erreur, s'il les ad- « mit ensuite, ce n'est pas quil en eût besoin, < mais parce qu'il recevait tous les hommes sans «distinction. 11 n'avait pas besoin de philoso- «phes pour accomplir ses desseins; mais quand.
t plus tard, ils vinrent à lui, il ne les rejeta pas.
• Pierre et Paul étaient-ils des philosophes? Non,
• c'étaient des simples et des illettrés. De même que
• le Christ, quand il envoya ses disciples dans le
• monde, après leur avoir montré sa puissance en « Palestine, leur dit : • Je vous ai envoyés sans
• bours.e, sans besace et sans chaussure ; pourtant
• avez- vous manqué de quelque chose ? » et seule-
• ment alors leur permit d'avoir une bourse et une « besace ; de même il a agi dans cet ordre de « choses. Car ce qu'il fallait était prouver la puis- « sance du Christ, non pas rejeter ceux qui ve- « naient à la foi à cause de leur sagesse purement t mondaine. Quand les païens accusent les apôtres « d'avoir été des ignorants, nous devons proclamer « bien plus haut qu'ils Tétaient. Que Ton ne dise « pas que Paul était philosophe ; mais, en admirant
• pour leur sagesse humaine les grands philosophes « qui ont brillé par leur éloquence, disons que tous « nos apôtres étaient des ignorants. N'hésitons pas t à les abaisser à ce point de vue : car leur victoire
• n'en sera que plus éclatante. Je dis cela, parce « qu'un jour j'ai entendu un chrétien discutant
• d'une manière ridicule avec un païen, et l'un et « l'autre sapait par ses arguments la cause qu'il dé- « fendait. Car le païen disait ce que le chrétien eût « dû dire, et le chrétien tenait le langage qui eût € convenu au païen. Il était question de Paul et de € Platon ; le païen s'efforçait de prouver que Paul « était inculte et ignorant ; le chrétien, au con-
NE DÉCOULE PAS DU PLATONISME. lU
traire, dans sa simplicité, soutenait que Paul était plus savant que Platon. C*eût été au païen à triompher, si l'on avait pu établir cette assertion. Car si Paul avait été plus philosophe et plus éloquent que Platon, beaucoup auraient le droit de nous opposer que ce n'est pas par la grâce, mais par son éloquence qu'il a triomphé. Ainsi ce que disait le chrétien eût tourné en réalité à l'avantage du païen ; mais, en revanche, les dires du païen tournaient à l'avantage de la foi chrétienne. Si Paul était en effet un ignorant, et s'il a vaincu Platon, la victoire est bien belle. Car l'homme inculte a persuadé les disciples du philosophe et les a attirés à sa suite. D'où il est manifeste que ce n'est pas par la science humaine que sa prédication a triomphé, mais par la gi*âce de Dieu... Aussi, quand nous aurons à disputer avec des païens, proclamons les premiers que les apôtres étaient des ignorants : c'est leur plus bel éloge. Et si l'on nous dit qu'ils étaient grossiers et incultes, ajoutons aussitôt qu'ils étaient sans instruction, sans lettres, pauvres, méprisés et obscurs. Ce n'est pas là blasphémer contre les apôtres ; c'est les glorifier, c'est les rendre plus éclatants aux yeux de toute la terre. Car ces gens simples, grossiers, ignorants, ont vaincu les philosophes, les puissants, ceux qui se vantaient de leur gloire, de leur3 richesses et de tous les avantages mondains. C'est là ce qui fait éclater la puissance de la Croix dans toute sa grandeur :
c car de telles choses n*ont pas été faites par une « force humaine. Elles ne sont pas dans la nature, n mais au-dessus de la nature. » (1)
t Ce sont ces hommes des champs dans la simpli-
« cité qui professent la meilleure philosophie, mon-
« trant leur vertu non par leurs habits, mais par
« leur pensée. Les philosophes païens n'agissent pas
« autrement que les acteurs et les mimes de la
« scène : car ils ne peuvent pas exhiber autre chose
« que leur manteau et leur barbe. Mais ceux-ci
K n'ont besoin ni de bâton, ni de manteau, ni de
«: barbe; c'est leur âme qu'ils ont ornée des dogmes
« de la véritable philosophie, et non-seulement des
« dogmes, mais aussi des œuvres. Et si vous vous
« adressez à quelqu'un de ces gens rustiques qui
« vivent courbés sur la bêche et sur la charrue, si
« vous les interrogez sur les dogmes, sur les vérités
« essentielles, dont les philosophes païens, après
« avoir érigé mille systèmes et dépensé des efforts
« inouïs de raisonnement, n'ont rienpudire desensé,
« ils vous répondront exactement les définitions de
t la plus haute sagesse. Et l'on n'a pas à s'émerveil-
« 1er décela seul, mais aussi de ce qu'ils confirment
« parleurs œuvres lafoi de leurs dogmes. Que nous
« avons une âme immortelle, que nous sommes
«responsables de nos actes ici-bas, et que nous
« aurons à en rendre compte à un tribunal redou-
« table, ils en ont la conviction si profondément
(1) JEfom. III in Bp. lad Cor,, t. X, p. 23, éd. Gaume.