SUR LES PREMIERS SIÈCLES DE L'ÉÛLISE
paganisme : ils considèrent le christianisme comme une chute dans la société antique, et ils se cantonnent ainsi dans l'impossible et l'absurde. Cela tient à l'habitude que l'on a de faire de l'élément religieux un accessoire de l'esprit humain.
Nous ne nous laissons pas aller à cet inconvénient et nous donnons plutôt dans l'excès contraire. A-t-on beaucoup gagné pourtant à chasser Dieu de l'histoire? Aujourd'hui on reconnaît que dans les disputes théologiques se sont toujours agités les plus grands problèmes de l'existence humaine. On dit : A telles époques, les intérêts humains ont pris la forme religieuse. Mais depuis quand la religion est-elle devenue étrangère aux intérêts humains ? Depuis la révolution française, commencée par la constitution civile du clergé, et terminée par la restauration du trône pontifical.
Je ne reconnais pas l'autorité pratique de l'histoire ; elle ne révèle rien sur le caractère, les faiblesses, les passions et les intérêts de notre race qu'un homme de quelque intelligence n'apprenne à connaître beaucoup mieux dans ses rapports journaliers avec ses semblables, quelle que soit l'échelle de ces rapports.
Je ne sache que deux thèses qu'on ait eu intérêt à prouver à l'aide de l'histoire : l'avantage de la tolérance incrédule, ou celui de la vertu croyante. Je regarde la première comme une illusion et un im mense danger. La seconde a été obscurcie et méconnue à cause du voile intéressé jeté sur la vraie
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religion. Aujourd'hui la foi et l'histoire se réhabilitent et s'éclairent en même temps. La conscience individuelle s'appuie sur la conscience universelle, révélée par la tradition.
Quelque effort que Ton fasse, on ne trouvera en faveur de la tolérance épicurienne que des tentatives isolées et égoïstes suivies d'affreuses catastrophes, tandis que Tinfluence directe delà religion, même sous ses formes les plus rudes, a toujours laissé de fécondes semences. Je préfère à la société épicurienne albigeoise la prédication de saint Dominique à côté des violences de Simon de Montfort. L'expérience me démontre aussi que les plus grands excès attribués à la religion n'ont eu lieu que par suite de la déférence excessive de la religion pour le pouvoir politique, et que, toutes les fois que l'Église a agi librement, elle l'a fait avec mansuétude et intelligence ; elle n'a repoussé aucunes lumières ; elles les a, au contraire, toutes groupées autour d'elle ; elle n'a pas abandonné un seul instant la mission de réformatrice modérée et progressive de la société.
La première nécessité dans une étude générale de l'histoire moderne est de venger le christianisme et l'Église d'une longue méprise et d'une longue calomnie. C'est donc l'histoire ecclésiastique que nous traçons, non en isolant les faits de l'ordre religieux des autres faits, pour leur accorder une attention exclusive, mais en démontrant la
prééminence des faits religieux sur tous les autres,
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leur influence exclusive, et la nécessité où Ton est (le les choisir pour point de départ et de ralliement, si l'on veut ramener à Tunité et à Tordre C(^t océan de dates et de noms propres qui compose Thistoire des nations européenne?.
LETTRB DB M0NSBI6NBUR l'^Y^QUE d'orLÉANS.
PRÉFACB.