SUR LES PREMIERS SIÈCLES DE L EGLISE
de Tappui du pouvoir impérial, tendant à s'éteindre graduellement, était un embarras plutôt qu'un danger.
Le catholicisme triomphe enfin sous Théodose ; mais à quel prix? La supréma-tie impériale, prétendue par Constantin, est réalisée par Théodose. La résistance ne se manifeste qu'avec saint Ambroise, refusant à Milan Tentrée de Téglise à Théodose, avec saint Martin, ne voulant pas autoriser dans les Gaules l'emploi du bras séculier contre les Priscillianites. Dès ce moment, on peut prévoir ce que l'Eglise deviendra dans la cohabitation avec les empereurs à Constantinople, et l'on soupire après le moment où les besoins de la protection de l'Italie feront une nécessité de l'indépendance politique des Papes.
Avant la fin du iv* siècle, l'histoire de l'Église parait complète. La question, qui était alors indécise, l'est encore aujourd'hui. Quant au reste, aucune phase absolument nouvelle ne s'est produite. L'attaque et la défense ont eu le même caractère que dans les temps modernes. Les quatre premiers siècles sont déjà modernes par l'esprit. Le christianisme n'y a trouvé ni plus ni moins d'obstacles que plus tard. Il a eu certainement plus à lutter contre les barbares que contre la corruption de Tancien monde. Les mœurs s'étaient incontestablement améliorées sous son influence à Constantinople et à Rome. On avait fait des progrès extrêmement rapides dans la législation civile. Dans les vues
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providentielles, Tinvasion des barbares semble avoir eu plutôt pour objet V extension du christianisme que sa réalisation complète. Sans l'invasion, le christianisme serait resté la religion presque exclusive du monde classique ei romain. Les barbares étaient aussi les seuls pour lesquels devait cesser le prestige de Tautorité impériale, ce qui rendait plus aisée Témancipation de l'Eglise, et préparait le développement des libertés politiques, conséquence secondaire du christianisme.
Quand on voit ce qui reste debout du monde antérieur à rinvasion des barbares, la religion, les langues, la domination des modèles littéraires, la non-interruption des traditions dans la papauté, les républiques italiennes, les municipes du Midi de la France, le caractère romain de notre législation civile, la disparition progressive des entraves féodales ; quand on observe d'ailleurs que rien de ce qui distingue la société moderne de l'antique, les arts industriels, le progrès des sciences exactes, la navigation, l'imprimerie, l'artillerie, n'est un résultat du génie propre aux peuples barbares, on est près de se demander si les classiques purs n'ont pas complètement raison, et si le progrès de la société n'a pas consisté précisément à en être revenu autant que possible aux errements de la société antique, qui aurait amené les mêmes développements , si rien ne l'avait troublée dans son existence.
Mais les classiques purs veulent s'en tenir au